mercredi 17 octobre 2018
La soirée de présentation de la nouvelle JDA, résultat de la fusion entre la JDA (Basket masculin) et le CDB (Hand féminin), s'est déroulée ce mardi soir au Palais des Sports de Dijon.
Questions à...
Dans une longue interview à Infos-Dijon, l’élu de Côte-d’Or, patron des Sénateurs «En Marche» au Sénat, et proche d’Emmanuel Macron, dit sa foi dans les réformes.
Il parle aussi des élections européennes, d'Arnaud Danjean, d'agriculture, et des municipales à Dijon et en Bourgogne-Franche-Comté.
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François Patriat : «On a besoin de lucidité, de courage et de détermination, et d’un peu de patience»

29/09/2018 03:17Imprimer l’article
Dans une longue interview à Infos-Dijon, l’élu de Côte-d’Or, patron des Sénateurs «En Marche» au Sénat, et proche d’Emmanuel Macron, dit sa foi dans les réformes.
Il parle aussi des élections européennes, d'Arnaud Danjean, d'agriculture, et des municipales à Dijon et en Bourgogne-Franche-Comté.
Cette rentrée 2018 est elle difficile pour les parlementaires de La République en Marche ?
François PATRIAT : «C’est toujours plus difficile au Sénat où nous sommes 22 contre 300, avec des parlementaires qui critiquent sans rien proposer. Avec aussi une agressivité et une adversité parfois violente contre le Président de la République et les Marcheurs. La vérité, c’est qu’ils n’ont jamais accepté la victoire d’Emmanuel Macron et donc leur cuisante défaite.
Nos adversaires, qu’ils soient du PS ou des Républicains n’acceptent pas les réformes qui ont été engagées».

C’est compliqué dans ce contexte ?
«Avec les ordonnances, la loi sur la réforme de la SNCF, les lois sur l’apprentissage, les retraites, l’UNEDIC, la santé, le logement, ces réformes qu’aucun parti classique n’avait osé porter jusqu’à maintenant, j’ai toujours dit et considéré que oui on créait de l’animosité. Car ce sont des réformes un peu douloureuses qui vont mettre un peu de temps à produire leurs effets».

Quelle est la principale différence entre Emmanuel Macron et François Hollande que vous avez longtemps soutenu ?
«François Hollande a voulu faire des réformes, mais il a en partie reculé comme sur la Loi El Khomri, car il a commencé trop tard.
Pourquoi j’y crois avec Emmanuel Macron ? Car il n’a pas attendu. Les réformes ont été lancées dès le début du quinquennat et j’en suis convaincu produiront leurs effets. Si la France va mieux, les Français iront mieux. Si, d’ici la fin du quinquennat les prélèvements obligatoires baissent, le déficit et la dette diminuent, les charges diminuent, que les Français seront mieux rémunérés de leur travail et mieux remboursés, alors un grand pas aura été fait.  Oui il faut que le travail soit mieux rémunéré, et oui j’espère que l’on pourra rapidement défiscaliser les heures supplémentaires».

Craignez-vous le rendez-vous des Européennes ?
«L’histoire montre que le résultat des Européennes a rarement une influence sur les scrutins suivants. Mais nous savons que ce sera de fait le 1er scrutin au bout de deux ans de mandature et que les réformes n’auront pas produit leurs effets. Elles vont cristalliser les rancoeurs…»

Avec quels risques ?
«Le risque c’est de voir les Européennes transformées en référendum. Mais on peut aussi assister à une dramatisation de l’élection. Le problème ça ne sera pas Europe ou pas, mais bien de savoir si des pays vont sortir ou pas».

Que prônez-vous alors ?
«Il faut une vraie campagne européenne. Il ne faut pas que la nature du scrutin soit confisquée. Il y a une obligation de poursuivre la marche avant de l’Europe, car notre Europe est le seul échelon à protéger les Français et les Européens. Cela face aux dangers de terrorisme, d’immigration, de travail sous payé, de fiscalité, mais aussi aux dangers environnementaux. Alors je le dis à mes amis mais aussi aux progressistes : Si on fait une vraie campagne européenne, on peut éviter que le scrutin soit transformé en référendum, comme le veulent les Insoumis de Mélenchon. Et une partie de la droite n’est pas loin de cette ligne. Jeudi soir, en regardant Laurent Wauquiez, j’avais le sentiment d’avoir Madame Le Pen en face du 1er Ministre.
La majorité présidentielle, quand on voit les sondages, garde une position de leader face aux deux extrêmes que sont le Rassemblement National et la France Insoumise. On voit bien que les partis traditionnels, je pense au PS et aux Républicains, abordent la campagne des Européennes avec des divisions profondes et un manque de crédibilité.
Enfin, avant que ne débute la campagne, il faut rééquilibrer les choses dans les médias».

C’est-à-dire ?
«Les divisions de l’opposition se traduisent par une forme de désinformation dans les débats à la télévision ou à la radio. Je m’explique : On voit souvent un représentant de la majorité face à trois ou quatre opposants. Un Républicain, un Insoumis, un Socialistes et un Front National qui totalisent ainsi de 75 à 80% du temps de parole. Ce n’est pas acceptable. J’ajoute que parfois les animateurs apparaissent partisans, même si c’est la liberté de la presse. Mais on voit bien que le désastre fait vendre et qu’on le scénarise».

