dimanche 22 avril 2018
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Questions à...
Ce mardi, la Région et l'Etat présentaient le Plan d’investissement dans les compétences 2018-2022 et sa phase d’amorçage 2018. Un plan qui entre dans le cadre de la réforme de la formation professionnelle annoncée par le gouvernement et qui propulse le budget de la formation en position de plus gros budget du Conseil Régional. La vice-présidente en charge de la formation professionnelle nous livre son regard sur le projet gouvernemental, ses inquiétudes aussi, et plaide pour un changement complet de la façon de penser la formation. Interview.
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BOURGOGNE-FRANCHE-COMTE : La situation sur le marché du travail au dernier trimestre 2017

11/04/2018 14:57Imprimer l’article
Le premier «Rendez-vous de l’emploi» a été donné à la préfecture de région ce mardi. Dans la déclinaison des «Rendez-vous de Grenelle», il a été l’occasion de faire un point complet sur la situation de l’emploi en Bourgogne-Franche-Comté au quatrième trimestre 2017. Retour sur ce point exhaustif.
Mardi en fin de matinée, la préfète de région a lancé la déclinaison des «Rendez-vous de Grenelle». En rappelant qu’ils sont à l’initiative de la ministre du travail Muriel Pénicaud, Christiane Barret a insisté sur les objectifs de ces rendez-vous : «Porter un regard détaillé sur l’économie, le chômage et l’emploi, dans un contexte économique de reprise, ce qui peut être intéressant pour voir évoluer les discours sur la question. Il s’agit aussi de prendre du recul sur les indicateurs statistiques». Cela en faisant désormais le point non point mensuellement mais trimestriellement, «ce qui permet d’analyser les chiffres avec plus de pertinence» selon la préfète de région.
En l’occurrence pour ce qui est de la situation en Bourgogne-Franche-Comté, suivant le principe d’un trimestre de décalage, le point a été livré sur le dernier trimestre 2017.

257 000 emplois créés en 2017


Le contexte économique global, c’est Moïse Mayo, directeur de l’Insee Bourgogne-Franche-Comté, qui en a parlé : «Nous avons eu un quatrième trimestre 2017 avec une activité extrêmement dynamique, une augmentation du PIB de 0,6 %, en partie grâce à une hausse des investissements privés en matière de logements, une hausse des exportations et également une augmentation des investissements des entreprises, qui ont augmenté d’1,6 % sur la période.
Sur l’ensemble de l’année 2017, le PIB a augmenté de 2 % et 257 000 emplois ont été créés, essentiellement dans le secteur marchand alors que l’emploi public diminue de quelques milliers d’unités.
En ce début 2018, le climat des affaires est toujours à un niveau élevé même s’il y a un tassement. L’emploi marchand progresserait encore avec un taux de chômage qui resterait stable. Une hausse du PIB de 0,4 % est prévue chaque trimestre».

«L’industrie recrute à nouveau»


François Bavay, directeur régional de la Banque de France, a quant à lui fait le point sur la Bourgogne-Franche-Comté : «2017 a été une année de rebond dans la région, dans tous les secteurs et sur tout le territoire. L’activité devrait se poursuivre en 2018, toujours dans une dynamique de croissance mais probablement moins rapide que ce qu’on a connu».
Secteur par secteur, François Bavay a précisé : «Dans l’industrie, nous avons des rythmes de production toujours soutenus en sachant que les chefs d’entreprises puisent dans les carnets de commandes, ce qui laisse à penser que ce rythme devrait ralentir dans les mois qui viennent si les carnets ne se reconstituent pas assez vite. L’autre point à souligner est que l’industrie recrute à nouveau, assez significativement en 2017 et cela devrait se poursuivre en 2018. Et quand on interroge les chefs d’entreprises, les difficultés à trouver les compétences sur le marché de l’emploi figure parmi les premières contraintes.
Sur la construction, l’activité se maintient, excepté le gros oeuvre qui marque le pas en ce début d’année. Les perspectives sont favorables mais l’embauche est limitée. Concernant les services, secteur où l’activité et l’emploi sont les plus corrélés, où le regain d’activité se traduit par des embauches, ce fut le cas fin 2017 et ce sera le cas en 2018. Il y a deux secteurs, le transport et l’entreposage, où le début d’année est en demi-teinte, ainsi que pour l’hébergement et la restauration. Pour le reste, on a plutôt une dynamique favorable qui devrait se traduire par des embauches».
Sur l’industrie, Christiane Barret a aussi souligné : «L’année 2017 a vu pour la première fois, depuis 2008, une création nette d’emplois industriels. C’est encourageant dans une région où l’emploi industriel représente 17,3 % alors que la moyenne nationale est de 12,4 %».

