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ELECTION PRESIDENTIELLE : Le Medef passe les représentants des principaux candidats sur le gril

12/04/2017 14:52Imprimer l’article
Durant trois quart d'heure chacun, les représentants départementaux des cinq principaux candidats, Marine Le Pen, Emmanuel Macron, Jean-Luc Melenchon, François Fillon et Benoit Hamon, ont fait face ce mardi soir aux membres du Medef Côte-d'Or, pour des entretiens sans concession.
C'était une première. D'habitude, «on organisait une confrontation entre les deux qualifiés pour le second tour» explique Pierre-Antoine Kern, le président du Medef Côte-d'Or. L'organisation patronale a cette fois-ci convié les représentants des cinq principaux candidats à présenter leur programme économique pour «apporter des réponses concrètes aux entrepreneurs».
«Cela a permis de faire remonter les problématiques des chefs d'entreprise au cours d'un bon exercice démocratique» analysait Pierre-Antoine Kern après le passage du dernier représentant «à la barre», en l'occurrence Michel Neugnot pour le parti socialiste. «C'était vivifiant, respectueux sur la forme mais rude sur le fond, comme nous le souhaitions» se félicitait le président du Medef 21.
En effet, les chefs d'entreprise n'ont pas tergiversé pour exprimer leurs sentiments, doutes et objections lorsqu'ils le jugeaient nécessaire. Quitte à laisser de coté une forme de neutralité nécessaire à ce genre d'exercice, et laisser entrevoir une forme «d'entre-soi», un peu trop visible aux yeux de certains qui le dénonçaient à l'issue de l'exercice. Bien-sûr, personne n'était dupe : Julien Acard pour le Front National ou Alexandre Emorine pour la France Insoumise n'allaient pas retourner la salle et rallier les patrons à leur cause. Mais les tutoiements et tapes dans le dos à Didier Martin (En Marche), Rémi Delatte (Les Républicains) et Michel Neugnot (Parti Socialiste) ont un peu frappé les représentant, notamment, de la France Insoumise. Alexandre Emorine est d'ailleurs le seul des intervenants a avoir pris le temps d'écouter l'intégralité de ses concurrents. Julien Acard, passé le premier, est parti sitôt son grand oral terminé, Didier Martin et Remi Delatte sont arrivés peu de temps avant leur intervention et n'ont pas traîné après, et Michel Neugnot, dernier invité, est arrivé à la Maison des Entreprises juste à l'heure.

La sortie de l'euro du FN inquiète


C'est donc Julien Acard, pour Marine Le Pen, qui a ouvert le bal à 17 heures. Comme les autres, il a disposé d'un quart d'heure de discours liminaire suivi d'une demi-heure de questions-réponses. Patriotisme économique, fusion des instances représentatives du personnel, réorientation des aides fiscales vers les PME, lutte contre la fraude, etc. C'est surtout la sortie de l'euro et la gestion des coûts qu'elle générerait qui inquiète les patrons et qui a fait l'objet de longs échanges. «Les marchés vont se retirer de la dette de la France dès que la sortie de l'euro sera avancée» lance un membre du Medef. «Il faut dédramatiser et sortir de votre stratégie de la peur» répond le représentant de la candidate de l'extrême-droite.

Le programme d'En Marche laisse sceptique


Pour Emmanuel Macron, Didier Martin a ensuite été invité à prendre place au pupitre. Vantant le «candidat du travail» appuyé par «350 experts», il articulait son intervention autour des obstacles à lever pour permettre la relance : supprimer le régime des indépendants pour l'adosser au régime général, «lever les contraintes administratives et financières», «reconnaître un droit à l'erreur plutôt que de sanctionner directement» en matière fiscale, simplifier l'accès à la commande publique, réorienter l'épargne en faveur de l'investissement productif, augmenter les salaires en supprimant les cotisations sociales, mesure compensée par la hausse de la CSG, etc. Le programme ne semble pas emballer les patrons : «le régime général me fera payer plus cher», «tous ces ralliements ne seront-ils pas plus forts que les promesses du candidat ?», «quid de l'avenir du revenu minimum ?». Les patrons sont bienveillants, mais pas franchement emballés.

