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DIJON : Un rassemblement de soutien à Fatima a eu lieu ce vendredi devant la Région

18/10/2019 16:51Imprimer l’article
Une cinquantaine de personnes se sont regroupées ce vendredi devant le siège du conseil régional à Dijon pour «montrer leur solidarité» à Fatima, accompagnatrice d'un groupe élèves visée par les propos de Julien Odoul vendredi 11 octobre. Marie-Guite Dufay a annoncé qu'elle envisage de sanctionner un collaborateur du Rassemblement National ayant «pris des photos» pendant l'incident.
Alors que Marie-Guite Dufay s'apprêtait à rejoindre le siège dijonnais du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté pour une commission permanente, elle a trouvé sur son chemin un «rassemblement citoyen» d'une cinquantaine de personnes. La présidente de Région a échangé quelques instants avec des participants venus «montrer leur solidarité» à Fatima . Il s'agit de l'accompagnatrice vêtue d'un foulard dont la présence avec des élèves d'une classe de CM2 de Belfort dans les rangs des visiteurs de l'assemblée régionale avait servi de prétexte à Julien Odoul, président du groupe Rassemblement National, pour déclencher un incident en séance plénière le 11 octobre dernier (lire notre édito à ce sujet).



Plusieurs citoyens avaient lancé cet appel pour exprimer leur mécontentement devant la façon dont cette dame avait été traitée et se sont donc retrouvés dans le bâtiment de la Région. Les échanges avec la présidente ont été vifs mais courtois.

«Stop à cette islamophobie, à cet antisémitisme et à ce racisme»


Parmi les premiers à s'adresser à la présidente de la Région, Khalid semblait effaré que «le monde entier regarde une citoyenne qui est française (…) et qui a été invectivée, on lui a demandé de sortir [NDLR : Julien Odoul a demandé à cette dame de «retirer son voile»]». Il a dit considérer que cela aurait été à Julien Odoul «de sortir» avant de lancer à Marie-Guite Dufay : «la République doit avoir un discours franc et large, l'intolérance, le fascisme en France n'a pas sa place. (…) Même notre président qui parle d''hydre islamiste', c'est inadmissible». Et de conclure : «stop à cette islamophobie, à cet antisémitisme et à ce racisme». Un propos applaudi par les participants à ce rassemblement de soutien (lire l'article avec les réactions de Fatima).

Marie-Guite Dufay a mis en avant le règlement intérieur de l'assemblée régionale à opposer aux propos de Julien Odoul : «à partir du moment où je lui ai dit que cette dame avait la loi pour elle donc, pour moi, ce qui était clair c'est que cette dame, ainsi que nous tous, nous restions dans l'hémicycle et que ce soit le Front National qui en sorte. Il se trouve que c'est à ce moment-là qu'ils ont dit 'on s'en va' et on a dit 'très bien, vous n'avez plus rien à faire ici'». La présidente a rappelé son «premier réflexe» de couper le micro de Julien Odoul et son «deuxième réflexe» de se référer au règlement intérieur.

Interrogée sur la présence des élus dans l'assemblée régionale, Marie-Guite Dufay a spécifié qu'elle n'avait «pas la possibilité légale et réglementaire de lui d'interdire l'accès à l'hémicycle». Selon la présidente, «M. Odoul s'est livré à des propos condamnables, c'est pour cela que je signale au procureur (retrouver le communiqué de la présidente de la Région). La présidente a elle aussi été applaudie.

Marie-Guite Dufay a annoncé qu'elle allait étudier la possibilité de sanctionner «le collaborateur de Monsieur Odoul qui a pris des photos. Lui, il est payé par la Région et je demanderai une sanction administrative». En revanche, la présidente de Région semble écarter l'idée de modifier le règlement intérieur comme cela avait été suggéré par François Sauvadet qui préside le groupe d'opposition des élus républicains de la Droite et du Centre.