Des indicateurs positifs à l’embauche


La parole est ensuite revenue à Moïse Mayo qui, au nom de l’Insee et de l’Urssaf, a donné les indicateurs en région : «Il y a une augmentation de l’emploi en Bourgogne-Franche-Comté au quatrième trimestre 2017, évaluée par l’Urssaf à 0,2 % et par l’Insee à 0,3 % mais les champs étudiés ne sont pas exactement les mêmes. Le niveau national progresse plus vite que le niveau régional. C’est une constante de la région qui s’explique par plusieurs facteurs, dont une démographie plutôt atone et une région limitrophe de l’Ile-de-France et de Rhône-Alpes qui sont attrayantes pour les services aux entreprises, des services marchands qui créent l’emploi.
L’emploi a donc augmenté en région, de 1 % sur toute l’année 2017. D’autres signaux positifs sont relevés par l’Urssaff, à savoir que la masse salariale continue à progresser en 2017 (+ 0,9 % au dernier trimestre 2017) et que les embauches de longue durée ont également tendance à progresser (+ 3,5 % en BFC contre + 3 % au niveau national). Cette progression de l’emploi au cours du quatrième trimestre 2017 se déroule dans tous les départements, même si on parle plutôt de stabilité en Côte-d’Or et dans la Nièvre. L’emploi frontalier augmente (1,5 % au quatrième trimestre 2017, 9 mois successifs de progression).
Effectivement, l’industrie crée des emplois pérennes sur la Bourgogne-Franche-Comté, avec plus de 400 emplois créés sur le dernier trimestre 2017, surtout dans la plasturgie et dans la fabrication de matériel de transport. Il faut tout de même noter des pertes dans la métallurgie et une baisse d’emploi dans l’industrie agroalimentaire, qui reste une des industries les plus représentatives de la région.
Dans la construction, il y a une fluctuation, puisque l’emploi avait baissé au troisième trimestre 2017 (-0,7 %) et a augmenté au quatrième trimestre (+0,4 %). Une stabilité est relevée dans le commerce, ainsi qu’une stabilité voire une légère augmentation dans les services.

«Un niveau non-connu d’intérimaires

depuis plus de dix ans»


Le point sur l’intérim - introduit telle une «souplesse permise aux entreprises» - a été livré par le directeur régional délégué de la Direccte, Dominique Fortea-Sanz : «Le travail temporaire est un indicateur très intéressant car il permet d’identifier et d’anticiper les variations de l’activité.
Fin 2017, en Bourgogne-Franche-Comté, nous avions près de 41 000 intérimaires recensés, un niveau non-connu depuis plus de dix ans. L’intérim est en hausse de plus de 14 %, alors qu’elle a augmenté de 8,2 % au niveau national. La fin de l’année 2017 semble marquer une baisse.
57 % de l’effectif intérimaire est employé dans l’industrie, alors qu’on a tendance à avoir une diminution de l’intérim dans les services, les commerces et la construction. Cette diminution, il ne faut pas la voir comme un élément négatif, car il y a un basculement de l’intérim vers le recrutement direct, plus stabilisé et pérenne. Il y a un effort réalisé par les entreprises en ce sens».

Une baisse du chômage de 0,7 %


Le chômage, calculé selon les critères du Bureau international du travail (une personne ne travaillant pas, pas même une heure, et en recherche active d’un emploi), est là le résultat de l’enquête Emploi réalisée par l’Insee sur un panel de 75 000 personnes.
Moïse Mayo a parlé du dernier sondage trimestriel 2017 : «Ce taux de chômage national était de 8,9 % au quatrième trimestre 2017, 8,6 % en France métropolitaine et 7,6 % en Bourgogne-Franche-Comté. C’est une constante depuis plusieurs années, le taux de chômage est moins important dans la région. Il a baissé de 0,7 % au cours du quatrième trimestre 2017, avec la baisse la plus importante sur le trimestre et sur l’année pour le territoire de Belfort (de -10,7 % à -8,7 %). La stabilité du taux de chômage est pour le Jura. L’écart entre les différents départements de la région se réduit (écart de 3,3 % il y a un an entre le département au plus fort taux de chômage et celui au plus faible, écart de 2,3 % au quatrième trimestre 2017)».

Baisse et transfert des demandeurs d’emploi


Pour terminer, Frédéric Danel, directeur régional de Pôle Emploi en Bourgogne-Franche-Comté, a développé le point sur les demandeurs d’emploi : «La catégorie A (situations actualisées chaque mois, personnes n’ayant pas du tout travaillé le mois précédent) est celle sur laquelle nous communiquons officiellement. En Bourgogne-Franche-Comté, elles représentent 125 000 personnes, inscrites à Pôle Emploi. Toutes catégories confondues (travail réduit ou travail temporaire), les demandeurs d’emploi représentent plus de 200 000 demandeurs d’emploi, 230 000 à 240 000 demandeurs d’emploi en Bourgogne-Franche-Comté.
Pour faire le lien avec l’intérim, on constate une hausse des demandeurs d’emploi dans les catégories B et C (+7,5 %). On a à faire à un transfert des demandeurs d’emploi.
Quant à l’évolution, la tendance est à la baisse. Dans la région, le nombre de personnes en catégorie A a baissé de 4 % au cours de l’année 2017. Les chiffres régionaux se distinguent du niveau national. La baisse est de 0,5 % dans la France entière. Cette baisse du chômage est essentiellement enregistrée chez les jeunes, depuis près de deux ans. En 2017, c’est une baisse de 8 % pour les jeunes.

