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DIJON : Forte mobilisation pour la manifestation dénonçant les violences faites aux femmes

24/11/2019 03:15Imprimer l’article
À l'appel du Collectif du 25 Novembre, 1.000 personnes ont manifesté ce samedi à Dijon. Si le violet était la couleur de ralliement, plusieurs nuances étaient sensibles selon les approches des groupes présents. Retrouvez l'ensemble des revendications du collectif qui vont au-delà de la dénonciation des féminicides.
Les violences faites aux femmes ainsi que les violences sexistes et sexuelles en général, mobilisent de plus en plus. Au plus fort de la marche de ce 23 novembre 2019, environ 1.000 personnes manifestaient dans les rues du centre-ville de Dijon pour dénoncer ces atteintes à la dignité allant de l'invective jusqu'au meurtre. C'est trois fois plus de monde que la marche de l'an passé (retrouver notre reportage).







L'appel était national. Une marée violette a déferlé à Paris avec 49.000 participants. Violette, de la couleur associée aux féministes depuis le XIXème siècle. Dans la Bourgogne-Franche-Comté, deux manifestations étaient organisées. À Besançon, environ 500 personnes étaient présentes selon les médias locaux. L'appel régional a donc contribué à faire grossir le flot de la vague violette cherchant à faire pression sur le gouvernement qui dévoilera des mesures ce 25 novembre 2019, jour de la clôture du Grenelle contre les violences conjugales.

De #NousToutes au Collectif du 25 Novembre


Le 25 novembre correspond à la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l’égard des femmes. Elle a été choisie par les Nations Unies pour commémorer l'assassinat de trois sœurs militantes politiques par le dictateur Rafael Trujillo en République dominicaine, le 25 novembre 1960. En France, la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations Marlène Schiappa avait déjà choisi une date particulière, le 3 septembre 19, pour communiquer sur Violences Femmes Info, le numéro d'écoute anonyme et gratuit des victimes de ces violences, au 3919.

C'est aussi le nom que s'est choisi un nouveau collectif actif à Dijon. La manifestation du 24 novembre 2018 avait été organisé par un collectif se revendiquant du mouvement #NousToutes lancé dans la foulée des messages #MeToo ayant surgi sur les réseaux sociaux du fait de l'affaire Weinstein. Ce samedi, les références à #NousToutes ne sont plus de mise.

Plusieurs nuances de violet


Les avant-postes étaient occupés par les membres du Collectif du 25 Novembre ainsi que par les danseuses de la troupe MLIT de Chenôve que l'on retrouva pour un happening en fin de déambulation. En milieu de cortège, avec une certaine distance parfois, les adhérentes du Collectif Droits des Femmes 21 et du Centre d'Information sur le Droit des Femmes et des Familles de Côte d'Or (retrouver notre article sur les dispositifs d'aide aux victimes et notre interview de la directrice de Solidarité Femmes 21). Des «gilets jaunes» étaient aussi présentes pour dénoncer «toutes les violences» (après la dispersion de la manifestation, une cinquantaine de «gilets jaunes», ont voulu se diriger le centre-ville en passant devant la préfecture, quelques policiers et des gaz lacrymogènes répandus sans sommation les en ont dissuadé).

On retrouvait aussi une banderoles du NPA défendant les migrantes, les chômeuses, les salariées et les retraitées, une banderole concernant le réalisateur Roman Polanski. Derrière la banderole du Collectif Droits des Femmes 21, l'«Hymne des femmes» a été plusieurs fois entonné sur l'air du «Chant des marais».

Pour des questions de sécurisation du centre-ville, le parcours avait été modifié par la préfecture à la veille de cette manifestation déclarée. C'est donc bien après l'heure prévue – le temps pour les personnes présentes place Darcy de retrouver le rassemblement – et après quelques prises de parole pour rappeler l'origine de 25 novembre, que la tête de cortège s'est mise en marche. Une tête de cortège excluant «les hommes cis» car «exclusivement dédiée à la présence des femmes, personnes trans et non binaires» ainsi qu'Eva l'a annoncé au micro [NDLR : un «homme cis» s'identifie à son sexe biologique de naissance].

Soutien à l'accompagnatrice scolaire Fatima E.


Avant le départ du cortège, les participantes et les participants – car les hommes étaient nombreux à se mobiliser aussi – pouvaient choisir des pancartes qui avaient été réalisées en amont lors d'ateliers de préparation. Des slogans inventifs, revendicatifs mais aussi la terrible énumération des noms et âges des femmes victimes de meurtre par conjoint durant cette année 2019.

La déambulation a été ponctuée d'arrêts pour des prises de paroles, des expressions de revendication ou des annonces de soutien (retrouvez les revendications du Collectif du 25 Novembre ci-dessous). Le stop de soutien à Fatima E., accompagnatrice scolaire ayant subi les foudres du leader du groupe du Rassemblement National au conseil régional le 11 octobre dernier pour s'être présentée avec les cheveux couverts d'un foulard noir en assemblée plénière a été particulièrement applaudi (retrouver notre article sur une manifestation de soutien le 18 octobre 2019).

