mardi 16 octobre 2018
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CULTURE : «Vix est un endroit mythique !»

08/08/2018 03:15Imprimer l’article
Le musée du Pays châtillonnais abrite le Trésor de Vix, une merveille archéologique remontant aux Celtes anciens. Jusqu'au 16 septembre 2018, découvrez aussi l'exposition de bijoux «Torques et compagnie» que la directrice du musée, Félicie Fougère, présente pour Infos-Dijon.
La Côte-d'Or est une terre riche en vestiges archéologiques. Nombreux sont ceux que l'on a découverts à propos de la bataille d'Alésia qui s'est déroulée dans l'Auxois en 52 avant notre ère (retrouver l'interview du directeur du MuséoParc). Mais, depuis des siècles déjà, il y avait un peuplement au rayonnement politique majeur à Vix, aujourd'hui petit village du Châtillonnais.

En janvier 1953, Maurice Moisson, ouvrier agricole et homme de main sur les chantiers de fouille de René Joffroy, découvre, en chassant en bord de Seine, un tumulus funéraire richement doté datant de la période du Hallstatt. De puissants Celtes anciens avaient vécu là au VIème siècle avant notre ère. Ce trésor, accompagnant la tombe d'une femme située au sommet de la hiérarchie sociale d'alors, est maintenant visible dans le musée de Châtilllon-sur-Seine.

Après Lascaux, Vix


Chaque année, le musée du Pays châtillonnais - Trésor de Vix est fréquenté par 20.000 personnes environ. Cela en fait donc un site culturel important du nord de la Côte-d'Or. Le musée est financé principalement par la communauté de communes du Pays châtillonnais. En sus, des opérations spéciales sont financées par la DRAC, le conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté et l'Union européenne.

Selon Félicie Fougère, conservatrice du patrimoine et directrice du musée, la notoriété du trésor attire «les visiteurs [qui] viennent à 99 % pour le Trésor de Vix. C'est mythique dans l'histoire de l'archéologie française. Avec Lascaux, ce sont les deux grandes découvertes du XXème siècle en archéologie française. Pendant très longtemps, c'était au programme dans les écoles. C'est revenu d'ailleurs. En primaire, on apprenait les Gaulois et cela commençait par la tombe de la Dame de Vix. Les gens d'une soixantaine d'années disent fréquemment que ce sont des souvenirs d'enfance, ils ont vu ça dans leurs livres et qu'ils ont envie de le voir en vrai».

Certains documentaires télévisés et le renouveau de l'intérêt pour la civilisation celte contribuent à l'attrait du musée. La chaîne franco-allemande Arte a diffusé «L'énigme de la tombe celte», un documentaire de 2017, signé Alexis de Favitski, qui a fait une bonne publicité au musée.

20 % de visiteurs étrangers


Dans l'ensemble, «il y a un nombre assez considérable de gens qui passent deux jours. Ils viennent pour le musée et ils passent un week-end où ils vont dormir souvent en chambre d'hôtes». C'est donc un facteur de retombées économiques importantes pour le territoire alors que, localement, «le musée est considéré comme extrêmement coûteux» regrette la directrice. Hors masse salariale, sur le coût du musée, l'autofinancement serait presque de 50 % selon elle.

La fréquentation est composée à 20 % d'étrangers. Venant principalement d'Allemagne, de Belgique ou d'Angleterre, ces visiteurs débarquent à Châtillon-sur-Seine spécifiquement pour voir le musée selon Félicie Fougère : «les Allemands ont la particularité d'avoir, eux aussi, des sites princiers donc ils connaissent mieux le phénomène que les Français. Pour eux, Vix est un endroit absolument mythique ! Il y a une démesure dans ces sociétés. Une démesure de l'ostentation et de la richesse qui est fascinante et il n'y a qu'ici qu'on peut le voir . Les visiteurs allemands s'intéresseraient donc plus à la civilisation celtique que les touristes français. Pourtant, pour les Français, le plus proche site de ce niveau est la Heuneburg, dans le sud de l'Allemagne, à 400 km de Dijon.

Construire une domus ou élaborer des lutins


La médiation joue un rôle important pour Félicie Fougère : «notre objectif est de toucher la plus large gamme de visiteurs possible. L'idée est d'inclure davantage de monde que ce soit en termes d'âge, de catégorie sociale... On y arrive par le biais de toute l'animation culturelle que l'on fait toute l'année avec les ateliers pédagogiques, les mercredis du musée, les ateliers en famille, les expositions temporaires...».

