dimanche 17 novembre 2019
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ENTREPRISE : «Les PME, acteurs qui gagnent demain à horizon 2030»

04/10/2019 03:15Imprimer l’article
La convention de la CPME 21 a eu lieu ce jeudi soir au Zénith de Dijon. Un exercice de prospective a été proposé afin d'imaginer comment faire des affaires en 2030. Pour autant, le présent n'a pas été oublié avec quelques messages pour le gouvernement de la part de Geoffroy Secula.
La CPME 21 se tourne vers l'avenir avec «Demain 2030». Évolution des marchés, changement des modes de consommation, influence du numérique sur les affaires, émergence de nouveaux modes de travail, amélioration de l'inclusion étaient au programme des réflexions de la convention annuelle. Trois intervenants se succèderont pour évoquer leur histoire, leurs expériences et leurs connaissances pour éclairer le chemin qu'il nous reste à parcourir jusqu'à l'année 2030. Cela devant 600 acteurs de l'économie du territoire, ce qui démontre «la force de notre organisation et sa capacité à mobiliser pour défendre les intérêts des TPE et PME» selon son président Geoffroy Secula.



Système U cherche «tous les produits de l'écosystème économique local»


Depuis mai 2018, Dominique Schelcher est le PDG du groupement Système U, la coopérative de commerçants indépendants. L'objectif de Système U est de devenir le quatrième acteur de la grande distribution en se plaçant devant Casino. Face à la «profonde mutation» en cours de la grande et moyenne distribution, Dominique Schelcher expose la façon dont Système U se prépare au changement. «On ressent un vrai essoufflement démographique dans certaines régions» d'une part et «une concentration dans un certain nombre de métropoles d'autre part», ce est problématique pour l'implantation des magasins mais aussi pour le recrutement. Autre mutation, la relance de la restauration avec le boom des livraisons à domicile. De plus la consommation se fragmente : en moyenne, un consommateur fait ses achats alimentaires dans presque huit magasins différents durant le mois.

Dominique Schelcher souligne une préoccupation née d'une surprise : la raréfaction de certaines matières premières. À l'automne 2017, il n'y avait plus assez du beurre sélectionné pour être vendu à Noël. «Un véritable électrochoc» qui a conduit l'enseigne à accélérer son travail sur l'approvisionnement et la qualité des filières.

Aujourd'hui, 7% du commerce alimentaire se fait via Internet. D'ici 2030, cette part devrait au moins doubler, voire tripler. La mesure de la confiance des consommateurs dans les produits du terroir, le label Rouge, le label AB donne des indications sur les choix préférentiels de demain. «70% de la croissance prévue en 2018 se fait avec les produits des TPE et PME, françaises particulièrement». De ce fait, «nos patrons indépendants à la tête de chaque magasin ont à cœur de chercher tous les produits de l'écosystème économique local».

«Le modèle coopératif, cette organisation extrêmement démocratique, où le pouvoir est détenu par des patrons plein de bon sens, sur le terrain, est extrêmement résiliente. (...). Le grand sujet des prochains temps, c'est de répondre aux attentes de jeunes de plus en plus exigeants. Oui, le modèle coopératif est un modèle d'avenir» selon le PDG de Système U.

«Passez à l'action pour 2030»


Virginie Delalande est à présent avocate. Née sourde, on a eu de cesse de lui opposer sa physiologie pour lui prédire un parcours difficile. Dans ce grand Zénith, Virginie s'exprime fièrement face à l'assistance, avec une voix qu'elle n'a jamais entendue. Une voix qui est le prix «de vingt ans d'orthophoniste trois fois par semaine». Pour ses neuf mois, on annonçait à ses parents qu'elle ne pourrait pas parler. Pour ses huit ans, elle découvre l'étiquette «handicapée» qu'on lui attribue. À dix-huit ans, elle a vu rire des personnes qui ne croyaient pas qu'elle pourrait bien gagner sa vie. Les messages négatifs des professeurs et médecins pèsent : «mille fois, je me suis dit 'à quoi bon ?'». Persévérante, elle est néanmoins devenue avocate «parce qu'[elle] connaît ce sentiment d'injustice qui vous prend aux tripes».

«Tout ceci m'a donné encore plus de forces, la force de me battre pour devenir la femme que je suis aujourd'hui : une femme libre, pleine de passions et de rêves. Mais surtout, une femme qui n'abandonne jamais et qui prépare dès aujourd'hui 2030». Virginie Delalande a incité le public à ne jamais abandonner en donnant quelques clés pour éviter cela : se donner des objectifs clairs, avoir un désir puissant d'y arriver et gagner petit à petit en confiance en soi même s'il s'agit parfois d'affronter un échec. «Passez à l'action pour 2030» lance-t-elle à un public admiratif.

