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DIJON : François Rebsamen et le Préfet, Bernard Schmeltz, tirent la sonnette d'alarme au sujet des violences

01/02/2019 03:06Imprimer l’article
A l’approche de l’acte 12 des Gilets Jaunes, le maire et le préfet ont donné une conférence de presse. Ils dénoncent des violences «inacceptables» et font le point sur la situation. François Rebsamen en appelle à une réponse politique d’Emmanuel Macron et annonce une note globale d’un million d’euros aux frais de la Ville. Le Préfet appelle chacun à faire preuve d’un «esprit critique avisé».
26 policiers et gendarmes ont été blessés depuis le 17 novembre, et 97 interpellations ont été réalisées, selon le général de division Thierry Cailloz et le commissaire divisionnaire Jean-Claude Dunand, qui déplorent que leurs hommes doivent se détourner d’autres missions.
À 48 heures de l’acte 12 des Gilets Jaunes, le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté, Bernard Schmeltz, et le maire de Dijon, François Rebsamen, accompagnés par le Général de division Thierry Cailloz, commandant la région de gendarmerie de Bourgogne-Franche-Comté, par le directeur départemental de la Sécurité Publique de Côte-d’Or, Jean-Claude Dunand, et par le directeur de la tranquillité publique de la Ville de Dijon, Samid El Ouahidi, ont donné une conférence de presse où la fermeté le disputait à la consternation.

Consternation devant les agressions dont son victimes les forces de l’ordre, notamment des «jets de bouteilles d’acide» et «d’excréments», des «insultes inadmissibles».
Le maire annonce que, tout compris, ces événements ont déjà coûté un million d’euros à la Ville de Dijon. Un point d’impôts. François Rebsamen en appelle à une réponse politique d’Emmanuel Macron sans préciser. Il veut continuer à soutenir les commerçants et constate la désolation commerciale rue de la Préfecture. Assurant partager les revendications des Gilets Jaunes, il se montre ferme et demande l’arrestation et la traduction en justice des casseurs.

«La liberté d’expression est garantie»


Le Préfet se montre lui aussi très ferme et veut «incarner la robustesse, la résilience et la sérénité des institutions». «Notre devoir est plus que jamais de rester dans une relation de loyauté totale aux valeurs de la République» affirme-t-il, invitant chacun à la prudence et à la vigilance, notamment sur Internet, dont il dénonce les dérives des réseaux sociaux qui «enferment» et favorisent les «infox».
Bernard Schmeltz assure ne faire «aucun amalgame entre les manifestants qui défilent pacifiquement et les casseurs» et rappelle que «la liberté d’expression est garantie». Il revient en détail sur les insultes et jets de projectiles dont sont victimes les forces de l’ordre, qui «ne peuvent rester sans agir».

Pour appuyer son propos, le général de division Thierry Cailloz dénombre 14 blessés sur les 2000 gendarmes mobilisés, et déplore, tout comme le commissaire divisionnaire Jean-Claude Dunand, que ses hommes doivent délaisser d’autres missions pour faire face. 12 policiers ont été blessés.
En tout, police et gendarmeries confondues, 97 interpellations ont été réalisées.
Nicolas Richoffer

François Rebsamen, maire de Dijon :


«Ce mouvement pacifiste est désormais sous l’emprise de casseurs»


«Depuis le 17 novembre, les manifestations se déroulent sur le territoire de la ville et de la métropole chaque samedi. C’est un mouvement social porté par des revendications que je partage, qui sont légitimes, sur la justice sociale et fiscale. Les Gilets Jaunes ont demandé à être reçus en mairie, ils l’ont été. Nous avons installé des cahiers de doléances, et nous favoriserons toutes les réunions du Grand Débat National.
Pour autant, les manifestations associées à ce mouvement, à Dijon comme dans les autres grandes villes de France, sont non déclarées et conduisent à des débordements et violences inacceptables que je condamne fermement. Ce mouvement pacifiste est désormais sous l’emprise de casseurs. Je salue les forces de l’ordre, police et gendarmerie, qui assurent la protection de la République, mais aussi la police municipale et les services de nettoyage, sollicités chaque samedi.»

Un million d’euros de dépenses pour la Ville


«Dijon est devenu l’épicentre de la contestation dans le triangle Paris-Lyon-Strasbourg. Les scènes de guérilla urbaine sont devenues systématiques. Samedi après samedi, les forces de l’ordre et les pouvoirs publics sont obligés de déployer un dispositif exceptionnel pour assurer la sécurité des personnes et des biens. Tout cela a un coût pour la ville et la métropole : aujourd’hui, il est de 1 million d’euros de dépenses : réparations, entretien, heures supplémentaires, exonérations des redevances auprès des commerçants, etc. C’est un point d’impôt.»

