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ÉDUCATION : Vers une grève des AESH?

25/11/2019 08:37Imprimer l’article
Un sentiment d'injustice prédominait au sortir de la délégation reçue au rectorat de Dijon ce mercredi à propos des conditions de travail des accompagnants d'élèves en situation de handicap. Une soixantaine de personnes étaient rassemblées au pied du bâtiment à l'appel d'une intersyndicale pour les soutenir. Actualisé avec des précisions du rectorat.
La rectrice et la DASEN devaient être présentes pour recevoir une délégation intersyndicale et entendre les revendications des organisations dénonçant la «précarité» des accompagnants d'élèves en situation de handicap ou AESH (retrouver notre interview de la DASEN). C'est Isabelle Chazal, secrétaire générale de l'académie de Dijon, qui a accueilli ce mercredi 20 novembre 2019 les représentants syndicaux et les deux AESH composant la délégation (CGT Educ'action, FNEC FP FO, SGEN CFDT, SNALC, SUD éducation, Syndicat des enseignants, SNUIPP, SNES-FSU, FSU).



Après une heure d'échanges, en retrouvant la soixante de personnes rassemblées au pied du rectorat de Dijon pour soutenir les AESH, les représentants syndicaux ont annoncé que la réunion s'était terminée «en s'engueulant». «Vitesse supérieure», «injustice», «mépris», «audience éprouvante», «enfumage», «sourire en coin», «tour d'ivoire», «jeu de dupes», «travailler plus pour gagner moins»... le lexique employé rendait palpable l'amertume de la délégation.

«On a été méprisé»


Agnès, AESH faisant partie de la délégation, a demandé à passer «à la vitesse supérieure pour montrer qu'on a un métier qui se professionnalise et qu'on travaille dans l'humain». Et d'ajouter : «il ne faut pas vraiment pas se laisser faire. S'il faut faire grève, cela vaut le coup d'essayer. On a été méprisé».

Marie-Laure, autre AESH de la délégation, a fait le parallèle avec son activité professionnelle : «on ne veut pas nous écouter, on est des simples AESH et j'ai l'impression qu'on ne sait pas calculer pourtant on réexplique, on reformule aux élèves, c'est notre quotidien, et là, quand on essaie de reformuler auprès du rectorat, ils font la sourde oreille».

Le lissage du volume d'heures annuel en question


Pourtant, les organisations syndicales avaient des points très techniques à aborder. La question de la quotité de travail qui fait l'objet d'une circulaire ministérielle est interprétée de façons variées dans les différentes académies. Dans l'académie de Dijon, les syndicats reprochent une méthode de lissage du volume d'heures annuel du «temps élève» et du «temps connexe» entraînant deux heures supplémentaires devant les élèves pour la même rémunération par rapport à l'époque des Auxiliaires de Vie Scolaire (AVS).

Une méthode qui amène les AESH à considérer qu'elles travaillent deux heures «gratuitement» devant les élèves, ce qui était déjà dénoncé fortement lors d'un rassemblement le 6 novembre dernier (retrouver notre reportage). Dans la Côte-d'Or, un AESH qui a un temps partiel à 57% travaille 24 heures 25 tandis que les syndicats demandent un temps de travail de 22 heures 30 par semaine (pour un revenu mensuel d'environ 600 ou 700 euros).

Selon les représentants des personnels, la direction des services départementaux de l’Éducation nationale, le rectorat et le ministère se renvoient la balle sans apporter de réponse précise. De ce fait, des recours gracieux ont déjà été adressés à la rectrice à ce sujet. À la suite de la réunion de ce mercredi, plusieurs personnes manifestaient leur intention de lancer une procédure auprès du tribunal administratif afin de contester les directives des DASEN en s'appuyant sur la circulaire ministérielle du 5 juin 2019.

«Un vrai statut avec un vrai salaire pour les AESH»


Selon Virginie Alvarez, secrétaire départementale du SNUDI-FO (syndicat de professeurs des écoles), «pour sortir de la précarité, il n'y a pas cinquante solutions, c'est la création d'un vrai statut avec un vrai salaire pour les AESH (…) qui font un vrai boulot». Avec la création des PIAL (Pôles Inclusifs d'Accompagnement Localisés), ce serait «travailler plus pour gagner moins et en plus de ça être baladé d'un établissement à un autre».

