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COTE-D'OR : Les associations musulmanes du département ont travaillé en vue de la réorganisation de l’Islam de France

14/09/2018 18:43Imprimer l’article
Après une série de tables rondes, l'heure était à la restitution des pistes évoquées, qui remonteront à Paris dans le cadre des assises territoriales de l’Islam de France initiées par le Ministre de l’intérieur.
Dans le cadre de l’organisation des assises territoriales de l’Islam de France initiées par le Ministre de l’intérieur, la préfecture de Côte-d’Or a organisé le 5 septembre dernier, à Chenôve, une réunion des représentants du culte musulman en Côte-d’Or.
Bernard Schmeltz, Préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté, Préfet de la Côte-d’Or, a organisé mercredi soir une seconde réunion avec l’ensemble des représentants du culte musulman dans le but de présenter les conclusions et propositions de la précédente consultation.

Une grande diversité d'associations représentées


A ces assises territoriales, et donc aux deux réunions que nous venons de citer et qui concernent le département de la Côte-d'Or, étaient conviées les associations qui gèrent les lieux de cultes musulmans, et en aucun cas «les personnes avec lesquelles on considère que l'Etat n'a pas de dialogue à avoir» précise le préfet.
Ainsi, ce mercredi, face aux équipes de la préfecture, étaient présents Jaafar Hussein, président de l'association musulmane éducative et culturelle de Quetigny (Amecq), Mohamed Khomri, président de l'union des mosquées de la région Bourgogne-Franche-Comté, Mostafa Kerkri, président du conseil régional de culte musulman (CRCM), Mehmet Kaya, président de l'association Cojep Bourgogne, Mohamed Ateb, président de l'association des jeunes musulmans de France en Bourgogne (JMFB), Ahmed Hamadi, président de l'association de la mosquée des Grésilles, Mohamed Kellouai, président de l'association de la mosquée Al Kheyr et Ahmid Idi, président de l'association «l'Ouverture».

«Les valeurs de la République ne sont pas un sujet de discussion ou de débat»


L'objectif de ces consultations est de faire remonter les idées et propositions au ministère de l'Intérieur, également ministère des cultes, en vue de mettre en place une nouvelle organisation de l'Islam de France, «dans le cadre des valeurs de la République, qui ne sont pas un sujet de discussion ou de débat» précise le préfet. «Ce n'est pas la première consultation dans le pays mais celle-ci est un peu différente puisqu'elle associe des représentants de la société civile, avec plus de voix féminines et de voix jeunes» ajoute Bernard Schmeltz.
Il s'agissait donc ce mercredi de restituer les propositions qui ont émergé des groupes de travail le 5 septembre.

«L'Etat n'entretient pas de relation plus privilégiée avec l'une ou l'autre des religions»


Les thématiques abordées au cours des différentes tables rondes  : l'organisation du dialogue et du culte, les statuts des lois de 1905 et 1901, le financement, le statut et la formation des imams et la prévention de la radicalisation. «Les idées peuvent naître à l'échelle locale» commente le préfet, qui ajoute : «le but est de construire un Islam de France qui ne dépende pas des pays étrangers. Il s'agissait donc de faire débattre les acteurs, dans le respect de la diversité des cultes. Et les échanges se sont bien passés, même lorsqu'ils ont été parfois vifs, comme sur le sujet de la représentation. Il faut bien comprendre que l'Etat n'intervient pas dans la théologie et les affaires religieuses, mais organise, et se porte garant de la liberté de croire… et de ne pas croire. L'Etat n'entretient pas de relation plus privilégiée avec l'une ou l'autre des religions, mais la République est chez elle partout, y compris dans les églises, les synagogues et les mosquées».

Financement, statut des imams, prévention de la radicalisation…


Ainsi, les points que le département de la Côte-d'Or fera remonter pour alimenter la réflexion nationale sont nombreux, et parfois même contradictoires, illustrant à la fois la diversité des visions et l'impartialité de l'Etat dans le compte-rendu de ces réflexions.
Sur le financement, la création d'une «taxe Halal» est évoquée, qui permettrait un financement centralisé au niveau national. D'autres préconisent un autofinancement local, auquel s'opposent ceux qui y voient une source d'inégalité entre les différentes mosquées. La défiscalisation des dons aux associations cultuelles est également une piste.
Concernant le statut des imams, la création d'une charte des droits et devoirs a été proposée. L'établissement d'un référentiel, tel qu'un «conseil des imams de France» est également sur la table, avec notamment la création d'un statut officiel, et une formation en France, et non plus à l'étranger.
Enfin, sur le sujet de la prévention de la radicalisation, les idées fourmillent : le rôle des prisons en la matière est d'ailleurs mis en avant, et un accès aux textes, trop souvent déformés ou interprétés, est également nécessaire. Mais en la matière, ce sont des propositions plus générales, qui, finalement, ne concernent pas l'Islam en lui-même, qui sont évoquées. des solutions sociales et d'urbanisme, comme le désenclavement des quartiers sensibles, l'enseignement de l'arabe à l'école, qui a beaucoup fait parler de lui cette semaine en France. Le rôle des médias, perçus comme stigmatisants, et la nécessité d'organiser un contre-discours est également un sujet.
Nicolas Richoffer
Photos N.R.

