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SEMUR-EN-AUXOIS : Agnès Buzyn vante les actions du gouvernement pour la ruralité

15/04/2019 16:45Imprimer l’article
Au forum Action Ruralités,  la députée Yolaine de Courson a reçu la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Ce forum est le premier d'une série de réunions qui se déroulera dans toute la France. À Semur-en-Auxois, près de 200 personnes, dont plusieurs venues de Dijon, étaient présentes ce samedi pour aborder les solutions potentielles aux problèmes des territoires ruraux.
Désertification médicale, zones blanches de mobilité, fermetures de classe, baisse d'attractivité des jeunes, isolement des personnes âgées... les problèmes des territoires ruraux sont à présent relativement bien identifiés. Quelles solutions peuvent-elles être apportées ? C'est l'objet de ce forum du samedi 13 avril 2019 organisé par La République En Marche, le parti d'Emmanuel Macron.

Un forum et non pas un meeting alors que nous approchons pourtant des élections européennes. Pas de drapeau, pas de pancarte, la campagne se fait en filigrane. LREM a lancé en début d'année deux programmes pour «aller chercher ceux qui se sentent éloignés de la politique», Action Quartiers et Action Ruralités. Ce dernier programme prend exemple sur les réunions initiées dans l'Auxois et le Châtillonnais par Yolaine de Courson (députée LREM de la Côte-d'Or et présidente du groupe «Enjeux de la ruralité» à l'Assemblée nationale) pour «donner l’opportunité aux les habitants de construire des solutions d’avenir pour leur territoire». Le forum de Semur-en-Auxois est le premier du programme Action Ruralités qui devrait être décliné dans toute la France.

Les déserts médicaux, une priorité des Français


Les quelques 200 personnes attendent patiemment l'arrivée de la ministre dont le timing est serré, trois heures dans l'Auxois, rareté des dessertes TGV à Montbard oblige. Dans l'assistance, des militants dijonnais d'En Marche ! choisissent pour la plupart de s'installer à l'arrière de la salle. De chaleureux applaudissements accueillent la ministre à son entrée dans le centre Antoine-de-Saint-Exupéry. Des applaudissements qui rythmeront régulièrement les interventions, tant de l'estrade que de la salle. Une salle à l'écoute attentive, bienveillante mais aussi exigeante.

Catherine Sadon (maire sans étiquette de Semur-en-Auxois) pose d'emblée le paysage : «vous êtes ici dans une petite ville de 4.500 habitants, une petite ville ancrée dans un territoire rural. Notre ville, centre de la communauté de communes, rencontre comme nombre de petites villes des difficultés à maintenir l'offre de service attendus et indispensables sur notre territoire». Située à une heure et quart de Paris, la communauté de communes des Terres d'Auxois compte 17.000 habitants. Le premier employeur est l'hôpital dont le «plateau technique médico-chirurgical et obstétrical qui constitue un pôle d'équilibre entre le CHU de Dijon et les hôpitaux de proximité voisins. Avec une maternité, des urgences, 22.000 passages par an ici, (…) notre centre hospitalier participe ainsi au maillage territorial sanitaire du nord de la Côte-d'Or, voire de l'Yonne et de la Nièvre». Patrice Perrot (député LREM de la Nièvre) est présent dans la salle et acquiesce à ces propos. Sont aussi présents au premier rang des parlementaires LREM de la Côte-d'Or : François Patriat, Didier Martin, Didier Paris. Au fond de la salle, Laurence Porte (maire UDI de Montbard) se fait plus discrète.

Pour sa part, Yolaine de Courson s'est dite «trop contente» qu'Agnès Buzyn soit là et «très fière aussi que la première réunion d'Action Ruralités se passe chez nous». La députée brosse aussi le tableau : 260 habitants en moyenne par commune dans sa circonscription, «donc la ruralité, c'est de la vraie !». Elle revendique une «ruralité conquérante» et regrette le manque de confiance en eux des acteurs de ce territoire : «aujourd'hui, on va voir beaucoup d'acteurs qui vont nous parler de leurs solutions sur le terrain pour trouver de nouvelles idées et sortir des problèmes que l'on rencontre». L'adjoint du délégué général de LREM a lui aussi fait le déplacement. Pierre Person souhaite «démontrer que dans les territoires il y a des choses qui se passent, que les territoires ont des ressources».

