lundi 10 décembre 2018
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Le préfet de Côte-d'Or et de Bourgogne-Franche-Comté, Bernard Schmeltz, a réagi ce samedi pour Infos-Dijon.
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DIJON : Bientôt les premiers élèves de l'école d'apiculture fondée par Arnaud Montebourg

04/12/2018 17:55Imprimer l’article
La composition de la première promotion de l’École des Hautes Études en Apiculture installée à Dijon est définie. Les inscriptions ont été closes le 28 novembre dernier et les personnes retenues apprendront prochainement qu'elles pourront démarrer le cursus en janvier 2019 pour être formées au métier d'apiculteur.
En 2008, Arnaud Montebourg, alors député PS et président du conseil général de la Saône-et-Loire, rencontre Hervé Berthot, un apiculteur de La Frette qui compte dans le département. Leurs échanges sur les questions apicoles marqueront le futur ministre de l’Économie de François Hollande. Après avoir quitté le gouvernement, en 2014, l'homme politique devenu homme d'affaire est alerté, notamment par Gilles Fert, apiculteur professionnel dans le Béarn : les apiculteurs prenant leur retraite peinent à trouver des successeurs et un manque de formation se fait sentir.

«La veine d'Arnaud Montebourg : le made in France»


La réflexion face à la situation des apiculteurs fait son chemin et fin 2017 sont créées la Société d’Élevage et de Repeuplement des Abeilles de France (SERAF, la société qui porte la marque «Bleu Blanc Ruche») et l’École des Hautes Études en Apiculture (EHEA) installée dans les locaux de la Maison Régionale de l'Innovation, à Dijon. Paul Fert, fils de Gilles Fert, est directeur général de l'EHEA et directeur technique de la SERAF. Pour Infos-Dijon, il explique le sens du projet : «on retrouve la veine d'Arnaud Montebourg : la made in France, maintenir ou créer des emplois sur le territoire, en l’occurrence des emplois ruraux». Selon Arnaud Montebourg, «Bleu Blanc Ruche est une marque de miels de repeuplement garantis 100% français, respectueux des abeilles, des apiculteurs et des consommateurs».

Si l'ancien ministre insiste sur le respect des abeilles, c'est que ces insectes pollinisateurs sont en danger, ce qui est souligné dans les documents de présentation de la nouvelle marque de miel. Des chercheurs allemands sont parvenus à chiffrer l’impact de ces évolutions sur la biodiversité : en 30 ans, plus de 75 % des insectes volants, dont font partie les abeilles, ont disparu en Europe. Pourtant, l’abeille mellifère est décisive dans le processus de pollinisation : l'agence de l’ONU IPBES indique que 35 % de notre alimentation dépend de l'action des insectes pollinisateurs. En 2015, l'Union Européenne a publié une étude révélant que sur 1.200 miels d'importation, plus de 30 % présentaient un caractère frauduleux.

Un miel «Origine France Garantie» conditionné à Dijon


La SERAF achète du miel à différents apiculteurs en France, l'analyse, le stocke et le conditionne chez Apidis, à Dijon, puis le vend sous la marque Bleu Blanc Ruche. Les bénéfices servent à financer l'EHEA qui n'a pas, en elle-même, vocation à avoir une rentabilité économique mais d'être à l'équilibre. Le capital de la SERAF est de 280.000 euros apportés par Arnaud Montebourg, Isaac Sharry (acteur et producteur de cinéma), Eric Dailey (directeur général du maroquinier Le Tanneur) ainsi que deux groupes d'apiculteurs professionnels (GAEC des Ruchers du Born et BEEOPIC).

Créé en 2010, le label «Origine France Garantie» est maintenant bien connu dans l'industrie et le textile ; pour autant, Bleu Blanc Ruche est la première marque de miel à le recevoir. Pour se voir décerner ce label, il faut qu'au moins 50% du coût de revient soit réalisé en France et que le produit prenne ses caractéristiques essentielles en France. Un audit complet a été mené par l'organisme français de normalisation, l'AFNOR. «Le miel est forcément français mais on peut aller plus loin : au niveau de l'étiquette, de la capsule, du pot en verre ou du plastique, le carton qui emballera le tout» et c'est donc le cas des pots Bleu Blanc Ruche selon le directeur technique. De plus, certains miels de la gamme sont bio ou relèvent d'une Indication Géographique Protégée.

