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VITTEAUX : François Sauvadet plaide pour une reconquête à partir des communes

01/09/2018 20:36Imprimer l’article
Le déjeuner républicain de la droite et du centre en Bourgogne-Franche-Comté, marquant la rentrée politique autour de François Sauvadet, s'est tenu ce samedi à Vitteaux. Il a rassemblé près de 200 personnes dont de nombreux élus venus de toute la grande région.
Pourquoi la Bourgogne-Franche-Comté est-elle si mal classée alors qu'elle a de nombreux atouts ? C'est par des tables rondes sur ce thème qu'a débuté le rassemblement de la droite et du centre, Les Républicains et l'Union des Démocrates et Indépendants en tête, ce samedi 1er septembre 2018 à Vitteaux (Côte-d'Or).

Plusieurs entrepreneurs et chercheurs se sont succédés pour évoquer l'industrie automobile, les télécommunications et l'importance du déploiement du très haut débit, la biochimie ou encore le marketing et les technologies de l'information et de la communication. Ce fut un temps d'échanges et de réflexions, animé par le conseiller régional Pascal Grappin, sur l'évolution rapide des technologies et l'intérêt de se les approprier pour faire de la Bourgogne-Franche-Comté une région plus attractive.



«Une République des copains et des coquins»


Le temps politique a commencé par les brefs discours de Jean-Philippe Lefevre (conseiller régional) et Clément Pernot (président du conseil départemental du Jura) qui ont choisi un ton relativement léger. Le ton qui s'est durci avec l'intervention de Gilles Platret (conseiller régional et maire de Chalon-sur-Saône).

Le porte-parole des Républicains a tenu à souligner un élément «fondamental de l'histoire politique de France : le centre est le centre lorsqu'il travaille avec la droite et qu'il apporte son identité» avant de cibler tout particulièrement le président de la République. Prenant appui sur le discours d'exemplarité d'Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle de 2017 et sur «l'affaire Benalla» de l'été 2018, Gilles Platret a dénoncé «une République qui est celle des copains (Monsieur Besson) et celle des coquins (Monsieur Benalla), une République qui n'a plus rien d'exemplaire», reprenant ainsi les mots de Michel Poniatowksi à propos des premières années de la Vème République.

L'élu LR a précisé sa vision de deux France, «la France de monsieur Macron» dans une «logique de parvenu» et «la France des territoires» avec «ses réalités qui touchent nos concitoyens». Il a dit comprendre que certains élus aient pu «branler dans le manche» et être séduits par Emmanuel Macron durant la première année de mandat. Selon lui, cela relève à présent d'une «illusion» car le gouvernement mènerait une «politique injuste». Retournant le stigmate en se revendiquant de «l'ancien monde» et «ringard», Gilles Platret a invité l'assistance à «être en capacité de représenter l'alternance pour remettre la France dans l'ordre».

«Des débauchages individuels»


Le député européen LR Arnaud Danjean a rebondi sur le propos précédent en rappelant qu'il ne faisait pas partie de ceux qui «ont branlé dans le manche», puisqu'à jour de cotisation, mais de ceux qui «ont été secoués par ce qui s'est passé depuis un an». Les défaites électorales devant amener à des interrogations et des leçons à tirer. Arnaud Danjean s'est dit convaincu que «l'alternance arrivera parce que sur le terrain, on a des élus de conviction et de bilan» en soulignant que «les OPA qu'a tentées monsieur Macron [sur la droite et le centre] n'étaient que des débauchages individuels».

Après un ton résolument positif, Arnaud Danjean a néanmoins taclé la majorité de Marie-Guite Dufay au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté sur la gestion des fonds européens : «pendant deux ans, je n'ai eu aucun dialogue avec l'exécutif régional ; depuis que j'ai quitté le conseil régional, je suis assailli à Bruxelles de courriers de l'exécutif régional» [NDLR : élu conseiller régional en 2015, Arnaud Danjean avait démissionné en juin 2017].

Au niveau continental, le député européen a manifesté son inquiétude d'une «convergence des populismes» en citant l'exemple italien. Pour Arnaud Danjean, «Monsieur Macron a une responsabilité terrible parce que le fait que sa stratégie repose sur une polarisation entre lui seul et les extrêmes, en faisant comme si nous n'existions pas, c'est mortifère pour notre pays» en rappelant l'expérience Renzi en Italie. Le parlementaire européen a souligné le rôle joué par le PPE (Parti populaire européen), parti dont Viktor Orbán, premier ministre de Hongrie, est membre. À ce propos, concernant la politique migratoire, le Républicain a souligné : «qui sommes-nous, nous, pour lui imposer un modèle de société qu'il ne veut pas ?».

