mardi 25 septembre 2018
La soirée de présentation de la nouvelle JDA, résultat de la fusion entre la JDA (Basket masculin) et le CDB (Hand féminin), s'est déroulée ce mardi soir au Palais des Sports de Dijon.
Questions à...
Durant deux jours, les start-ups françaises du secteur de l'alimentation et de la gastronomie sont réunies au Palais des Congrès de Dijon, dans le cadre de la deuxième édition du salon Food Use Tech, la référence FoodTech en France. Comment se portent-elles ? Pourquoi ce salon ? Pourquoi  à Dijon ? Le Dijonnais Xavier Boidevézi, secrétaire national de l'écosystème Foodtech, explique tout.
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«Quand on met un euro dans le sport, on met aussi un euro dans l'éducation et dans la sécurité»

12/09/2018 06:27Imprimer l’article
Denis Guvenatam, dirigeant de club de football à Dijon* et par ailleurs militant France Insoumise, commente pour Infos-Dijon la réforme du sport qui se prépare, et qui a été annoncée de manière forte et inattendue par la nouvelle ministre, Roxana Maracineanu. Et s'inquiète pour l'avenir du sport de masse. Interview.

Comment avez-vous réagi aux déclarations de Roxana Maracineanu, nouvelle ministre des sports, concernant la suppression de 1600 postes de conseillers techniques sportifs ?


Dans le monde sportif, ce n'était pas une vraie surprise. On savait depuis janvier qu'une réforme de grande ampleur est en préparation. Elle a jugé «très brutale» l'annonce de la suppression de 1600 équivalents temps plein d'ici à 2022 au ministère des sports. De prime abord, elle considère que cette baisse d'effectif va avoir un impact sur les fédérations, et elle l'a bien compris. Mais bizarrement il y a une stratégie d'apaisement qui annonce que finalement, ces cadres techniques et sportifs (CTS) verraient leur statut de fonctionnaire remis en cause. Ce sont des fonctionnaires d'Etat mis au service des fédérations. Mais si les fédérations doivent les payer demain, se sera très compliqué, surtout pour les petites fédérations.

Que deviendront ces conseillers techniques sportifs d'après-vous ?


S'ils ne sont plus fonctionnaires, ils seront soit employés par les clubs, soit employés par la fédérations. Mais ils ne formeront plus les jeunes au nom du service public. Si une entreprise achète un club ou une fédération, elle deviendra le patron des éducateurs, et leur donnera leur lettre de mission.
Nous avons reçu une lettre d'information juridique d'un cabinet conseil qui explique qu'il y a eu une réunion à l'Insep le 30 janvier qui dit qu'il y aura des réformes visant à donner plus d'autonomie au mouvement sportif et à reconnaître l'implication des collectivités territoriales. On voit qu'il y a clairement une volonté gouvernementale d'externaliser le mouvement sportif, donc de ne plus mettre l'organisation des compétitions sportives sous la responsabilité de l'Etat.
Ça veut dire que les compétitions, mêmes départementales ou les gamins apprennent à jouer au foot, ne seront plus organisées par l'Etat. Les fédérations avaient une lettre de mission du ministère des sports, qui inclut l'organisation des compétitions, la formation des cadres techniques, etc. Mais là, on va vers une marchandisation du sport.

Qui pourrait organiser les compétitions si l'Etat ne le faisait plus ?


On n'a aucune réponse. On attend fébrilement la fin d'année, et un texte qui devrait clarifier tout ça. Si on prend l'exemple de la Fédération Française de Football (FFF), on se rend compte que ce ne sont plus les 2 millions de licenciés qui dirigent mais les 40 clubs pros, qui représentent 2.000 licenciés mais sont majoritaires à 70% dans les instances. Nous les bénévoles, quoi qu'on dise ou qu'on fasse, les professionnels font ce qu'ils veulent et on doit appliquer leur volonté dans nos fédérations. C'est un déni de démocratie. On était sur ce modèle de Léo Lagrange, de l'éducation populaire, depuis cinquante ans. On fait du sport de masse et c'est l'entonnoir vers l'élite.

Qu'est-ce qui pourrait changer dans la façon de vivre le sport de masse ?