Face à la problématique du jour, Agnès Buzyn a reconnu «un défaut majeur», celui d'être «née à Paris». Reprenant un exemple qu'elle avance régulièrement pour aborder les politiques sanitaires en milieu rural, Agnès Buzyn a évoqué son expérience de médecin soignant des cancers du sang à l'hôpital Necker il y a vingt ans : «je recevais dans mon service énormément de patients de votre région. Je voyais ces patients arriver avec des retards de diagnostic (...) que je ne voyais jamais à Paris parce qu'ils n'allaient pas chez le médecin». Une sensibilisation à ces drames personnels qui conduirait aujourd'hui son action ministérielle : «je n'ai pas attendu les Gilets Jaunes pour savoir que les déserts médicaux c'étaient une priorité des Français». La loi de modernisation du système de santé actuellement en cours d'examen par les parlementaires «vise à répondre à cela».

«Nous ne fermons pas d'hôpital en France»


Trois problématiques sont à l'ordre du jour : comment sécuriser l'accès aux soins ? Comment favoriser l'inclusion sociale de tous ? Comment développer les activités locales et bénéficier de synergies avec les métropoles ? Les intervenants se succèdent à la tribune, la salle réagit, la ministre ou les députés répondent et le temps file. Comme on a pu le constater lors du «Grand débat national» ou lors de réunions avec les «Gilets jaunes», les témoins ou les citoyens ont beaucoup de mal à entrer dans un exercice supposant des propos très synthétiques (deux minutes de témoignage, une minute de question sous le regard d'un « gardien du temps »). Un exercice qui prend ainsi le risque que le résultat apparaisse comme un catalogue.

Sur le thème de la santé interviennent Yolaine de Courson (députée LREM de la Côte-d'Or), Sébastien Mirek (référent LREM Côte-d'Or et anesthésiste-réanimateur), Karine Cordier (coach en image de soi) et Alain Becard (président PRG de la communauté de communes du Montbardois).

Depuis la salle cette fois, Catherine Sadon évoque la mise en place de couverture santé complémentaire communale et souligne le besoin de s'appuyer sur une association, ACTIOM, qui accompagne ceux qui ont besoin d'information pour choisir la meilleure formule de mutuelle en fonction de leurs moyens. Jean-Louis Germain (association des usagers du CH-HCO) interpelle la ministre sur la question du maintien des urgences à l'hôpital de Châtilllon-sur-Seine. Laetitia Morvan (docteur en pharmacie, représentant l'UMDPCS) présente un projet de formation-action pour faciliter l'émergence de nouveaux projets dans le domaine de la santé.

Installé au premier rang, Marc Le Clanche (directeur de l'hôpital de Semur-en-Auxois et directeur par interim du CH-HCO) souligne l'importance des coopérations médicales entre les hôpitaux du nord Côte-d'Or et le CHU Dijon-Bourgogne (retrouver notre interview de Marc Le Clanche). Élodie Moraux (médecin généraliste à Semur-en-Auxois) rappelle les difficultés d'accéder à un généraliste pour les personnes à mobilité réduite.

Les commentaires d'Agnès Buzyn sur cette thématique de la santé sont évidemment très attendus. C'est bel et bien la priorité de ce forum. La ministre de la Santé accorde aux précédents intervenants qu'il y a «une angoisse partout dans le territoire français d'accéder aux soins». Une réponse consisterait à développer toutes les initiatives facilitant le transport du quotidien, ce que porte Élisabeth Borne avec la loi LOM. Autre constat : «notre pays n'a pas formé assez de médecins». Le résultat de décisions historiques : «ce sont des décisions qui ont été prises il y a trente ans. Dans les années quatre-vingt, on a pensé que pour réduire le trou, le déficit de la sécurité sociale, il suffisait de former moins de médecins et que, en ayant moins de médecins, il y aurait moins d'actes donc moins de dépenses». Il faut tenir encore six ans : «à partir de 2025, le nombre de médecins va augmenter en France». Agnès Buzyn souhaite rendre le temps médical plus important dans l'agenda du médecin en le déchargeant de tâches administratives et en favorisant la délégation de soins ou la coopération avec d'autres professionnels.

