jeudi 14 décembre 2017
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BOURGOGNE-FRANCHE-COMTE : La Région s'organise pour mieux se tourner vers la Chine

06/12/2017 14:46Imprimer l’article
Un colloque «Quels partenariats avec la Chine en Bourgogne-Franche-Comté ?» s'est déroulé ce mardi à l'hôtel de région à Dijon. L'occasion pour nombre d'acteurs de s'organiser pour dynamiser les relations avec l'Empire du Milieu, notamment en matière d'économie et de tourisme.
Initié par les services de l’Etat, et organisé en collaboration avec la Région au titre de sa politique de rayonnement international, ce colloque avait pour but de sensibiliser tous les acteurs des territoires aux enjeux et opportunités de la relation avec la Chine.
Acteurs-clés de la «diplomatie des territoires» comme le rappelait en ouverture la présidente du conseil régional, Marie-Guite Dufay, les régions françaises sont tournées vers l’international. Il en va de leur attractivité, de leur développement économique et de l'avenir de nos jeunes pour lesquels la mobilité internationale est un atout en matière de formation et d'employabilité. La Chine, deuxième puissance économique mondiale, est dans ce contexte un partenaire incontournable de la Bourgogne-Franche-Comté dans sa stratégie de rayonnement international.

Une approche transversale


En Bourgogne-Franche-Comté, un grand nombre d'acteurs économiques et du monde de l'éducation ont développé des partenariats actifs et appréciés qui contribuent à l'attractivité de la région et sur lesquels elle peut capitaliser pour nourrir sa relation avec la Chine.
Une approche regroupée et transversale des différents enjeux (mobilité, exportations, investissements, tourisme) est nécessaire pour avancer : c'est le sens de ce colloque et des échanges qui se sont déroulé ce 5 décembre durant toute la journée.

Pour les services de l’État et le Conseil régional, co-organisateurs, les objectifs sont nombreux :

- Favoriser la rencontre entre les acteurs économiques, les acteurs de l'éducation et la recherche, et les collectivités territoriales, afin qu'ils puissent partager leurs expériences de leur relation avec la Chine et les croiser avec les priorités de la diplomatie française.
- Contribuer, grâce à ces échanges, à la définition d'une approche cohérente pour le territoire de Bourgogne-Franche-Comté dans sa relation avec la Chine.
- Approfondir les échanges sur deux thématiques potentiellement porteuses pour la région : l'agroalimentaire et le tourisme.

Partager les expériences en matière d'export


Concernant l'export, on note que dans la région 10 entreprises seulement réalisent 60 % des exportations vers la Chine. Une marge de progression importante existe donc auprès des entreprises de taille intermédiaire (ETI) et des petites et moyennes entreprises (PME) qu'il faut accompagner vers ce pays qui reste culturellement complexe à aborder.

Il faut pour cela partager l’expérience réussie de quelques entreprises régionales qui ont franchi le pas, par exemple Delfingen (équipementier automobile), Lisi (fabrication de composants mécaniques), Bourgeois (métallurgie) sans oublier l’AJ Auxerre qui ouvre une académie du sport dans l'Anhui.

Développer la venue de touristes chinois


En matière de tourisme, la Bourgogne-Franche-Comté est une étape sur l'itinéraire des tours operators (Paris-Genève, puis Italie). Il s'agit pour la région de fixer la clientèle chinoise de passage et d’attirer une nouvelle clientèle haut de gamme intéressée par l’offre touristique régionale (vins, gastronomie, sites Unesco,...).
Dans son Schéma Régional de Développement du Tourisme et des Loisirs, adopté il y a quelques semaines, la Région Bourgogne-Franche-Comté affichait l’objectif ambitieux de «faire de la Bourgogne-Franche-Comté la 1ère région de destination des touristes chinois après l’Ile de France».

Sladana Zivkovic : «La double labellisation est importante mais ne suffit pas»


Intervenante à ce sujet lors d'une table ronde, Sladana Zivkovic, adjointe au maire de Dijon en charge des relations internationale et présidente de l'office de tourisme de Dijon Métropole, a pu développer les enjeux en la matière : «La double labellisation au patrimoine mondial de l'Unesco est importante pour nous mais ne suffit pas. Il faut raconter une histoire» expliquait-elle, rappelant comment la future Cité Internationale de la Gastronomie et du Vin, qui sera dotée d'un espace muséographique et espace commercial notamment, permettra entre autres de répondre à tous les aspects évoqués.

