jeudi 14 décembre 2017
Questions à...
Un an après son élection, le premier secrétaire de la section PS de Dijon revient sur l'année écoulée et parle de l'avenir dans une longue interview accordée à Infos-Dijon : l'échec du PS aux élections présidentielles et législatives, le processus de refondation du parti, la concurrence de La France Insoumise, la politique de La République en Marche, ou encore la mairie de Dijon… Tous les sujets sont abordés, sans langue de bois.
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COTE-D'OR : Les députés sur le terrain viticole

04/12/2017 10:16Imprimer l’article
Seconde étape du déplacement officiel de la mission d'information commune sur les produits phytopharmaceutiques : la région de Beaune et ses vignes. Les députés enquêtaient auprès des Caves coopératives Bourgogne-Jura afin de recueillir l'avis de professionnels sur l'usage de ces produits à présent tant décriés comme perturbateurs endocriniens.
Élu député LREM aux législatives de juin 2017 sur la première circonscription de la Côte-d'Or, Didier Martin a été nommé, en octobre, co-rapporteur d'une nouvelle mission (avec Gérard Menuel, député LR de l'Aube) dont l'objet est d'enquêter sur les impacts sociaux, économiques, culturels et environnementaux des produits phytopharmaceutiques. À terme, il s'agira pour cette mission de contribuer à faire émerger des solutions alternatives à l'usage du glyphosate (le principe actif de l'herbicide Roundup). Cette molécule a été classée «cancérogène probable» par le Centre international de recherches contre le cancer dépendant de l'Organisation Mondiale de la Santé. En revanche, l'Agence européenne des produits chimiques ne le considère pas comme tel.

Cliquez pour lire notre article sur l'étape chez Dijon Céréales

475 tonnes de glyphosate achetées en Bourgogne-Franche-Comté


Le terme de produits phytopharmaceutiques correspond à la définition de l'Union européenne. Plus couramment, on parle de produits phytosanitaires pour évoquer les pesticides, les herbicides et autres biocides. Quand les produits sont élaborés à partir de la chimie de synthèse plutôt qu'à partir de produits naturels, on parle de produits phytosanitaires de synthèse.

Avec 60.000 tonnes de substances actives achetées sur son territoire, la France est le troisième marché de produits phytosanitaires de synthèse dans le monde, ce qui a conduit l’État à proposer un plan Ecophyto pour en réduire l'usage. Le plan 2018 étant d'ors et déjà caduc car inatteignable, un plan à l'horizon 2025 prévoit de diviser par deux les quantités utilisées.

En Bourgogne-Franche-Comté, les quantités de substances actives achetées sont les plus fortes dans les zones situées dans un axe Dijon-Mâcon ainsi que dans un axe Vesoul-Auxerre. 3.470 tonnes, dont 475 tonnes de glyphosate, ont été consommées dans la grande région en 2015 (données Direction Régionale de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt).

La vigne, 3% de la surface agricole française, 20% des pesticides


L'étape beaunoise de cette mission prend une importante tout particulière quand on sait que la culture de la vigne recourt massivement aux produits phytosanitaires de synthèse. La vigne représente 3% de la surface agricole française mais consomme 20% des pesticides. Signe des temps, dans le Bordelais, l'interprofession a jeté un pavé dans la mare en avril 2016. Le Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux a évoqué le souhait de sortir des pesticides d'ici 2020.

Du côté du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB), c'est en juillet dernier qu'a été signée une charte régionale «Engager nos terroirs dans nos territoires». L'objectif étant de soutenir des projets de recherche et développement visant la réduction de l'utilisation des produits phytosanitaires de synthèse d'ici 2022.

Pour les experts de l'Institut français de la Vigne et du Vin qui étudient les alternatives aux pesticides, si les professionnels ont pris conscience de l'éventualité du retrait du glyphosate, «ce n’est encore qu’une minorité de viticulteurs qui, hors conversion à l’agriculture biologique, met en place des stratégies d’entretien mécanique du sol» (Éric Chantelot et Christophe Gaviglio, portail Ecophyto, octobre 2017) .

