samedi 17 août 2019
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DIJON : «Tous contaminés au glyphosate à notre insu» ?

03/04/2019 16:15Imprimer l’article
Le collectif Campagne Glyphosate 21 a déposé 58 plaintes ce mercredi à la Cité judiciaire de Dijon afin de provoquer une enquête pour tromperie aggravée ou encore mise en danger de la vie d'autrui. Cela s'inscrit dans une démarche nationale de contestation de l'utilisation de l'herbicide de synthèse après des tests d'urine contenant tous des résidus de glyphosate.
La démarche locale du collectif Campagne Glyphosate 21 a trouvé un prolongement judiciaire ce mercredi 3 avril 2019 avec 58 plaintes déposées simultanément au tribunal de grande instance de Dijon. En France, 900 plaintes sont recensées dans le cadre de cette campagne d'associations environnementales aspirant à faire reconnaître la dangerosité de l'herbicide de synthèse de Monsanto. In fine, la plainte collective sera déposé au Pôle Santé publique du TGI de Paris.

«Pisseurs involontaires de glyphosate»


Cela arrive après deux sessions où les citoyens étaient invités à effectuer un prélèvement d'urine, en présence d'huissier, pour vérifier la quantité de glyphosate contenue. À Dijon, en janvier dernier, les 63 personnes testées ont pu constater des traces de glyphosate dans leurs urines avec une moyenne de 0,87 ug/litre. Parmi elles, 58 ont donc décidé de déposer une plainte. Campagne Glyphosate 21 est constituée par : l'Association Vigilance OGM 21, les Amis de la Terre Côte-d'Or, Nature & Progrès, Graines de Noé, ATTAC 21, Quetigny Environnement ainsi que 8 personnes impliquées en leur nom propre. C'est Yves Galli, président de Quetigny Environnement, qui a remis l'épais dossier à l'accueil de la Cité judiciaire en présence des «pisseurs involontaires de glyphosate».

Le collectif Campagne Glyphosate 21 annonce une collaboration avec le milieu scientifique pour que les informations recueillies lors des analyses contribuent «de manière éclairée au bien-être des citoyens sur les questions concernant la lutte contre les pesticides», cela afin de peser sur les décisions politiques. Par ailleurs, une deuxième session d'analyses a eu lieu en mars dernier, 68 personnes ayant participé. Une troisième sera proposée en juin à Quetigny. Une cagnotte solidaire a été mise en place pour financer cette campagne.

Les agriculteur, premiers impactés par les effets du glyphosate?


Pour le collectif, «la Campagne Glyphosate démontre l'omniprésence des pesticides dans notre corps et donc dans notre environnement. La présence de glyphosate dans l'urine prouve que nous  sommes tous contaminés à notre insu». Les acteurs écologistes ont donné leur analyse des effets de la molécule du Roundup de Monsanto : «reconnu comme cancérigène probable à ce jour, le glyphosate est mutagène et perturbe nos systèmes endocriniens et nerveux. Il peut également être  à  l'origine de problèmes rénaux : la matière  active  herbicide provoque une bioaccumulation des métaux toxiques dans le corps humain».

Le représentants du collectif soulignent qu'ils ne ciblent pas les agriculteurs : «ces plaintes visent à l'ouverture d’une enquête pour tromperie aggravée, mise en danger de la vie d’autrui et atteintes à l’environnement : destruction de la biodiversité, pollution des cours d’eau, des nappes phréatiques, des sols... Elle ne vise pas les agriculteurs mais les fabricants et les personnes qui délivrent l’autorisation de mise sur le marché des pesticides de synthèse. Les agriculteurs et leurs familles sont souvent les premiers impactés par les effets dévastateurs du glyphosate».

Avec malice, ils interpellent les élus : «en dehors de ses effets sur la santé et l’environnement,  le  glyphosate se révèle être également un indicateur de la mauvaise santé des institutions. Les Monsanto Papers ont révélés les politiques de lobbying et de manipulations des institutions  par  Monsanto. Les autorités européennes ont par exemple écarté des éléments de preuve d’un effet cancérogène du glyphosate sur les animaux de laboratoire. Ce 7 mars, la Cour de Justice Européenne a déclassifié ces études de toxicité et de cancérogénicité de la substance active glyphosate. Nous sommes impatients de voir les politiques s'emparer de ce dossier».

La valeur du groupe propriétaire de Monsanto plonge en bourse


Aux États-Unis, le 27 mars dernier, le groupe Bayer, nouveau propriétaire de Monsanto, a été condamné à verser 80 millions de dollars à un retraité malade d'un cancer qu'il attribue au Roundup. Bayer a fait appel de cette décision. Il existe plus de 11.000 procédures de ce genre aux États-Unis, cela pourrait coûter 5 milliards de dollars au groupe allemand. En bourse, le cours de Bayer a baissé de 10% après ce verdict. La capitalisation boursière totale de Bayer est aujourd'hui inférieure au montant investi pour l'achat de Monsanto, ce qui correspondrait à une destruction de valeur de plus de 115 milliards de dollars.

En France, le glyphosate n'est plus autorisé dans les lieux publics depuis le 1er janvier 2017. Il est interdit à la vente aux particuliers depuis le 1er janvier 2019. Les alternatives à cet herbicide ont été évoquées dans le rapport parlementaire sur les produits phytopharmaceutiques dont Didier Martin (député LREM de la Côte-d'Or) et Gérard Menuel (député LR de l'Aube) étaient les corapporteurs en avril 2018 (retrouver notre article sur la mission parlementaire). À Dijon, le jour du printemps 2019, François Rebsamen (maire de Dijon et président de Dijon métropole) a pris un arrêté interdisant l'utilisation de tout produit contenant du glyphosate à l'échelle du territoire de la commune.

Les débats autour de la date de «sortie du glyphosate» font donc rage et sont devenus très sensibles politiquement sous la pression des élus écologistes et des associations environnementales. En janvier dernier, Didier Guillaume, le ministre de l'Agriculture a évoqué une interdiction de l'usage du glyphosate au 1er janvier 2021 effective pour 80% des usages. Fin 2017, après d'intenses négociations, l'Union européenne avait renouvelé l'autorisation d'utiliser l'herbicide pour cinq ans.

Jean-Christophe Tardivon


Les «Pisseurs involontaires de glyphosate» se sont donnés rendez-vous à la Cité judiciaire de Dijon, le 3 avril 2019.


Le dossier regroupant les 58 plaintes a été enregistré à l'accueil de la Cité judiciaire de Dijon.


La moyenne des taux individuels testés en janvier 2019 à Dijon est de 0,87 ug de glyphosate par litre d'urine.


En mars 2019, une deuxième session de prélèvements avait eu lieu à Dijon.


Le collectif Campagne Glyphosate espère des effets judiciaires et scientifiques.


Patrice Chateau (élu EELV, adjoint au maire de Dijon) a participé aux tests...


... tout comme Catherine Hervieu (élue EELV, vice-présidente de Dijon métropole).


Les prélèvements ont été envoyés au laboratoire Biocheck à Leipzig (Allemagne).


Les prélèvements ont été réalisés sous contrôle d'huissier.