mercredi 18 septembre 2019
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CULTURE : L'art des verriers gaulois au MuséoParc Alésia

17/04/2019 10:56Imprimer l’article
L'exposition temporaire 2019 du MuséoParc à Alise-Sainte-Reine présente les verriers gaulois qui produisaient des parures en verre de grand luxe. Fruit d'un travail récent de l'archéologue Joëlle Rolland, «Bling Bling!» est la toute première exposition sur ce sujet. De nombreux ateliers et animations seront proposés jusqu'au 22 septembre. [Actualisé avec des photographies de l'exposition.]
Le MuséoParc Alésia, c'est une exposition permanente qui retrace la bataille d'Alésia (-52 avant notre ère située sur l'actuelle commune d'Alise-Sainte-Reine en Côte-d'Or) et une importante exposition temporaire qui change chaque année. En 2019, le MuséoParc se la joue «Bling Bling!», du titre de l'exposition à découvrir jusqu'au 22 septembre (retrouver la présentation de la saison 2019).

Prenant des allures clinquantes, le MuséoParc invite à un voyage, aussi bien temporel qu'esthétique, à la rencontre des verriers gaulois qui fabriquaient des parures en verre filé – et non pas soufflé – principalement des bracelets. De plus, des ateliers régulièrement proposés tout au long de la saison permettront aux petits et aux grands de s'imaginer en archéologue expérimental pour retrouver des techniques artisanales ancestrales.

«Les objets ostentatoires nous distinguent des autres»


Michel Rouger, directeur du MuséoParc Alésia, explique le titre : «on s'est amusé avec le titre 'bling-bling' parce que cela faisait vraiment écho avec aujourd'hui. Dans toutes les sociétés, il y a des objets ostentatoires qui nous distinguent des autres, qui font signe au sein d'une société et c'était exactement le cas chez les Gaulois avec ces bracelets». L'idée «un peu folle» d'une exposition sur le verre au temps des Gaulois est venu d'une rencontre lors d'un passage de l'archéologue Joëlle Rolland pour une conférence au MuséoParc. L'équipe de l'action culturelle a ensuite travaillé sur la faisabilité et sur la recherche de prêts.

L’exposition «Bling Bling!» dévoile l’histoire des bracelets en verre, depuis les sables égyptiens jusqu’aux ateliers de verriers celtes, des poignets des Gaulois aux actuels verriers du Nigeria. En questionnant le rapport des Gaulois avec leurs bijoux en verre, l'équipe du MuséoParc espère qu'elle amènera les visiteurs à s'interroger sur leur propre façon de se parer. Ce n’est que récemment que l’artisanat du verre gaulois a attiré l’attention des archéologues.  C'est donc la toute première exposition consacrée à ce sujet !

Des bracelets en verre pour afficher son statut social


Joëlle Rolland est chercheuse en archéologie, actuellement en post-doctorat de la fondation Fyssen au laboratoire de l'Institut archéologique de Prague. Ses dix ans de travaux sur les parures en verre des Gaulois sont à l'origine de l'exposition «Bling Bling!». Interrogée par Infos-Dijon, Joëlle Rolland explique sa démarche : «la recherche doit se faire pour le public. Aujourd'hui, ce n'est plus une archéologie de l'objet. On ne travaille pas pour mettre l'objet dans un musée mais pour faire parler ces objets qui donnent des informations sur les sociétés du passé».

Pour l'archéologue, parler de bling bling ou de société de consommation, «ce ne sont pas des anachronismes. Ce message-là est le résultat d'une recherche. Ce que je constate, c'est que l'on a une société gauloise qui produit pour produire de la parure de prix et qui est une parure qui va montrer leur statut social. Finalement, c'est quelque chose qui est dans le bling bling moderne. L'idée, ce n'est pas de faire un anachronisme, c'est de montrer finalement au public que la relation que l'on a avec nos objets aujourd'hui, c'était la même pour les Gaulois qui, eux aussi, avaient une volonté de produire et de consommer pour montrer qui ils étaient et aussi, finalement, pour s'afficher, pour montrer aux autres leur richesse, leur statut social et leur possibilité d'acheter des bracelets en verre».

«Le bling bling, c'est d'abord un mot qui a été utilisé pour désigner les parures des rappeurs américains et cette idée justement d'accumulation de richesse visible, c'est une expression qui a été reprise en France notamment par Nicolas Sarkozy sur cette idée de la Rolex et ça reste quand même l'affichage du luxe, l'affichage du haut de gamme qui peut aller jusqu'à quelque chose de vulgaire quand on est vraiment dans l'excessivité. Mais l'affichage du luxe, c'est toujours un message. Vous et moi, on peut comprendre la Rolex parce que cela fait partie de nos codes de la société. Ce n'est pas pour cela que l'on appartient aux porteurs de Rolex ou que l'on se définit par ces porteurs de Rolex. Il y a certains codes du luxe où, moi, je ne vais pas être capable de les comprendre parce que je ne fais pas partie de cette société de porteurs de sac à main de Chanel et que je ne reconnaîtrais pas ce sac à main. Pour autant, cela reste un affichage, aussi. Le bling bling, cela réunit toute cette volonté d'exhiber sa richesse».

