jeudi 29 juin 2017
Questions à...
Dans une interview accordée à infos-dijon, la présidente de la Région Bourgogne - Franche-Comté donne sa vision de la future métropole dijonnaise et relève notamment, «il n’y a surtout pas un problème de concurrence entre la région et la future métropole».
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CÔTE-D'OR : François Sauvadet, «ma porte est ouverte si François Rebsamen veut bien faire l'effort de me présenter la cité de la gastronomie»

24/11/2016 21:29Imprimer l’article
«Le résultat de la primaire est une surprise».
«Je lance un appel au Centre et notamment à François Bayrou».
«M. Rebsamen veut à tous prix sa métropole, mais pour en faire quoi ?».
Le président (UDI) du Conseil départemental de Côte-d'Or et leader de la droite et du centre au Conseil régional de Bourgogne - Franche-Comté répond, sans détour, aux questions d'infos-dijon.

Infos-dijon : Après la large avance de François Fillon au 1er tour de la primaire de la droite et du centre et le score bas de Nicolas Sarkozy, que vous souteniez, que vous inspire le résultat de dimanche dernier ?

«Mon sentiment est que ce résultat est une surprise pour beaucoup. Déjà, le taux de participation en est une avec 4,2 millions de votants. Qui aurait prédit cette participation au plan national ? Et même en Côte-d'Or, avec 34 544 votants, c'est-à-dire 10% du corps électoral. C'est pratiquement le double de la primaire du Parti Socialiste en 2011. On sent une vraie envie de changement qui s'est exprimée massivement. Avec un Front National quasiment assuré d'être au 2e tour, on voit bien l'importance du choix du candidat de la droite et du centre à la présidentielle. Ensuite, une fois passée la primaire, il faudra se mobiliser pour préparer les conditions de l'alternance. Et attention à ceux qui disent que tout est gagné d'avance, on se souvient de l'épisode des dernière régionales qui devait voir toutes les régions basculer à droite. D'autant que j'ai vraiment le sentiment que cette présidentielle, c'est l'élection de la dernière chance avant de voir l'arrivée d'un président ou d'une présidente de la République FN.»

Vous vous attendiez à ce que Nicolas Sarkozy fasse un aussi mauvais résultat?

«J'ai été aussi extrêmement surpris. Après, on avait bien compris qu'entre les candidats et les médias, c'était le «tout sauf Sarkozy» qui a dominé. Ca a été une campagne à charge contre lui. Et je ne pensais pas que François Fillon serait aussi haut. Moi j'avais fait le choix de Nicolas Sarkozy par fidélité et loyauté. J'ai été choqué que tous les anciens ministres de Nicolas Sarkozy, que j'ai côtoyé en tant que ministre de la Fonction publique, se livrent à des attaques en règle alors qu'ils ont été singulièrement muets durant leur exercice…».

Vous avez eu l'ancien président de la République au téléphone depuis dimanche?

«Oui. Ca a été un moment émouvant, pour lui d'abord. Ses propos dimanche soir ont été ceux d'un homme d'Etat et j'ai été extrêmement choqué par ceux qui disent qu'il est meilleur dans ses sorties que dans l'exercice… Un peu de dignité ne fait pas de mal. J'ai bien senti que la candidature de Nicolas Sarkozy suscitaient des réactions, mais de là à imaginer que le socle des Républicains allait autant lui faire défaut…».

«Je me demande, une nouvelle fois, si Bayrou veut vraiment l'alternance…»


Vous avez aussitôt annoncé que vous alliez voter dimanche pour François Fillon. Alors que dans la semaine, un de vos proches et président de l'UDI 21, Pascal Grappin (lire sa tribune) annonce quant à lui qu'il votera pour Alain Juppé et demande au centristes de l'imiter…

«Rémi Delatte soutenait François Fillon, Alain Suguenot, Nicolas Sarkzoy, Laurent Bourguignat, Alain Juppé, etc. Donc quand c'est les Républicains c'est bien, mais quand c'est le centre, c'est mal. C'est le débat. Quand l'UDI soutient Juppé et moi Fillon, ça fait débat ! Par ailleurs, j'ai toujours dit que les participants à la primaire devront accepter le vainqueur. Par ailleurs, je lance un appel au Centre et notamment à François Bayrou : on ne peut pas être en dedans et en dehors d'une élection. Je me demande, une nouvelle fois, si Bayrou veut vraiment l'alternance…».

