mardi 24 octobre 2017
Questions à...
Un an après son élection, le premier secrétaire de la section PS de Dijon revient sur l'année écoulée et parle de l'avenir dans une longue interview accordée à Infos-Dijon : l'échec du PS aux élections présidentielles et législatives, le processus de refondation du parti, la concurrence de La France Insoumise, la politique de La République en Marche, ou encore la mairie de Dijon… Tous les sujets sont abordés, sans langue de bois.
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Antoine Hoareau : «Le PS n'est pas mort et ceux qui veulent le voir disparaître devront attendre»

22/09/2017 03:21Imprimer l’article
Un an après son élection, le premier secrétaire de la section PS de Dijon revient sur l'année écoulée et parle de l'avenir dans une longue interview accordée à Infos-Dijon : l'échec du PS aux élections présidentielles et législatives, le processus de refondation du parti, la concurrence de La France Insoumise, la politique de La République en Marche, ou encore la mairie de Dijon… Tous les sujets sont abordés, sans langue de bois.
Le premier secrétaire de la section PS Jean-Moulin de Dijon, Antoine Hoareau, élu il y a un an presque jour pour jour par les militants, a accepté de balayé tous les sujets de cette rentrée politique 2017 pour Infos-Dijon. Interview.

Le parti socialiste envisage de changer de nom. Est-ce parce que le mot socialisme n'a plus la cote ?
Le socialisme, c'est des valeurs, c'est la défense de la justice sociale et de l’intérêt général. Et cela fait sens. Personnellement, je tiens à ce mot. Il ne faut pas que nous tombions dans le marketing, comme certains le font, en changeant de nom sans refonder notre pensée et notre organisation.

«Cela fait près de dix ans que le parti travaille moins, voire ne travaille plus…»


Vous pensez donc qu'il faut changer l'orientation du PS ?
Il faut redéfinir la carte d'identité du parti. Cela fait près de dix ans que le parti travaille moins, voire ne travaille plus… Le PS a été le grand absent du quinquennat. Harlem Désir et Jean-Christophe Cambadélis étaient les plus petits dénominateurs communs des socialistes, et n'ont pas su mettre en mouvement notre organisation pour défendre les politiques menées par les gouvernements de François Hollande. Et puis c'est la première fois de son histoire que le parti ne présentait pas de programme pour la présidentielle.

Le parti présentait pourtant le programme du candidat choisi par la primaire, en l'occurrence Benoît Hamon…
Benoît Hamon a gagné la primaire avec son propre programme, qui n'était pas celui du parti socialiste, et c'est bien ce qui a été notre difficulté, car il ne fut ni débattu ni questionné déjà par les militants. Le revenu universel par exemple, que l'on soit pour ou contre, n'a pas été débattu en interne pour le comprendre, l'amender si nécessaire. Il n'y a pas eu de compréhension collective de ce sujet. Dans ces conditions, les militants n'ont pas pu se l'approprier pour le défendre. Et si déjà les premiers concernés, les militants, n'ont pas l'argumentaire et la compréhension nécessaire, comment bien le partager avec les gens ?

«La reconstruction du PS ne se fera que par la base»


Comment le parti va-t-il «redéfinir sa carte d'identité» ?
Aujourd'hui, nous sommes dans la phase où nous devons nous poser les bonnes questions. La direction collégiale du parti (dont fait partie Nathalie Koenders, première adjointe de François Rebsamen ndlr) a travaillé tout l'été. Il en est sorti une feuille de route sous la forme d'un questionnaire, sur lequel les militants se prononceront le 28 septembre. Ce questionnaire sera basé sur trois piliers, pour une triple reconstruction : politique, stratégique et organisationnelle.
L'idée, c'est que la reconstruction du parti ne se fera que par la base. En octobre, novembre et décembre auront lieu des réunions nationales et locales, les «forums de la refondation». Puis une synthèse de tous ces travaux sera réalisée en décembre pour déboucher en février/mars sur un congrès de la refondation. Nous devrons ainsi choisir notre ligne politique, notre modèle d'organisation et une nouvelle direction.