D'abord, on va vers une professionnalisation des clubs amateurs et des fonctions dans les clubs amateurs. C'est une course à l'échalote sur les cadres sportifs dans les clubs : s'ils ont les moyens, ils se paieront des entraineurs, et l'entraîneur bénévole, ce sera terminé.
Pour entrainer ne serait ce qu'une équipe senior de niveau régional intermédiaire, il faut un brevet de moniteur. Mais ça coute de l'argent, et ceux qui l'ont le monnayent auprès des associations qui peuvent les employer, donc on rentre dans un cercle de professionnalisation des clubs sportifs amateurs. Donc si on est soutenus par les collectivités, ça ne pose pas de problème, mais dans le cas contraire… Or, il y a déjà des baisses de subventions.
On est formés pour faire du sport de masse, pas pour former l'élite. Quand on met un euro dans le sport, on met aussi un euro dans l'éducation, dans la sécurité, et on ne le met pas dans les prisons… et c'est un euro qui devient 10 euros.

Quelles seront les conséquences dans quelques années pour un enfant qui veut faire du sport ?


Les cotisations vont fortement augmenter. Et de facto, vu que les subventions baisseront, on aura moins de clubs, moins de pluralité. On va se retrouver dans des usines à sportifs. Alors que à la base, un club reste une association, qui est dans le partage, avec l'esprit associatif, et qui joue un rôle social. Les gamins apprennent la vie collective en s'amusant, en gagnant, en perdant, etc.
C'est la vision du mouvement sportif de Léo Lagrange, où les bénévoles ont une mission de service public qui doit être éducative, enrichissante, et qui permet à tous et à toutes de s'épanouir dans leur esprit, dans leur corps et dans le collectif. Dans cet esprit, l'émulation est saine : des poussins aux champions du monde, l'esprit est le même, gagner ou perdre ensemble. On est tout le temps dans l'apprentissage. Et donc Emmanuel Macron a choisi un sport individualiste et élitiste.
Nos résultats nationaux, champions du monde de football et des titres dans de nombreuses disciplines, depuis 20 ans, reposent sur la réussite du sport de masse. Il faut reconnaitre le travail de Marie-George Buffet en matière d'encouragement au bénévolat et de structuration du mouvement sportif.

Du coup, que préconiseriez vous, quitte à réformer le monde du sport ?


Un vrai statut du bénévole. Les gens qui s'engagent de manière continue dans le mouvement sportif pourraient acquérir des droits à la retraite (quelques trimestres pour de nombreuses années de bénévolat par exemple) et à la formation, en dehors de leur travail. Aujourd'hui, on a droit à deux semaines de congés sans soldes par an pour se former dans le milieu associatif. Ça devrait être des congés payés. Car si on ne crée pas de la richesse économique, on crée de la richesse sociale. On pourrait aussi mettre en place une taxe sur les transferts sportifs permettant le financement des associations sportives.
Il faudrait aussi une augmentation des crédits d'impôts pour les dons aux associations et ainsi encourager le mécénat.
On devrait aussi avoir, au contraire de ce qui se prépare, plus de cadres nationaux mis à dispositions des clubs pour former nos jeunes sportifs.
Ces annonces sont faites à 6 ans des JO de Paris : on déshabille le mouvement sportif de ses cadres techniques au moment où il faudrait le renforcer.

Qu'est ce que des JO en France ou une victoire en Coupe du Monde apportent ?


En 98, on a eu un gros appel d'air au niveau des licenciés, mais aussi des bénévoles. Parce qu'avec les 35 heures, qui venaient d'être adoptées, on a eu, dans le football, une vague de bénévoles sans précédents qui se sont formés et sont venus. Là, en 2018, on a cet appel d'air au niveau des licences, mais pas des bénévoles. On se retrouve avec une masse qu'on ne pourra pas forcément encadrer.

Et qu'attendre des JO de 2024 ?


C'est une question fondamentale. Moi, ce que j'attends, ce sont des installations, des structures. Car les structures, à l'heure actuelle, sont vieillissantes. J'attends des investissements structurels, mais utiles. Pas reproduire le modèle Athène 2004, avec aujourd'hui des installations à l'abandon.
Concrètement, sur Dijon, ce serait une salle d'athlétisme, une patinoire pour le haut niveau, des gymnases, et il en manque 4 à Dijon, des terrains de foot éclairés, des terrains synthétiques.
A titre d'exemple, le budget rénovation des installations sportives de la ville de Dijon est de 1,2 million d'euros par an. C'est clairement insuffisant. Si on veut être base arrière, il faudra investir d'avantage car les installations sportives à Dijon sont saturées.
Recueilli par Nicolas Richoffer
Photo N.R.

* Ces propos n'engagent que Denis Guvenatam et non son club et ses responsables, d'où le fait que nous ne le citons pas.