«Le seul voile qui doit être retiré c'est celui qu'il a devant les yeux»


Un texte préparé spécialement pour ce rassemblement a été lu à la présidente par Hakim : «si nous sommes réunis aujourd'hui, c'est pour apporter notre soutien à une femme, résident à Belfort, une femme qui s'est vue agressée au sein même de l'enceinte du conseil régional, (…) qui était aussi une accompagnatrice scolaire et une mère de famille, (…) une femme qu'on a invectivée et stigmatisée (…) à cause de son voile et devant son propre enfant. (…) L'auteur de cette agression abjecte n'est autre que l'élu du Rassemblement National, M. Julien Odoul. Nous voudrions dire à M. Odoul, nous citoyens, que le seul voile qui doit être retiré c'est celui qu'il a devant les yeux. Doit-on rappeler à cette personne l'éthique que doit avoir un élu de la République ?»

Des directrices d'école «dans l'intégration de ces mamans»


Par ailleurs, plusieurs femmes se sont aussi exprimées pour dire «leur colère» ainsi que «leur peur». Anissa a dit regretter l'effet «boule de neige» sur les réseaux sociaux ou encore que «la parole se lâche sur les plateaux télé», «on attend désespérément une politique inclusive et non exclusive» de la part des responsables politiques.

Évoquant le contexte local, Anissa a tenu à souligner que François Rebsamen était un maire qu'elle «appréciait beaucoup», «il nous a vraiment laissé un temps de parole où nous étions dans l'échange». Mère de famille, elle a reconnu ne pas avoir connu une situation de ce genre lors de sortie scolaire : «parce qu'on a des directrices d'école qui sont super, qui savent généralement qu'on est les plus présentes, qui savent qu'on peut compter sur nous. Elles sont là en train de faire tout l'inverse de ce que leur ministre leur dit, c'est-à-dire qu'elles sont plutôt dans l'intégration de ces mamans». Elle demande une «position claire» de la part de l'exécutif car «cela peut se reproduire du coup et qu'est-ce qui va se passer après, est-ce que l'on va carrément s'en prendre physiquement à la personne ?». Et Djamila d'ajouter «et on ressent la peur quand on sort dehors».

«On est Français et on doit vivre dans le respect de l'autre»


Raada refuse la vision d'un rassemblement qui serait celui d'une «communauté musulmane» : «qu'est-ce qui se passe en France ? On est fatigué d'être pointé par le doigt, porter le voile, pas porter le voile, musulman, pas musulman. On est en France, on est Français et on doit vivre dans le respect de l'autre. C'est un choix de porter le voile». Et d'ajouter : «on a envie de vivre heureux, tous ensemble, la France, elle est arc-en-ciel. On a envie de vivre tranquillement et avec tout le monde dans la paix et dans la dignité». Pour Raada, «ce comportement qu'a eu cet élu ne correspond pas aux valeurs de la République française». Elle a demandé à «arrêter de semer la haine».

Parmi les personnes présentes, on trouvait des conseillers régionaux de la majorité venus pour la commission permanente mais aussi Thierry Falconnet, maire PS de Chenôve, et Massar N'Diaye, conseiller départemental du groupe d'opposition des Forces de progrès. Quelques adhérents de la FCPE étaient aussi venus en soutien. L'affiche de la FCPE pour les élections de parents d'élèves avait fait polémique puisqu'elle figurait une femme portant un foulard.

Pour Michel Burdin, militant FCPE, «les valeurs qui sont celles de la FCPE sont des valeurs de tolérance, des valeurs d'ouverture, des valeurs d'accueil d'ensemble de la diversité. Les enfants doivent accueillis dans leur diversité dans l'école et les parents aussi (…). Toutes nos valeurs sont bafouées par l'éructation de cet élu».

Sandrine a dit considérer que ce que Fatima avait vécu était «un vrai problème et un vrai scandale puisque la loi l'autorise parfaitement à accompagner une sortie en portant un voile, elle ne revendiquait rien ; en tant que parent d'élève, je suis solidaire d'un autre parent d'élève, d'une maman qui a été humiliée devant son enfant». Elle a précisé son point de vue : «les mamans qui veulent s'associer à la vie de l'école et qui sont très impliquées dans le travail de leurs enfants doivent, bien entendu, être présentes dans l'école, accompagner des sorties et ce n'est pas en leur interdisant d'y participer que l'on va rendre service aux enfants et participer de leur bonne intégration».

Jean-Christophe Tardivon