Les gens qui attendent cela ne sont-ils pas déjà partis chez la France Insoumise, qui semble avoir pris le leadership à gauche ?
Non, nos militants ne sont pas fatalistes ni résignés. Nous avons pris une claque, c'est vrai, mais ils ont envie de reconstruire. Face à la France Insoumise, il n'y a pas de leadership à reprendre, mais une pensée de gauche, une idée crédible à développer et proposer. Les gens n'attendent pas de la gauche qu'elle soit dans la compromission avec ce pouvoir de droite ou dans une opposition stérile. Nous devons garder nos valeurs fondamentales autour de la justice sociale et de la redistribution des richesses ainsi que notre culture de gouvernement pour regagner notre crédibilité.

N'est-ce pas aussi l'idée d'une sixième République qui a séduit nombre d'électeurs ?
Je n'ai pas le souvenir que cette question fut au centre de la campagne présidentielle. Mais c'est une question qui devra être abordée durant les forums puis tranchée. Peut-être faut-il modifier la V° plutôt que passer à une VI°. Je me souviens d'ailleurs qu'au moment des attentats à Paris, François Hollande avait dit «heureusement que l'on a la Ve République qui permet de prendre des décisions rapides dans les moments de crise pour faire face». Toutes ces questions restent ouvertes et il ne doit pas y avoir de tabous dans les forums : le rapport entre le Président et le Premier Ministre par exemple, ou le renforcement du parlement. Personnellement, je suis très attaché au bicamérisme (système avec deux chambres au parlement, en l'occurrence l'Assemblée Nationale et le Sénat ndlr) qui permet l'amélioration de la loi et un meilleur contrôle de l'action du gouvernement.

«Les syndicats ont l'impression de s'être fait berné»


Vous croyez que la réforme du code du travail faite par le gouvernement aidera à relancer l'économie ?
Je le ne crois pas. Sur le fond, le contenu de ces ordonnances, c'est une libéralisation du marché du travail. D'ailleurs, les syndicats réformistes, qui semblaient satisfaits de leurs premières discussions, ont l'impression de s'être fait berné, et pour cause : les mesures du gouvernement, en donnant plus de pouvoirs au patronat et en limitant les droits aux salariés, créent un déséquilibre.
Quand on a fait la loi El Khomri, et on a été suffisamment critiqués sur ce point, nous respections cet équilibre nécessaire entre la protection des salariés et la liberté de l'entreprise. C'est primordial car un salarié qui se sent bien protégé travaille mieux. La qualité des conditions de travail est essentielle pour la réussite de toute l'entreprise.

Vous saviez pourtant qu'Emmanuel Macron était un libéral. Vous ne l'avez pas vu venir pendant la campagne ?
Si évidemment, et c'est pour cela que j'ai fais la campagne du candidat de mon parti ! Et puis, il faut dire qu'il n'a jamais vraiment présenté de programme, quelques mesures, un état d'esprit peut-être, mais pas de projet. Pendant la présidentielle, il n'y a pas eu de débat de fond sur quelles orientations et quelle vision nous voulions de la société. Tout a été pourri par les affaires de quelques-uns. Les affaires de quelques-uns qui ont taché l'image de toute la politique. On en a vu le résultat avec la montée des extrêmes et la très faible participation, notamment lors des législatives, ce qui d'ailleurs pose un vrai problème de légitimité aux parlementaires aujourd'hui.

Vous pensez que la majorité de La République En Marche est fragile ?
Quelle liberté de débat et de réflexion ont les députés de la majorité ? Ils font des «team building», mais on ne gère pas l’État comme on gère une entreprise. Comment ce groupe si divers dans sa composition, entre les libéraux-conservateurs venus de la droite et les sociaux-libéraux issus de la gauche, va-t-il pouvoir défendre des positions communes ?

«La République En Marche organise elle-même ses futurs frondeurs»


Il y aura donc, tôt ou tard, des frondeurs dans le camp d'Emmanuel Macron ?
Je pense que la République En Marche organise elle-même ses futurs frondeurs. Ainsi, le débat démocratique s'organisera uniquement autour d'eux, entre eux. Ce sera une façon de renforcer le parti du Président, et de condamner au silence toutes les oppositions représentées à l'Assemblée nationale.