Le prix des pots est celui du miel haut de gamme du fait des contraintes soulignées par Paul Fert : «c'est toute la problématique du made in France : souvent, on a des contraintes que n'ont pas les pays étrangers, on a souvent un coût de la main-d’œuvre un peu plus important, on a des frais de structure, une imposition qui est différente donc il faut 'se battre' pour que le produite made in France est différent, qu'il a des qualités différentes et c'est le cas du miel. On ne peut pas produire le même miel d'acacia ici et ailleurs dans le monde, etc.». En contrepartie, «vous voyez le nom des apiculteurs sur les pots de miel, vous savez qui vous soutenez !»

La marque a été dévoilée via une campagne de pré-ventes sur la plateforme de financement participatif Ulule en septembre 2018. Des ventes qui ont généré plus de 90.000 euros, constituant ainsi un apport en trésorerie pour lancer effectivement la marque. Les pré-ventes ont pu aussi donner des indications sur les préférences des consommateurs selon les types de miel : acacia et fleurs sauvages, c'est-à-dire des miels liquides et doux. Paul Fert souhaite faire connaître d'autres miels : «le challenge que l'on a, c'est de faire découvrir des miels originaux ; bourdaine, bruyère cendrée, arbousier...». La marque et l'école devraient proposer dans le futur des initiations à la dégustation de miel pour faire voyager les papilles.

Des apiculteurs mieux rémunérés


Une quarantaine d'apiculteurs se sont engagés aux côtés de la SERAF dont deux de la Côte-d'Or (près d'Arc-sur-Tille et Is-sur-Tille). En 2018, la SERAF leur a acheté 140 tonnes à tous ces apiculteurs. La SERAF se fait une vision du marché au travers des retours des professionnels. Paul Fert précise que l'«on est toujours un peu supérieur à ce qui peut se faire au niveau des autres acheteurs principaux en France». Selon nos informations, le surcoût varierait de +5 % à + 100% selon les miels. Pour l'instant, 50 tonnes de miel Bleu Blanc Ruche ont été vendues. L'objectif est d'atteindre les 150 tonnes en 2019.

À ce jour, les miels Bleu Blanc Ruche se trouvent dans les linéaires de magasins Franprix en région parisienne : «on voit que la grande distribution a aussi envie d'évoluer, vers une meilleure traçabilité et des produits de plus grande qualité» selon Paul Fert. On peut aussi acheter les miels en ligne sur le site web de la marque. À noter qu'il n'y a pas de frais de livraison pour les consommateurs retirant leur commande chez Régis Martelet à Marsannay-la-Côte, en périphérie de Dijon.

Le directeur technique remarque une très forte demande de miels bio de la part des consommateurs : «cela permet à l'apiculteur d'être mieux rémunéré même si cela implique une adaptation au niveau de son exploitation. L'apiculture est un métier technique à maîtriser et le bio rajoute un peu plus de technicité». Il ajoute : «on a à cœur de sensibiliser au bio les apiculteurs en formation ou ceux qui sont déjà installés». Actuellement, sur les douze miels de la gamme, il y a quatre références de miel labellisé AB : lavande, fleurs sauvages, acacia et châtaigner. Ils sont produits par quatre apiculteurs en agriculture biologique qui seront rejoints par au moins deux autres dans un an. La SERAF continue de chercher des apiculteurs pouvant l'approvisionner en miel certifié bio.

«L'apiculture, un métier qui a beaucoup de sens»


En France, il y a 1.600 professionnels exclusifs, 1.600 pluriactifs (ayant de 50 à 200 ruches) et 50.000 apiculteurs de loisir (entretenant moins de 50 ruches). La France ne produit que la moitié du miel qu'elle consomme, il y a donc de la place pour de nouveaux apiculteurs. D'autant plus que beaucoup de départs à la retraite vont avoir lieu dans les cinq à dix années qui viennent. Actuellement, on entre dans le métier en étant autodidacte ou en suivi une formation générale en lycée agricole. En articulation étroite avec la marque Bleu Blanc Ruche, Arnaud Montebourg a souhaité créer une formation spécialisée au sein de l’École des Hautes Études en Apiculture. L'EHEA est une société par action simplifiée avec 2.000 euros de capital, Arnaud Montebourg en est le président.

Paul Fert explique que l'«on peut devenir apiculteur au titre d'une reconversion. La moyenne d'âge est autour de 40 ans, quand on s'installe apiculteur, on a déjà une expérience, souvent de l'apiculture amateur parce que c'est une passion, que l'on ait une ruche ou quatre-cents, cela reste une même passion». Il souligne que l'«on ne peut pas s'improviser apiculteur ; dédier une année à ça, ce n'est pas de trop». Suivre une formation permet d'être entouré, de construire un projet d'installation avec des professionnels de la formation et d'étudier la gestion.

