mardi 19 novembre 2019
L'ESTP Paris vient d'installer un campus à Dijon pour ses étudiants en travaux publics à l'occasion de la rentrée de septembre 2019. L'aménagement des locaux dans l'ancien bâtiment de la CPAM du quartier des Grésilles a été inauguré ce mardi.
Questions à...
Depuis mars 2018, Sophie Harent occupe la direction du musée Magnin. À l'occasion d'un nouvel accrochage, elle explique pour Infos-Dijon comment elle donne un nouveau souffle à ce musée national.
> Bourgogne - Franche-Comté > Bourgogne - Franche-Comté

CONSOMMATION : La start-up Phenix accompagne les supermarchés vers le zéro déchet alimentaire

10/09/2019 03:15Imprimer l’article
La lutte contre le gaspillage alimentaire est le feu qui nourrit ce Phenix des temps modernes. Les invendus de la grande distribution sont remis à des associations caritatives par son intermédiaire. Exemple à Autun où le magasin E.Leclerc a atteint le zéro déchet alimentaire dans le rayon fruits et légumes.
Deux heures avant l'ouverture, les employés du magasin E.Leclerc à Autun (Saône-et-Loire) s'activent afin de préparer de beaux rayons bien achalandés pour les clients. Ils complètent les stocks, testent l'état des emballages, vérifient les dates de consommation, inspectent les fruits et légumes... Depuis juillet 2017, une nouvelle tâche a été ajoutée à la routine matinale. En plus de trier les cartons et les plastiques à jeter, ils sont attentifs à lutter contre le gaspillage alimentaire en sauvant de la poubelle les produits qui peuvent être donnés à des associations caritatives.



Zéro déchet alimentaire au rayon fruits et légumes


Ce 28 août 2019, Alexandra Guyon, responsable d'antenne Bourgogne-Franche-Comté pour l'entreprise Phenix, effectue sa tournée de suivi mensuel dans ce supermarché avec Alain Gauthey, responsable des produits frais (lire notre article sur les actions de Phenix pour les particuliers). Depuis deux ans Phenix intervient pour accompagner l'enseigne dans sa lutte anti-gaspi. Auparavant, Stéphane Adam, le directeur du magasin E.Leclerc à Autun, avait mis en place de façon empirique des dons pour Le p'tit marché, une épicerie sociale et solidaire – fondée en 1998 par la Croix-Rouge, le Secours catholique et l'Association familiale de l'Autunois – qui aide près de 800 bénéficiaires par an.

L'intervention de Phenix a contribué à optimiser le tri des produits. Résultat : la proportion de don parmi les invendus alimentaires est passée de 13% à 70% en moyenne. Mieux, ce supermarché a atteint le zéro déchet alimentaire dans le rayon fruits et légumes en combinant don pour les associations et don pour l'alimentation animale d'un élevage porcin local (des biodéchets de catégorie 3). Selon Alexandra Guyon, cette réussite est due à «un tri de super qualité» par les employés du supermarché.

Plus concrètement, avant juillet 2017, le magasin E.Leclerc à Autun donnait un équivalent de 9.250 repas par mois (dons alimentaires et non-alimentaires). En 2019, du fait de son partenariat avec Phenix, ce magasin revendique le don de 25.000 repas par mois . Presque un triplement de ce qui est remis aux associations caritatives.

À noter que le recensement des associations caritatives de la région a aussi permis à la responsable d'antenne de mettre en relation le magasin avec une épicerie sociale supplémentaire, Le cœur dijonnais, qui effectue une tournée le samedi.

Sensibilisation à la réduction du gaspillage alimentaire


Après la contractualisation de E.Leclerc avec Phenix, Alexandra Guyon est intervenue pour former les salariés. Elle a effectué «des sessions de sensibilisation et de formation aux pratiques de don, aux pratiques de réduction de gaspillage» en salle et en rayon, concernant les différentes typologies de produits, auprès de tous les employés du magasin.

Le salarié chargé de la réception des chargements est un pilier de la pratique anti-gaspi puisque c'est lui aussi qui gère la mise à disposition des chariots ou des caisses pour les bénévoles des associations quand ils viennent chercher les dons. Il vérifie la liste des produits qui ont été scannés avant d'être placés dans les caisses de dons et procède aux démarches administratives.

Limiter la perte des supermarchés


En plus de la réglementation, les supermarchés mettent en place des chartes de fraîcheur pour limiter les produits en rayon s'approchant de la date de consommation. À présent, certains magasins disposent aussi des bacs où retrouver des produits en «date courte» faisant l'objet d'une promotion.

Certains produits sont interdits au don aux associations caritatives : viande hachée, abats, crustacés, ruptures de la chaîne du froid... L'objectif de Phenix est de faire en sorte que «cette casse résiduelle, aussi pour le magasin, soit la plus petite possible parce que c'est de la perte sèche». Une perte faute de vente mais aussi un coût du fait des déchets à évacuer. Par son intervention, Phenix a contribué à diviser par trois le coût lié aux biodéchets du supermarché E.Leclerc à Autun.

«Ça me rendait malade» de devoir jeter des produits consommables


À présent bien intégré par les employés, ce tri des produits à donner ne prend que quelques minutes. L'emplacement des zones de don a été défini en concertation avec les équipes afin de ne pas perturber leurs déplacements. Pierre, un salarié, confie qu'il a «été content» de voir intervenir Phenix car «ça [le] rendait malade» de devoir jeter des produits consommables : «il y a certaines associations qui les donnent à des familles qui en ont besoin. On parle de gâchis et d'écologie, c'est mieux que d'y mettre à la poubelle». Dans le magasin, «tout le monde en est content» selon lui. Alain Gauthey, responsable des produits frais depuis 2008, confirme le sentiment des employés : «c'est plus valorisant par rapport à leur métier. Ils peuvent aider des personnes démunies».

