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HAUTE COTE-D'OR : Tensions autour de l'hôpital d'Alise-Sainte-Reine

26/10/2017 10:57Imprimer l’article
Le Centre Hospitalier de Haute Côte-d'Or connaît des difficultés budgétaires. L'unité de soins de longue durée de l'hôpital d'Alise-Sainte-Reine, qui fait partie du CH-HCO, va fermer. Les syndicats appelaient unanimement à manifester ce mercredi soir avant la réunion d'un conseil de surveillance.
Des élus locaux aux côtés de syndicalistes souhaitant interpeller les membres du conseil de surveillance de l'hôpital lors d'une réunion nocturne menée presque en catimini alors que les résidents cherchent le sommeil : telle était la situation ce mercredi soir à Alise-Sainte-Reine. À quelques dizaines de mètres du site d'Alésia, en contrebas de la fière statue de Vercingétorix, les habitants se rebellent face à la menace qui pèse sur l'emploi dans ce village de l'Auxois de 600 personnes dont 200 résidents de l'hôpital.

Fusions en chaîne


Le site d'Alise-Sainte-Reine fait partie du Centre Hospitalier de Haute Côte-d'Or qui rassemble aussi les sites de Vitteaux, Saulieu, Châtillon-sur-Seine et Montbard. Sur ce site figuraient jusqu'à il y a peu 30 lits de soins de longue durée (USLD) et compte toujours 155 lits d'hébergement complet pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), 33 places de services de soins infirmiers à domicile et 65 lits de foyer d'accueil médicalisé. L'hôpital d'Alise-Sainte-Reine est le plus grand employeur de la commune. Nombreux sont les Alisiens qui ont un membre de leur famille travaillant ou ayant travaillé dans les murs de cet hôpital fondé à la fin du XVIIème siècle.

En 2012, un processus de fusion avait commencé entre les sites des villes précédemment évoquées : centre hospitalier intercommunal Montbard-Châtillon-sur-Seine et centre hospitalier Auxois-Morvan. Processus aboutissant le 1er janvier 2015 à la création du Centre Hospitalier de Haute Côte-d'Or, dirigé par Bernard Rouault. L'objectif alors mis en avant était de répondre au mieux aux attentes des patients sur ce territoire concernant les activités suivantes : la gériatrie, le handicap, les pathologies cœur-poumon ainsi que des activités transversales (urgences, pharmacie, laboratoire...).

À cela s'ajoute le Groupement Hospitalier de Territoire Côte-d'Or-Sud-Haute-Marne. Il ne s'agit pas d'une structure intégrée comme le CH-HCO mais d'un réseau de coordination piloté par le CHU de Dijon. En plus de l'hôpital dijonnais, il comprend le CHS La Chartreuse ainsi que les centres hospitaliers de Haute Côte-d'Or, de Semur-en-Auxois, d'Auxonne, d'Is-sur-Tille, de Langres, de Chaumont et de Bourbonne-les-Bains.

Irréductibles Alisiens


Après la fermeture de la maternité et de la chirurgie à Châtillon-sur-Seine, après la fermeture des urgences à Montbard, serait-ce le tour du site d'Alise-Sainte-Reine ? En 2015, un contrat de performance a été établi entre le CH-HCO et l'ARS (Agence Régionale de Santé, le bras armé de l’État en matière de santé dans la région). Ce contrat de performance a laissé la place à un plan de retour à l'équilibre afin de résorber le déficit du CH-HCO (qui est estimé à 5,2 millions d'euros par les syndicats, pour environ 80 millions d'euros de produits d'activités). Aujourd'hui, les représentants des syndicats se disent inquiets pour d'autres unités du CH-HCO. Ce mercredi 25 octobre, l'intersyndicale CGT-FO-CFDT s'était donc mobilisée pour dire son attachement aux activités de l'hôpital d'Alise-Sainte-Reine.

Le CH-HCO emploie environ 1 300 personnes sur les cinq sites. L'intersydicale craint que la réduction du déficit ne passe par la suppression d'une centaine de postes. À l'hôpital d'Alise-Sainte-Reine, la fermeture de l'USLD concerne 24 équivalents temps plein. Sont aussi menacées la blanchisserie et la cuisine. De plus, pourraient s'ensuivre la réduction de l'USLD de Saulieu et de la médecine de Vitteaux.

