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CÔTE-D’OR : Les voeux offensifs de Xavier Mirepoix, président de la CCI

16/01/2019 02:04Imprimer l’article
Du constat d’un Etat trop jacobin, aux ambitions de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Côte-d’Or, son président Xavier Mirepoix s’est montré assez offensif à l’heure de ses voeux pour l’année 2019 ce mardi en début de soirée.
On peut dire que Xavier Mirepoix n’a pas mâché ses mots devant les élus, les adhérents, les partenaires et les stagiaires de la CCI de Côte-d’Or. En voulant réaffirmer le rôle de celle-ci, il a d’abord dressé plusieurs constats, en livrant des propos directs à l’égard d’un Etat dont la centralisation n’aide vraiment pas les Chambres consulaires…
Même s’il déplore cette situation et par conséquent une Chambre consulaire perdant de l’importance, le président de la CCI 21 a tout de même tenu à faire part d’une volonté de tenir sa place, de fédérer les acteurs qu’elle représente, dans des dynamiques de collaborations et de mutualisation variées.
Sur le site du Campus CCI de la Toison-d’Or ce mardi en début ce soirée, où cette cérémonie des voeux faisait par la même occasion office d’inauguration du centre de formation et sur lequel la toute première promotion de l’Ecole Supérieure Appliquée au Design et au Digital sera accueillie en septembre 2019, Xavier Mirepoix a voulu aussi mettre l’accent sur le rôle de la CCI dans la formation, pas en opposition à l’Education Nationale mais en complémentarité en quelque sorte, pour une formation tout au long de la vie valorisante ou bien pour la promotion de l’apprentissage, avec comme exemple l’organisation sur ce Campus en avril prochain de la 10ème édition du salon Apprentissimo.
Pour le président de la CCI 21, les jeunes sont à former, à accompagner, tout en ayant à l’esprit que ceux arrivant sur le marché du travail sont issus de l’ère du numérique notamment, impliquant aussi une évolution des entreprises dans l’intégration de ces jeunes, dans des rapports qui eux aussi évoluent.
L’ouverture annoncée de l’ESADD doit d’ailleurs apporter des compétences nouvelles aux entreprises selon Xavier Mirepoix, ayant ensuite terminé son discours en formulant trois voeux.
En introduction à celui-ci, il a salué les personnes présentes, dont des représentants de la préfecture, de la Ville de Dijon, du Conseil Départemental de Côte-d’Or, des fédérations du bâtiment et des transports, des chefs d'entreprises, plusieurs de ses prédécesseurs…

Alix Berthier
Photos : Alix Berthier

Les propos et les voeux de Xavier Mirepoix

(extraits choisis par nos soins)

Le paradoxe de la taxe pour frais de Chambre


«Depuis que je préside la CCI Côte-d’Or, j’ai vécu deux cycles :
- Le premier, 2013 - 2016, au cours duquel le ministère des finances a contraint les CCI à participer à l’effort public pour combler une petite partie du déficit de l’Etat. La CCI Côte-d’Or a joué le jeu et a retrouvé un résultat budgétaire équilibré.
- Le deuxième cycle, depuis 2017, où l’Etat, au motif de poursuivre notre contribution à l’effort, supprime en réalité les fondamentaux des Chambres de commerce et d’industrie, dont le principal est la représentation des intérêts des entreprises locales qui paient une taxe pour frais de Chambre. La taxe pour frais de Chambre était une sorte de circuit fiscal court qui engageait des acteurs de proximité sur des résultats mesurables et évaluables à court et moyen terme.
La taxe pour frais de Chambre revêtait un principe de solidarité inter-entreprises qui, par les effets de redistribution, permettait aux TPE de bénéficier de services gratuits co-financés par les plus grandes entreprises.
La taxe pour frais de Chambre rendait responsables les élus chefs d’entreprises de son bon usage. Dans une culture de rentabilité propre liée aux acteurs économiques privés, les CCI ont évité l’engrenage déficitaire des établissements publics.
Je parle à l’imparfait car les récentes évolutions annoncées par Bercy me conduisent à une toute autre lecture de la fonction d’une CCI dans son environnement économique et social.
Si les entreprises paient toujours cette taxe, la CCI Côte-d’Or la verra diminuer de 85 % entre ce qu’elle a été en 2012 et ce qu’elle sera peut-être en 2022. Mais, paradoxalement, les entreprises continueront à la payer.»