«Tout ce que l'on a connu jusque là va disparaître»


Pierre Sabatier, de formation ingénieur agronome, est maintenant économiste. Il a reçu le prix Turgot 2013 du jeune talent en économie financière. À partir de la démographie, de l'économie et même de l'économétrie, Pierre Sabatier transporte la convention CPME dans le futur. Attention prospective. Le leadership au niveau mondial est remis en question par des tensions entre les États-Unis et la Chine. «Cela pose les jalons d'une rupture potentielle» dont l'horizon est 2030. Pierre Sabatier voit le succès des Chinois comme inexorable.

Si le changement peut être une source de coûts pour une entreprise, néanmoins, «lorsque c'est l'environnement qui change, refuser de changer, c'est prendre le risque de mourir». En France, les 20-65 ans devraient constituer 36 millions de personnes en 2030. Les plus de 65 ans sont la seule cohorte d'âge qui augmente – passant de 12 millions aujourd'hui à 16 millions en 2030 – alors que notre modèle de société est basée sur une pyramide des âges jeunes, entraînant une population qui consomme fortement. Pour Pierre Sabatier, «nous vivons dans un pays qui a déjà commencé à vieillir» d'où «l'obsolescence de modèles qui ont été conçus il y a 30 ou 40 ans sur la base de quelque chose que nous ne sommes plus».

D'où, pour les PME, «la manière dont on voyait l'expansion dans l'entreprise doit être réinventée». À l'horizon 2030, «tout ce que l'on a connu jusque là va disparaître. Vous n'avez pas idée à quel point nos sociétés vont changer, dans les modèles de sociétés qui nous fondent mais aussi dans la façon dont on fait du business». Révolution numérique et intelligence artificielle joueront un grand rôle dans ces changements, de la même façon que l'imprimerie à l'aube de la Renaissance ou la machine à vapeur lors de la révolution industrielle. Des outils qui peuvent transformer les PME en «acteurs qui gagnent demain à horizon 2030».

L'économiste pronostique que la moitié des sociétés du CAC 40 vont disparaître d'ici 2030 «parce qu'elles sont trop grosses pour être suffisamment souples» et s'adapter. Il pronostique aussi que «nous vivons les dernières heures de la métropolisation». Le monde de demain devrait être celui des petits territoires ainsi que des petites entreprises. Devraient coexister l'initiative locale et la dimension globale. «C'est à ce moment-là que tout se crée», comme au début du XXème siècle qui a connu un élan de progressisme tout en inventant des mécanismes de solidarité.

La transformation numérique pour s'adapter aux évolutions de notre société


La CPME Côte-d'Or est forte de 800 adhérents, elle organise une centaine d'événements par an pour fédérer les acteurs du commerce, de l'industrie, des services, de l'artisanat et des professions libérales. Après Benoît Willot, Geoffroy Secula préside dorénavant le syndicat patronal interprofessionnel. Son propos est principalement adressé au gouvernement. Morceaux choisis. Pour lui, 2019 est «l'année du siphonnage de nos entreprises». «Nous combattons notamment toute forme de nouvelle hausse d'impôt, ou charge, pour nos entreprises». «Le prélèvement à la source est un coût supplémentaire (…), l'entreprise est une fois de plus perceptrice pour le compte de l’État».

La liste des griefs est longue. Réduction des budgets des chambres de commerce sans diminuer la taxe pour frais de chambre, réforme de la formation professionnelle qui pourrait engendrer un déficit de formation, réforme de l'assurance-chômage qui ne serait pas assez incitative au retour à l'emploi, bonus-malus sur les contrats de travail de courte durée, alignement du prix du gasoil non routier sur le gasoil, hausse de la TICPE sur les produits pétroliers, création d'une écotaxe sur le transport aérien, modification du crédit impôt recherche, suppression du soutien aux jeunes entreprises innovantes, extinction du crédit d'impôt métiers d'art, la fin de la «réduction Madelin» et suppression de l'exonération d'impôt sur les sociétés aux syndicats professionnels mais pas aux syndicats des salariés...

Face à cela, Geoffroy Secula entend porter «la voix de la libre-entreprise». Pour 2030, il aspire à une CPME comptant 1.000 adhérents ayant fait leur transformation numérique afin de «s'adapter aux évolutions de notre société».

Jean-Christophe Tardivon