Les syndicats ont reçu le renfort de la jeune maire Amandine Monard. Le 24 mars 2017, elle a été élue maire sans étiquette d'Alise-Sainte-Reine après que Laurent Maillard, victorieux aux municipales de 2014, a choisi de se retirer. L'hôpital fut le dossier prioritaire sur lequel elle s'est penchée. Ce mercredi 25 octobre a été l'occasion pour Amandine Monard de siéger pour la première fois au conseil de surveillance du CH-HCO.

En tant que maire, elle est solidaire des élus du territoire et tient notamment informés Patrick Molinoz (président de la communauté de communes du Pays d'Alésia et de la Seine) et Marc Frot (conseiller départemental du canton de Montbard, NDLR : Laurence Porte, autre élue de ce canton et maire de Montbard, siège au conseil de surveillance). Elle échange aussi avec Anne-Catherine Loisier (sénatrice de la Côte-d'Or, maire de Saulieu) et l'intersyndicale.

«Avant les fusions, l'hôpital d'Alise-Sainte-Reine se portait bien»


Interrogée quelques instants avant le début de la réunion, Amandine Monard a souligné pour Infos-Dijon les impacts budgétaires liés à la fusion dans le CH-HCO mais aussi l'éloignement des prises de décision : « Avant les fusions, l'hôpital d'Alise-Sainte-Reine se portait bien. Il avait beaucoup de bois, de fermes, de maisons qu'on louait. Cela a toujours permis de faire des investissements sur l'hôpital notamment sur la partie patrimoniale (on a une apothicairerie, d'anciens tableaux du martyr de sainte Reine,,,). Cela finançait à 50% la moindre restauration, ce qui n'est plus du tout le cas aujourd'hui puisque le CH-HCO a tout vendu. C'est très mal compris sur le site d'Alise, aussi bien pour le personnel que pour les habitants. On est passé d'un hôpital très fleuri, les patients faisaient de l'art-thérapie, il y avait des daims, des poneys, des chèvres, etc. à : on ne fait plus rien. On n'arrive même pas à changer une ampoule. »

La moitié du personnel de l'hôpital habite Alise-Sainte-Reine ou Venarey-Les Laumes. Ces manifestations révèlent donc l'implication des Alisiens dans la vie de l'hôpital : « avant les fusions, c'était un conseil d'administration. Le conseil municipal et donc le maire ont toujours été très impliqués dans l'hôpital. Avant, on délibérait sur ce que pouvait acheter l'hôpital. Le maire donnait toujours son accord. C'était une petite famille, c'était un lieu de vie. »

Lutter contre la désertification rurale


Sur un plan de politique de santé, Amandine Monard a dit reprocher au CH-HCO, mais aussi à l'ARS, le manque de vision concernant le site alisien : « depuis 10-15 ans, on nous fait des restructurations à peu près tous les trois ans. On refait des services à neuf comme la médecine ou les cuisines de Vitteaux et aujourd'hui on les ferme. Je ne demande pas des projets pour l'année à venir mais des projets sur 10-20 ans ! Qu'on nous dise quels seront les besoins de demain pour notre territoire au niveau de la santé ? On nous parle de désertification médicale mais c'est le premier enclencheur du reste. Si on supprime tous les emplois dans le secteur, il arrivera un moment où il n'y aura plus d'habitants donc il n'y aura plus besoin de médecins non plus ! Ce sera la désertification rurale ! Je veux qu'on arrête de faire la politique de la santé en fonction des mandats et que l'on ait une vision globale étalée sur plusieurs années, avec des investissements chiffrés, des études de faites et qu'on avance !  Les listes d'attente des services d'EHPAD grandissent de jour en jour. Est-ce que l'ARS a une vision des besoins sur les 10-20 ans à venir ? On a une population de plus en plus vieillissante. Est-ce que la volonté de l'ARS est d'envoyer ces personnes à Dijon et de les déraciner de leur territoire ? »