La ministre se veut rassurante : «nous ne fermons pas d'hôpital en France. Aucun hôpital ferme. Nous ne fermerons aucune structure hospitalière. Par contre, comme nous n'avons plus de médecin et pas assez de médecins, nous ne sommes pas capables d'assurer sur tout le territoire français des plateaux techniques avec de la cardiologie interventionnelle, avec la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux...». La stratégie de la ministre est que les structures de proximité deviennent «le point d'entrée» pour les usagers avant un transfert vers un «hôpital de recours». L'hôpital de Semur-en-Auxois apparaissant justement comme un tel site : «on est sûr que quelqu'un qui fait un accident vasculaire cérébral sur le territoire de Semur aujourd'hui, il a la même qualité de prise en charge que quelqu'un qui fait un AVC à Paris». C'est la fameuse gradation des soins (retrouver la présentation de l'ARS).

L'hôpital de proximité devrait avoir de la médecine, de la biologie, de la radiologie, des équipes mobiles pour la gériatrie ou les soins palliatifs et «selon la localisation de l'hôpital de proximité, il y aura un service d'urgences ou il n'y en aura pas» dixit la ministre. Ces points d'entrée ont vocation aussi à accueillir des consultations avancées de spécialistes : les spécialistes se déplaçant pour être en proximité des personnes âgées. Il faut donc s'attendre à des coopérations au sein d'un groupement hospitalier de territoire (GHT) et donc des mutualisations de postes. «Pas d'inquiétude sur les hôpitaux de proximité, c'est à géométrie variable en fonction de ce qu'il y a autour», une conclusion de la ministre très applaudie par la salle. Signe des espoirs mais aussi des exigences de la population du nord Côte-d'Or.

«Que personne ne se sente laissé de côté»


Sur le thème de la solidarité interviennent Bénédicte Lesecq (directrice du CCAS de Semur-en-Auxois), Annie Salembier (Binôme 21), Vincent Fougairolle (Groupe Recherche Emplois Nouveaux) et Bernard Salembier (Territoire Zéro Chômeur Longue Durée). Depuis la salle, Gérard Milleret (président de la commission médicale d'établissment de l'hôpital de la Chartreuse à Dijon) demande la création de plus d'appartements thérapeutiques. Une personne du Groupe d'Entraide Mutuel (GEM) de Montbard aimerait développer une antenne sur Semur-en-Auxois et aurait besoin d'aide pour le transport. Le GEM s'adresse aux personnes qui ont une fragilité psychique en leur proposant des activités en dehors du système médical pour faire du jardinage, des voyages, du sport, etc.

Marie Pugliese (Mutualité française) invite les politiques à s'appuyer sur cette mutuelle : «nous accompagnons nos adhérents de la naissance à la fin de vie». Elle critique la facilité de résiliation des mutuelles : «nous aimerions que cela ne devienne pas un produit de consommation banale». Michel Neugnot (vice-président du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté) fait la promotion du «ticket mobilité» pour aider financièrement les déplacements en zone blanche de mobilité et évoquer la future expérimentation dans le Montbardois-Châtillonnais de covoiturage organisé (retrouver la présentation du ticket mobilité).

Avant les commentaires de la ministre concernant cette thématique, le député Didier Martin prend la parole pour mettre en avant des mesures du gouvernement afin de répondre au problème des enfants allant à l'école sans avoir mangé : des petits-déjeuners gratuits vont être mis en place dans des établissements scolaires dans le cadre du Plan pauvreté de Christelle Dubos (à partir d'avril dans les quartiers défavorisés de huit académies). Le député évoque aussi l'accompagnement par l’État de 10.000 communes pour développer un plan «cantine à un euro». Un plan dont les incertitudes concernant son financement provoquent quelques critiques du côté de l'Association des Maires de France (AMF).

Seule personnalité à échapper au chrono du «gardien du temps», Agnès Buzyn a tout loisir de répondre aux interrogations. Elle rappelle son objectif de créer une société inclusive : «que personne ne se sente à côté du chemin, sur le bord de la route, laissé de côté» selon son territoire, son âge ou son absence d'emploi. Par exemple, «comment faire en sorte que les personnes âgées ne soit pas isolées ?». L'isolement étant une des premières raisons de la perte d'autonomie. La moitié des plus de 80 ans n'ont plus de réseau social. Agnès Buzyn exalte les initiatives pour développer les liens intergénérationnels avec les services civiques, les habitats inclusifs, les EHPAD dans les mêmes locaux que les crèches, les personnes âgées qui aident à faire les devoirs d'enfants de familles isolées, etc.