Un jacobinisme libéral «qui tue» les Chambres consulaires


«Pour nous CCI, cette centralisation nous conduit à une totale incompréhension de ce que doit être aujourd’hui un mandat consulaire.
Les élus vivent des injonctions paradoxales qui relèvent d’une forme d’hypocrisie à ne pas annoncer la fin des Chambres consulaires. Nous vivons la mort lente de l’unique système public de représentation du monde de l’entreprise.
Quand Bercy nous demande dans l’urgence de faire remonter l’impact des gilets jaunes sur les activités économiques, cela devient encore plus difficile de trouver la motivation et d’accepter un ordre de celui qui nous étrangle lentement mais sûrement.
Certains ont même donné une définition du jacobinisme libéral qui élimine les corps intermédiaires qui s’interposent entre l’individu et l’Etat.»

Réaffirmer les principes de la CCI, tout en faisant évoluer les démarches


«- Développer la collaboration public/privé et privé/privé sur tout projet. La participation des uns et des autres crée de l’innovation.
- Croiser plusieurs cultures produit toujours des résultats plus enrichissants pour nos bassins. Plusieurs exemples : le dispositif ALIZE qui propose du mécénat de compétences inter-entreprises.
- La signature d’une convention de partenariat avec la Métropole et le Département et de plusieurs communautés de communes.
- A ce titre, nous deviendrons CCI Métropole en 2019 avec un seul but : faire rayonner cette métropole dans tout le département.
Il faut construire la mutualisation d’opérations telle que la gestion des ports sur la Saône entre Mâcon, Chalon et Pagny, c’est une belle réussite. Je rends hommage à mon collègue et ami Président de la CCI de Saône-et-Loire, Michel Suchaut.
Il faut définir des stratégies de développement sur des marchés consolidés comme la formation professionnelle continue. Là encore en association avec la CCI de Saône et Loire, qui investit à nos côtés et soutient activement cette activité. Ce nouveau Campus CCI Toison d’Or appartient à la SCI Immobilière CCI Formation dont les CCI de Saône-et-Loire et de Côte-d’Or sont co-actionnaires.
Il faut s’appuyer sur les expertises locales ou aller les chercher là où elles existent, pour se professionnaliser et s’enrichir.
Il faut avoir l’audace d’innover et de créer les conditions d’une externalisation vers un mode privé si c’est ce qu’il y a de plus adapté à l’activité. Mon prédécesseur l’a réalisé en portant l’Ecole Supérieure de commerce d’un statut d’établissement public à celui d’une association, devenue depuis une SA, autonome, la Burgundy School of Business, avec des résultats qui s’améliorent chaque année ! Ecole qui participe à l’attractivité de notre métropole, de notre région (c’est le Président de la métropole qui le dit).»

La formation pour travailler et approfondir les compétences recherchées


«Le réseau des Chambres de commerce et d’industrie est le deuxième formateur de France après l’Education nationale. La relation directe de proximité que nous avons avec nos entreprises est notre force. Les métiers évoluent et nos entreprises ont besoin de compétences dans tous les domaines. Pour répondre à leur demande, les CCI forment des jeunes, des demandeurs d’emploi, des salariés et des dirigeants…
La loi promulguée le 5 septembre 2018 pour la "Liberté  de choisir son avenir professionnel" vise à donner de nouveaux droits aux actifs pour accéder à la formation. Elle établit des règles plus simples pour les entreprises, car souvent la formation professionnelle continue reste mal perçue et mal employée. Si tout devait se décider à l’issue des études initiales, nous ferions preuve d’un manque d’ouverture d’esprit et de capacité à évoluer.
Entre la Saône-et-Loire et la Côte-d’Or, ce sont 4 500 personnes qui ont bénéficié de formations en 2018, 500 diplômés répartis sur les 16 diplômes de Bac à Bac + 5, avec 91 % de taux de réussite aux examens et 90 % de taux d’insertion dans les six mois qui suivent l’obtention du diplôme. Michel Suchaut et moi-même sommes fiers de ces résultats.
Tout ceci se réalise grâce à une équipe d’une trentaine de collaborateurs qui interviennent en proximité sur la Saône-et-Loire et la Côte-d’Or, et 300 formateurs experts qui calquent leur pédagogie sur la réalité professionnelle.
Ce Campus CCI Toison d’Or regroupe aujourd’hui la formation professionnelle continue et le pôle Apprentissage de la CCI Côte-d’Or…
Investie dans la mise en relation entre le jeune futur apprenti et le maître d’apprentissage, l’équipe a accompagné 260 jeunes et 230 entreprises en 2018.
Enfin, ce sont 1 243 contrats d’apprentissage enregistrés qui sont le fruit des relations que les équipes ont établi avec les dirigeants d’entreprise.»