En cette période estivale, «les grands-parents qui reçoivent leurs petits enfants en vacances cherchent des activités à faire avec eux». Des ateliers sont conçus à partir de l'exposition temporaire afin de proposer des réalisations manuelles au jeune public. Il existe aussi un programme sur les exploitations agricoles à l'époque gallo-romaine développé dans le cadre d'un partenariat avec le lycée agricole de La Barotte (les agriculteurs pouvant encore découvrir fortuitement des vestiges archéologiques).

Cet été 2018, avec Yannick Mottier, la construction d'une grande maison gallo-romaine, une domus, en Lego rencontre un vrai succès. Il est possible aussi de fabriquer des lutins avec des éléments d'origine forestière (pomme de pin, feuilles séchées...).

Les bijoux des grandes dames de l'aristocratie celte


Fermé depuis vingt ans, le musée d’Épernay (Marne) va rouvrir en 2019. C'est donc un avant-goût des collections nouvellement accessibles que propose actuellement le musée de Châtillon avec «Torques et compagnie» jusqu'au 16 septembre 2018. Le commissariat de l'exposition a été assuré par Laïla Ayache, conservatrice au musée de Bibracte (Saône-et-Loire). L'exposition a ensuite été adaptée par le musée de Châtillon à ses espaces.

Félice Fougère ne cache pas son enthousiasme d'accueillir cette collection venue de Champagne : «ce qui est exceptionnel avec cette exposition c'est que ce sont des objets mythiques pour l'histoire de l'archéologie. C'est sur la base de ces collections-là que s'est constituée la connaissance du monde gaulois et de la chronologie. Au début des fouilles en Champagne, on pensait que l'époque gauloise était réduite à la rencontre avec César. L'ensemble du matériel en fer, on se disait que c'était de l'armement romain. L'ensemble de l'armement en bronze, on se disait qu'il était gaulois. Sauf que les Gaulois avait de l'armement en fer depuis fort longtemps. On ne connaissait rien de l'évolution et de la chronologie de ces sociétés gauloises. C'est grandement grâce à ces tombes des nécropoles de Champagne, qui étaient extrêmement riches avec un matériel très abondant, qu'il a été permis de caler la chronotypologie de ces périodes-là».

Les visiteurs peuvent découvrir des bijoux étonnants : «il y a la magie des objets. Ce qui joue, c'est la très grande esthétique de ces objets. On a là des exemples d'art celtique (formes géométriques, visages moitié humain moitié animaux que l'on peut interpréter de différents sens...). C'est extrêmement beau, très fin, d'une grande virtuosité. Ce sont des parures typiques de la période gauloise avec le torque, l'objet le plus emblématique, un collier rigide en bronze, rarement en or. On voit aussi le phénomène de la mode. Les formes et les décors de ces bijoux évoluent au fil du temps. Les femmes et les hommes suivent les courants de mode».

Des bijoux portés par des personnes appartenant à ce qui ressemblait à une forme d'aristocratie :  «c'est assez difficile de faire de la sociologie pour des périodes qui ne connaissent pas l'écriture, qui ne nous ont laissé aucun témoignage et dont on ne peut reconstituer le mode de vie que par le biais de l'archéologie». Ce que l'on peut imaginer, «c'est que la parure caractérise l'identité de la personne. Ce sont des bijoux précieux qui sont donnés à des moments précis de l'existence : naissance, mariage... Cela ne paraît pas aberrant d'enterrer la personne avec ce qui caractérisait son identité puisque la personne n'est plus».

Dans les tombes, on n'a pas retrouvé que des bijoux : «il y a aussi dans les tombes de la céramique et, là, on peut penser qu'elle a été fabriqué spécifiquement pour la mise en terre dans la mesure où cela renvoie à la thématique du banquet. Ces personnages, pour leur voyage dans l'au-delà, doivent avoir des boissons alcoolisées, des plats remplis avec de la nourriture de façon à pouvoir transiter jusque dans l'au-delà».