Lancée par ATD Quart monde, l'initiative Territoires zéro chômeur de longue durée (TZCLD pour les amateurs d'acronymes) a fait l'objet d'une loi d'expérimentation portée par Laurent Grandguillaume en mars 2016, alors député de la Côte-d'Or. On compte dix territoires en France, dont un dans la Nièvre (le seul de la Bourgogne-Franche-Comté). Plusieurs associations portent des candidatures dans la Côte-d'Or. Cette expérimentation sera évaluée fin 2019. Bien qu'elle qualifie de «très belle initiative» cette expérimentation, la ministre des Solidarités préfère évoquer «la stratégie de lutte contre la pauvreté» du gouvernement.

Concernant la mobilité, la ministre prend soin de déposer une pierre dans le jardin de Michel Neugnot en précisant qu'il s'agit d'une compétence des conseils régionaux : «on voit bien qu'aujourd'hui, nos concitoyens souffrent considérablement du manque de développement d'outils de mobilité». Selon la ministre, la loi LOM apportera des outils en ce sens aux Régions.

«La transition écologique et solidaire, la nouvelle prospérité de demain»


Sur le thème du développement local interviennent à présent Chloé Lesage (animatrice de contrat de transition écologique) et Fabienne Lepy (coopérative laitière de la Côte-d'Or). Les échanges se déroulent alors que la ministre s'est éclipsée de l'estrade pour un aparté avec Didier Paris. Pendant ce temps, Yolaine de Courson et François Patriat se chargent d'apporter des réponses.

Pour la députée, «la transition écologique et solidaire, c'est la nouvelle prospérité de demain» avec des formations et des emplois à la clé. Une transition formalisée par les Contrats de Transition Écologique. Les CTE aident au montage de dossier et financements pour «accélérer» des initiatives. Un tel CTE a été signé le 17 décembre 2018 à Montbard en présence d'Emmanuelle Wargon, il est connecté au dispositif «Territoires d'industrie» du conseil régional et au «Territoire d'innovation de grande ambition» de Dijon métropole. La plupart des projets concernent l'énergie (méthanisation, auto-consommation de villages en photovoltaïque...), ou l'agriculture (création d'une filière autour de la luzerne pour protéger les captages d'eau, création d'une filière autour du sarrasin...). Plus concrètement, en septembre seront sont lancées une formation autour de la méthanisation à Châtillon-sur-Seine et une formation sur le photovoltaïque à Montbard. «EDF prévoit d'embaucher entre 800 et 1.200 techniciens solaires dans les dix prochaines années» selon Chloé Lesage.

«Venu pour écouter», François Patriat fait court pour respecter les injonctions du «gardien du temps». Le sénateur regrette «les métropoles qui aujourd'hui pillent un peu le territoire autour» et vante les initiatives correspondant à «un homme, un territoire, un projet» ou «une femme, un territoire, un projet». Par exemple, les Ateliers d'Armançon qui ont créé 1.000 emplois dans la maroquinerie de luxe.

Le mot de la fin revient évidemment à Agnès Buzyn qui croit «fermement, aujourd'hui, que les solutions viennent des initiatives de terrain» et qui s'enthousiasme pour «la vitalité de ce territoire». Des échanges qui nourrissent la ministre : «je ne fais aucun projet de loi sans avoir six mois-un an de concertations, de groupes de travail dans les régions». Puis le visuel succède au verbal, les militants ou sympathisants En Marche ! s'approchant pour faire des selfies avec Agnès Buzyn.

À l'extérieur, quelques «Gilets jaunes» venus de Châtillon-sur-Seine souhaitent interpeller la ministre sur l'avenir des urgences de leur hôpital mais ils n'attendent pas devant la bonne porte. Agnès Buzyn repart en direction de la gare TGV de Montbard tandis qu'à l'intérieur, c'est autour d'un buffet que les participants restent nombreux à prolonger les discussions sur les choix politiques et les solutions potentielles pour l'avenir de la ruralité.  

Jean-Christophe Tardivon