Du très grand luxe


«Ce que l'on perçoit dans la parure en verre, c'est qu'il y a une vraie évolution qui est liée aux pratiques de consommation. Au Vème siècle avant JC, on est sur des objets de très grand luxe, réservés à une élite princière, on va penser à la tombe de la princesse de Reinheim. Petit à petit, sur les cinq siècles de production de cet artisanat du verre, on perçoit des changements dans la production qui sont une adaptation aux consommations. À la fin du second âge du fer, il y a une simplification et une optimisation de la production. On a des ateliers qui ne produisent plus des choses complexes qui vont nécessiter des savoir-faire qui demandent, eux, un temps d'apprentissage très long. Il y a une production qui va s'orienter vers des bracelets plus rapides à produire, plus faciles à produire qui utilisent moins de matière première».

«Ce que l'on comprend archéologiquement, c'est que c'est aussi un moment où l'on a un enrichissement de certaines catégories de la population. Ces nouvelles catégories sociales, c'est clairement ce que l'on pourrait vulgariser comme des 'nouveaux riches' vont vouloir afficher cette nouvelle richesse et ils vont être demandeurs de parure en verre. Donc on a probablement une adaptation de la production à cette nouvelle demande et aussi, on peut l'imaginer, un passage de bracelets qui vont être d'abord des pièces de luxe à des pièces de haut de gamme. Ça n'a aucune comparaison avec notre société de consommation actuelle. L'idée, c'est de montrer aussi au public que les Gaulois sont assez loin de cette image d’Épinal que l'on a de barbares guerriers, que l'on est déjà dans des systèmes économiques très construits, des systèmes de représentation de la personne, des systèmes de hiérarchisation sociale aussi qu'il va falloir montrer et afficher».

«Les Romains vont découvrir la technique du verre soufflé en Mésopotamie, ils vont l'amener avec eux lorsqu'ils vont entrer en Gaule et le verre va changer de catégorie matérielle. Finalement, ce n'est plus la parure en verre qui va être objet de prestige, ça va être la vaisselle en verre et ça va être la capacité de montrer sur sa table lors des pratiques de banquet ou d'accueil, la possibilité d'avoir et d'accéder à de la vaisselle en verre. La parure sera une partie secondaire de la production, on en a moins. On continue à produire des perles et ce que l'on voit, c'est que les techniques de fabrication des bracelets se perdent. Les Romains imitent les bracelets et vont faire des bracelets avec des soudures visibles. Ils n'arrivent plus à faire des bracelets sans soudure apparente».

L'ethno-archéologie pour éclairer les chercheurs


«Les artisans verriers contemporains sont dans une tradition technique du verre soufflé. Quand je me suis adressée à eux il y a une dizaine d'années, la première problématique que l'on a eu c'était 'comment est-ce que l'on fabrique un bracelet en verre sans soudure apparente ?' J'ai fait un travail en ethno-archéologie que sera aussi présenté dans l'exposition d'aller voir si, ailleurs dans le monde, on avait encore des groupes d'artisans qui avaient ces traditions techniques de travailler le verre filé et de travailler ces bracelets. À partir de là, on a pu retrouver des hypothèses techniques de ces fabrications de bracelets que l'on a essayé d'imiter, qu'il a fallu réapprendre, ça a été des temps d'apprentissage très long. Se confronter à cette difficulté, cela nous a montré qu'on était forcément face à des artisans verriers gaulois qui avaient des temps d'apprentissage très longs. Cela fait dix ans que l'on travaille sur ces bracelets et on a encore certains types de bracelets en verre qui résistent encore et toujours à l'artisan verrier. On aura dans l'exposition un film notamment d'artisans verriers nigérians grâce à une collaboration avec une ethnologue, Lesley Lababidi. Il y a des artisans au Nigéria, en Inde et au Népal qui travaillent encore les bracelets en verre».

Propos recueillis par Jean-Christophe Tardivon

Tarifs
Expo temporaire seule : 3 euros
Centre d'interprétation : de 4,50 à 10 euros
Ville gallo-romaine : de 2 à 4 euros
Centre d'interprétation + ville gallo-romaine : de 6 à 12 euros

Ouvert tous les jours du 15 février au 30 novembre 2019
Du 15 février au 31 mars : de 10 h à 17 h
En avril, mai et juin : de 10 h à 18 h
En juillet et août : de 10 h à 19 h
En septembre et octobre : de 10 h à 18 h
En novembre : de 10 h à 17 h

Visites guidées d'une heure proposées dès février, droit d'entrée + 2 euros

MuséoFab
Le MuséoFab est un espace d’initiation aux techniques artisanales antiques ouvert à tous, aux petits et aux grands, aux débutants et aux passionnés. Artisans et médiateurs culturels partagent avec vous savoirs et savoir-faire.
Retrouvez les dates dans la programmation en lien ci-dessous.

Façonnage de bracelets de verre
Tarif : inclus dans le billet d’entrée
13 et 14 avril

Soufflage de verre
Tarif : inclus dans le billet d’entrée
20, 21, 22,1 7 et 28 avril

Toute la programmation 2019 dans la brochure à télécharger ici


Le directeur du MuséoParc Alésia, Michel Rouger, lors de la présentation de la saison culturelle, le 12 février 2019 à Dijon (images d'archives Jean-Christophe Tardivon)


Joëlle Rolland est chercheuse en archéologie, ses travaux sont à l'origine de l'exposition «Bling Bling!»


Exemple de bracelet en verre porté aussi bien par les hommes que par les femmes


Ou comment se la jouer «Bling Bling»


Le MuséoParc Alésia le 13 avril 2019 (et photographies suivantes).