jeudi 17 octobre 2019
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Bourgogne - Franche-Comté : Marie-Guite Dufay veut mobiliser de 60 à 100 millions d’euros pour une grande «révolution verte»

07/10/2019 03:15Imprimer l’article
Dans une longue interview, la Présidente du Conseil Régional de Bourgogne – Franche-Comté se montre marquée par les bouleversements climatiques.
«La sécheresse est une lame de fond»
Elle annonce une mobilisation exceptionnelle pour les années à venir, pour agir sur plusieurs leviers :
«La grande priorité, c’est la question climatique»


Marie-Guite Dufay confirme aussi qu’elle n’écarte absolument pas d’être candidate aux prochaines élections régionales, avec une affirmation en forme d’avertissement :
«Il faudra un rassemblement des forces de progrès pour faire barrage au Rassemblement National»



A quelques jours de la session de rentrée du Conseil Régional de Bourgogne – Franche-Comté, Marie-Guite Dufay a choisi de faire sa rentrée médiatique en nous accordant une longue interview. Elle parle avec son cœur devant la sécheresse qui a frappé une partie de la Région. Elle lève aussi une partie du voile sur le vaste plan d’investissement qu’elle compte engager et qui sera dévoilé en fin d’année, pour réaliser une véritable révolution verte.

Comment vous sentez-vous en cette rentrée 2019 ?
MARIE-GUITE DUFAY : «Je suis bien dans ce que je fais, même si cela est parfois, compliqué, douloureux ou bien».

Expliquez-vous ?
«Bien, car cela va faire bientôt 4 ans que nous menons collectivement la politique pour laquelle nous avons été élu. Et voit bien qu’après la mise en route, il a d’abord fallu se chercher. Les débuts ont été compliqués. Comme dans toutes les nouvelles régions qui ont été marquées par des fusions. C’était forcément plus compliqué qu’en Bretagne ou en Ile de France. J’avais l’angoisse qu’avec cette réforme des Régions, préparée de façon légère, seule la Bretagne serait dans la gestion. Je me disais : Qu’allons-nous faire ? De la gestion, certes, mais quoi pour le développement. Aujourd’hui, on voit qu’on fait du développement au service du territoire».

Comment le mesurez-vous ?
«Nous avons des stratégies d’attractivité que l’on ne peut contester. Et en même temps, on est dans la proximité. C’est vrai que pendant un an et demi les décideurs ne savaient pas à qui s’adresser… Mais nous avons su tisser un réseau d’acteurs économiques du territoire».

Vous avez employé le mot douloureux. Pourquoi ?
«Cette région Bourgogne – Franche-Comté a de grandes richesses, mais aussi de grandes zones de pauvreté. Quand je suis dans le Sud du Charolais, dans la Nièvre, dans le Nord Côte-d’Or, c’est très compliqué. Car pour être allée dans ces régions, on ressent et je ressens extrême la question climatique. Quand je vois les champs jaunes de la sécheresse, quand je vois la détresse des agriculteurs, je n’ai pas peur de le dire, je pleure. Parce que c’est terrible. N’oublions pas que la race charolaise est née et a prospéré de la qualité de ses prairies. Et là, la sécheresse qui a frappé une grande partie de notre région, c’est une lame de fond qui m’angoisse».

Que peut faire la Région ?
«Il faut travailler sur les ressources en eau et en énergie. Accompagner ceux qui en ont besoin. Sur tout on peut avoir des leviers. Mais chacun doit avoir conscience que ces leviers sont à long terme. On les active déjà. On l’a fait sur l’emploi. Sur la transition écologique il faut accélérer. Et ce qui est compliqué, ce sont les contrastes dans notre région où on trouve de grandes zones de pauvreté qui ont besoin de bénéficier du levier de la fraternité».

Vous vous êtes beaucoup déplacée au cours des derniers mois…
«Oui car je voulais voir les réalités du terrain. Ce qui m’a le plus impressionné, c’est que j’ai rencontré des habitants qui se prennent en main pour réfléchir à leur avenir. Je l’ai vu à Bibracte et c’était très fort. Car Bibracte c’est certes touristique, mais c’est une terre très pauvre. Et aujourd’hui, dans cette zone de montagne, leur terre est pauvre et elle a été brûlée par une sécheresse extrême. Le paysage va changer, on le sait, mais sur le terrain il y a une dynamique pour préparer l’avenir. Mais les douleurs que j’évoquais peuvent aussi être industrielles…»

Vous pensez à GE à Belfort ?
«Oui car General Electric c’est comme une épée de Damoclès. Car on est dans le poumon industriel de notre région. Où va-t-on si on a une déflagration sociale ? Où va-t-on si notre matière grise s’en va ? Face à cela, nous sommes impuissants, comme le sont toutes les Régions. Il y a un PSE mais il n’y a pas eu une seule réunion. L’intersyndicale a fait comprendre au Ministère qu’avant le PSE il fallait regarder ce qui peut continuer. Aujourd’hui le dialogue est entre Bercy et une intersyndicale très responsable».

