samedi 20 avril 2019
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DIJON METROPOLE : Police et gendarmerie demandent plus d’effectifs au secrétaire d’Etat Laurent Nunez

14/02/2019 03:11Imprimer l’article
Le membre du gouvernement, rattaché au ministère de l’Intérieur, est venu ce mercredi à la rencontre des policiers et gendarmes, sur le terrain à Chenôve et Quetigny, pour parler Police de Sécurité du Quotidien. Laquelle n’a pas été déployée sur notre territoire.
Alors que Dijon Métropole ne comporte aucun des quelque 60 quartiers de reconquête républicaine, dans laquelle la police de sécurité du quotidien (PSQ) a été déployée en septembre dernier avec des effectifs supplémentaires, et que la Côte-d’Or ne figurait pas non plus parmi les 20 départements auxquels 500 gendarmes (en tout) avaient été attribués par le ministère de l’Intérieur à la même date, le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a passé la journée de mercredi dans la métropole pour un déplacement consacré à cette police de proximité. Il s’est ainsi rendu à Quetigny (zone gendarmerie) et à Chenôve (zone police), à la rencontre des forces de l’ordre, des habitants et des commerçants.

«Une meilleure utilisation des effectifs»


L’occasion pour lui de constater combien police et gendarmerie sont demandeuses de ces effectifs supplémentaires qui leur permettraient d’accentuer leur présence dans les quartiers difficiles pour y reconstruire un lien avec la jeunesse notamment.
Cette PSQ, tant en zone police qu’en zone gendarmerie, a pour objet une présence visible sur le terrain, avec des agents «déchargés de procédures pour être au contact des habitants», le tout dans un esprit de «coproduction de sécurité» avec notamment les services municipaux et autres acteurs des quartiers, notamment sociaux. Pour Laurent Nunez, ancien  directeur général de la Sécurité Intérieure, il s’agit avant tout de mettre en place «une meilleure utilisation des effectifs». Et de rappeler que «10.000 policiers et gendarmes seront recrutés d’ici à 2022».

Quetigny et Chenôve, mêmes problématiques


En fin d’après-midi, sur la place centrale de Quetigny, guidé par le général de division Thierry Cailloz, commandant la région de gendarmerie de Bourgogne-Franche-Comté, et par la Capitaine Emma Ardouin, commandant de la compagnie de Gendarmerie de Dijon, le ministre a rencontré les gendarmes de la brigade de contact, des membres du Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) et des commerçants.
En présence notamment du préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté, Bernard Schmeltz, du procureur de la République de Dijon, Éric Mathais, des députés des 1ère et 2e circonscriptions, Didier Martin et Fadila Khattabi, et du maire de Quetigny, Rémi Détang, il a pu échanger avec ceux qui vivent et travaillent chaque jour dans ces quartiers sensibles, comme au quartier des Huches tout proche.

«Ils connaissent nos noms et nos plaques d'immatriculation»


Les problématiques sont les mêmes que dans tous les quartiers sensibles de France : «les jeunes circulent en deux roues dans les allées, cachent des armes ou des stupéfiants dans les végétaux, s’adonnent à des rodéos et à des incivilités de tous ordres» explique la capitaine Emma Ardouin.
«Les gendarmes font bien leur travail, mais il faut trouver d’autres solutions» plaide une habitante. «Il faut aussi que les gens se mobilisent» poursuit-elle, évoquant l’urgence du calendrier : «il faut le mettre en pratique avant l’été, car ça va recommencer dès que les beau jours reviendront». Il est vrai qu’un soir d’hiver et de match de ligue des champions du Real Madrid, il y avait peu de monde aux pieds des bâtiments.
Au cours de la rapide visite du quartier, les gendarmes montrent des tags avec leurs noms au ministre : «Ils connaissent nos noms et prénoms, parfois même nos deuxièmes prénoms, nos matricules et les plaques d’immatriculation de nos véhicules personnels». «Individuellement, ils sont très sympas, mais ils changent du tout au tout quand ils sont en groupe».
Pour le membre du gouvernement, il faut un travail de présence, mais aussi «un travail judiciaire pour démanteler les réseaux durablement». Pour autant, Laurent Nunez n’était pas venu annoncer d’effectifs supplémentaires, même si les discussions à ce sujet sont permanentes.

«Un enjeu et un gage d’attractivité pour le quartier»


Après un passage à l’église Notre-Dame, vandalisée samedi (cliquez ici pour lire notre compte rendu du passage du ministre à Notre-Dame) et une rencontre au commissariat central avec les policiers, Laurent Nunez et son cortège ont ensuite pris la direction de Chenôve pour suivre une patrouille pédestre.
«Ronde de nuit, dans les ruelles noires» chantait Renaud pour raconter la vie de «Willy Brouillard». C’est un peu ce qu’a expérimenté le ministre aux cotés de Thierry Falconnet, le maire de Chenôve, qui lui a présenté le quartier politique de la Ville : «Ici, la tranquillité publique et la sécurité sont un enjeu et un gage d’attractivité pour le quartier. Ce sont des questions essentielles pour les habitants».

Là aussi, comme à Quetigny et ailleurs, «nous avons des problèmes d’occupation des halls d’immeubles, de trafics et de rodéos» poursuit le maire, pour qui «le travail quotidien des élus et de la police doit aussi consister à tout mettre en œuvre pour une politique de prévention». Bien-sûr, Thierry Falconnet a regretté que Chenôve n’ait pas été choisie pour accueillir la Police de Sécurité du Quotidien, mais est confiant dans le fait qu’«elle va arriver». «Il y a un travail de coopération constant entre les policiers, les services de médiation et les services sociaux. Et si la Police de Sécurité du Quotidien se fait sans en avoir le label, mais avec les effectifs supplémentaires, ça nous va».

«L’ensemble des missions de police, mais avec un supplément d’âme»


À Chenôve, malgré l’heure tardive, la ronde a été déviée. Un groupe de Gilets Jaunes attendait le ministre devant le poste de police. Alors le convoi est reparti au commissariat central de Dijon, place Suquet, pour conclure ce déplacement ministériel. Jean-Claude Dunand, directeur départemental de la Sécurité Publique, a lui aussi plaidé pour un renfort d’effectifs aux côtés du commissaire Bruno De Bartolo : «La Police de Sécurité du quotidien, c’est l’ensemble des missions de police telles qu’on les connaît, mais avec un supplément d’âme. La PSQ, c’est faire de la police et tenter de résoudre les problèmes du quotidien. Mais on ne pourra en faire que si on gagne des heures fonctionnaire afin de mener à bien les différents dispositifs».
Car c’est bien là le noeud du problème : pour avoir une présence plus visible sur le terrain et un contact plus direct avec les habitants, il faut des effectifs supplémentaires. C’est la requête de la Côte-d’Or que le secrétaire d’Etat remonte avec lui à Paris.
Nicolas Richoffer
Photos N.R.