Les propos conclusifs du préfet, Bernard Schmeltz, en intégralité :


Messieurs les présidents d’associations,

Je remercie les représentants d’associations et lieux de culte pour leur implication dans la consultation qui a eu lieu mercredi dernier :

L’événement a pu être organisé grâce à leur mobilisation et à la participation de très nombreux membres de leurs associations.
Je salue la tenue d’une consultation qui s’est déroulée, dans l’immense majorité des cas, dans le respect des principes d’écoute, de dialogue, de co-construction et dans un cadre républicain ; à l’exception d’une table-ronde, les débats sont demeurés courtois et ont permis l’émergence d’un vrai consensus entre les différentes personnes présentes.
Je salue également le caractère inédit de cette consultation par rapport aux instances de dialogue précédentes, avec près d’une centaine de participants, la représentation de voix diverses - jeunes, féminines, de la société civile - et un événement à Chenôve pour aller à l’écoute des musulmans dans les territoires.

J'aimerais rappeler le contexte national dans lequel s’est tenue cette consultation :

Cette consultation s’est tenue début septembre dans tous les départements à la demande du ministre de l’Intérieur, ministre également en charge des cultes, dans la continuité des instances de dialogue organisées au plan national et territorial depuis 2015.
Les résultats de la consultation vont être transmis au ministère de l’Intérieur afin de contribuer utilement aux réflexions sur le dialogue avec le culte musulman. Le compte-rendu sera aussi prochainement remis aux représentants associatifs aujourd’hui réunis.

1. Il nous faut progresser sur le terrain du dialogue républicain entre l’Etat et le culte musulman


- Je voudrais dissiper les malentendus, s’il en existe, entre l’Etat et les représentants du culte musulman, sur la signification de la loi de 1905 et son héritage :

Comme j’avais eu l’occasion de le rappeler, la loi de « séparation » ne vise pas à opposer l’Etat et les cultes, mais à garantir la liberté des cultes, notamment à s’organiser comme ils l’entendent, ainsi que l’égalité entre tous les cultes en tant qu’interlocuteurs de l’Etat.

Cela dit, c’est un fait que la loi de 1905, en « figeant » la situation patrimoniale des cultes à la date de sa promulgation, n’avait pas anticipé la croissance du nombre de nos concitoyens de confession musulmane ; aujourd’hui, de nombreux rapports ont souligné le besoin de réfléchir à des solutions qui permettent, tout en restant fidèle à l’esprit de la loi de 1905, de trouver des solutions aux difficultés « immobilières » du culte musulman.

Pour aller de l’avant, je vous invite à adopter une approche apaisée des relations entre l’Etat et le culte musulman. Il m’a été rapporté que les travaux de la commission STASI de 2004 sur l’application du principe de laïcité à l’école continuaient parfois d’être encore contestés dans certains cercles. Pourtant, ces travaux, qui ont très largement associé les responsables du culte musulman, ont conduit à l’adoption d’une loi qui est équilibrée, fixe des règles claires, tout en laissant les enfants libres de vivre leur droit de croire ou de ne pas croire, sans ostentation.

Ce sont les héritages historiques, ceux d’une religion de plus de 13 siècles, ceux des pays d’origine des populations issues de l’immigration, et ceux d’un Etat profondément attaché à ce principe de laïcité, qu’il nous faut prendre en compte si nous voulons que nos propositions soient tout à la fois actuelles et pertinentes. En aucun cas, l’Etat n’attend de vous que vous reniiez l’histoire et la culture de votre pays d’origine, lorsque celui-ci n’est pas la France, du moment que votre attachement aux valeurs de la République demeure sans faille. Cela dit, l’« Islam de France », auquel nous sommes tous attachés, ne pourra se construire à la croisée d’interventions étrangères.