Justement, face à cela, ne serait-il pas temps de réunir la gauche, et en particulier le PS et la France Insoumise ?
Pour envisager cela, il faudrait déjà que Jean-Luc Mélenchon sorte de sa revanche personnelle vis-à-vis du PS. Je ne parle pas des militants locaux avec qui nous pouvons avoir des échanges, même de très bons échanges, mais bien d'un enjeux très personnel pour Jean-Luc Mélenchon. Il est vexé car personne ne l'avait retenu quand il a quitté le PS en 2008, le PS qui au demeurant lui a permis de construire toute sa carrière politique. Bref. Il y a quelque chose d'irrationnel chez lui qui casse une partie de son discours. Il veut détruire le PS, et ne s'en est pas caché durant ses campagnes cette année. Mais avec les militants de la France Insoumise, c'est tout autre chose. Au moins localement. Et j'espère que nous pourrons demain nous retrouver pour déjà débattre ensemble.

Au regard des résultats, les législatives en Côte-d'Or n'ont-elles pas été un échec plus grand encore qu'au niveau national pour le PS ?
Quels qu'aient été nos candidats, ils auraient fait ces résultats. Ils ont fait de bonnes campagnes, qui ont été reconnues comme telles y compris par leurs adversaires. Pierre Pribetich, par exemple, était dans une des circonscriptions les plus à droite du département, et qui est d'ailleurs restée à droite… C'était un résultat conjoncturel. Avec une telle vague, un tsunami En Marche et surtout une telle abstention, il était impossible de faire mieux.

«Le rôle de militant doit être revalorisé»


Sur quoi le PS doit-il s'appuyer pour rebondir ?
Sur ses militants, d'abord, et aussi sur ses élus et son implantation dans le quotidien des gens. Aujourd'hui, les nombreuses collectivités socialistes mènent des politiques qui touchent au quotidien des gens. A Dijon, ailleurs dans la métropole et en Côte-d'Or, les décisions des mairies socialistes sont de vraies décisions de justice sociale : les tarifs des cantines proportionnels aux revenus, le maintien des services publics pour la gestion de crèches, la politique en faveur des personnes âgées, pour l'éducation, etc.
C'est avec cette gestion quotidienne que l'on garde notre crédibilité et la refondation nationale permettra de retrouver un projet solide. Le Parti Socialiste a 110 ans d'histoire, et ça continuera.

L'erreur n'a-t-elle pas été d'organiser des primaires ?
Je pense que la primaire peut être une bonne chose ou être totalement dévastatrice.
En 2007, la primaire était fermée mais avait attiré des gens de partout qui avaient franchi le pas de l'adhésion au PS pour y participer. Ce fut alors une formidable dynamique pour l'élection. Et puis c'était une élection sans candidat sortant.
En 2012, le contexte était différent : la question était de savoir «qui peut gouverner la France et battre Nicolas Sarkozy ?». Ainsi François Hollande est apparu comme celui qui était le mieux placé pour parvenir à ce double objectif, et il l'a fait.
En 2017, la question n'était plus qui peut gouverner, tout le monde savait que ce serait compliqué, mais plutôt «qui peut le mieux représenter notre camp ?». Et quand on se pose cette question là, on sait alors que c'est sur la gauche du parti que l'on gagne. On a vu le résultat.
Pour demain, je pense qu'il faudra revenir à une primaire interne, sur le schéma de 2007, qui dira aux gens «venez adhérer et participer à la campagne». Le rôle de militant doit être revalorisé avec cette possibilité qui lui est propre de désigner ses candidats aux élections.

«Justice sera rendue à François Hollande sur son bilan»


Aujourd'hui, plusieurs indicateurs semblent donner raison au travail de François Hollande. Vous pensez qu'il sera réhabilité dans l'opinion ?
Il y a une vraie injustice sur François Hollande. Il sera réhabilité, sans doute pas au point de revenir au pouvoir, mais justice lui sera rendue sur son bilan. On n'a pas su expliquer ce que l'on faisait pendant cinq ans, comme par exemple le tiers payant généralisé, une vraie mesure de gauche, ou la création du compte personnel d'activité. Encore une fois, le parti n'a pas été suffisamment présent derrière le Président. Il a fallu attendre 4 ans et demi avant d'avoir un tract pour aller dans la rue défendre notre politique. Et il était déjà bien trop tard.

Le PS a annoncé ce mardi vouloir vendre son siège historique de la rue de Solférino. Vous approuvez cette décision ?
Solférino a été acheté grâce aux militants, donc cela devrait être aux militants de prendre cette décision… à condition qu'ils soient éclairés sur la situation des finances du parti ! Il faut de la transparence. Que la question soit posée, ok, pas de tabou. Mais ce n'est certainement pas au bureau national de prendre seul cette décision.