Les points noirs :

le chômage de longue durée et la non-qualification


Quand on regarde les caractéristiques de ces demandeurs d’emploi, on voit qu’il y a plus d’hommes que de femmes. En Bourgogne-Franche-Comté, fin 2017, ils étaient 52 % contre 48 % de femmes. La part des seniors dans notre région est de 29 % contre 26 % au niveau national. C’est moins élevé autour des métropoles et plus important ailleurs (part des seniors de 32 % dans la Nièvre). La part des jeunes est la même qu’au niveau national : 17 %.
On a encore beaucoup de demandeurs d’emploi. On arrive à 40 % de chômeurs de longue durée (depuis plus d’un an, dont 20 % depuis plus de deux ans) dans notre région, comme au niveau national. Et on sait qu’au bout de six mois, un chômeur commence à décrocher dans la recherche d’un emploi…
L’autre caractéristique de la région est un niveau de formations moins élevé qu’au niveau national. Bacheliers ou plus représentent 38 % des demandeurs d’emploi, contre 45% au niveau national. Les demandeurs d’emploi non-qualifiés dans la région représentent 36 %, contre 32 % au niveau national.
En moyenne, quelqu’un enregistré à Pôle Emploi est inscrit 380 jours. Sur le dernier trimestre 2017, ce chiffre est en baisse de plus de 4 %. La durée au chômage se réduit mais insuffisamment, et c’est une moyenne.
Dernière chose, on constate à Pôle Emploi, via la collecte des offres d’emploi dans la région, que sur 127 000 offres collectées au cours de l’année 2017, il y a une augmentation de 25 % du nombre d’offres. Une preuve que les entreprises recrutent, dans tous les secteurs. Il y a de l’intérim certes, mais plus de 50 % sont des offres durables (CDD de six mois et plus). 53 %, 39 % de CDI et 14 % de CDD de plus de six mois. 89 % des offres ont été satisfaites, c’est à dire que le recrutement a été réalisé».

Mettre l’accent sur la formation dans divers aspects


A l’issue de cette présentation exhaustive, la préfète de région a conclu : «La situation de l’emploi s’améliore dans notre région. Le niveau du chômage reste quand même supérieur à celui de l’avant-crise, qui était de 6,1 %. En tout cas, le chômage n’a pas été aussi faible dans notre région depuis le premier trimestre 2009, donc l’amélioration est nette. L’activité a progressé. La clé aujourd’hui est de permettre aux entreprises de recruter, c’est à dire de faire en sorte qu’elles trouvent les qualifications dont elles ont besoin. Il faut travailler sur les freins à l’emploi identifiés notamment lors des rencontres territoriales organisées avec le Conseil Régional : la mobilité et le faible niveau de qualifications… Nous devons en région Bourgogne-Franche-Comté élever le niveau de qualifications, adapter les qualifications aux besoins des entreprises, lever les freins à la mobilité. Il faut être disponible et en bonne santé pour rechercher un emploi. A nous d’accompagner les demandeurs d’emploi».
Frédéric Danel a pu évoquer l’action menée par Pôle Emploi dans l’accompagnement des chômeurs de longue durée, vers le retour à l’emploi. La formation ouvrant justement des portes pour un retour à l’emploi est à accentuer selon le directeur régional, via le Plan d’investissements dans les compétences se traduisant par une aide globale de l’Etat à la Région de 26 millions d’euros.
«4 500 personnes seront formées avec Pôle Emploi en 2018». Frédéric Danel a enfin ajouté qu’il est aujourd’hui important de travailler en commun, notamment avec les Missions locales, le Conseil Départemental de Côte-d’Or, sur les parcours de formation, allant de la confiance en soi à la professionnalisation en quelque sorte.
Selon Christiane Barret, il s’agit de mettre «un pied à l’étrier» aux demandeurs d’emploi. Avec un travail sur les qualifications tels des passeports pour l’emploi. Sans oublier un travail sur le savoir-être, sachant que la «compétence comportementale» est l’une des premières retenues par les entreprises aujourd’hui.
D’ici à fin 2019, 100 000 demandeurs d’emploi au niveau national seront formés sur le savoir-être. Une prestation mise en place par Pôle Emploi depuis septembre 2017. Un travail sur la formation et contre la désocialisation, à mener en concertation avec les entreprises, surtout au contact des petites entreprises avec lesquelles la formation peut être disons partagée et développée en concertation.

Alix Berthier