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SANTÉ : La nouvelle directrice du CHU Dijon-Bourgogne veut «conforter l'offre de soins»

07/05/2019 03:15Imprimer l’article
Précédemment directrice d'hôpital de proximité, puis de centre hospitalier, Nadiège Baille est la nouvelle directrice générale du CHU Dijon-Bourgogne, établissement majeur au sein d'un territoire qui connaît une baisse de la démographie médicale.
Depuis le 2 avril 2019, Nadiège Baille dirige le Centre Hospitalier Universitaire Dijon-Bourgogne (CHU). Elle prend la suite d’Élisabeth Beau qui a fait valoir ses droits à la retraite. Originaire de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Nadiège Baille a une formation d'économiste. Précédemment, elle était directrice générale adjointe des Hospices Civils de Lyon. Pour Infos-Dijon, elle évoque l'état d'esprit dans lequel elle arrive à Dijon et aborde les principaux enjeux concernant sa direction.

«On ne fait jamais rien seule dans nos établissements et nos fonctions»


Des douze ans passés au sein de la direction des ressources humaines des Hospices Civils de Lyon, Nadiège Baille retient le travail collectif qui a conduit la mise en place alors des «35 heures» avec les partenaires sociaux : «on ne fait jamais rien seule dans nos établissements et nos fonctions». Hasard des nominations, elle a rencontré Marc Le Clanche dès 2005. L'actuel directeur du centre hospitalier de Semur-en-Auxois (retrouver notre interview) gérait alors le centre hospitalier de Trévoux (Ain). Nadiège Baille lui a succédé.

Dans cette petite ville de 6.000 habitants, pendant six ans, elle a été confronté aux enjeux concernant la gériatrie et les soins palliatifs. Il s'agit d'un hôpital de proximité travaillant avec l'hôpital de Villefranche-sur-Saône (Rhône) : «on a retrouvé des marges de manœuvre économiques pour cet hôpital, renforcé l'équipe médicale, développé les services vraiment de proximité, travaillé avec la médecine de ville. Je me dis que – c'était il y a maintenant plus de douze ans – en fait, on préfigurait déjà ce qui se joue aujourd'hui dans le territoire». Sans pour autant faire preuve de nostalgie, elle ajoute : «je n'oublie pas, même en CHU, ces années-là».

Pour avoir travaillé sur une dizaine de conventions tripartites (établissement-conseil départemental-agence régionale de santé), Nadiège Baille connaît «la réalité des situations complexes, difficiles, du secteur médico-social». Elle connaît aussi les questions de ruralité pour avoir dirigé pendant cinq ans l'hôpital de Montélimar avec un projet de territoire pour la Drôme provençale et l'Ardèche méridionale avec «des situations là aussi très marquées – c'était déjà en 2011 – avec des difficultés d'accès à la médecine libérale». En repensant à cette expérience, elle constate que «ces composantes d'approche de l'offre, des besoins de population, c'est vraiment des éléments qui, au fond, m'ont beaucoup accompagnée».

En 2017, Nadiège Baille devient directrice général adjointe des Hospices Civils de Lyon pour travailler sur la stratégie de l'hôpital ainsi que sur les affaires médicales, la gestion des risques, la recherche et l'innovation. Elle a alors mené un travail participatif sur «les trois dimensions d'un CHU : le soin à l'échelle des Hospices Civils de Lyon, l'enseignement et la recherche».

«Cet établissement a une capacité d'ouverture»


Avant d'être nommée directrice générale du CHU, Nadiège Baille a d'abord rencontré le président de la Commission Médicale d’Établissement (CME), le doyen, des chefs de pôle et quelques médecins. Elle a aussi rencontré François Rebsamen (président de Dijon métropole et président du conseil de surveillance du CHU). Les président de la CME et du conseil de surveillance ont alors rendu un premier avis. Puis sont intervenus les cabinets respectifs du ministère de la Santé et du ministère de l'Enseignement et de la Recherche pour décider de la nomination.