Vous espérez toujours décrocher l’installation de l’usine de batteries pour les voitures électriques ?
«Soyons clair. On n’attendait pas la Bourgogne – Franche-Comté sur ce sujet. Et pourtant nous avons une très bonne position. Au niveau de l’Europe. Mais il y a aussi les Hauts de France. J’ai démontré aux dirigeants de PSA que notre dossier a un intérêt. Car notre région reste menacée à moyen terme, même s’il y a une diversification automobile.
C’est aussi pour cela que j’ai décidé de miser sur l’hydrogène. Il vaut mieux être en avance. Les constructeurs travaillent déjà. Il faut penser à l’avenir. C’est le sens du cluster de l’hydrogène».

Vous vous êtes rendue à l’assemblée des Régions à Bordeaux. Ca va mieux avec l’Etat ?
«Ce que je vois de bien, c’est qu’on a eu un congrès apaisé. Personnellement je ne suis pas favorable à une nouvelle décentralisation, même s’il y a des doublons sur la question économique.
Il y a des régions qui veulent réduire les passeoires thermiques. Sur ce sujet, il faut arriver à se coordonner avec l’Etat. En fait, ma demande principale, c’est de la vraie cohérence. On ne peut pas agir sur les passeoires thermiques sans moyens et sans une vraie volonté unanime et partagée».

La Cour des Comptes n’a pas été très tendre avec les nouvelles régions…
«Elle sait bien que les Régions ont la capacité d’avaler les nouvelles compétences».

Les dépenses ont été pointées du doigt…
«Mais de quelles dépenses parle-t-on ? Toutes les régions ne sont pas concernées par les mêmes obligations en matière d’insertion, de formation, mais aussi sur l’environnement. Concernant les personnels, oui nous avons harmonisé les régimes indemnitaires. Il fallait bien le faire. Alors oui, j’entends déjà les débats, les récriminations sur les dépenses. Mais ça sera stérile. La droite dira qu’on n’a pas fait d’économies. Mais c’est à terme que se feront les économies.
Moi je dis qu’aujourd’hui on a besoin de plus de rénovation énergétique. Et puis je remarque que la cour régionale des compte dit que l’on est bien».

Il y a un an, dans une interview à notre média, vous aviez assuré que vous ne vous interdisiez pas de vous représenter en 2021. C’est toujours d’actualité ?
«Oui, je le confirme, je ne l’exclue pas. Et je veux être très claire : Pour la prochaine élection régionale, il faudra un rassemblement des forces de progrès pour faire barrage au Rassemblement National. Un rassemblement large».

C’est-à-dire ? Comment le voyez-vous ?
«Avec moi ou pas moi, il faudra rassembler largement. Avec la gauche que je représente, avec des forces de progrès jusqu’au centre. Tout le monde devra regarder la réalité en face et prendre ses responsabilités».

Quelles sont vos priorités pour les mois et trimestres à venir ?
«La grande priorité, c’est la question climatique. Je suis de gauche et je sais bien que ce sont les personnes les plus précaires qui sont les plus menacées. Ce sont les agriculteurs et les éleveurs, les gens qui occupent des logements qui sont des passoires énergétiques. On n’est pas préparé. On se doit d’agir sur les modes de vie, sur les modes de déplacement.
A la Région, je le rappelle, nous avons mis en place l’éco-conditionnalité. Nous avons aussi obligation d’accompagner et d’aider les entreprises à rentrer dans la révolution verte. Nous avons agir sur les nouvelles mobilités, les alternatives à la voiture. Nous devons faire plus. Je l’ai déjà dit, nous devons aider pour le stockage de l’eau. Pour la forêt, nous devons travailler avec le Grand Est car nous avons les mêmes problématiques.
Il faut massifier nos interventions sur les logements. Il faut faire dix fois plus et vite».

Jusqu’où la Région peut-elle aller ?
«En matière d’investissements, on ne s’est pas contenté de faire 1+1=2, mais 3. Il faut des moyens. C’est pour cela que nous avons passé le budget des lycées en 60 à 110 millions d’euros».

Vous comptez investir plus ?
«Oui, par exemple sur la question de l’hydrogène, je veux que l’on monte de plusieurs dizaines de millions d’euros. Nous devons mobiliser pour tout. Pour les déplacements, pour la production d’électricité, pour la formation».

A quel niveau financier sera cette révolution verte ?
«Ce seront de 60 à 100 millions d’euros pour les années à venir. Cela concernera tous les domaines et ce sera aussi pour combattre les inégalités. On va aussi réunir une conférence des financeurs. Face aux enjeux, il ne peut pas y avoir que des finances et des subventions publiques. On travaille aussi main dans la main avec les Offices HLM».

Allez vous soutenir des listes pour les municipales ?  Soutenir des membres de votre majorité ??
«Non je ne compte pas le faire avant le premier tour. Ce que je sais, c’est que les maires progressistes, dans les villes, vont avoir à faire des alliances le plus large possible».
Recueilli par Alain BOLLERY