samedi 20 avril 2019
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Michel Neugnot : «Monsieur Sauvadet, sur la convention SNCF, a fait de la politique à l’ancienne»

01/06/2018 03:15Imprimer l’article
Le 1er vice-président du Conseil Régional de Bourgogne – Franche-Comté, dans une interview exclusive, revient sur la convention TER entre la Région et la SNCF, qui a ébranlé le groupe de gauche.
Il justifie le retrait de l’article 19 sur l’ouverture à la concurrence. Il évoque aussi le «baiser qui tue» de François Sauvadet en dénonçant sa posture et celle de la droite.
Ses adversaires assurent que, tel un chat, il retombe toujours sur ses pattes. «Il» c’est Michel Neugnot, inoxydable patron de la Fédération socialiste de Côte-d’Or et surtout 1er vice-président du Conseil Régional de Bourgogne – Franche-Comté. Alors que, sur la convention SNCF, la gauche de sa majorité grondait, il a réussi un tour de «passe passe» pour éviter les divisions au sujet de l'ouverture à la concurrence.
Ce qui, il y a une semaine, avait fait hurler la droite (lire notre article).
Une semaine après, Michel Neugnot, dans une interview, revient sur cet épisode qui a vu la majorité régionale éviter de justesse le déraillement.

Une semaine après la session qui était consacrée à l’adoption de la convention entre la Région et la SNCF, regrettez-vous d’avoir été poussé à retirer l’article 19 relatif à l’ouverture à la concurrence ?
MICHEL NEUGNOT : «C’est le choix que j’ai proposé à la Présidente et qui a été validé. C’est-à-dire oui retirer l’article 19, mais inscrire la perspective d’ouverture à la concurrence dans le préambule de la convention.
Il a également été acté une concertation approfondie avec les syndicats, les usagers au travers de la FNAUT, et évidemment SNCF Mobilité. C’est cette méthode qui va être appliquée, tant que la loi n’est pas votée. J’ai aussi pris en compte que cinq personnes seulement du CESER avaient voté, alors que les autres s’étaient abstenues, sur la question de l’avenir de la SNCF».

Pourquoi avoir attendu le dernier moment pour retirer cet article 19 qui  était contesté dans votre groupe ?
«Dans un processus démocratique, il y a toujours des échanges, des débats. Sur une question aussi importante, il fallait que la gauche soit rassemblée. Et elle l’a été sur cette double décision, du retrait de l’article 19 et de l’inscription dans le préambule. Cela permettait à chacun de sortir par le haut. Je rappelle que nous sommes dans une convention et non pas dans une délégation de service public. Et il faut donc que cela soit aussi validé par la SNCF.
En ce sens, je me félicite des résultats au conseil d’administration de la SNCF. SUD a boycotté, la CGT a voté contre, la CFDT s’est abstenue et l’UNSA a voté pour. Notre projet a été salué, car c’est la première fois que l’on propose une concertation. Pas plus tard que mercredi, la FNAUT a salué les avancées, car nous avons mis les voyageurs des TER au cœur de la convention. C’est une nouvelle page qui s’ouvre. Ce qui compte maintenant c’est la satisfaction des usagers».

Les frondeurs de votre majorité ont crié victoire…
«Mais tout le monde crie victoire. Moi aussi, même si je suis modéré. Car il y aura l’après grève à gérer. Et ce ne sera pas forcément facile. En 1995, les solutions alternatives de transport n’existaient pas. Cette année si. Il va falloir reconquérir les usagers.
L’accord intervenu dans la majorité, tout le monde s’en félicite. Car c’est une bonne convention. Elle pose de vraies questions. Elle induit une participation des élus du territoire, par exemple, sur l’avenir des gares. Sur les 200 que compte la Bourgogne – Franche-Comté, 157 se réduisent à un arrêt. On ne veut pas attendre qu’elles soient en souffrance, on pose la problématique, car l’univers des mobilités a changé.
De même, concernant la lutte contre les fraudes, notre expérimentation lancée en juillet 2017 a obtenu de très bons résultats. Et on peut aussi parler de l’augmentation du nombre de trains, du nombre de kilomètres parcourus, de la mise en service prochaine des trains bolides entre Nevers et Dijon. Les voyageurs, les usagers, sont au cœur de la réforme».

François Sauvadet, qui avait annoncé vouloir voter la convention, a été particulièrement dur après le retrait de l’article 19…
«Monsieur Sauvadet a voulu faire, sur la convention SNCF, un jeu politique très à l’ancienne. Ce n’est pas la bonne façon de faire de la politique.
Patrick Genre, notre interlocuteur pour le groupe de la droite et du centre, a été mis au courant de tout, pendant toute la négociation de la convention. J’ai d’ailleurs pris en compte un certain nombre de ses avis. J’ai travaillait fortement avec Patrick Genre, parce qu’il fallait un climat de confiance. Et Patrick Genre a vu ce que l’on a fait progresser avec une convention du 21ème siècle. En commission il a dit publiquement qu’il était satisfait.
Après, Monsieur Sauvadet a voulu faire un jeu politique. Sa déclaration d’amour me concernant se voulait sans doute être le «baiser qui tue». Car cette déclaration a amené les élus de la majorité à dire que moi, Michel Neugnot, j’avais négocié avec la droite. Curieux, car cela ne s’est pas passé sur la question du projet régional de santé. Ou encore avec la politique tarifaire avec le ticket à 1,50 euro pour les cars régionaux. Si on l’a adopté, c’est que cela nous semblait bien, mais pas pour faire plaisir à Monsieur Sauvadet. Je rappelle que Besançon – Vesoul, ça pouvait monter à 9 euros. Alors je le dis, au regard de toutes les avancées, sur la politique des tarifs, sur l’augmentation du nombre de trains, Monsieur Sauvadet et la droite auraient pu faire un effort en votant la convention».

Pour votre majorité, qui a été ébranlée, y aura t il un avant et un après ?
«Notre majorité est composite. On le sait. Et je n’ai pas oublié que la gauche et le PS ont subi un échec colossal il y a un an. Moi, au contraire de certains, j’avais mouillé la chemise pour Hamon. Les départs vers Macron et La République en Marche ont été limités en Côte-d’Or. Certains ont rejoint Mélenchon et les Insoumis. Mais chacun doit bien comprendre que l’objectif de Mélenchon est de tuer le Parti Socialiste. Moi je suis au rang de ceux qui considèrent qu’il y a une place, pour le PS, pour reconquérir les électeurs. Si on laisse l’opposition faire son lit, alors cela veut dire que le PS n’a plus d’avenir. Notre groupe est traversé par cette donnée. Il nous faut nous rassembler sur le mandat qui nous a été donné par les électeurs».
Recueilli par Alain BOLLERY
(Photos d'archives Nicolas RICHOFFER et Alain BOLLERY

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