Nadiège Baille apparaît évidemment enthousiaste : «je suis vraiment très contente de rejoindre le CHU». Elle voit le CHU comme un établissement qui «a traversé des périodes extrêmement difficiles, vraiment difficiles, qui a relevé le gant et une communauté qui s'est fortement engagée pour (…) résoudre des difficultés internes et restaurer une trajectoire qui lui permette d'envisager de la façon la plus sereine possible l'avenir». Un engagement de la communauté qu'elle salue : «cet établissement a une capacité d'ouverture, de poser les sujets, de poser les questions sans tabou et avec énormément de respect et vraiment une volonté, un engagement pour cet établissement que je trouve franchement remarquable». Une ouverture qui doit se retrouver auprès de chaque partie prenante (communauté médicale et encadrement paramédical).

Parmi les chantiers du Projet d’Établissement 2018-2022, Nadiège Baille remarque d'emblée certains dossiers en cours : ReadapTIC, le TEP IRM, la reconstruction du bloc opératoire ainsi que DiVa (Dijon Vascular Project), un «projet qui mixe à la fois l'excellence et la compétence du CHU mais aussi la proximité dans le cadre du travail au sein du groupement hospitalier de territoire». Elle souligne aussi la prise en charge des patients suicidaires, l'hôpital pour enfants ou encore l'institut de la fertilité. Des projets qui «sont accompagnés d'évolution dans la façon de penser la prise en charge pour les patients et dans un territoire qui se caractérise par des fragilités dont, en particulier, celle de la démographie médicale dans un contexte marqué par un vieillissement de la population. (…) Cet enjeu de territoire, il est parfaitement appréhendé et compris par nos équipes médicales et paramédicales». Pour la nouvelle directrice, «il faut pouvoir répondre à la fragilité des besoins. On ne pourra pas le faire tout seul mais vraiment le travailler avec les acteurs du domicile. On a une responsabilité tout à fait particulière pour 'casser les murs', les murs hospitaliers».

Interrogée sur son approche du dialogue social, Nadiège Baille insiste sur l'importance des instances : «il y a le temps du dialogue social dans le cadre des instances et il faut respecter ce temps-là». Pour autant, la directrice reconnaît que ce n'est pas le seul temps de dialogue, notamment au CHU : «Dijon a la particularité d'avoir un dialogue dans le cadre des pôles d'activité médicale qui fonctionne bien».

«C'est un établissement qui a une belle réputation universitaire»


Comme dans beaucoup d'hôpitaux en France, les urgences du CHU Dijon-Bourgogne sont sous tension. Chaque semaine a lieu une réunion spécifique portant sur la question des urgences à laquelle participent le président du CME, la directrice du CHU, le chef de service pour «entendre les équipes médicales». Nadiège Baille ne veut pas noircir le tableau : «il y a des points positifs au CHU de Dijon : il faut aussi dire qu'on peut s'appuyer déjà sur un engagement médical parce que c'est pas simple. Malgré les tensions fortes qui existent sur l'effectif médical, ils ont pu gérer le rattachement du CRA 58 [NDLR : Centre de Ressource Autisme Nièvre] dans des conditions compliquées».

Elle concède qu'il y a des points de difficulté et de transformation «sur l'organisation médicale qui mérite d'être accompagnée». Comment améliorer la qualité de vie au travail des urgentistes ? Le travail d'accompagnement prendra du temps. Selon Nadiège Baille, des spécialistes se mobilisent pour apporter une présence supplémentaire aux côtés des urgentistes. Il y a aussi recours à des intérimaires et la nouvelle directrice, en attendant d'avoir exploré plus avant l'organigramme, n'écarte pas la possible présence de médecins mercenaires pourtant dénoncés par la ministre de la Santé (lire notre article). À ce jour, il manquerait «une dizaine d'urgentistes» au CHU. Une situation qui n'est pas spécifique à Dijon. L'ARS estimait entre 140 et 220 le nombre d'urgentistes manquant dans l'ensemble des établissements de toute la Bourgogne-Franche-Comté (retrouver la présentation du PRS).

Le problème ne viendrait donc pas de l'attractivité : «c'est un établissement qui a une belle réputation universitaire». Pour un urgentiste, «travailler dans un environnement dans lequel vous savez qu'en cardiologie, vous savez qu'en neurologie, vous savez qu'en chirurgie vous pouvez vous appuyer sur des spécialités médicales qui vont prendre en charge le patient derrière, c'est déterminant en terme d'attractivité». Idem pour l'équipe paramédical et l'accès à la recherche. Nadiège Baille reconnaît que même Lyon a pu connaître des difficultés de recrutement d'urgentistes à certaines périodes. Elle ne prévoit pas d'équipe d'urgentistes territoriaux à court terme mais envisage plutôt le recours à «des assistants partagés» : «ce sont de jeunes praticiens qui partagent leur temps entre le CHU et les établissements de proximité». L'ARS soutenant fortement cette modalité.