- L’Etat est actif, aux côtés du culte musulman, pour proposer des solutions concrètes aux difficultés qu’il peut rencontrer, au jour le jour, dans l’exercice des différents piliers de sa pratique

C’est ainsi que l’Etat a facilité la structuration d’aumôneries musulmanes au sein de nos forces armées, dans les établissements pénitentiaires, dans les établissements hospitaliers.

De même, il accompagne le travail des associations musulmanes pour que la fête de l’Aïd-el-kébir puisse se tenir, non seulement dans l’indispensable respect des lois, mais aussi dans des conditions de sécurité et de sérénité optimales. A cet égard, sachons tirer les leçons de nos réussites récentes. Cette année, pour la première fois, l’Etat a accompagné et aidé à concrétiser les initiatives des mosquées d’Is-sur-Tille et de Chenôve pour l’installation d’abattoirs temporaires.
Le Directeur départemental de la protection des populations n’a pas ménagé ses efforts ni son temps. Cela dit, gardons à l’esprit que ce dispositif partenarial peut encore être amélioré l’an prochain, notamment au regard de l’organisation de l’abattoir de Beaune. Pour y parvenir, il importera de progresser encore davantage dans la qualité de la relation partenariale avec les représentants du culte.

- La qualité du dialogue entre l’Etat et les représentants du culte musulman peut encore progresser :

Je voudrais réaffirmer que, s’il ne s’agit pas pour l’Etat de s’immiscer dans l’organisation du culte musulman, l’Etat est parfaitement légitime à s’intéresser aux conditions optimales du dialogue avec le culte musulman et notamment la qualité de ses instances représentatives.

Manifestement, et les débats de la semaine dernière l’ont encore illustré avec acuité, la création du Conseil français du culte musulman (CFCM) et des conseils régionaux du culte musulman (CRCM), malgré la légitimité propre dont ils bénéficient en tant qu’issus d’élections, n’a pas permis d’apaiser les dissensions qui existent entre les représentants des différentes sensibilités du culte.

Ces sensibilités, quand il ne s’agit pas de questions de personnes, s’adossent soit à la pluralité des islams nationaux, soit à l’existence de mouvements transnationaux qui visent à promouvoir « leur » compréhension propre de l’islam. Les débats théologiques n’ont jamais cessé de rythmer l’histoire du culte musulman dans tous les pays où celui-ci s’est diffusé, et il ne m’appartient en aucun cas d’entrer sur ce terrain, tant que les valeurs qui en émanent n’affichent pas ostensiblement leur opposition aux valeurs de la République. Mais je me félicite de l’accord unanime entre vous pour aller de l’avant dans la consolidation d’un « Islam de France » capable d’assumer sa spécificité dans le concert des islams nationaux.

- La consultation a permis de faire émerger des propositions concrètes pour réformer l’organisation des instances d’administration du culte et des instances religieuses

Partir du niveau départemental constitue sans doute l’innovation la plus importante pour un culte jusqu’ici structuré de façon descendante depuis le niveau national jusqu’au niveau régional ;

Les propositions sur le financement du culte sont également constructives, et le refus des financements étrangers est une orientation salutaire. Car trouver par nous-mêmes les solutions garantissant de bonnes conditions d’exercice du culte, c’est aussi se prémunir contre toute forme d’ingérence étrangère et affirmer la liberté de choix de l’islam de France de définir sa propre voie.

- Pour autant, les propositions qui ont été formulées en matière d’organisation du culte soulignent l’existence de deux orientations différentes en matière de conception de la représentativité des différentes sensibilités de l’Islam de France :

D’une part, un modèle majoritaire, qui fait penser à celui des organisations « représentatives » en matière syndicale, et qui s’adosse aux principales communautés auxquelles s’identifient les Français de confession musulmane. C’est ce modèle qui, toutes choses égales par ailleurs, semble avoir structuré la première décennie d’existence du CFCM, avec successivement des présidents liés à l’islam algérien, à l’islam marocain ou à d’autres sensibilités.

D’autre part, un système moins proprement axé sur le modèle majoritaire, et en apparence plus démocratique, où toutes les sensibilités, même les plus minoritaires, seraient représentées ; il convient cependant de prendre garde que l’émiettement de la représentation qui pourrait en découler ne fasse courir un risque d’« in-gouvernabilité » de l’institution qui en résulterait.

En l’absence de consensus entre vous sur le choix de l’une de ces deux orientations, il m’est difficile de me prononcer sur ce sujet, qui est au cœur de nos travaux ; peut-être un système mixte, majoritaire, avec une dose de proportionnel, pourrait être proposé avec une réévaluation au bout de 3 ans.

