jeudi 12 décembre 2019
L'événement «Clos et château scintillants» propose de nombreuses animations les 15 et 22 décembre à Vougeot. Au programme : visites guidées théâtralisées au rythme des contes de Noël de Bourgogne-Franche-Comté, des démonstrations et bien sûr des dégustations gourmandes.
Questions à...
À l'occasion des 70 ans de la fondation de la première communauté Emmaüs par l'abbé Pierre, Anne-Marie de Bailliencourt présente les évolutions de la communauté installée à Norges-la-Ville, en périphérie de Dijon.
> Côte-d'Or > Côte d'Or

AGRICULTURE : Le «oui mais» de Marie-Guite Dufay au stockage de l'eau

25/11/2019 03:25Imprimer l’article
Lors des États généraux de l'eau organisés ce vendredi par la chambre d'agriculture de la Côte-d'Or, les collectivités territoriales, les agences de l'eau et les agriculteurs ont fait le point sur la question des retenues collinaires pour affronter les sécheresses. Marie-Guite Dufay a fait un pas en direction de François Sauvadet.
Les agriculteurs sont parmi les premiers professionnels concernés par le changement climatique. Durant cette année 2019, la longue sécheresse estivale venant à la suite d'un déficit de précipitations hivernales a rendu particulièrement cruciale l'adaptation à une moindre disponibilité de la ressource en eau.

Pour réfléchir à cette problématique, la chambre d'agriculture de la Côte-d'Or organisait les premiers «États généraux de l'eau» ce vendredi 22 novembre 2019 à Fauverney, dans la plaine dijonnaise. Les représentants du monde agricole, les agences de l'eau, le Département, la Région et l’État étaient présents pour envisager ensemble l'avenir dans un monde aux températures moyennes supérieures de plusieurs degrés à celles connues ces dernières années.



Les «bassines» font débat


Que peut faire chacun des partenaires pour aider à l'aboutissement des projets de retenues collinaires tels que l'incite le président de la République ? Telle était la question que Vincent Lavier, président de la chambre élu sur une liste de la FDSEA, adressa à ses interlocuteurs. La commune choisie pour cette table-ronde étant emblématique puisque Fauverney a inauguré en 2016 un bassin de 56 hectares dont l'eau est disponible pour l'irrigation.

Depuis plusieurs années, la question d'élaborer des retenues artificielles – parfois appelées «bassines» – pour stocker l'eau en relativement grande quantité fait débat. Le président du conseil départemental de la Côte-d'Or François Sauvadet se fait régulièrement l'écho de la demande de la chambre d'agriculture. Des écologistes et des scientifiques étudiant les questions environnementales sont opposés à ce dispositif, par respect du «cycle de l'eau» et par défiance de l'agriculture jugée «intensive». Régulièrement, partout en France, de tels projets sont attaquées devant le tribunal administratif.

Mais le débat évolue. Après plusieurs mois de concertation, les Assises de l'eau ont, en juillet dernier, débouché sur une approbation des «retenues collinaires» par le gouvernement. Une soixantaine devraient être réalisées d'ici 2022 partout en France.  

Les missions des Agences de l'eau en question


«On va vers un monde où il y aura plus de sécheresses et plus d'inondations» tel est le constat que Jean-Baptiste Peyrat, sous-préfet de Beaune, a dressée. Un représentant du bassin de la Tille confirmant avec la survenue de deux crues centennales en quelques années. Une situation qui renvoie à la question de l'entretien des cours d'eau mais aussi à celle de la construction dans des zones à risques.

Trop d'eau à un moment donné, pas assez à d'autres. En 2018, la sécheresse a induit 20 millions d'euros d'aides agricoles. Les experts invitent donc à s'emparer des Projets de Territoire pour la Gestion de l'Eau (PTGE) qui apparaissent comme le cadre pertinent pour arriver à un équilibre avec comme outil le Schéma de Gestion et d'Aménagement des Eaux (SAGE).

Le directeur de la délégation de Besançon de l'Agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse François Rollin a rappelé que la mission des Agences de l'eau est d'acquérir de la connaissance sur les états des eaux (mener des études, organiser la concertation, lancer des plans d'action avec un financement sélectif...). Les Agences de l'eau sont des établissements qui ont une fonction de reconquête du bon état des eaux et qui sont là pour financer des projets qui améliorent l'état des eaux (état chimique, état écologique, équilibre quantitatif).

L'adaptation au changement climatique, le développement de l'irrigation, l'instauration de nouveaux stockages ne font  donc pas partie des missions des agences de l'eau tels que les législateur les a définies. Certaines retenues peuvent néanmoins être financées quand il s'agit de trouver une substitution au pompage en rivière dans des zones précises, les Zone de Répartition des Eaux (ZRE).

Des choix pour «disposer de notre propre alimentation» selon Dominique Girard


Pour sa part, Dominique Girard a réagi en géographe de formation en évoquant la probable disparition de plusieurs glaciers et donc d'un stockage hivernal d'une eau relarguée l'été. Selon le vice-président du conseil départemental de la Côte-d'Or en charge de l'eau, il tombe 5 milliards de mètres cubes d'eau de pluie par an sur la Côte-d'Or et «on en utilise 500 millions».