«Nous ne sommes pas des pollueurs»


Dans ce contexte, la rencontre de terrain de ce vendredi 1er décembre 2017 entre les députés et des vignerons était très attendue. Elle a eu lieu au caveau Nuiton-Beaunoy. C'est le nom de l'identité créée en 2011 par la Cave coopératives des Hautes-Côtes (c'est-à-dire les hautes-côtes de Nuits et les hautes-côtes de Beaune). Il existe seize caves coopératives en Bourgogne, dont une seule dans la Côte-d'Or, qui représentent 2.300 vignerons faisant travailler 450 salariés sur 6.700 hectares de vigne. Une récolte normale génère 370.000 hectolitres et 180 millions d'euros de chiffre d'affaire (dont un tiers lié à l'exportation).

Participaient à cette réunion Élisabeth Toutut-Picard (députée de la Haute-Garonne, présidente de la mission d'information), Didier Martin (député de la Côte-d'Or, co-rapporteur de la mission d'information), Gérard Menuel (député de l'Aube, co-rapporteur de la mission d'information), Antoine Herth (député du Bas-Rhin, secrétaire de la mission d'information), Inès Fauconnier (administratrice en charge de l'agriculture, de la forêt et de la pêche, au sein de la Commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale), François Patriat (sénateur de la Côte-d’Or), Didier Paris (député de la Côte-d’Or), Laurence Guillet (suppléante de Didier Martin), Jean-Baptiste Peyrat (sous-préfet de l'arrondissement de Beaune), Pierre Chatelon (responsable du service Agriculture à la Direction Départementale des Territoires), Aude Jarabo (cheffe de projet Ecophyto à la Direction Régionale de l'Agriculture, de l'Alimentation et de la Forêt), Marc Sangoy (vigneron et Président de la fédération des Caves coopératives de Bourgogne-Jura), Marie-Odile Sorlier (déléguée générale des Caves coopératives de Bourgogne-Jura), Michel Barraud (vigneron), Bernard Fournier (président de la cave des Hautes-Côtes), Florent Baillard (vigneron et producteur de cassis) et Bérengère Janin (ingénieure œnologue) qui a mené la visite présentant les activités de la cuverie.

Lors de la table ronde, d'emblée, Élisabeth Toutut-Picard a souligné la démarche pragmatique de la mission qui souhaite «aboutir à des conclusions extrêmement pratiques, réalistes et réalisables en relation avec les principaux intéressés dans chacune des filières». Les professionnels de la cave ont assuré à la présidente de la mission qu'il n'y avait pas de traces résiduelles de glyphosate ou autres produits phytopharmaceutiques dans les vins. Cela a donc orienté plus particulièrement les questions des membres de la mission sur les pratiques agricoles. Les produits phytosanitaires utilisés dans la conduite viticole sont les fongicides (contre le mildiou et l'oïdium), les insecticides et les herbicides (pour l'entretien sous les ceps, les sols étant par ailleurs souvent enherbés).

Lors de cette rencontre, les professionnels de la vigne ont plutôt tendu à rassurer les membres de la mission sur l'impact du glyphosate notamment. Florent Baillard a rappelé que «les pratiques d'aujourd'hui n'ont rien à voir avec les pratiques de nos parents parce que depuis longtemps on a compris qu'il fallait réduire l'usage de ces produits-là». Néanmoins, pour le viticulteur, l'alternative à l'herbicide, c'est la pioche. Pour Michel Barraud, «le glyphosate est le produit le plus efficace» en attendant la mise au point et l'homologation de produits bio. Il a insisté «nous ne sommes pas des pollueurs, nous ne sommes pas des tueurs. Nous ne voulons pas détruire notre outil de travail mais le transmettre» avant de souligner l'importance du monde du vin pour le tourisme en Bourgogne, appelant ainsi à avoir une vision globale du dossier agricole.