En la matière, il n’y a pas de solution définitive. Il me semble que, pour l’organisation de la représentation de l’Islam de France, nous devons tous faire preuve de prudence et de pragmatisme, sur la base des besoins exprimés par les fidèles et les mosquées, à l’échelon local.

2. La consultation du 5 septembre dernier nous a permis de compléter la «boîte à outils» des réponses concrètes que nous pouvons proposer pour les combats qui nous sont communs, à l’Etat et au culte musulman


- Ces combats, je les ai rappelés la semaine dernière, et ils ont été exposés par le président de la République à l’occasion de son allocution du 21 juin 2017 :

Un combat contre l’obscurantisme djihadiste et sa diffusion : il s’agit d’un combat contre ceux qui pervertissent le message universaliste de l’islam, contre le terrorisme et la violence aveugle de Daech et contre l’idéologie totalitaire qui le sous-tend.

Un combat contre le repli identitaire et communautariste : il ne s’agit de nier la diversité culturelle qui nous constitue ; il s’agit de lutter contre ceux qui voudraient en faire un creuset de ségrégation, quand la République nous invite au contraire à partager nos différences pour promouvoir le vivre-ensemble.

Un combat pour la formation des imams et des acteurs religieux, dont l’enjeu est simple : former les imams sur le sol français et de façon adaptée aux valeurs de la République.

- A plus d’un titre et comme cela a été rappelé, la consultation du 5 septembre a apporté une vision partagée et des propositions concrètes pour mener ces combats :

Au-delà du rôle des forces de sécurité, la réponse au terrorisme se situe également sur le plan civilisationnel et moral. Les propositions issues de la consultation s’inscrivent dans cette logique, mobilisant à la fois un regain de lien social et un combat sur le plan des idées : pour les croyants, c’est un combat à mener sur le terrain théologique et religieux ; pour tous, c’est un combat en faveur des valeurs universelles et du vivre-ensemble, notamment auprès des générations les plus jeunes.

De même, les discussions sur le statut et sur la formation des imams se sont révélées particulièrement fécondes, insistant sur la nécessaire formation en France et en français des cadres religieux, ainsi que sur la nécessité de professionnaliser et en même temps protéger leur activité.

- Je salue, dans ce contexte, les résultats de la consultation du 5 septembre et souhaite qu’ils contribuent le plus utilement possible aux réflexions qui seront conduites à l’échelon national.

3. Pourquoi la relation entre l’Etat et les cultes est un bien commun à préserver

- Je souhaite rappeler pourquoi il ne saurait y avoir de contradiction entre les valeurs de l’islam et les valeurs de la République.

La neutralité et l’impartialité qui sont au cœur du principe de laïcité conduisent à réaffirmer que chacun est libre de ses opinions et de ses croyances, qu’il soit croyant ou non-croyant ; bien entendu, l’exercice de cette liberté demeure subordonné au respect des principes constitutionnels et législatifs qui nous unissent ; on ne peut se soustraire à l’application des règles communes au nom de ses opinions religieuses ;

L’existence d’un socle commun de valeurs universalistes, qui est au coeur de notre organisation républicaine, n’est pas incompatible avec les attachements que nous pouvons avoir à certaines identités culturelles, qui ne sont pas exclusives les unes des autres. La prise de conscience de nos identités multiples est la conséquence directe de cette liberté d’opinions et de croyances précédemment évoquée. Ce qui importe, c’est d’éviter tous prix que nos différences ne deviennent un facteur de ségrégation ou de dissolution des liens qui nous unissent. Le communautarisme n’a jamais été une option du modèle social français. Il me semble que nous partageons tous avec force cette conviction ;

- la laïcité et la République sont ce que nous avons de plus précieux et de plus efficace pour nous prémunir des divisions, de la haine et de la violence, et l’Etat est le seul à pouvoir assurer certaines missions et à pouvoir préserver la cohésion nationale.

En conclusion, j'aimerais souligner que :


De nombreux participants ont exprimé, lors de la consultation du 5 septembre, le souhait de voir cet exercice renouvelé. Cela témoigne à la fois de l’utilité réelle qu’a eu cet événement, en permettant aux dialogues et aux discussions de se nouer, et de l’importance qui s’attache à ce que ces débats puissent désormais se poursuivre, y compris sans que l’Etat n’ait à organiser une telle instance de dialogue ;

La République est, au titre de l’article 1er de la Constitution, « indivisible, laïque, démocratique et sociale » et c’est sur ces principes et sur les valeurs républicaines que doivent continuer de s’élaborer les réponses qui, sans être simples, ne sont pas hors de portée aux questions que les pratiques et le fait religieux posent aujourd’hui dans notre société.