«Nous devons soutenir les commerçants»


«Les symboles de la République sont attaqués, comme l’hôtel de ville le 1er décembre, la préfecture chaque samedi, la gendarmerie le 5 janvier, et maintenant la métropole… Nous avons été obligés de prendre une délibération pour délocaliser les mariages.
Tout cela a créé un climat exécrable pendant la période de fêtes. L’asso des commerçants du centre-ville, avec celles de sept autres villes de France, a rencontré le ministre de l’économie à Bercy pour lui dire que les chiffres d’affaires sont durement impactés. Et puis cela a repris en janvier au moment des soldes. Nous devons soutenir les commerçants.
Les habitants aussi sont excédés, angoissés par des portes d’immeubles fracturées, des cours intérieures dégradées, etc.»

«Les casseurs doivent être arrêtés et la justice doit passer»


«Sur certaines photos, on reconnait d’ailleurs des individus dont certains sont sous le coup d’un contrôle judiciaire. Je veux donc passer un message de grande fermeté. Je ne cesse de le dire : les casseurs doivent être arrêtés et la justice doit passer.
Je souhaite une réponse politique rapide. Le débat national était une bonne porte de sortie, mais ne nous ne pourrons attendre fin mars. Il faut agir vite pour faire cesser ces manifestations devenues un prétexte à des actes de guérilla urbaine.»


Bernard Schmeltz, Préfet de Région, Préfet de la Côte-d’Or :


«Rester dans une relation de loyauté totale aux valeurs de la République»


«Nommes à la fin de la période des voeux et je me suis adressé aux forces de sécurité. Mais le propos que j’ai tenu devant ces fonctionnaires, c’est que la seule chose que nous avons à faire est d’assurer nos missions.
Nous devons incarner la robustesse, la résilience et la sérénité des institutions. Notre devoir est plus que jamais de rester dans une relation de loyauté totale aux valeurs de la République.
Respecter l’essentiel, ça veut dire pour moi respecter le devoir de réserve. Je n’ai donc pas d’appréciation à donner sur les revendications. Il s’agit de respecter scrupuleusement la séparation des pouvoirs. Je n’interviens pas dans le champ du judiciaire.
Il y a un jeu d’équilibre et de contrôle prévu par nos institutions. Les contre pouvoirs existent bien.
Notre rôle est de respecter scrupuleusement la déontologie, les règles de sommation, etc. Mais aussi il faut parfois aussi faire usage des moyens de défense.»

«La liberté d’expression est garantie, qui pourrait prétendre le contraire ?»


«Si on prend un peu de recul, et que l’on regarde notre histoire et ce qui se passe dans le monde, on voit des pays qui ne respectent pas les règles que nous respectons. En France, tout le monde peut s’exprimer, voter, se présenter aux élections, etc. La liberté d’expression est garantie, qui pourrait prétendre le contraire ?

Concernant les violences, je ne fais aucun amalgame entre les manifestants qui défilent pacifiquement et les casseurs. Mais la vérité est de constater que Dijon a été systématiquement le lieu de violences : voitures et poubelles incendiées, mobilier urbain dégradé, début d’incendie dans habitation le 1er décembre, agressions verbales, insultes, jets de pavés, de bouteilles d’acide, de boulons, de barrières, de panneaux, et samedi dernier de récipients contenant des excréments…»

«Le barre-pont n’est pas une provocation»


«Je rappelle qu’il y a eu des interdictions de manifester dans certaines rues qui ont été systématiquement ignorées. Pourquoi ? Parce que certains sites sont la cible systématique des casseurs. Le barre-pont n’est pas une provocation comme j’ai pu le lire : des exactions ont eu lieu avant qu’on ne le mette en place, notamment le 1er décembre.
Il faut constater aussi qu’il y a de la part de cette minorité de casseurs la recherche systématique de mise en difficulté des forces de l’ordre.»

«Une manifestation non déclarée fait le jeu des casseurs»


«Nous suivons les événements minute par minute. Cela commence toujours par une déambulation erratique dans Dijon, en un cortège d’abord compact, puis qui se disloque. Certains vont à la gare, et chargent du ballast pour le jeter ensuite sur les forces de l’ordre. Ils essaient d’aller au commissariat, ou à la mairie, etc. Et ça se termine du coté de la Préfecture.
Même s’il ne faut pas faire d’amalgame, une manifestation non déclarée fait le jeu des casseurs pour ces raisons. Ils se fondent dans la foule qui manifeste et au sein de laquelle ils se dissimulent.

Je ne peux pas accepter que l’on puisse considérer que la violence est un moyen de faire parler de soi, ni que c’est une fatalité dans notre pays. Il n’y a pas de place pour la violence. Aucune excuse ou justification ne peut être donnée à cette violence. Il ne faut pas être dupe des intentions des casseurs et s’en désolidariser.»

«Les policiers ne peuvent rester sans agir»


«Sur les images, nous voyons des familles avec enfants et poussettes : c’est irresponsable. On n’est pas dans un jeu vidéo. Les policiers ne peuvent rester sans agir, et ils ont à leur disposition des moyens, comme le gaz lacrymogène, qui peuvent incommoder. Mais de grâce, une manifestation doit appeler la plus grande prudence, ce n’est pas un spectacle.»