Une Ecole à l’ADN innovante


«En 2019, les CCI de Saône-et-Loire, du Doubs, de Haute-Saône et de Côte-d’Or créent l’Ecole Supérieure Appliquée au Design et au Digital !
Toujours suivant la même ambition d’apporter des compétences dans les entreprises, après une étude de marché conduite en 2018, nous avons fait le constat que le territoire a besoin de designers numériques, de concepteurs d’objets connectés, de développeurs de logiciels, d’applications web, de designers industriels, de data designers, de concepteurs d’interface web et mobile, et la liste de ces métiers évolue chaque jour !
Cette Ecole sera innovante dans son ADN. Elle sera le fruit de trois activités indissociables :
- Une Ecole qui préparera au Bachelor Digital Designer, en association avec l’Ecole parisienne ICAN.
- Une agence de conseil en innovation numérique pour identifier les opportunités du numérique dans les TPE et PME, et lancer des projets d’innovation (et nous sommes très en retard dans le domaine).
- Un laboratoire prospectif des nouveaux usages du numérique, un lieu d’expérimentation qui testera les usages avec des expositions temporaires.
Cette école ouvre sa première promotion à la rentrée de septembre 2019, nous sommes en plein recrutement. Il s’agira d’apprendre en faisant. Design, test and Learn, à l’image de ce que fait l’entreprise, "apprendre en avançant", et à l’image plus rare dans le monde consulaire des quatre CCI qui se sont lancées dans ce magnifique projet innovant !
Même principe : ce projet sera celui que nous en ferons tous ensemble, les entreprises, les partenaires publics comme la Métropole qui investit dans le soutien à la formation supérieure, les acteurs de la recherche et de la formation.»

«En 2019, je fais 3 vœux»


«- Le premier pour notre pays : je fais le vœu que la France retrouve une sérénité pour avancer dans les réformes qui sont nécessaires.
Je fais le vœu que nos dirigeants politiques et nos concitoyens cessent leur défiance envers la création de richesse par le secteur privé et leur aversion pour les "riches". Il faut arrêter de faire croire que l’argent tombe du ciel ou qu’il suffit de le prendre aux nantis.
Il est indispensable de nous remettre collectivement en question. Nous sommes en droit d’attendre de l’Etat un effort pour ramener les dépenses publiques à un niveau raisonnable afin de permettre aux entrepreneurs de créer davantage de richesses et aux salariés d’être mieux payés.
Pour consommer, il faut d’abord produire.

- Mon deuxième vœu sera pour les entrepreneurs et leurs entreprises. Je fais le vœu qu’au-delà d’un carnet de commandes bien rempli, ils trouvent une rentabilité suffisante pour assurer le maintien de leur activité. Et là aussi, il faut que les impôts, taxes et charges sociales décidés par la finance publique baissent.
Il faut assurer aux entreprises la stabilité par des règles du jeu plus claires et pérennes, ce qui leur donnera de la visibilité.
Il faut continuer la simplification du cadre, des contrats et des normes.
Bref, je fais le vœu que les chefs d’entreprises gardent la foi et le courage d’aller au bout de leur ambition, dans un climat social apaisé.

- Le troisième vœu sera pour vous : je fais le vœu que vous gardiez cette santé si chère à nous tous, avec quelques petits conseils :
- Fréquentez des amis joyeux.
- Continuez de vous instruire.
- Riez le plus souvent possible et surtout de vous-mêmes.
- Sortez du conformisme qui menace la créativité.
- Donnez de la fantaisie à votre vie.
- Aimez avec ce brin de frivolité et un zeste de folie qui donnent du relief à notre prétendue sagesse.
- Soyez généreux.
  
Saint-Exupéry a dit : "Fais de la vie un rêve, et d’un rêve une réalité".
Alors rêvons.»