mardi 25 juillet 2017
Questions à...
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INTERVIEW / Florence Aubenas : «Il y a un otage à la porte»

17/07/2017 17:34Imprimer l’article
Durant les Rendez-Vous de Juillet à Autun, du 14 au 16 juillet, Florence Aubenas est intervenue à la conférence sur «La fabrique de l'info» devant une salle comble. Elle a aussi signé de nombreuses dédicaces. La journaliste a bien voulu répondre aux questions d'Infos-Dijon.
Florence Aubenas est grand reporter pour Le Monde depuis 2012 après avoir travaillé au sein des rédactions de Libération puis du Nouvel observateur. En 2005, durant la seconde guerre du Golfe, alors qu'elle réalise un reportage sur les réfugiés de Falloujah en Irak, elle est enlevée et retenue comme otage durant plusieurs mois. Elle est aussi auteure d'essais comme La fabrique de l'information, Grand reporter ou Le quai de Ouistreham.

Durant sa conférence pour les Rendez-Vous de Juillet (cliquez ici pour lire notre article), Florence Aubenas a évoqué la façon dont elle voit l'information être fabriquée dans les journaux avec notamment l'arrivée de méthodes managériales issues des entreprises classiques. Des méthodes d'encadrement qui, selon elle, impactent les journalistes jusque dans leurs articles. C'est sans doute pour cela qu'elle a souligné à plusieurs reprises l'humanité du métier, dans sa relation aux interlocuteurs ainsi que dans la possibilité de se tromper.

Les journalistes étant mal perçus, se présenter ainsi pour enquêter sur un sujet amène à voir des portes se fermer. Heureusement, elle a un joker, souvent quelqu'un l'identifie et connaît ce fait saillant de son parcours, avoir été otage en Irak. Il lui est arrivé d'entendre dire «Il y a un otage à la porte» et de voir cette fameuse porte alors s'ouvrir. C'est d'autant plus important qu'en tant que grand reporter, elle met un point d'honneur à «faire ressortir les sujets du bas de pile», ceux qui intéressent a priori moins les rédactions.

Qu'est-ce qui vous a motivée pour participer à ce nouveau festival ?


«La presse parisienne est un petit milieu. Je lis XXI. On m'a proposé de venir. Ce sont de bons moments durant lesquels on rencontre les lecteurs. Aujourd'hui, les relations avec les lecteurs se font surtout avec les commentaires sur Internet. Insultes ou compliments, les deux sont violents. La presse se fait par les lecteurs. Les sujets sont venus par les lecteurs. Par exemple : ils souhaitent des papiers sur les riches.»

Comment réagissent les participants qui vous croisent ?


«C'est une relation différentes des commentaires sur Internet. Les gens réagissent à une info précise. Être présente ici permet de faire quelque chose de plus prospectif. Dans un festival, on se croise, on se recroise. La moitié des personnes parlent de journalisme, l'autre moitié évoquent des sujets d'articles. Beaucoup sont très fâchés avec la presse et la façon dont travaillent les journaux.»

Pourquoi cette animosité vis-à-vis des médias ?


«La presse s'est affichée comme l'endroit de la transparence et de l'objectivité. Promesse oblige, elle est renvoyée aux journalistes. Comme la promesse de raser gratis des politiques ! C'est normal que les gens puissent demander des comptes. Ils doivent aussi comprendre que la façon dont les journalistes travaillent, l'organisation d'une rédaction, impacte les choses.»

Quel conseil donnez-vous aux jeunes journalistes qui vous sollicitent ?


«Quand on est jeune journaliste, on est persuadé que l'on va faire telle chose précise. Je ne m'attendais pas à faire des faits divers. Le conseil que je donne est : osez ! Dans les années 1980, on écrivait comme 150 ans avant. Étaient pourtant passées par là le gonzo journalisme, les manières de Libération. Aujourd'hui, ce n'est plus pareil. Cela a plus changé en 15 ans qu'en 150 ans avant du fait d'Internet.»
«En faisant une école de journalisme, vous arrivez avec deux-trois codes, vous parlez le même langage. Les journaux prennent surtout des diplômés d'école de journalisme. Le mauvais côté, c'est qu'il y a un risque de formatage, de tics. Les journalistes doivent faire bouger les lignes.»

Texte et photos Jean-Christophe Tardivon