Emmanuel Macron «fait les poches des Français»


Pour sa part, Alain Joyandet (sénateur de la Haute-Saône et conseiller régional) a plaidé pour la reprise des investissements et l'assainissement du budget de «l'entreprise France» avant de comparer la gestion d'Emmanuel Macron et de Marie-Guite Dufay. Le conseiller régional a dessiné sa vision d'une politique de développement régional : baisse du budget de fonctionnement, baisse des cartes grises, augmentation des amortissements d'emprunt, lancement d'un emprunt supplémentaire, hausse des investissements...

Montant à son tour à la tribune, François Sauvadet (conseiller régional de Bourgogne-Franche-Comté et président du conseil départemental de la Côte-d'Or) a commencé son propos en adressant quelques piques à celles et ceux qui ont quitté la famille de la droite et du centre pour En Marche avant de s'en prendre à Emmanuel Macron via «l'affaire Benalla» : «ce n'est pas seulement un fait divers, qu'un proche du président ose faire le coup de poing avec un brassard de police dans une manifestation du 1er mai, c'est grave !».

Pour l'élu centriste, le président «fait les poches des Français» : «c'est une start-up dans laquelle Macron fait du crowdfunding en allant chercher l'argent de manière obligatoire dans la poche des classes moyennes» et d'évoquer des attaques concernant les retraites, les allocations logement ou bien les allocations familiales. La question du pouvoir d'achat s'est ainsi faite centrale, notamment à propos des retraites : «quand on gagne 1000 euros par mois, on est à l'euro près à la fin du mois ; l'effet CSG supplémentaire pour les retraités n'est pas sans effet sur leur vie, simplement pour pouvoir manger, se loger et se chauffer demain».

«Je suis fier d'être Gaulois»


La récente polémique sur les «Gaulois réfractaires» mentionnés par Emmanuel Macron a évidemment permis à François Sauvadet de réagir : «je suis fier d'être Gaulois et je ne suis pas résistant au changement, les Français aspirent au changement. On ne veut pas de la politique des premiers de cordée qui laissent les suivants sur le bord du chemin». Pour l'élu territorial, avec l'approbation de l'assistance, la «mère des réformes, c'est celle du fonctionnement de l’État et celle de la haute administration» car «aujourd'hui, au plus haut niveau de l’État, ce sont les mêmes femmes et les mêmes hommes de pouvoir qui agissent dans la haute administration». Il a dit voir en Emmanuel Macron un «pur produit de cette technocratie française : par son histoire, sa formation, son cursus ; sa vision est naturellement inspirée par son formatage».

Un point a particulièrement fait réagir le président du conseil départemental de la Côte-d'Or : «sous l'ère Macron, c'est le préfet qui va notifier le budget du conseil départemental et qui va nous dire ce que nous avons le droit de dépenser. C'est un recul sans précédent ! Cette augmentation d'1,2 % est assortie de mesures qui s'imposent à nous en matière sociale qu'il va falloir que nous financions. Quelle conséquence de tout cela ? C'est l'investissement et l'équipement dans nos communes qui vont chuter».

L'appel de Vitteaux pour le rassemblement


François Sauvadet a rappelé le risque politique pour sa famille : «plus la colère grandit dans le pays, plus le risque court, s'il n'y a pas d'alternative politique républicaine, de voir un jour le populisme l'emporter». Pour éviter cela, il s'agirait de «tracer un nouveau chemin» en revoyant «l'équilibre ville / campagne» : «il faut sortir du concept de métropolisation pour entrer dans un contexte nouveau de mise en réseau, il ne s'agit pas de tout concentrer sur un territoire ; il faut mettre les acteurs de ce territoire en réseau pour en faire une force supplémentaire».

Deux nécessités pour l'alternance selon François Sauvadet : le rassemblement et l'arrêt des querelles d'égo. Il a donc lancé l'appel de Vitteaux : «appel à un rassemblement de toutes les forces républicaines qui veulent un vrai changement et qui se reconnaissent dans les valeurs que l'on a portées !». Un appel qui vaut dès à présent pour tous les départements : «travaillons dès maintenant pour une reconquête qui ne sera pas si elle n'est pas territoriale. Si on ne commence pas par la commune, il ne faudra pas s'étonner si on se réveille mal pour les sénatoriales. Si on ne commence pas par la commune, cela se passera mal dans l'ensemble du pays. Je rêve d'un monde d'un monde où la commune redeviendra, de la plus petite à la plus importante, le cœur de la démocratie française parce que c'est là que l'on vit et c'est à partir de là que la reconquête du pouvoir se fera !». Après avoir chanté l'hymne national avec l'assistance, François Sauvadet s'est dirigé vers la salle voisine où était proposé un déjeuner républicain.

Jean-Christophe Tardivon