Sur un plan plus local, vous présidez le groupe d'opposition de droite et du centre au Conseil régional de Bourgogne - Franche-Comté tout en étant président du département de Côte d'Or. Quel est l'état de vos relations avec la majorité de la socialiste Marie-Guite Dufay?

«Je ne veux pas être un empêcheur, ni entraver l'action de la Région. Après, j'ai toujours dit que la loi NOTRe (Nouvelle organisation territoriale de la République) n'était pas la mienne. Les transferts de compétence, c'est n'importe quoi ! Et je vois bien le piège tendu par la présidente, qui commence à dire, 'si ça ne se fait pas, c'est la faute des Départements'. Au niveau des transferts, je prends l'exemple des transports, j'ai tout fait pour que ça se passe le mieux possible. Nous avons d'ailleurs été le premier département de Bourgogne - Franche-Comté à signer cet accord financier avec la Région. Par contre, nous n'avons aucune garantie sur la qualité des services futurs… C'est d'ailleurs un sacré paradoxe : les départements qui ont mis le plus de moyens dans les transports scolaires et qui ont atteint un très haut niveau de service, comme la Côte-d'Or, pourraient être pénalisés si l'uniformisation du service venait à se faire par le bas lors du transfert de la compétence à la Région. Dans le même temps, je suis inquiet quand je vois que d'autres régions, comme l'Île-de-France, avancent à grand pas sur ce dossier. Par ailleurs, quand on voit la situation des agriculteurs et que la majorité en est toujours à organiser des cafés-débat et des rencontres citoyennes, j'ai envie de dire, Mme Dufay, il faut que vous agissiez !».

Dans quel sens... ?

«Regardez la dernière session, la majorité a décidé de réduire de 60 millions d'euros de crédits d'investissement, dont 12 millions destinés aux lycées alors que le monde économique en a besoin ! Quelque chose ne tourne pas rond à la Région. Je me souviens des propos tenus durant la campagne des Régionales, 'Nous sommes prêts à agir dès le 1er jour'. Ca fait un an qu'on attend. Là, j'ai le sentiment qu'elle fait surtout du suivisme par rapport à la politique du Gouvernement, mais pour le reste, rien. D'ailleurs, je vous annonce qu'aujourd'hui même (jeudi 24 novembre, ndlr), j'ai écrit à tous les maires de Côte-d'Or en tant que président du Conseil départemental pour faire remonter tous les dossiers qui sont prêts et qui sollicitent les fonds de la Région et j'irai les porter moi-même à Mme Dufay. Mais je constate que, malheureusement, la Région est toujours aux abonnés absents ».

«M. Rebsamen veut à tous prix sa métropole, mais pour en faire quoi?»


Autre gros dossier, qui vous concerne en tant que président du Conseil départemental de Côte-d'Or, celui de la future métropole dijonnaise, avec là aussi des transferts de compétences à négocier, cette fois, avec François Rebsamen, le président du Grand Dijon. Quel message lui adressez-vous ?

«Je ne suis pas hostile à l'idée que les grandes régions se dotent d'une métropole. Mais je ne sais toujours pas pourquoi… M. Rebsamen veut à tous prix sa métropole, mais pour en faire quoi ? C'est comme pour la cité de la gastronomie, on ne sait toujours pas ce qu'il y aura dedans ? Après, mon bureau est ouvert pour que M. Rebsamen vienne m'expliquer son projet. Quant aux compétences, s'il veut tout assumer, qu'il les prenne toutes !».

Vous n'avez toujours pas évoqué avec lui les transferts de compétences?

