lundi 24 septembre 2018
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Christophe Avena : «L'affaire de la mort de Naomi Musenga est symptomatique des difficultés des Samu»

10/05/2018 18:01Imprimer l’article
Médecin régulateur au Samu 21 et conseiller départemental, Christophe Avena décrit les difficultés des médecins régulateurs, confrontés à une augmentation continue des appels. Sans se prononcer sur le contenu de la conversation entre le Samu de Strasbourg et Naomi Musenga, il note une anomalie dans cette affaire, symptomatique d'un manque de médecins régulateurs.
Les circonstances de la mort de Naomi Musenga, 22 ans, décédée le 29 décembre après un appel au Samu de Strasbourg au cours duquel elle n'a pas été prise au sérieux, secouent l'actualité nationale. En France, 25 millions d'appels sont passés au Samu chaque année, dont 300.000 en Côte-d'Or.
Christophe Avena, médecin régulateur au Samu 21 et conseiller départemental, a accepté de répondre aux questions d'Infos-Dijon. Une affaire comme celle-ci peut-elle se produire en Côte-d'Or ? Pourquoi ? Quelles contraintes pèsent sur les médecins régulateurs, qui doivent traiter un grand nombre d'appels téléphoniques ? Interview.

Comment percevez-vous cette affaire ?


«Je ne peux pas parler de cette affaire en particulier, mais je vois qu'elle est symptomatique des difficultés des Samu, quand on connaît le volume d'appels reçus. Il y a tant d'appels qu'il y a des problèmes de temps en temps. Le problème de fond, c'est qu'il y a une croissance majeure de l'activité qui n'a pas été suivie de l'accroissement nécessaire de la capacité de réponse. Il faut une capacité à traiter le volume d'appels mais le problème pour les régulateurs, c'est que nous devons suivre des procédures qui sont parfois contradictoires.»

Quelles sont ces procédures contradictoires ?


«Par exemple, nous avons le devoir de décrocher en moins de trois minutes, et nous avons aussi le devoir de traiter chaque appel avec la totalité du questionnement. On peut donc se retrouver rapidement coincé par le temps.»

Mais ces questions ne semblent pas avoir été posées à Naomi Musenga…


«Le premier soucis que je relève dans cette affaire dramatique du Samu de Strasbourg, c'est que cette jeune fille n'a pas eu affaire à un médecin. Ici, en Côte-d'Or, les personnes qui appellent ont systématiquement un avis médical. Mais la conséquence, c'est que parfois, une des deux procédures n'est pas respectée».

C'est une question de fonctionnement du centre de régulation ?


«Avec le temps, on a assisté à un changement dans le rôle du Samu. A la base, le 15 a été créé comme un numéro réservé aux urgences médicales, puis c'est devenu une permanence médicale, une sorte de «call center médical». Donc le nombre de tâches a considérablement augmenté. En 1996, quand j'ai commencé, nous recevions en Côte-d'Or environ 70.000 appels par an, avec un médecin régulateur, et en 2017, nous en avons reçu environ 300.000 avec deux médecins régulateurs. Mais il n'y a pas eu, en vingt ans, d'augmentation des situations d'urgence. On reçoit notamment des milliers d'appels pour des maux de ventre, donc ils sont parfois compliqués à traiter. A la limite, je dirais que plus c'est grave, plus il est facile de réguler car on identifie immédiatement le caractère urgent de la situation.»

Mais que faire d'autre qu'appeler le 15 ?


«C'est bien le problème. Il n'y a pas d'alternative au 15. Il y a SOS médecins, mais ce sont des médecins libéraux dont on ne maîtrise pas le délais d'intervention. La question qui se pose pour le Samu, c'est soit d'abandonner la régulation médicale, soit de renforcer la capacité de traitement médical des appels. En Côte-d'Or, nous allons renforcer le nombre d'assistants de régulation médicale (ARM), mais il faudrait également plus de médecins régulateurs pour renforcer le service. Je dois bien l'avouer, parfois, je ne consacre pas suffisamment de temps à certains appels pour réguler car je dois passer à d'autres appels.»

Quels sont les cas que vous rencontrez et qui ne méritent pas un appel au 15 ?


«On croise tous les cas. des gens nous appellent car c'est plus pratique pour obtenir un médecin en dehors des horaires d'ouverture des cabinets. On reçoit aussi des appels de gens qui veulent obtenir un certificat d'aptitude à la pratique du sport, ou de gens qui veulent qu'on les aide à lire des analyses médicales. Tous ces cas ne relèvent pas du 15.»

En conclusion, vous diriez qu'il faut donc plus de médecins régulateurs ?


«Bien-sûr, les recommandations, à la suite de cette affaire, vont entraîner une demande de hausse du nombre de médecins régulateurs. Mais il faut savoir que le recrutement de médecins urgentistes n'est pas aisé. D'après l'ARS, il en manque plus de 200 en Bourgogne-Franche-Comté. C'est un métier qui n'attire pas car il y a une activité intense et beaucoup de responsabilités et beaucoup de pression. Et quand on est médecin régulateur, on sait que le jour où on commet une faute, on se retrouve seul.»
Propos recueillis par Nicolas Richoffer
Photo N.R.