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ÉDUCATION : La réforme des AESH, ubérisation ou professionnalisation?

20/11/2019 06:13Imprimer l’article
Alors qu'une large intersyndicale mobilise pour dénoncer «la précarité» des accompagnants d'élèves en situation de handicap, la directrice académique de la Côte-d'Or présente les grandes lignes de la réforme passant des AVS aux AESH (contrat, temps de travail, mutualisation...).
Dans les instances académiques, les syndicats et le rectorat ont pu échanger sur le sujet des AESH. Ces discussions n'ont pas encore abouti à une situation de consensus, ce qui conduit à un appel à la mobilisation de la part d'une intersyndicale ce mercredi 20 novembre 2019 pour faire pression sur le ministère (lire notre article). Un précédent rassemblement avait déjà eu lieu le 6 novembre (retrouver notre reportage).



Infos-Dijon a interrogé Pascale Coq, directrice académique des services de l’Éducation nationale de la Côte-d'Or (DASEN), pour faire point localement sur la question des accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH). Antoine Cuisset, secrétaire général de la direction des services départementaux de l’Éducation nationale de Côte-d'Or (DSDEN), a aussi répondu à nos questions. Pour ce dernier, les demandes en suspend de la part des syndicats «relèvent peut-être plus d'un niveau national que d'un niveau local» : rémunération, temps de travail...

«Davantage d'individualisation et de réactivité»


D'emblée Pascale Coq tient à réfuter tout procès de «perspective d'économie» fait à l’Éducation nationale. Il s'agirait plutôt «d'une perspective d'éducation vers l'autonomie des élèves handicapés» guidant l'ensemble des dispositifs mis en place. «On n'est pas sur un objectif de moyens, on est sur un objectif humain».

Dans la Côte-d'Or, à la rentrée 2019, il y avait 2.029 élèves bénéficiant d'une prestation de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH). La MDPH ayant attribué un AESH à 1.140 d'entre eux. Cet AESH peut être individuel ou mutualisé. À la rentrée 2019, dans le département, 700 AESH avaient été recrutés ce qui ont correspond à 50 équivalents temps plein supplémentaires par rapport à la rentrée 2018. La DASEN insiste donc sur l'augmentation des moyens.

Les nouveautés pour les AESH concernent l'organisation et la professionnalisation. À la rentrée de septembre 2019, sont apparus les Pôles Inclusifs d'Accompagnement Localisés (PIAL) devant permettre «davantage de souplesse, davantage d'individualisation et de réactivité dans la mise en place d'accompagnement dont chaque élève à besoin».

Ces PIAL traduisent «une évolution des mentalités et de la manière de répondre aux besoins des élèves». Par rapport à l'époque des Auxiliaires de Vie Scolaire, l'attribution d'un accompagnant n'est plus systématique. De plus, le PIAL s'adapte à l'activité des élèves (arrivée, départ, absence...) et gère les AESH affectés.

«Les élèves veulent faire par eux-mêmes»


Pascale Coq rappelle que «l'objectif est d'aller vers de plus en plus d'école inclusive, c'est-à-dire de permettre la scolarité dans le cadre ordinaire à un maximum d'élèves». Les structures médico-sociales spécialisées pouvant rester indispensables à certains élèves du fait de l'équipement médical proposé.

La question de l'autonomie recherchée pour les élèves correspond aussi à une évolution des mentalités. La DASEN reconnaît que «certaines familles dont l'enfant a été accompagné sur les petites classes ont du mal à intégrer l'idée qu'il pourrait être moins accompagné» car «le fait qu'il soit moins accompagné prouve qu'il progresse mais, en même temps, ce n'est pas très sécurisant». Un travail est donc effectué à partir du collège pour faire participer les parents à ce mouvement vers l'autonomie.

Ayant enseigné dans le second degré, Pascal Coq est sensibilisée au fait que «les élèves ne veulent pas qu'on leur apporte de l'aide, ils veulent faire par eux-mêmes» C'est un équilibre délicat à trouver avec l'enfant et la famille.

«Un statut plus solide»


C'est un nouveau métier que doivent appréhender les personnes devenant AESH. «L'idée est de leur donner un statut plus solide qu'il ne l'était auparavant» explique la DASEN. Le contrat des AVS était d'un an renouvelable. Celui des AESH est de trois ans, renouvelable une fois avec la possibilité ensuite d'accéder à un CDI. «C'est la volonté affirmer de donner un véritable statut, solide, qui va avec une professionnalisation possible».

La DSDEN emploie un peu plus de la moitié des AESH, l'autre partie relève du lycée Stephen Liégeard de Brochon chargé de gérer la mutualisation de ces contractuels. S'ils le souhaitent, les contractuels peuvent demander une autorisation de cumul d'activité afin d'étendre leur temps de travail en étant recrutés par une collectivité pour prolonger leur mission lors de temps périscolaires.

Pour être recruté, les AESH doivent remplir des conditions de diplôme (qualification de niveau bac ou diplôme du domaine de l'aide à la personne) ou d'expérience (au moins neuf mois d'accompagnement de personne en situation de handicap). Antoine Cuisset souligne que le contrat relève du droit public et offre donc la possibilité de présenter des concours de la fonction public sur la modalité du concours interne (métiers de l'enseignement, fonctions administratives...).

Les AESH, partie prenante des équipes éducatives


Pour aller vers la professionnalisation attendue, une formation de 60 heures est instaurée pour les nouveaux AESH. Des personnes qui ont des expériences variées (accompagnement dans un cadre familial, formation diplômante déjà effectuée...) et qui ne vont pas toutes suivre les mêmes modules. Le niveau d'école et le besoin de l'élève est pris en compte. «Un dispositif susceptible d'évolution» précise Antoine Cuisset.

Une autre formation se fera à l'intérieur des établissements scolaires puisque «l'idée, c'est que les AESH soit partie prenante des équipes [éducatives]» souligne Pascale Coq. C'est-à-dire en étant intégrés aux Équipes de Suivi de Scolarisation autour des besoins de l'enfant (parents, enseignants, accompagnants). «Faire des structures écoles et établissements, des lieux de partage du savoir et du savoir-faire» est «un des points de réussite du dispositif» analyse la DASEN. Enseignants et accompagnants ayant à apprendre les uns des autres et «les équipes jouent le jeu».

«Ubérisation» versus «professionnalisation»


Le temps de travail étant un des sujets auxquels les syndicats sont particulièrement attentifs, la DASEN tient à souligner que les temps de réunion d'équipe ou d'échange avec les familles sont rémunérés. Ce qui n'était pas le cas pour les AVS.

En ce qui concerne la mutualisation, là où les syndicats voient une forme d'«ubérisation», Pascale Coq répond «professionnalisation» car il s'agirait de «passer de l'affectif à un geste plus professionnel». «Les AESH sont là pour aider l'élève à compenser sa difficulté en apportant le geste qu'il ne peut pas faire ou l'explication dont il a besoin et, ce faisant, il sécurise l'élève, mais ce n'est pas une relation purement affective». Dans la Côte-d'Or, les AESH suivent de un à trois élèves en même temps ; cela peut être plus dans d'autres départements.

Jean-Christophe Tardivon

Plus d'informations sur le recrutement et sur les missions des AESH


Pascale Coq, directrice académique des services de l’Éducation nationale de la Côte-d'Or


Antoine Cuisset, secrétaire général de la direction des services départementaux de l’Éducation nationale de Côte-d'Or