«Les routes vont devenir une compétence obligatoire du Grand Dijon, c'est la loi. Après il y a le fond social du logement, l'action sociale, l'aide aux jeunes en difficulté, ou encore la prévention spécialisée. D'ailleurs, sur la prévention, je suis clair. Si les communes concernées trouvent que la prévention spécialisée est aussi utile dans les quartiers en difficulté, elles doivent faire des efforts. Moi, je suis prêt à mettre des investissements, à parité avec les communes. Et je les inscrirai au budget 2017. Après, il faut discuter, il y a aussi les compétences culture et tourisme».

Vous avez déjà engagé les discussions avec François Rebsamen, car il y a aussi la compétence collèges…?

«Ils ne rentrent pas dans l'accord. Nous conserverons les collèges, contrairement à ce que dit François Rebsamen».

«J'ai déjà connu des tensions dans ce département et on sait où ça vous conduit…»


Pour résumer, quel serait, selon vous, un bon accord entre le Département et la Région, au sujet de la métropole ?

« A l'évidence, la métropole devra assumer la prévention spécialisée. Après on verra… On va discuter, tout est ouvert. Ma porte est ouverte si M. Rebsamen veut bien faire l'effort de venir jusqu'à mon bureau, il est le bienvenu. Mais j'attends toujours. C'est comme pour la cité de la gastronomie. Tant que François Rebsamen ne me présente pas le projet, il n'y aura pas de financements du département. C'est assez simple… D'ailleurs, je tiens à lui rappeler, comme à Colette Popard (adjointe PS à Dijon et présidente de l'opposition au Département) que le Conseil départemental a beaucoup investi à Dijon et dans l'agglomération dijonnaise. Nous allons continuer de soutenir tous les dossiers qui sont d'intérêt général pour la Côte-d'Or, mais le Département ne sera jamais le tiroir-caisse du Grand Dijon».

Pourtant, il vous reproche de ne pas financer les travaux au Musée des Beaux-Arts de Dijon?

«Je rappelle que le Musée des Beaux-Arts bénéficie d'aides de l'Etat qui sont considérables ! Alors que pour Alésia, nous n'avons rien, si ce n'est la révision du contrat de plan, à hauteur de 2,8 millions d'euros, arraché de haute lutte. Alors que François Rebsamen est allé faire son marché auprès du Gouvernement. J'ai d'ailleurs suffisamment dénoncé cette gestion entre amis».

La commune de Longvic n'a pas été retenue dans le dispositif «territoire zéro chômeur», porté par le futur ex-député de Côte-d'Or (PS), Laurent Grandguillaume. Etes-vous déçu, comme le maire de Longvic (lire la tribune de José Alméida) ?

«Oui… ça c'était un bon dispositif. Longvic fondait beaucoup d'espoir sur ce dispositif et le Conseil départemental était prêt à soutenir cette démarche, des engagements avaient été pris. D'ailleurs, j'ai cru observer que cette histoire ressemblait à un règlement de compte à Ok Corral autour de la place de la Libération… Je n'oublie d'ailleurs pas que nous avons eu des débats très vifs avec Laurent Grandguillaume au Département. Mais c'est un homme de convictions. D'ailleurs, ses propres amis lui font aujourd'hui un procès, mais je n'oublie pas que j'ai les mêmes à la maison…».

Les mêmes ? C'est-à-dire?

«Je pense à certains qui, à mon égard je trouve, ont manqué d'élégance. Comme un certain Alain Houpert (sénateur LR de Côte-d'Or) qui se répand dans la presse. J'ai l'impression d'être devenu sa tête de turc ! Il se trompe de combat. Il explique que le temps des partis et des sortants est révolu. Qu'il ne faut plus de circonscriptions réservées à untel ou untel. Qu'il en parle à Rémi Delatte et Alain Suguenot, tous les deux sortants ! Tout ça n'est pas sérieux. Il faut dans chaque circonscription un candidat unique de la Droite et du Centre. Si ce n'est pas le cas, en particulier sur la 4e circonscription de Côte-d'Or (dont il était député, ndlr), cela marquerait incontestablement une étape nouvelle entre les Républicains et l'UDI, que je ne souhaite pas… j'ai déjà connu des tensions dans ce département et on sait où ça vous conduit…».

Propos recueillis par Bruno Lédion
Photos : Nicolas Richoffer