«Je signe à 250% pour le lean management !»


Sur le plan de la gestion des personnels, la nouvelle directrice rend hommage à l'actuelle direction des ressources humaines qui a «une politique extrêmement active en la matière» que ce soit pour la prévention des risques professionnels ou l'informatisation de la gestion des temps de travail. Alors que la méthode d'organisation du travail de lean management  – vanté par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn – est régulièrement critiqué, Nadiège Baille s'appuie sur son expérience à Lyon pour le défendre en évoquant l'exemple d'une zone de stockage pour le bloc opératoire qui posait d'importants problèmes dans l'organisation du quotidien «et tout a été revu par les agents pour les agents» du fait du lean management.

Elle insiste : «si on pense le lean management comme un outil d'un management de proximité et très orienté patients, très orienté professionnels sur les solutions qui viennent du terrain pour des problèmes qui viennent du terrain, eh bien, moi, je signe à 250% pour le lean management !».

«La priorité de l'hôpital, c'est d'assurer des soins»


Le CHU Dijon-Bourgogne est l'établissement support du Groupement Hospitalier de Territoire Côte-d'Or-Haute-Marne (GHT). À ce titre, certains représentants de personnels de centres hospitaliers de la périphérie s'inquiètent d'une possible tendance du centre à s'accaparer des moyens. Dans ce contexte, Nadiège Baille rappelle que «la priorité de l'hôpital, c'est d'assurer des soins». Un autre enjeu est celui de «sécuriser la commande publique». La directrice voit là «une économie utile pour les soins». Elle résume ainsi son approche : «l'idée n'est pas de travailler sur une captation de moyens» au détriment des autres sites du GHT. En revanche, «aller chercher des effets levier de spécialisation des achats, oui».

Nadiège Baille n'arrive pas avec un objectif d'économies mais elle revendique un objectif «de confortement de l'offre de soins» : «j'arrive avec un objectif très sérieux de permettre à l'établissement de réaliser son projet d'investissement». Ce qui implique un maintien, au moins, de la situation économique du CHU.

Dans un contexte de baisse de la démographie médicale, Nadiège Baille défend un principe de territorialisation par ailleurs critiqué par François Poher, directeur des Hospices Civils de Beaune (retrouver notre interview) : «heureusement que l'on a ces dispositifs territoriaux» comme les consultations avancées de spécialistes du CHU qui vont dans les autres établissements du GHT. «C'était largement promu par la Fédération Hospitalière de France dans laquelle les élus locaux sont aussi fortement représentés : on a largement intérêt à avoir des stratégies concertés, confortés, entre établissements pour éviter parfois des guerres intestines» souligne-t-elle. Des consultations avancées qui permettraient ainsi d'élargir le nombre de patients bénéficiant d'innovations thérapeutiques. Elle voit aussi une demande du côté des hôpitaux de proximité : «je pense qu'il y a une attente aussi des équipes médicales des centres hospitaliers de pouvoir être associées».

Nadiège Baille souhaiter chercher «de l'économie utile» en luttant contre la redondance des soins et en travaillant «sur de l'innovation organisationnelle avec les associations de patients». À ses yeux, ce sont des leviers motivant. En guise de mot d'ordre, la directrice revendique une attention particulière à la notion de «patient partenaire».

Jean-Christophe Tardivon

Parcours professionnel
1994 : formation à l'École des Hautes Études en Santé Publique à Rennes
1996 : directrice adjointe de l'hôpital pédiatrique Debrousse à Lyon
2001 : directrice adjointe à la direction du personnel et des affaires sociales aux Hospices Civils de Lyon
2005 : direction du centre hospitalier de Trévoux et direction intérimaire de plusieurs établissements
2011 : directrice du centre hospitalier de Montélimar et Dieulefit puis direction commune du centre hospitalier intercommunal de Bourg-Saint-Andréol
2017 : directrice générale adjointe des Hospices Civils de Lyon
2019 : directrice générale du CHU Dijon-Bourgogne


Nadiège Baille, directrice générale du CHU Dijon-Bourgogne depuis le 2 avril 2019


Façade sud de l'hôpital François-Mitterrand


L'entrée principale de l'hôpital