«On notait une baisse de la fréquentation en 2016 suite aux attentats mais ça remonte, même si on n'est pas revenu aux chiffres de 2015» explique-t-elle. «Il faut amplifier la tendance en retenant les touristes, qui passent une nuit en moyenne en Bourgogne-Franche-Comté : pour cela, il faut développer la qualité, en travaillant finement sur les attentes de la clientèle chinoise, qui a elle-même une culture ancestrale. Ce sont des personnes très cultivées et à l'écoute : j'ai reçu beaucoup de groupes chinois et je vois une grande culture dans leur approche touristique».
Une véritable stratégie touristique est donc en train de s'établir : «Non seulement ils ne restent pas, mais ils ne reviennent pas dans les deux ans. Il faut donc compter sur le bouche à oreille. On compte pour ça aussi sur les étudiants chinois présents chez nous. Nous avons des atouts à faire valoir par rapport aux grandes métropoles, comme la tranquillité. La sérénité et la transmission en famille, c'est justement une des attentes de ces touristes, que nous sommes en mesure de satisfaire».
Ainsi, l'office de tourisme de Dijon Métropole a mis en place des groupes de travail avec les hôteliers pour les sensibiliser à l'accueil et structurer l'offre avec par exemple des visites de producteurs ou autres. «Structurer l'offre, ça va au delà du réseau métropolitain : il faut que toute la région écrive cette histoire, ensemble. On peut s'adapter au marché chinois et aux attentes des touristes».

En matière de réseaux sociaux également, dont les Chinois sont particulièrement friands, il faut se positionner. «On a reçu une blogueuse très influente cet été, et on travaille, de façon plus générale, énormément sur les réseaux sociaux. On a créé des comptes, comme sur Wechat, pour présenter le parcours de la chouette ou la tour Philippe le Bon en chinois par exemple. Mais attention, ce coté viral, qui va très vite, c'est pour le pire et le meilleur».

Des échanges éducatifs, universitaires et de recherche dynamiques


La Bourgogne-Franche-Comté accueille 3% des étudiants chinois en France (chiffres Campus France), loin derrière son voisin d'Auvergne-Rhône-Alpes (22 %). En proportion des étudiants étrangers accueillis dans ses universités, elle apparaît toutefois au-dessus de la moyenne nationale pour l'accueil des étudiants chinois qui constituent la première communauté étrangère, à Dijon comme à Besançon.

Des partenariats anciens se sont développés au fil du temps avec quelques acteurs déterminés :

- quelques établissements sont pionniers dans l'enseignement du Chinois et la coopération avec des établissements chinois : Lycée Carnot (Dijon), Lycée Victor Hugo (Besançon), lycées et établissements professionnels (ex Lycée Castel et Lycée Hyacinthe Friand de Poligny pour les métiers de l’hôtellerie et de la restauration, ENIL avec l'Université de Shenyang).

- à l'Université de Franche-Comté (341 étudiants chinois accueillis sur 2016-2017) :
Le Centre de Linguistique Appliquée (CLA) constitue un moteur pour attirer les étudiants chinois : des partenariats pérennes avec 50 organismes et universités chinoises, 1887 étudiants chinois formés sur les 5 dernières années.

- à l'Université de Bourgogne : partenariats entre l'Ecole universitaire de management et la Sichuan University ainsi qu'avec Shanghai normal University, entre l'ISAT et l'université de technologie de Wuhan, l'IUT Dijon-Auxerre avec South China normal University, l'UFR sciences et techniques avec Hainan University. L'UB et Nanjing Tech ont développé un double diplôme de master en computer vision, l'un des huit programmes sino-étrangers habilités et financés par le ministère chinois. Enfin Burgundy School of Business à Dijon attire avec succès les étudiants chinois ;

- à l'Université technologique de Belfort-Montbéliard (UTBM) : partenariat avec l'Université sino-européenne de l'université de Shanghai (UTSEUS) avec Troyes et Compiègne.