Une femme au visage masqué a lu au mégaphone un texte de Lallab, une association de femmes musulmanes revendiquant le droit de porter un foulard sans être stigmatisées. Lallab s'insurge devant le projet de loi des sénateurs LR interdisant les signes religieux ostentatoires sur les parents accompagnant des sorties scolaires [NDLR : en minorité au Sénat, les élus LREM, socialistes et communistes ont voté contre ; le texte doit maintenant être examiné en commission à l'Assemblée nationale où LREM est majoritaire]. L'association dénonce aussi «l'acharnement sexiste, raciste et islamophobe de la classe politique qui, avec la complicité des médias, contribue à banaliser un discours xénophobe visant les musulmans et musulmanes».

«Violences machistes, offensive féministe»


Entre les prises de parole, les slogans furent joyeux mais néanmoins déterminés : «violences machistes, offensive féministe», «la vie est trop courte pour s'épiler la chatte», «sororité pour mieux régner», «travail égal, salaire égal», «tant qu'il le faudra, féministe anti-capitaliste», «anti-anti-antisexisme», «mais que fait la police, elle ferme les yeux» ou encore «ne nous regardez pas, rejoignez-nous».

Parmi les personnalités participant au rassemblement, on pouvait notamment retrouver le député LREM de la Côte-d'Or Didier Martin, deux conseillères régionales de la majorité, Elise Aebischer (Générations) et Francine Chopard (PRG-Centre gauche), la conseillère municipale et départementale PS Colette Popard, le secrétaire de la section PS de Dijon Antoine Hoareau, la secrétaire départementale de la CGT Sandrine Mourey, le secrétaire général du Mouvement radical social-libéral de Côte-d’Or Maxime Moulazadeh (lire notre article sur une table-ronde organisée par le MRSL), le secrétaire national de Solidaires Élie Lambert, le président de la Jeunesse musulmane de France en Bourgogne Mohamed Ateb (lire notre interview). Il y avait aussi des candidats dijonnais aux élections municipales comme Arnaud Guvenatam (La France Insoumise) ou encore Stéphanie Modde (Europe Écologie Les Verts).

Opposition à «l’ensemble des politiques néolibérales mortifères du gouvernement»


La manifestation a débouché dans le calme place de la République où les danseuses et le danseur de MLIT ont pu exprimer leur vision des violences conjugales par une émouvante chorégraphie. La tribune du Collectif du 25 Novembre rédigée pour cette marche a été lue à plusieurs voix puis des représentants d'autres structures ont pris la parole comme le Planning familial 71. En revanche, les militantes historiques du Collectif Droits des Femmes 21 ne sont pas intervenues (lire le communiqué de l'UFAL 21) alors que les membres du Collectif du 25 Novembre considèrent que «[le] gouvernement s’assoit sur 40 ans de militantisme féministe».

Jean-Christophe Tardivon


La tribune du Collectif du 25 Novembre lue ce samedi 23 novembre

La mobilisation féministe connaît un nouvel élan dans le monde entier depuis 2015 et l’apparition d’un mouvement de lutte contre les féminicides en Amérique Latine : le mot d’ordre depuis est «Ni una menos» («pas une de moins»). Puis il y a eu Me Too et Balance ton porc. En France la prise de conscience commence réellement en 2019, aussi grâce à des militants et militantes qui s’acharnent à compter le nombre de féminicides qui ont lieu tous les 2 ou 3 jours. A ce jour nous comptons 137 féminicides [NDLR : huées dans l'auditoire]. La colère provoque aujourd’hui le besoin d’une action dans la rue !

Alors que le patriarcat cherche à nous maintenir dans une attitude passive, nous nous construisons et nous nous positionnons pleinement comme sujet politique. Lutter contre les violences nous permet de faire l’expérience du combat collectif à propos d’une violence vécue dans la sphère privée mais aussi dans le cadre du travail et de l'espace public. S’organiser par nous-même nous permet de pousser à la prise de conscience et aux actes concrets contre les violences et les féminicides. C’est aussi l’occasion de créer des espaces de parole et de sororité, nécessaires pour traiter les violences subies et permettre la reconstruction via une prise en charge collective.

Sans surprise, ce gouvernement s’assoit sur 40 ans de militantisme féministe et d’accompagnement des victimes pour proposer des mesures hors-sols qui n’entreront en vigueur qu’en 2020 ou 2021 [huées]. On nous annonce un milliard d’euros, mais on ne nous précise pas que seuls 50% sont confirmés et que 75% sont destinés à la coopération internationale. Nous voulons des moyens pour des besoins précis et identifiés depuis longtemps par les associations de terrain : plus de moyens pour les associations et les lieux d’accueils, des possibilités d’hébergement sans conditions, l’accès gratuit à un suivi médical et psychologique, un traitement réel des plaintes et des appels des victimes, l’éloignement de l’agresseur, de véritables campagnes nationales de prévention, des formations à tous les étages des professionnels, une autre politique d’éducation nationale intégrant l’apprentissage au respect des autres, au consentement et contre toutes les discriminations [applaudissements].