La responsable d'antenne régionale effectue régulièrement un suivi du côté des associations recevant les dons pour vérifier l'adéquation entre la pratique de l'enseigne et le fonctionnement de l'association. Pour autant, les associations doivent s'adapter aux contraintes logistiques du magasin en venant notamment en milieu de matinée, après que les livraisons soient passées. Ce matin-là, les bénévoles effectueront deux rotations avec leur camionnette frigorifique pour prendre en charge toutes les caisses préparées par l'équipe du supermarché. Alain et Roger font deux livraisons par semaine pour Le p'tit marché, depuis un an, «pour rendre service à ceux qui sont en difficulté».

Diviser par deux le gaspillage alimentaire d'ici 2025


Selon la FAO, dans le monde, environ un tiers des aliments produits dans les champs des agriculteurs n'arrivent pas dans une assiette. À ces pertes regrettables s'ajoutent les émissions de gaz à effet de serre ou les usages de pesticides pour produire les matières premières agricoles en question. Pour lutter contre ce phénomène, des dispositions législatives ont été adoptées au sein de deux lois récentes. La loi relative à la Lutte contre le gaspillage alimentaire du 11 février 2016 et la loi Agriculture et Alimentation (EGAlim) du 1er novembre 2018. L'objectif est de diviser par deux ce gaspillage d'ici 2025.

La loi du 11 février 2016 interdit aux magasins de jeter des produits non périmés. Fini le scandale de l'eau de Javel déversée sur des produits encore consommables pour éviter que des personnes viennent fouiller dans les bennes à l'arrière des grandes surfaces. La mission Garot préfigurant la loi en question avait évalué à 13,6% la part de gaspillage alimentaire due aux grandes et moyennes surfaces. La loi EGAlim, dont les ordonnances sont en cours de rédaction, a étendu à la restauration collective et à l'industrie agroalimentaire l'encadrement des invendus alimentaires.

Les supermarchés sont amenés à jeter environ l'équivalent de 2% de leur chiffre d'affaire. Jusqu'en 2016, ces déchets étaient détruits, ce qui coûtait au magasin en mobilisant un prestataire pour cela. Depuis le dispositif «Coluche» de 1981, l'État propose un crédit d'impôt de 60% de la valeur hors taxe des produits non détruits et donnés.

Un modèle économique basé sur la performance de don


La start-up Phenix a été fondée en mars 2014 par Baptiste Corval et Jean Moreau. Phenix récupère des invendus auprès de la grande distribution (Auchan, Carrefour, Super U...) ainsi qu'à la fin d’événements comme les grands festivals (We love green, Rock-en-Seine...). Les produits sont ensuite distribués gratuitement à des associations caritatives (Resto du Cœur, Croix-Rouge, Banque alimentaire...), des épiceries sociales ainsi qu'à des parcs animaliers.

Le modèle économique repose sur la performance de don d'un magasin. Une étude est réalisée avant l'intervention et une commission de 18% est prélevée sur les dons supplémentaires obtenus grâce à Phenix. Jean Moreau évoque ainsi un système «gagnant-gagnant». Au niveau national, Phenix revendique la redistribution de l'équivalent de 100.000 repas par jour grâce à la valorisation des invendus alimentaires en dons aux associations caritatives. Phenix, installé dans 25 villes, aurait 1.400 partenaires.

Phenix visait un chiffre d'affaire de 10 millions d'euros en 2018. Pour continuer de se développer à l'international, la start-up a levé 15 millions d'euros à l'automne 2018 auprès d'Environmental Technologies Fund, BPI France, Sofiouest et Crédit Mutuel Arkéa.

«Accompagner les professionnels vers l'anti-gaspillage»


Aux yeux d'Alexandra Guyon, la création de Phenix répond à «un constat sans appel» : «d'un côté, des poubelles, notamment de la grande distribution, mais des professionnels dans lesquelles on retrouvait des invendus encore consommables et, de l'autre, des associations caritatives qui se retrouvaient avec des subventions qui sont en baisse voire qui stagnent» et «malheureusement de plus en plus de travailleurs pauvres qui ont besoin de cette aide alimentaire».

Au milieu de tout cela, «potentiellement, cette possibilité de faire en sorte d'accompagner ces professionnels vers l'anti-gaspillage avec des solutions de prestation de service, d'outils, de technologies et de plateformes numériques pour faire en sorte que ces produits-là, qui sont encore consommables, puissent être donnés et valorisés auprès des personnes qui en ont vraiment besoin, c'est à dire des bénéficiaires des associations caritatives».

Le travail de Phenix n'est pas la collecte des invendus et leur redistribution, c'est de «rentrer à l'intérieur des poubelles des magasins et changer, former et sensibiliser les salariés des magasins avec les équipes de direction pour faire en sorte que le moindre produit qui pourrait encore être donné ne fasse pas rayon-poubelle mais rayon-roll de dons pour les associations caritatives puis ensuite que l'association puisse se présenter au magasin en ayant à disposition des produits bien triés, de qualité qui puissent ensuite être donnés dans de bonnes conditions d'hygiène de chaîne alimentaire aux bénéficiaires». Un travail dont l'ambition «est de faire qu'il y ait zéro déchet alimentaire à l'intérieur de leurs poubelles et on y arrive».

Jean-Christophe Tardivon