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CÔTE-D’OR : Le Syndicat des enseignants de l’UNSA veut un statut et des aides pour les directeurs d’école

22/03/2018 16:37Imprimer l’article
Pour le SE-UNSA, c’est la semaine de la direction et du fonctionnement de l’école. L’occasion d’alerter sur les charges pesant de plus en plus sur les directeurs d’école, dont le métier n’est pas vraiment reconnu.
«Citez-moi une seule administration, une seule entreprise, une seule entité professionnelle qui n’a pas évolué depuis 1883… Bah si, il y en a une, c’est l’Education nationale au niveau du premier degré…», a lâché d’entrée le directeur d’une école à Chevigny-Saint-Sauveur, lors d’une conférence de presse donnée mercredi après-midi au SE-UNSA à la Maison des syndicats de Dijon. Et pour assoir le contexte dans lequel il doit encore aujourd’hui exercer ses fonctions, il a ajouté : «L’école primaire, ce sont des murs appartenant à la commune, du personnel (les enseignants) financé par l’Etat et des élèves prêtés par les familles en quelque sorte, dans le cadre d’une obligation scolaire». Les directeurs et directrices d’école pointent alors «une absence de statut juridique qui posent un certain nombre de problèmes administratifs».

«Sans adjoint, sans CPE, sans secrétaire»


S’ils n’ont pas d’autorité juridique sur leurs collègues enseignants, leur fonction implique des responsabilités, pour ce qui est de la sécurité notamment. C’est d’ailleurs ce point qui a accentué les charges pouvant peser sur un directeur d’école. «Jules Ferry n’avait évidemment pas pensé aux attentats et au plan vigipirate», fait-on remarquer. «Avec des incidences directes sur le directeur».
PPMS, exercices de sécurité, ouvertures et fermetures des locaux scolaires, contrôles des sacs, compte-rendus supplémentaires, fiches de sécurité… Autant de mesures venant s’ajouter aux responsabilités des directeurs et directrices d’école, devant faire face d’autre part à la suppression des contrats aidés et par conséquent à la suppression de personnels, dans les établissements du premier degré en l’occurrence.
«J’ai 206 élèves dans mon école, soit plus que les trois plus petits collèges de Côte-d’Or», assure un directeur, «sans adjoint, sans CPE, sans secrétaire»… «Nous fonctionnons avec un tiers de notre temps en démarche administrative, quand d’autres peuvent fonctionner avec trois personnels à temps plein, avec certes d’autres missions mais quand même… 206 élèves pour un directeur, ça fait beaucoup».

«C’est schizophrène»


Une directrice d’école, elle aussi sur la commune de Chevigny-Saint-Sauveur, insiste : «J’ai 191 élèves répartis sur huit classes et je n’ai aucune aide administrative. Les élèves de ma classe attendent parfois 10-15 minutes devant la porte, surtout qu’ils ne sont forcément autonomes à 6 ans. L’excitation monte et c’est difficile de bien travailler». Et la principale concernée prend comme exemple : «Pas plus tard que la semaine dernière, j’ai dû gérer une situation de crise et j’ai laissé ma classe à une AVS. Or, je n’ai pas le droit de le faire. On sent ensuite une tension s’installer et on met les élèves en insécurité affective. Ce n’est pas un climat propice au bon apprentissage».
«Les obligations liées à la sécurité ne sont tenables que si nous mettons nos élèves en insécurité. C’est schizophrène», s’accordent les directeurs d’école. Ils demandent aujourd’hui «des aides administratives», et que leur statut soit clairement défini.

Une structuration administrative demandée


Le Syndicat des enseignants de l’UNSA souhaite un métier reconnu de secrétariat, de même qu’une reconnaissance du statut de directeur et directrice d’école. «Ils sont en première ligne mais ils n’ont pas les compétences juridiques. Faut-il aller vers un statut de chef d’établissement, comme dans le second degré, qui impliquerait des missions d’évaluation en plus ? Ce n’est pas ce que nous demandons, mais il faut une structuration administrative car l’école a changé. Des outils numériques sont proposés pour alléger les tâches des directeurs, mais il n’y a pas de formation derrière et ces outils entraînent du travail en plus au final», souligne Franck Delétraz, secrétaire départemental du SE-UNSA.
L’arrivée et «l’explosion» du numérique sont sources de réactions plus que mitigées : «On est directeurs 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. C’est humainement pas possible», constatent-ils, en disant qu’«aujourd’hui c’est demain». Selon eux, les burns-out se multiplient et «personne ne veut du poste», tel que le déplore une directrice d’école à Auxonne - 142 élèves, 6 classes -, dont l’emploi du temps est surchargé aussi par les demandes des parents et une exigence d’immédiateté dans les réponses.

Il y a urgence à

«mettre ces problématiques sur la table»


Aux difficultés pédagogiques, se sont aussi ajoutés des problèmes sortant du cadre de l’école et allant parfois même «jusqu’à l’éducation à la maison». Au-delà de clivages historiques, culturels, sociologiques, syndicaux, des directeurs d’école tiennent donc à avancer sur la question du statut, dans et pour une école à laquelle ils tiennent par la conscience professionnelle et la défense de l’enseignement. Pour eux, il est impératif de mettre ces problématiques sur la table, quitte à aborder des sujets comme la territorialisation des écoles et non pas un rattachement plus poussé aux collèges de secteurs.
Cette semaine, il s’agit bien de «mettre en lumières les conditions d’exercice des directeurs d’écoles et de dénoncer le flou sociétal sur le statut de l’école», a rappelé Franck Delétraz.
Développée pour la première fois sous cette forme, cette semaine à l’initiative du SE-UNSA est marquée par une pétition demandant au ministre l’ouverture du dossier sur la direction et le fonctionnement de l’école, par la collecte de témoignages de directeurs sur leurs conditions d’exercice ou bien par des réunions syndicales.
En Côte-d’Or, ils sont environ 550 directeurs d’école du premier degré. Sur le territoire national, 97,64 % des directeurs sont aussi enseignants. Seuls 1 087 d’entre eux bénéficient d’une décharge complète (à partir de 13 classes en maternelle et de 14 classes en élémentaire).

Alix Berthier