Durant six mois, de janvier à fin juin, les élèves se verront dispenser 400 heures de formation et suivront 400 heures de stage dans des exploitations professionnelles (partenaires ou non de Bleu Blanc Ruche) partout en France, suivant leur projet d'installation. Ils seront formés par «des intervenants parmi les meilleurs dans leur spécialités» selon le directeur de l'EHEA. L'école s'est associée avec le CFPPA de Vesoul Agrocampus (Haute-Saône) dont le rucher pédagogique de 40 ruches sera mis à profit. Les élèves seront encouragés à effectuer un stage optionnel, rémunéré, de trois mois à l'étranger (Argentine, Chili, Nouvelle-Zélande, Australie...) financé par des bourses de 1.000 €.

Pour cette formation, l'EHEA travaille avec de nombreux partenaires : apiculteurs professionnels, formateurs, techniciens et scientifiques issus de structures telles que les Associations de Développement Apicole (ADA), l’Association Nationale d’Élevage de Reines et des Centres d’Elevage Apicoles (ANERCEA), l’Institut National de Recherche Agronomique (INRA), l’Institut Technique et Scientifique de l’Apiculture et la Pollinisation (ITSAP-Institut de l’abeille), le Museum National d’Histoire Naturelle (MNHM) et Vesoul Agrocampus.

Créer une exploitation avec au moins 100 ruches demande un investissement d'environ 100.000 euros. L'objectif revendiqué de l'école est que les futurs apiculteurs professionnels atteignent l'autonomie financière, avec environ 400 ruches, trois ans après leur formation. Il existe des aides à l'installation et des aides au développement par FranceAgriMer et l'Union Européenne, ces aides permettant aussi d'accéder à des prêts bancaires à des taux bonifiés. De plus, la SERAF pourra éventuellement entrer au capital de la nouvelle exploitation apicole, à hauteur maximum de 49 %, via ce qui pourrait ressembler aux business angels que l'on connaît dans le capital-risque et le monde des starts up.

La Région soutient cette nouvelle formation en apiculture


En 2019, la formation est ouverte à des demandeurs d'emploi, douze places étant financées au titre de la formation professionnelle continue via Opcalia (l'hébergement restant à la charge du stagiaire). En 2020, le financement devrait être ouvert aux comptes personnels de formation (CPF) de salariés. L'EHEA a été soutenu à hauteur de 50.000 euros par le conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté pour accompagner le lancement en 2018, le soutien devrait diminuer en 2019. Du mécénat et les bénéfices de la SERAF prendront le relais. L'EHEA a un budget de 150.000 euros pour 2019. L'école est locataire de ses bureaux situés à la Maison Régional de l'Innovation à Dijon.

Jusqu'au 28 novembre 2018, une cinquantaine de personnes a candidaté pour la promotion 2019 de l'EHEA. Paul Fert est ravi de cet attrait : «il y a beaucoup de gens qui ont envie de donner du sens à leur activité. C'est au carrefour de plein de choses l'apiculture : on touche à l'environnement, on touche à un produit alimentaire, il y a le contact avec l'animal, on est dans la nature, il y a la quête de la liberté. C'est un métier qui a beaucoup de sens. Je trouve que c'est le plus beau des métiers, vivre de sa passion, c'est magnifique». Un jury a étudié les candidature : motivation, expérience, projet professionnel... Ce début décembre, douze personnes vont apprendre qu'elles sont retenues pour la première promotion de cette nouvelle formation en apiculture.

Jean-Christophe Tardivon



La Maison Régionale de l'Innovation, à Dijon, où sont situés les bureaux de l’École des Hautes Études en Apiculture



Paul Fert est directeur technique de la SERAF et directeur général de l’École des Hautes Études en Apiculture



Un pot de miel de la marque Bleu Blanc Ruche



La nouvelle marque de miel a reçu le label Origine France Garantie.



Un apiculteur dans le Morvan (image d'illustration)



Ancien président du conseil général de la Saône-et-Loire, ancien ministre de l'Économie, Arnaud Montebourg est à l'origine de la création de l’École des Hautes Études en Apiculture et du lancement de la marque de miel Bleu Blanc Ruche (image d'archive)


 
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