lundi 09 décembre 2019
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Monsieur Odoul, qu’est-ce qui peut justifier de faire pleurer un enfant ?

14/10/2019 03:15Imprimer l’article
La violente attaque, menée par Julien Odoul, vendredi, dans l’enceinte du Conseil Régional, contre une femme qui portait un foulard, a été la traduction d’une violence aveugle des mots. Elle n’a pas suscité l’unanimité dans les rangs du Rassemblement National, où elle a même été condamnée. Mais le mal est fait.
infos-dijon revient sur cette triste séquence et sur l’emballement politico-médiatique qui a suivi.
Si Julien Odoul, le patron des troupes du Rassemblement National au Conseil Régional de Bourgogne – Franche-Comté, était vendredi soir content de son coup d’éclat mené avec fracas, ainsi que notre média a été le premier à en rendre compte, pas certain qu’en ce début de semaine, il soit aussi fier de ce qu’il a fait, qu’il ne l’était vendredi après-midi…


Car s’il espérait les honneurs et les soutiens du côté de la direction de son parti, c’est raté.
Le jeune élu de l’Yonne, au parcours politique sinueux, puisqu’il est passé par le PS, qu’il a été collaborateur de l’UDI André Santini, avant de devenir le leader du groupe FN à la Région, donnait l’impression depuis plusieurs mois de ne plus se sentir voler… Il faut dire que la brouille entre Marine Le Pen et Sophie Montel, lui avait donné des ailes.
Il avait le sentiment de voler si haut que vendredi il a donc interpellé Marie-Guite Dufay, pour exiger qu’une femme assise dans la partie publique, enlève son foulard, ou bien sorte de l’hémicycle (cliquez ici pour lire notre premier article).

Un coup d’éclat en forme de boomerang

Avec une menace. Lui et ses troupes quitteraient l’assemblée. Ce qui a été fait. Malheureusement pour lui, sans les caméras de télévision, parties depuis longtemps.
Julien Odoul est donc parti, laissant les élus de la majorité de gauche et ceux de la droite et du centre. Laissant surtout la femme et le groupe d’enfants qu’elle accompagnait.
Il faut croire que dans son aveuglement idéologique, le patron des troupes frontistes n’avait pas vu qu’à côté de la femme habillée de noire il y avait des enfants. Et parmi ceux-ci son fils.
Contrairement à ce que certains médias ont affirmé, son fils n’a pas attendu d’être dans le hall pour pleurer. Nos photos le montrent, le garçon en larmes est en effet tombé dans les bras de sa maman. Et lui n’était pas dans une représentation théâtrale.
Alors oui, Monsieur Odoul, qu’est-ce qui peut justifier de faire pleurer un enfant dans un espace de démocratie ?
La réponse, c’est Nicolas Bay, député européen Rassemblement National qui l’a donnée dimanche, dans l’émission «Questions politiques».

Nicolas Bay (RN) lâche Julien Odoul (RN) en pleine campagne

Le parlementaire n’y est pas allé par quatre chemins, en jugeant «inutilement blessant et malvenu», le comportement vendredi du membre de son parti à Dijon. Et d’enfoncer le clou : «Je pense que ces propos étaient malvenus», en reconnaissait que dans l’état actuel du droit, «il n’est pas interdit pour une femme de porter le voile. Et donc je pense que c’est une maladresse d’un jeune élu régional. Evidemment je ne l’aurais pas dit et je ne l’aurais pas fait comme ça. Et là je parle comme un père de famille. Mettre en cause une femme à côté de son enfant en bas âge, c’est une maladresse et c’est malvenu. C’est inutilement blessant et agressif».
C’est ce que l’on appelle un lâchage en pleine campagne. Et il n’est pas certain que la sortie de route de Julien Odoul reste sans lendemains.
A chaud, vendredi, nous l’avons écrit, les réactions dans les rangs de la majorité de gauche, comme de la droite et du centre, ont été à la hauteur du grave incident provoqué. Quand Gilles Platret estimant que «les enfants ont été pris en otage» par le RN et qu’il fait «regarder la pratique dans les assemblées nationales».

La lucidité d’une élue et mère de famille

Mais aussi d’Océane Charet-Godard lançant : «Si on faisait un peu plus attentions aux autres, on se serait aperçu que cette maman avait son enfant». Une réaction d’une mère de famille, élue, qui en juin dernier avait fait découvrir l’assemblée régionale à sa fille, et qui donc mesurait pleinement le traumatisme subi par l’enfant.
Dans le prolongement de ce sinistre après-midi, la machine politico-médiatique s’est emballée, comme souvent en pareil cas. On a ainsi vu une élue de la majorité envoyer un communiqué, après avoir signé celui de la majorité, à un ou deux médias. Histoire sans doute d’exister un peu plus avant les prochaines municipales. Mais les communiqués n’ont jamais constitué un médicament pour soigner des maux comme celui surgi vendredi à Dijon.
Pendant quelques poignées d’heures, Julien Odoul a cru avoir réussi son coup. Si la soirée de vendredi et la journée de samedi ont été euphorisantes pour ses troupes et lui-même, il s’est rendu compte dimanche qu’il était allé trop loin et que le boomerang lancé avec bonheur lui revenait en plein figure, avec la complicité, qui plus est, de quelques uns des membres de son parti, qui ont intégré que ce n’était pas bon pour l’image de leur patronne Marine Le Pen, à l’approche de 2022.

Préserver la démocratie

Ce qui importe maintenant, après l’épisode de vendredi à la Région, après les indignations de circonstance - puisqu’on voit mal qui ne pouvait pas décemment s’indigner d’avoir vu un enfant ainsi marqué - , c’est que la justice fasse son œuvre si le Procureur de la République, saisi par Marie-Guite Dufay, juge bon de poursuivre le leader du Rassemblement National en Bourgogne – Franche-Comté.
La prochaine assemblée plénière sera celle du débat d’orientation budgétaire. C’est la ligne politique de la Région en 2020 que les élus auront à examiner. Sans tomber dans cette bassesse politique qui, épisodes après épisodes, mine la démocratie. Certains le souhaitent secrètement. Mais ils ont bien tort, car c’est bien la démocratie qui leur permet d’exister politiquement. Faut-il changer le règlement intérieur au Conseil Régional de Bourgogne – Franche-Comté ? La question a été posée. Pas certain que le faire évoluer aura raison des excès de langage à des fins exclusivement politiques.
Alain BOLLERY
(Photos Alain BOLLERY)