Par ailleurs, une politique contre les violences faites aux femmes conséquentes ne peut être menée en parallèle de la casse des services publics, de l’assurance chômage et des retraites qui précarise toujours plus les femmes et nuit à leur autonomie. Nous sommes d’autant plus vulnérables que nous sommes précaires, discriminées au travail, enfermées dans des métiers difficiles, peu reconnus et sous-payés, avec des retraites qui ne nous permettent pas de vivre dignement. Pour cela, nous nous opposons aussi à l’ensemble des politiques néolibérales mortifères du gouvernement ! [applaudissements]

Nous exigeons une réponse globale car les féminicides ne sont pas des faits isolés. Lutter contre les violences ne se fait pas seulement par des actions pédagogiques individuelles. Les violences sexistes et sexuelles s’inscrivent dans un système qui permet et maintient l’oppression des femmes, des trans et des non-binaires. Les bases du Collectif du 25 Novembre s’inscrivent dans cette démarche de convergence des luttes féministes : nous considérons indispensable de faire entendre les voix de celles-ceux pour qui les violences sexistes et sexuelles sont une expérience inséparable du racisme, de la précarité sociale, des discriminations hétéro-cis-sexistes, qu’elles-ils subissent au quotidien. Notre féminisme est intersectionnel, solidaire et inclusif, contre toutes les formes d’oppressions, dans le monde entier.

Pour une solidarité féministe avec toutes les victimes d'oppression dans le monde entier. Tant que les agresseurs dormiront en paix, nous n’arrêterons pas de lutter. [applaudissements]

Nous dénonçons l’inaction du gouvernement, qui préfère un Grenelle écran de fumée, qui manipule un budget pour faire croire que des fonds ont été donnés, qui ne parle que de l’ouverture d’un numéro d’urgence... mais qui n'ouvre pas des lieux d'hébergement, ne donne pas de moyens financiers pour aider les victimes à se reconstruire, sans réformer en profondeur un système judiciaire qui parle encore de crime passionnels. [huées]

Nous dénonçons aussi l’hypocrisie de l’État qui n’accueille pas les migrantes et migrants victimes de multiples traumatismes. Nous sommes dans un état d’urgence et il est temps d'agir . [applaudissements]

Nous dénonçons le climat d’austérité de ces dernières années qui nous précarise. Qui est à temps partiel ? Qui a des moins salaires ? Qui est le plus impactées par la suppression des emplois aidés ? La baisse des financements de l'hôpital public ? La réforme des retraites ? Qui ? C'est nous, les femmes ! [huées]

Nous dénonçons la dépossession de nos corps. Nous dénonçons la banalisation des violences médicales, la fermeture des centres IVG et des maternités. Nous réclamons la gratuité de l’avortement, des moyens de contraception, et l’ouverture de la PMA sans discrimination de genre et nationalité. C'est nos corps, nos choix ! [forts applaudissements]

Ces violences impactent d’autant plus les personnes trans et intersexes. Des moyens pour les assos trans, liberté et gratuité des parcours de transition, changement d’état civil sur simple déclaration à la mairie ! Arrêter les mutilations sur les personnes intersexes ! Partout, nous laisser libre de choisir, de vivre, de nous habiller, de nous maquiller, de nous genrer comme nous le souhaitons ! [applaudissements]

Nous affirmons notre solidarité avec les travailleuses du sexe, dont les luttes sont intrinsèques au combat féministe. Nous dénonçons à leurs côtés le harcèlement de rue et le harcèlement policier dont elles font l'objet et qui favorise les violences quotidiennes auxquelles elles doivent faire face. Décriminalisons le travail du sexe ! [applaudissements]

Le contexte actuel est marqué par l’expression quotidienne du racisme, notamment de l’islamophobie et de la négrophobie. La lutte contre les violences sexistes ne peut passer que par une lutte radicale contre le harcèlement politique et médiatique, ainsi que contre les discriminations qui visent en particulier les femmes musulmanes. Nous affirmons notre soutien et solidarité avec les femmes qui portent le voile, qui sont constamment prises pour cible. Comme dit la manifestation parisienne contre l’islamophobie : ce ne sont pas les femmes musulmanes le problème, mais bien les islamophobes qui ont la haine ! [forts applaudissements]

Nous dénonçons l’hypocrisie du gouvernement qui s’acharne à vouloir attribuer le monopole des violences sexistes aux «autres» et notamment aux hommes immigrés, musulmans et des quartiers populaires. L’État et ses institutions n’ont de leçon à donner à personne ! [applaudissements]

Nous exigeons la fin de toutes nos oppressions. L'éradication de la culture du viol et de sa glamourisation. Nous appelons à une solidarité féministe dans les rues de Dijon. Nous ne sommes pas seules, ensemble nous pouvons résister. La sororité et la lutte sont nos meilleurs outils. [forts applaudissements]