«Sans alternative au glyphosate, on va à la catastrophe»


Après cette première alerte de vignerons, c'est Didier Martin qui a mis le sujet principal sur la table: «question directe, on entend parler d'une interdiction de commercialiser le glyphosate dans trois ans, quelle est votre réaction?». Réponse aussi directe de Michel Barraud : «sans alternative au glyphosate, on va à la catastrophe». Les professionnels craignent un manque de recherche et d'investissement dédiés à la vigne, culture trop mineure pour les fabricants de produits phytosanitaires.

Devant ces craintes,  Élisabeth Toutut-Picard a tenté de rassurer les viticulteurs : «je ne crois pas que l'objectif du Président de la République ou du ministre de l'Agriculture soit de s'attaquer à l'agriculture. Le Président a pris conscience qu'il y avait une grosse problématique de revenus et de crise chronique. Comment peut-on répondre à la demande de l'opinion publique qui est de plus en plus inquiète de ce qu'elle consomme comme aliment ? L'idée est de trouver ensemble des solutions qui nous permettraient de répondre à cette inquiétude. Comment entamer la mutation, puisqu'elle paraît inéluctable, vers des modes de culture qui seraient plus respectueux de la santé des producteurs, des riverains et des sols ? C'est une démarche qui sollicite l'intelligence collective. On ne vient pas avec une position déjà prise».

Dans ce débat entre la culture locale et la commercialisation globale, la question de la concurrence européenne est importante pour des vins qui s'exportent largement. Pour les professionnels interrogés ce jour-là, souhaiter interdire le glyphosate dans trois alors que l'Union européenne prolonge son usage pour cinq ans, c'est créer une situation de concurrence déloyale. Pour Florent Baillard, «il y a des produits phytosanitaires qui sont utilisés en Europe et qui ne le sont plus en France. On a des règles d'application des produits qui sont bien plus strictes en France qu'à l'étranger. Bien sûr que ça va dans le bon sens mais au niveau économique, cela a des conséquences lourdes!»

«Dans dix ans, 80% des vins seront bio»


Prenant l'exemple de son domaine familial, Marc Sangoy a dit avoir travaillé, dès 1990, avec les chambres d'agriculture sur la lutte raisonnée (NDLR : une variante de l'agriculture conventionnelle) : «déjà à cette époque-là, on était conscient qu'il fallait diminuer les désherbants et les traitements. Au début des années 2000, on n'a plus utilisé d'insecticides. Manque de chance, la flavescence dorée nous a frappés ! On est sorti de ça grâce aux insecticides». À présent, c'est la surveillance régulière des pieds de vigne qui permet de réduire l'utilisation des insecticides. Surveillance qui doit être réalisée rigoureusement par chaque viticulteur pour limiter la propagation des insectes non désirés.

Si des solutions alternatives à l'utilisation de produits phytosanitaires de synthèse existent (biocontrôle, prospection robotisée...), les viticulteurs de la cave des Hautes-Côtes ont manifesté le souhait d'avoir le choix parmi ces solutions. Selon eux, recourir aux produits naturels ou aux produits de synthèse est fonction de l'urgence ou de la gravité de la situation qui menace la vigne. François Patriat a abondé dans ce sens : «le tout ou rien ne paraît pas une bonne méthode» du fait des risques économiques à prendre pour une conversion en bio. Néanmoins «la contrainte économique comptera de moins en moins face à la contrainte environnementale. Peut-être que je me trompe mais je pense que, dans dix ans, 80% des vins seront bio».

Comprenant bien que c'est l'acceptabilité des produits phytosanitaires de synthèse par les consommateurs qui est en jeu plus que l'efficacité technique de ces traitements, les Caves coopératives de Bourgogne-Jura explorent elles aussi la voie de l'agriculture biologique. Un domaine bio est en train d'être constitué avec une quinzaine de vignerons afin d'expérimenter cette culture et de contribuer à la réflexion des viticulteurs apporteurs aux caves coopératives.

Jean-Christophe Tardivon

Lire notre article sur la visite de la mission dans un domaine en biodynamie à Pommard