D'après lui, «70% de l'eau stockée est à l'usage des canaux pour la navigation» comme c'est le cas avec le plus grand lac de la Côte-d'Or, le réservoir de Panthier et ses 130 hectares, créé pour mettre à niveau le canal de Bourgogne à proximité de Pouilly-en-Auxois. Dominique Girard a précisé que le «stockage d'eau agricole était limité» avec 1,5% de la surface agricole utile tandis que la consommation des agriculteurs irrigant ne dépasserait pas 4 millions de mètres cubes d'eau par an.

Le vice-président a insisté sur les fondamentaux de la politique du Département, les solidarités sociales et les solidarités territoriales : «les agriculteurs sont la colonne vertébrale de notre petite France». Concernant l'eau, cela se manifeste avec l'instauration des Espaces Naturels Sensibles, dont cinq sur sept ont trait à des zones humides, ces cinq-là correspondant à d'anciens ouvrages de stockage d'eau.

Dominique Girard a annoncé que la session du 25 novembre 2019 correspondrait au vote d'une stratégie départementale de l'eau abondée par 10 millions d'euros sur 5 ans, cela dans le cadre d'une stratégie d'adaptation au changement climatique. Une «réponse immédiate face à la sécheresse» lui paraît nécessaire en citant comme exemple les 160.000 bovins dans l'Auxois-Morvan pouvant consommer chacun 100 litres d'eau par jour.

Sans réponse à ces enjeux, Dominique Girard s'est dit inquiet d'éventuelles délocalisations voire de déplacements de population à l'intérieur même de la Bourgogne-Franche-Comté : «pour disposer de notre propre alimentation, il y aura des choix importants à faire». Annuellement, les collèges représentent deux millions de repas et les structures du médico-social six millions de repas. L'élu du Val de Saône a donc appeler à se fédérer : «les forces de chacun additionnées peuvent surmonter les faiblesses de tous».

«On ne fait pas des retenues impunément» selon Marie-Guite Dufay


«Le sujet de l'eau nous préoccupe, je pleurais cet été en voyant les pâturages devenir des paillasses» a indiqué Marie-Guite Dufay. La présidente du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté a souscrit aux propos de Dominique Girard : «il y a besoin d'une réaction collective». Bien que n'ayant pas la compétence de la gestion de l'eau, la président a assuré ses interlocuteurs de sa volonté d'intervenir.

Une intervention qui pourrait mobiliser des fonds européens permettant de financer des bâtiments et des installations qui vont dans le sens d'une économie et d'un stockage de l'eau. Marie-Guite Dufay s'est dite «très engagée aux côtés de la profession agricole sur la question de l'adaptation au changement climatique». Elle a incité à travailler sur la recherche de nouveaux modes de culture moins dispendieux en eau.

Concernant les retenues collinaires, «il faut être collectif et pragmatique» selon la présidente qui s'est empressée d'ajouter que «le cycle de l'eau est quelque chose de très fragile donc on ne fait pas des retenues impunément». Pour faire taire certaines polémiques, elle a précisé que «la ligne FEADER concernant les retenues n'a pas été retirée car la Commission européenne ne l'a jamais mise pour des questions écologiques». Si la Commission européenne dit «non» au financement des stockages de l'eau, malgré le «lobbying» de la Région, alors «les collectivités n'ont aucune possibilité».

«La question de l'eau s'impose à nous tous» pour la présidente de Région


Parmi les 60 retenues collinaires évoquées par le ministre de l'Agriculture, Marie-Guite Dufay espère «qu'il y en aura au moins un pour le département de la Côte-d'Or». Elle a salué la stratégie du président du Département : «il a raison d'être déterminé comme il est sur la question de l'eau». Bien que cela ne soit pas une compétence régionale, Marie-Guite Dufay est prête à participer à des financements de projets départementaux, comme celui de Perrigny-lès-Dijon, «mais, sur la question des financements de stockage pour les besoins des agriculteurs, à condition que les questions écologiques bien sûr soient vues». Elle a ainsi appelé à la vigilance «sur la question des cycles de l'eau» sans opposer les différents acteurs de l'écologie dont les agriculteurs font partie à ses yeux.

À signaler aussi que la Région envisage de lancer un plan bâtiment agricole dédié spécifiquement à cette question du stockage et de la retenue de l'eau. Chaque exploitation agricole serait à même de stocker 100 mètres cubes si les travaux nécessaires étaient réalisés. Ce plan serait financé sur les fonds propres de la Région, «hors Europe», car «la question de l'eau s'impose à nous tous» selon la présidente.

«La sécheresse, c'est avant tout la détresse des agriculteurs» selon Jean-Baptiste Peyrat


«Quand on parle d'eau, il faut qu'on parle de l'eau en général, dans tous ses usages et toutes ses utilisations» a alerté Jean-Baptiste Peyrat pour débuter sa conclusion de ces États généraux de l'eau en Côte-d'Or. De usages qui vont donc au-delà de la profession agricole. Pour autant, il a reconnu que «la sécheresse, c'est avant tout la détresse des agriculteurs confrontés à ces problèmes-là». Il s'est ainsi dit favorable aux «projets de retenues d'eau quand elles sont économiquement et environnementalement soutenables».

Selon Jean-Baptiste Peyrat, Dijon connaît actuellement ce qui était les températures de Lyon il y a cent ans. Dans trente ans, Dijon connaîtra les températures d'Avignon aujourd'hui. Le sous-préfet a signalé que les services de l'Etat sont d'ors et déjà amenés à «limiter des projets d'urbanisation sur ces questions là».  Néanmoins, il s'est voulu optimiste : «il y a des solutions».

Jean-Christophe Tardivon