D'où une ébauche d'appel à la grève pour le 3 décembre : «il faut leur montrer que l'école inclusive ne fonctionne pas s'il n'y a personne pour la faire fonctionner» a lancé Cyrille Bernizet (pour le collectif national AESH de la CGT Educ'action) sous des applaudissements.

«Les calculs n'ont rien fait pour améliorer les revenus»


Durant l'audience au sein du rectorat, Julie Petit, responsable départementale de SE-UNSA pour les AESH, a expliqué pour Infos-Dijon la problématique ayant conduit à ce rassemblement. Elle suit environ 250 dossiers à ce jour. Elle a constaté «une rentrée très très mouvementée» et considère que l'interprétation de la circulaire ministérielle par la DASEN a été «erronée», «c'est-à-dire qu'elle n'a pas été interprétée comme elle aurait dû l'être : on leur demande de faire plus d'heures par semaine pour toucher le même salaire qu'avant». «On demande que, si elles travaillent plus, elles soient payées plus».

Alors que la DASEN évoque une amélioration de la situation des ex-AVS avec l'instauration de la rémunération des «heures connexes» des AESH (temps de réunion avec les enseignants ou les familles), Julie Petit dénonce «les calculs [qui] n'ont rien fait pour améliorer les revenus» qui sont restés les mêmes. Elle critique aussi l'extension de l'activité au temps périscolaire rendue difficile par le temps partiel sur la semaine.

La toute première revendication de SE-UNSA est que les AESH soit «payés plus» sur un temps partiel à 62% si les accompagnants font 24h25 comme le rectorat l'exige. Le second point concerne le traitement administratif par le personnel du rectorat qui ne serait pas proportionné au nombre d'AESH en activité à ce jour. Comme les autres organisations, SE-UNSA demande aussi «un vrai statut de la fonction publique avec une fiche de poste pour les AESH».

Jean-Christophe Tardivon

Actualisé le 25 novembre 2019 avec un communiqué du rectorat :

L’académie de Dijon souhaite apporter des précisions à la suite de la publication de l’article concernant l’audience qui s’est tenue au rectorat le 20 novembre sur les conditions de travail des AESH.
 
Une délégation de 11 personnes a été reçue par la secrétaire générale de l’académie et son adjointe dans un esprit d’écoute et de dialogue à l’attention des personnels AESH.

Des éléments concrets ont été communiqués :

Une amélioration des conditions de travail et du statut des AESH

Depuis cette rentrée, les 2 268 AESH de l’académie bénéficient de mesures offrant de nouvelles perspectives professionnelles, permettant d’améliorer leurs conditions de travail et leur statut au sein de la communauté éducative des écoles et des établissements :

o Un contrat de droit public de 3 ans susceptible d’être transformé en CDI
o Une formation d’adaptation à l’emploi de 60 heures et l’ouverture sur des actions de formation continue
o Un temps de travail (calculé sur la base de 41 semaines dans le respect des textes applicables) qui prend désormais en compte l’ensemble de leurs activités (préparations, échanges avec les parents et réunions de travail avec les autres acteurs de l’école ou de l’établissement) : chaque heure effectuée dans la classe, hors classe et en formation est ainsi prise en compte dans le contrat donc dans la rémunération.

Un effort conséquent et une vraie progression dans le recrutement à la rentrée :

o 448 AESH supplémentaires recrutés par rapport à 2018
o Des quotités de travail en augmentation : 69% des contrats sont supérieurs ou égaux à
une quotité de travail de 60% (contre 33% l’an dernier)

La secrétaire générale réaffirme ces mesures dans le contexte de la scolarisation des élèves en situation de handicap, priorité majeure de l’action académique d’accompagnement des parcours des élèves. Cette nouvelle organisation a pour objectif d’assurer un meilleur accueil des enfants et de leurs familles, et de permettre à chaque élève de développer son autonomie pour se préparer à sa vie future.