Il se murmure qu’Arnaud Danjean a été approché par le parti présidentiel pour les Européennes. Qu’en est-il ?
«Il a rencontré le chef de l’Etat, mais aussi Bruno Le Maire, il y a plusieurs mois. Il semblait avoir donné des signes de rapprochement qui correspondent à sa vraie nature. Arnaud Danjean est un garçon ouvert, compétent et pas sectaire. Maintenant, il semble avoir fait le choix de ne pas se rapprocher de nous.
Il n’en demeure pas moins que c’est un vrai républicain, avec une expérience reconnue à l’Europe. Il pourrait vraiment travailler avec la majorité et j’espère que sa réflexion n’est pas fermée. Arnaud Danjean fait partie de ces hommes de droite et de gauche qui pourraient se retrouver pour le pays. J’ai du respect pour lui et j’ai du mal à comprendre son rapprochement avec la droite dure des Républicains. Cela ne lui correspond pas».

Il a été dit que vous étiez responsable du départ de Nicolas Hulot avec le permis de chasse. Que répondez-vous ?
«Son départ était inscrit dans sa nomination. Nicolas Hulot est un environnementaliste et lobbyiste. Un éveilleur des consciences. Mais face aux réalités politiques, il refuse le réalisme et les petits pas. Je regrette qu’il n’a pas pris en compte les grands arbitrages qui lui ont été favorables sur Notre Dame des Landes, sur l’arrêt de la recherche des hydrocarbures,  sur le nucléaire, sur le bio, sur la fiscalité écologiste. Je remarque que les Verts veulent protéger la planète, mais ne veulent pas que l’on augmente le diesel. Cela a pourtant été douloureux pour le Gouvernement qui l’a assumé. En fait, je pense que la question de la chasse a été un prétexte, car cela faisait des mois qu’il hésitait. Le Gouvernement l’a soutenu dans les grands arbitrages et je salue le travail qu’il a fait».

Les agriculteurs ont le sentiment de ne pas être entendus face à la sécheresse…
«Des mesures ont été prises en juillet. Il faut maintenant très que la reconnaissance de calamité agricole vienne vite, pour que les dossiers puissent être instruits. C’est prévu dans la loi de finance. Avec la loi ils pourront mettre 150.000 euros de côté, pour affronter les temps difficiles, comme le faisait mon père quand il avait une année de foin d’avance.
Je souhaite par ailleurs que le Gouvernement arbitre favorablement pour les travailleurs saisonniers. Ca coûte 60 millions d’euros, mais le Président de la République y est sensible».

Comment réagissez vous quand vous voyez que l’INAO refuse aux viticulteurs de Chablis de stocker les surplus de production ?
«Ce n’est pas normal. Il faut adapter aux vins tranquilles le système champenois».

Comment comptez-vous aborder la question des élections municipales ?
«Ca sera une échéance difficile et je suis convaincu qu’à de rares exceptions, on ne pourra pas gagner seuls. D’où le manifeste municipal que l’on va discuter dès ce samedi à Dijon, pour définir ce que l’on représente du Macronisme au progressisme municipal. Il ne faut pas brûler les étapes. Il faut une méthode et une ligne. Regarder et discuter avec les candidats. Il faut que ceux qui souhaitent travailler avec nous donnent des signes tangibles. Il n’est pas question que des maires sortants prennent des Marcheurs qui seraient des cautions et les associent de façon éphémère, seulement pour ne pas perdre. Les candidats aux municipales que nous soutiendront devront affirmer leur souhait de voir le Gouvernement réussir. Là où il n’y aura pas d’accord possible, on présentera des listes».

Le nom de Laurent Grandguillaume est avancé pour être votre candidat à Dijon…
«A Dijon tout est possible. J’affirme à mes amis que la désignation d’un candidat avant le printemps prochain n’est pas souhaitable. Lauren Grandguillaume se concentre actuellement sur la réussite de son entreprise «Territoires zéro chômeurs». Il y a des élus qui manifestent leur intention d’y aller avec nous, y compris des Républicains. Mais il faut laisser les comités locaux travailler. Les partis traditionnels comptent bien sur les municipales pour leur reconquête du pouvoir.
On réfléchit partout en Bourgogne – Franche-Comté à la stratégie à suivre, et à travailler avec des maires progressistes qui ont réussi leur mandat. Mais nous avons d’autres priorités avant les municipales…»

Lesquelles ?
«Ce n’est pas parce que c’est difficile qu’il faut ralentir. Il faut du courage, de la détermination et de l’audace, pour permettre à la France de retrouver sa place. Notre Président est envié et apprécié par beaucoup de pays. Pour l’année qui vient, il faut poursuivre les réformes au même rythme, pour que les trois prochaines années apportent des résultats concrets pour les Français. On a besoin de lucidité, de courage et de détermination, et d’un peu de patience. Il nous faut garder l’enthousiasme de la campagne électorale».
Recueilli par Alain BOLLERY