Les Insoumis font fuir les patrons


Emballés, ils l'étaient, ce n'est une surprise pour personne, encore moins quand Alexandre Emorine est venu défendre le programme de Jean-Luc Mélenchon. Le représentant départemental préférait même en sourire d'entrée, remerciant l'organisation patronale d'avoir invité un «partageux» dans leurs locaux. «Nous ne sommes pas des idéologues, mais des pragmatiques» lançait-il avant de détailler. «Nous mettrons en œuvre une baisse des impôts sur les entreprises de 25%, afin que celles-ci puissent dégager une marge qui leur permettra d'encaisser nos autres propositions» : hausse du salaire minimum, révision du code des marchés publics, plan anti-dumping, mesures pour sortir l'économie réelle «des griffes de la finance folle», interdiction aux entreprises de distribuer plus de dividendes qu'elles ne font de bénéfices («du bon sens»), droit de préemption des salariés pour faire face aux fermetures d'entreprises, protectionnisme solidaire aux frontières de l'Europe avec des normes environnementales et sociales, etc.
Pierre-Antoine Kern donne le ton direct : «quand je vous entends, je n'ai qu'une envie : partir… Plus de charges, plus de lourdeur administrative, hausse du nombre de fonctionnaires, du Smic, encadrement des loyers, on est très loin d'une vision libérale». L'échange est courtois, mais sans issue. Les grilles de lecture de la société sont fondamentalement opposées entre patrons et insoumis, au point que des sourires se lisent sur les visages. Entre deux question, un blanc dans la salle. Alexandre Emorine s'en amuse en riant : «Je vois que tout le monde est atterré par notre programme». La salle rit comme un seul homme. Le courage du jeune homme, d'être venu se frotter aux patrons, est mis en avant tandis que Rémi Delatte, pour Les Républicains, est invité à prendre la place.

Le Medef roule clairement pour Fillon


Changement d'ambiance. Tutoiement et regards sympathiques sont désormais de rigueur. Reprenant mot pour mot les thématiques du candidat Fillon, le député parle d'une «situation économique préoccupante» et d'un «nouvel ordre mondial». Plutôt que de seulement décliner les projets économiques de l'ancien premier ministre, Rémi Delatte attaque ses adversaires durant de longues minutes, dénonçant le «repli sur soi» que constituent les options Le Pen, Mélenchon ou Hamon selon lui, et «le flou et l'ambiguïté» d'Emmanuel Macron. Ainsi, la seule voix possible serait François Fillon, qui va «libérer l'économie pour créer de l'emploi et du pouvoir d'achat». La baisse de la dépense publique d'abord, avec la suppression de 500.000 postes de fonctionnaires et un âge de la retraite porté à 65 ans, du fait de «l'allongement de la durée de vie». «On n'a pas été assez courageux avec Chirac et Sarkozy lance-t-il ensuite, au sujet de la suppression des 35 heures prévue par François Fillon, «sans fixer de nouvelle durée légale». Suppression de l'aide médicale d'Etat, baisse des charges pérenne pour remplacer le CICE (Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi) sont aussi au programme, tout comme la hausse du pouvoir d'achat par un «choc fiscal» et l'assouplissement du droit du travail». Au moment des questions, le ton est plus docile que jamais… «C'est un programme qui me convient» appuie Pierre-Antoine Kern. «Mais comment le faire passer ? La CGT attend au coin du bois…» Rémi Delatte répond que François Fillon tiendra bon, comme il l'a prouvé dernièrement. Ce sera la seule allusion aux affaires qui touchent le candidat Républicain. Comme si aucun doute n'était permis sur sa probité, et donc sur sa capacité à faire accepter aux Français un serrage de ceinture en bonne et due forme. «Les Français sont matures» assure le député.

La vision d'Hamon ne convainc pas


Enfin Michel Neugnot conclu la soirée, pour le Parti Socialiste. «J'arrive en 5e position» s'amuse-t-il. «Tu crois que c'est prémonitoire ?» lui renvoie le président des patrons départementaux… Ambiance. Dans un long discours liminaire plus politique qu'économique, presque hors sujet diront certains, Michel Neugnot parle de «l'éclatement des partis» et d'une «situation improbable», reconnaissant que le vote utile à gauche «se porte sur Mélenchon». «Nous regardons ça sereinement» ne se cachant pas d'être déjà tourné vers les législatives. Pour le programme, Michel Neugnot parle d'une «priorité à l'Europe». «Il ne faut pas la casser mais faire en sorte qu'elle évolue, avec des politiques communes en matière d'armée, de fiscalité, d'énergie, de mobilités». Et d'ajouter que «nous devons nous appuyer sur les acquis du quinquennat Hollande, qui ne sont pas nuls. La situation est meilleure que celle qu'on avait trouvé», parlant même d'un «besoin de continuité». Louant les bases posées par la COP 21, il ajoute «il faut concevoir une rupture avec la façon qu'on avait de se déplacer, d'habiter» avant de conclure : «la présidentielle ne doit pas faire fi des lois de décentralisation et du poids nouveau donné aux Régions». Suit une discussion à bâtons rompus avec les patrons, plus sur la vision politique d'un candidat auquel personne ne croit, pas même celui qui est venu le défendre. Un moment un peu surréaliste à vrai dire. Etait-ce Michel Neugnot ou un représentant de Benoît Hamon qui parlait ? Personne n'a semblé entendre le vrai discours du candidat du PS…
N.R.



 
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