Internationalisation des entreprises et mobilité des jeunes


En conclusion de ce colloque, ce sont Patrick Ayache, Vice-Président du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté en charge du tourisme, et Christiane Barret, la préfète de Région, qui ont brièvement pris la parole.
Pour Patrick Ayache, «c'est dans les compétences de la nouvelle région d'agir dans le sens de ce rayonnement à l'international. Nous animons des partenariats avec des provinces étrangères et avons un très gros travail avec le schéma d'internationalisation des entreprises, pour les aider à se positionner à l'étranger. Nous aidons aussi à la mobilité des jeunes car il est très important pour eux d'avoir une expérience professionnelle et de parler une langue étrangère».

Se félicitant de «la diversité de toutes ces interventions, qui nous amène à collaborer avec nombre d'acteurs», le vice-président rappelait que 111.000 entreprises françaises exportent sur 3 millions. «Et certaines très faiblement. Il y a donc un enjeu fort sur lequel la région va aider. Nous avons avancé, vers l'Asie, sur l'existant, sur la stratégie globale, sur la meilleur connaissance des attentes de nos territoires. Nous y répondrons au mieux».

Patrick Ayache : «sur l'hébergement, nous ne sommes pas très bons»


Un autre élément qui est ressorti de ce colloque : «Bourgogne-Franche-Comté est dur à prononcer à l'étranger. Mais Bourgogne est une marque mondialement connue, comme le Jura, et nous travaillons à faire connaître une troisième marque : les Vosges».
Pour Patrick Ayache, «il faut travailler tous les enjeux en transversalité : c'est pourquoi nous avons eu à cœur de réunir tous les profils, pour fédérer toutes les synergies. Le développement passe par le décloisonnement et libération des énergies. Je souhaite donc que ce colloque soit un point de départ. Nous avons l'ambition de conquérir une part de ce marché, pour le tourisme, pour l'export, ou pour toute autre activité. Dans l'élaboration de notre schéma régional de tourisme, nous avons établi un diagnostique et mis en avant nos points faibles car nos point forts, on les connait. Sur l'hébergement par exemple, nous ne sommes pas très bons. Nous manquons d'offre en hôtels, gites, terrains de camping, etc. Nous avons donc décidé d'en faire un point fort en étant plus incitatifs pour ce développement».

Christiane Barret : «Vous avez raison de vous tourner vers la Chine»


C'est enfin à la préfète, Christiane Barret, que revint le mot de la fin : «Ce colloque est né autour d'un verre de vin partagé avec l'ambassadeur de Chine. Nous nous étions demandés comment prolonger ce premier contact. C'est chose faite et cette journée, je le crois, est une grande réussite. L'Empire du milieu est désormais incontournable sur la scène internationale, comme l'Inde demain. Vous avez donc raison de vous tourner vers lui».
Notant que «la Chine nous dépasse vraiment sur les moyens de paiement et l'utilisation du numérique», la préfète rappelait «l'intérêt de nourrir cette réflexion transversale sur la chine, à la culture à la fois très éloignée de la notre et fascinante».
«En Chine, peu importe qu'on soit Bourgogne-Franche-Comté ou que sais-je, on est une partie de la France. Le message de la journée, c'est donc d'encourager tous les acteurs à maintenir ce cap à l'est. Les territoires sont de plus en plus appelés à être partie prenante de cette diplomatie : la région a les compétences, mais sitôt qu'on parle de relations internationales, on parle d'une mission régalienne. Il y a donc un travail en commun à mener. C'est le sens de la création des conseillers diplomatiques auprès des préfets de région (qui date de la fusion). Les ministres Bruno Le Maire et Jean-Yves Le Drian y sont allés, et le voyage du président de la République en janvier se prépare actuellement. Car chacun sait que pour bâtir quelque chose d'efficace, il faut un réseau qui s'inscrive dans la durée sur un rapport gagnant-gagnant».
Avant de fermer les discussions, Christiane Barret saluait la proposition de Patrick Ayache de créer d'un groupe d'experts permanents, «pour qu'ensemble, en jouant collectif, on soit plus forts». Une condition sans doute indispensable.
N.R.