«Les municipales, ce n'est pas une question qui se pose pour l'instant»


La droite commence à se mettre en ordre de bataille pour conquérir la mairie de Dijon. Comment voyez-vous cette échéance ?
Les municipales, ce n'est pas une question qui se pose pour l'instant. Nous ne sommes qu'à mi-mandat. Nous sommes dans l'action, avec une équipe soudée et qui travaille. Le programme de 2014 contenait 100 propositions et nos élus sont au travail pour les mettre en œuvre et même au delà. C'est quand même le premier contrat entre une équipe municipale et la population : faire ce pourquoi on a été élu.

Didier Martin vient d'annoncer qu'il quitte le groupe socialiste et apparentés du conseil municipal. Pensez-vous que cette scission puisse en entraîner d'autres et déboucher sur une candidature de La République En Marche aux prochaines municipales, et le redoutez-vous ?
Scission ? (rires) Nous n'en sommes pas là ! Les relations avec Didier Martin sont très claires et sa décision, individuelle, était connue depuis longtemps. Il est dans la suite logique des élections législatives.

Il y a un certain flou sur la possibilité ou non qu'aura François Rebsamen à se représenter. Ne pensez-vous pas qu'il devra se prononcer suffisamment tôt pour clarifier les choses ?
Encore une fois, la question n'est pas d'actualité. Et puis la réforme constitutionnelle annoncée n'est pas encore dévoilée. François Rebsamen, dont l'action de Maire est reconnue de tous, est capable d'envisager ce que sera la ville dans 20 ou 30 ans. C'est un visionnaire et c'est d'ailleurs pour cela que Dijon s'est autant métamorphosée en 15 ans.

«On ne mesure pas encore l'ampleur qu'aura la Cité de la Gastronomie»


Sur l'avenir de la ville justement, on lui reproche parfois de trop en livrer les clés aux entreprises par le biais de partenariats publics-privés (PPP). N'est-ce pas un peu dangereux ?
La plus grande privatisation à Dijon date de bien avant l'arrivée de François Rebsamen. C'était l'eau en 1991, qui a été donnée à la Lyonnaise des Eaux, aujourd'hui Suez, pour une durée de trente ans. Heureusement que François Rebsamen a su renégocier ce contrat avec Suez, pour permettre de baisser le prix de l'eau à Dijon et de mettre en place une tarification sociale.
Un PPP, ce n'est pas une privatisation. Comme son nom l'indique c'est un partenariat. Les collectivités ne peuvent pas toujours sortir le cash nécessaire aux projets. C'est donc l'entreprise qui porte l'investissement puis qui gère le service pour une certaine durée raisonnable.
On ne mesure pas encore l'ampleur qu'aura la Cité de la Gastronomie et du Vin pour le rayonnement de notre ville. Mais il faut savoir qu'elle n'aurait pas été possible sans ce partenariat avec Eiffage, qui est capable de porter l'investissement (250 millions d'euros). La gauche sait être pragmatique. Donc solliciter les entreprises est une façon d'avancer. La priorité, c'est le maintient des services publics, comme par exemple avec la cuisine centrale de Dijon. Et les PPP, comme ce sera le cas pour la Métropole connectée, font aussi faire des économies.

Sur la Métropole connectée, n'y a-t-il pas un risque de voir les données personnelles des Dijonnais livrées à des multinationales ?
Il y a des garde-fous. La CNIL est par exemple très attentive à ces questions. Je préfère des projets connectés portés par des collectivités, donc avec un contrôle démocratique des citoyens à travers leurs élus, plutôt que les GAFA, les géants du web, sur lesquels nous n'avons aucun contrôle et qui peuvent revendre vos données personnelles à n'importe qui, ce qui est déjà le cas.

Comment se porte la section PS de Dijon ?
Nous sommes environ 350 adhérents, c'est bien, les adhésions repartent malgré la séquence électorale que nous venons de vivre. Personnellement, je n'en ai pris la direction que depuis un an, mais je vois une vraie envie collective de continuer ensemble. Le PS n'est pas mort et ceux qui veulent le voir disparaître devront attendre et composer avec. Les conditions pour y parvenir, ce sont la confiance, la fraternité et la camaraderie.

Recueilli par Nicolas Richoffer