«Les réseaux sociaux peuvent être une sorte de nasse»


«Je voudrais parler aussi du rôle des réseaux sociaux, qui peuvent être une sorte de nasse dans laquelle les gens finissent par s’enfermer, et où les messages qui circulent le plus sont les plus violents, les plus énormes sur le fond, les plus gros mensonges, les complots, les rumeurs, à l’égard desquels il faut un esprit critique avisé. La démocratie, c’est le débat avec les opinons contraires. Il faut en appeler aussi à beaucoup de réserve et de prudence. Il faut être attentifs à dénoncer les infox.

Il faut conserver une confiance inébranlable dans les institutions de la République, rappeler que nous sommes dans un pays de liberté d’expression, que la sécurité doit aussi être garantie, tout comme la liberté d’aller et venir de chacun.
La préfecture est aussi un outil de travail, où officient plus de 200 personnes. Et nous avons aussi des bâtiments, comme Monsieur le Maire, d’une valeur patrimoniale exceptionnelle : ne serait-ce que pour ce motif, ils doivent être défendus avec grand soin.»


Général de division Thierry Cailloz, 

commandant la région de gendarmerie de Bourgogne-Franche-Comté :


«Au plus fort, 450 gendarmes sur 470 étaient mobilisés»


«Les enjeux sont multiples pour nous : d’abord respecter l’équilibre entre le respect des libertés publiques et l’état de droit.
Nous avons 24 points à traiter, ce qui nous a mobilisés plus d’une centaine de gendarmes chaque week-end. Au plus fort, 450 gendarmes sur 470 étaient mobilisés… Ce ne sont pas des unités dédiées au maintien de l’ordre, et à ce titre, je veux souligner le sang-froid dont ils ont dû faire preuve.

Il y a également le défi de la communication de crise et de la veille des réseaux sociaux. Nous avons par exemple interpellé une personne de 60 ans qui appelait à prendre les armes et à combattre les forces de l’ordre. Elle s’étonnait qu’on le fasse car elle disait que «tout le monde fait pareil».
En Bourgogne, plus de 2000 gendarmes ont été mobilisés au plus fort des événements. Nous avons eu 14 blessés.

Un autre défi est d’assurer la pérénité de la protection des personnes et des biens.
Pendant qu’on est concentré sur cette crise, on ne l’est pas sur les cambriolages par exemple.
Enfin, il nous faut gérer les permissions et les repos. Mais nous avons 105 escadrons mobilisés sur 109 tous les week-end…
Pour sa part, la gendarmerie a procédé à 33 interpellations sur l’ensemble de la crise.»


Jean-Claude Dunand,

directeur départemental de la Sécurité Publique de Côte-d’Or :


«Trouver des équilibres pour que ça se passe de la meilleure des façons»


«Je rappelle que la police comme la gendarmerie sont les garants de l’exercice des libertés publiques, et notamment du droit de manifester. Mais il nous faut trouver des équilibres pour que ça se passe de la meilleure des façons.
Dimanche, nous avons eu la manifestation pour le climat qui était déclarée, et qui s’est déroulée sans débordement. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas trouvé cette sérénité dans la gestion d’une manifestation.»

«Les policiers sont excédés par les agressions dont ils sont l’objet»


«J’aimerais aussi me faire le porte parole des policiers, qui ont su faire preuve de sang froid et de disponibilité. Ils sont excédés par les agressions dont ils sont l’objet.
C’est la volonté d’une minorité qui veut absolument commettre des dégradations. Les forces de l’ordre essuient régulièrement toutes sortes de projectiles sur le barre-pont. Les images le montrent, les policiers ont une capacité à résister à des projectiles de toute nature : des cailloux, de l’acide, des excréments, de la peinture, des boulons, etc.
En pleine rue de la liberté, ils ont eu à subir des insultes gravissimes. On est bien loin de la manifestation du 7 janvier 2015 quand les gens venaient embrasser les policiers. Renaud en avait même fait une chanson.»

«Nous avons d’autres missions importantes»


«Et tout ça alors que nous avons d’autres missions importantes, et je pense notamment à la lutte contre le terrorisme.
Quand les policiers se font traiter d’assassins rue de la liberté, ce sont des insultes inadmissibles. Il faut un certain sang-froid pour ne pas réagir.
Les agressions sont insupportables : nous ne sommes pas ceux qui commettons les agressions, nous sommes toujours en situation de riposte et de légitime défense. Rue de la Préfecture, si les gens faisaient demi-tour pour emprunter un autre itinéraire, il ne se passerait rien».
Jean-Claude Dunand a annoncé que 1000 policiers locaux ont jusqu'à présent été mobilisés, et 1300 forces de l'ordre extérieures. Il y a eu 12 blessés parmi les policiers, qui ont procédé à 64 interpellations.

Photos Nicolas Richoffer