Le fait que ce soit une tombe de femme que l'on ait retrouvé à Vix n'est pas exceptionnel. La moitié des tombes des nécropoles princières de Champagne seraient celles de femmes selon Félicie Fougère : «les femmes étaient acceptées dans l'élite sociale, à l'inverse du monde grec». Des témoignages grecs et romains à propos des Gaulois laissent entendre que la femme peut «gérer sa vie en toute autonomie. On peut envisager que la femme dans les sociétés gauloises pouvait très bien avoir une position sociale même bien plus enviable que de nos jours». En ce qui concerne la Dame de Vix, au vu de ce que l'on a trouvé dans sa tombe, «elle était placée vraisemblablement au sommet de l'élite sociale».

Le rôle social du musée


La conservatrice du patrimoine garde ses distances vis-à-vis d'un certain engouement pour les «retours aux sources», ou «les origines de», comme on peut le constater parfois : «dans un musée, il faut se méfier d'une interprétation facile ou fantasmée. Bien sûr que l'on peut faire rêver les gens mais on est quand même là, en premier lieu, pour leur apprendre des choses sans que ce soit trop scolaire ou trop pénible. Ce qui est visé, c'est que la culture ouvre l'esprit et, à partir du moment où les gens ont l'esprit plus ouvert, la société est meilleure, c'est ça le rôle social du musée».

Il y a pour les années à venir un projet d'utilisation d'outils numériques par le musée. Cela a déjà commencé avec une petite application pour smartphone : «Musée du Trésor de Vix». Pour Félicie Fougère, «le support numérique n'est pas un fétiche. Cela s'adapte particulièrement bien à une transmission des connaissances par l'image donc moins difficile à aborder que par l'écrit. J'imagine assez bien une maquette avec la forme en résine du mont Lassois, et puis, au fil du temps, entre l'âge du bronze final et l'Antiquité, avoir des animations numériques projetées sur la maquette». Il existe aussi un projet d'aménagement du mont Lassois pour comprendre les recherches en cours. Ces projets futurs seront mis en place par une prochaine direction car, arrivée en juillet 2012, Félicie Fougère est aujourd'hui sur le départ.

En 2019, les dix ans de ce musée du Trésor de Vix


Pour l'anniversaire des dix ans de l'installation dans les murs de l'ancienne abbaye Notre-Dame de Châtillon, le musée devrait s'inscrire dans la démarche nationale lancée par la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, «La culture près de chez vous», permettant à un musée de région d'emprunter une œuvre prestigieuse d'un musée national. Le Canthare d'Alésia, une coupe à boire en argent ciselé, a donc été demandé au musée d'archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye. Cela permettra de travailler avec les partenaires, dont le MuséoParc d'Alésia, pour proposer un programme commun entre sites concernés par la civilisation celtique.

Côté bons plans, pour creuser la thématique, il existe un Pass Archéo : une entrée plein tarif à Vix permet de bénéficier à Alésia d'une entrée à tarif réduit (et réciproquement), ainsi qu'à Autun et Bibracte. Un pass sur les incontournables du Châtillonnais permet, lui, d'approfondir la visite du territoire.

Jean-Christophe Tardivon

Retrouver l'interview du directeur des recherches du site de Vix



Châtillon-sur-Seine, dans le nord de la Côte-d'Or



Le musée est située dans l'ancienne abbaye Notre-Dame de Châtillon



L'installation s'est faite en 2009



Félicie Fougère est conservatrice du patrimoine, directrice du musée



Elle présente ici un fleuron des collections, un chaudron du VIème siècle avant notre ère



«Torques et compagnie», exposition jusqu'au 16 septembre 2018



Des vestiges issus de la collection du musée archéologique d’Épernay



Pointes de flèche du premier âge du fer



Parures issues de la collection Lefèvre



Détail d'un torque de l'époque de la Tène ancienne



L'exposition permanente, de la vie quotidienne dans le Châtillonnais...



… à la découverte du Trésor de Vix



Le fameux cratère datant de 540 avant notre ère



Un détail représentant un hoplite grec



Le détail d'un serpent décorant la anse du cratère



Le magnifique torque en or du VIème siècle avant notre ère



Détail de cheval ailé



Statue de Minerve datée entre le Ier et IIIème siècle



Vestiges chrétiens dans le rayonnement de l'abbaye Notre-Dame de Châtillon



Construction d'une domus en Lego



Boutique du musée



Copie de bijoux celtes