Même si elle est depuis peu de temps aux commandes de la commune, Amandine Monard a avancé des propositions : « Je ne veux pas me retrouver avec un bâtiment vide en plein cœur de l'hôpital. Même vide, il faudra quand même l'entretenir. Je ne conçois pas que la partie ancienne de l'hôpital, là où il y a le foyer d'accueil médicalisé, soit fermée. Est-ce que l’hôpital ne peut pas vendre pour un euro le bâtiment à la commune et la commune faire les travaux ? Aujourd'hui, on parle d'isolation : nous, les communes, nous isolons pour un euro parce que les entreprises récupèrent les certificats d'énergie donc je ne comprends pas comment l'hôpital peut avoir des problèmes d'isolation ? »

À la suite d'une première alerte cet été, Amandine Monard et Patrick Molinoz  ont demandé qu'une inspection soit menée. C'est actuellement la chambre régionale des comptes qui épluche les dossiers du CH-HCO. Les deux élus ont aussi interpellé Agnès Buzyn, ministre de la Santé. Sans réponse à ce jour, Patrick Molinoz a relancé le représentant de l'ARS lors du conseil de surveillance de ce mercredi soir.

Un conseil très surveillé


Environ 200 manifestants étaient réunis alors que la nuit enveloppait l'Auxois et que la lune s'élevait au-dessus des lumières de Venarey-Les Laumes. Élus locaux, militants syndicaux et villageois se saluaient à mi-voix tandis que les soignants veillant sur le sommeil des résidents faisaient des signes amicaux depuis les fenêtres. Quelques gendarmes se tenaient discrètement loin des lumières. La tension est néanmoins monté d'un cran lorsque sont entrés dans la petite salle de réunion les membres du conseil de surveillance, quelques huées ont fusé.

Alors qu'ils avaient par le passé la possibilité d'émettre un avis, les conseils de surveillance ne se réunissent plus à présent qu'à titre d'information. Ce type de réunion conserve néanmoins un fort pouvoir symbolique pour les manifestants qui souhaitaient demander des explications aux acteurs du dossier. Bernard Paut (maire de Vitteaux et président du conseil de surveillance du CH-HCO) a accepté que soit entendue avant le début de la réunion une délégation composée de syndicalistes et d'élus (dont Patrick Molinoz mais aussi Jérôme Petitdent - maire de Fain-lès-Moutiers - et Jérémie Brigand - président de la communauté de communes du Pays châtillonnais) et de syndicalistes CGT-FO-CFDT.

Interrogé juste avant d'intervenir en préambule de ce conseil de surveillance, Hubert Euvrard (aide-soignant à l'hôpital d'Alise-Sainte-Reine, délégué CFDT) a confié son point de vue à Infos-Dijon : « On a fusionné tous les hôpitaux de la région (NDLR : excepté le centre hospitalier de Semur-en-Auxois). Certains étaient en difficulté, d'autres moins. Le résultat est qu'au bout de quelques années, cette fusion qui devait nous garantir un avenir meilleur se révèle une catastrophe parce qu'il y a des frais sans doute de structure qui sont lourds (gestion, encadrement...). Les déficits s'accumulent. La fusion n'est pas seule en cause, il y aussi l'état général du système hospitalier en France, avec des prix de journée, notamment en EHPAD, qui sont très bas. Il a été acté la fermeture d'un service de soins ici, un autre à Saulieu et un autre à Vitteaux. »

«L'hôpital, c'est la moitié du village»


Il y aurait 75 patients qui verraient leur situation changer dont 30 résidents de l'unité USLD d'Alise-Sainte-Reine : « Assez rapidement, les résidents ont été déplacés. Certains qui avaient besoin de soins relativement importants ont été déplacés à Vitteaux, dans un service de médecine qui va lui-même fermer dans quelques mois donc ils seront appelés à changer de nouveau. D'autres ont été amenés soit à Montbard soit dans des EHPAD. »

Quant aux soignants : « Les titulaires retrouveront de la place assurément dans les différents sites : cela peut être à 15, 30 ou 50 km. La direction s'est engagée à faire en sorte que les contractuels puissent être prioritaires sur de prochains postes de remplacement. Pour Alise-Sainte-Reine, il y a une perte sèche de trente lits et de trente emplois environ car il y a d'autres services impactés : la blanchisserie, la cuisine (pour être centralisées par le CH-HCO ou externalisées). L'établissement est très ancien : il a 358 ans. Le village est petit. L'hôpital, c'est la moitié du village. Tous les gens du village, à un moment donné, passent par l'hôpital. Beaucoup y sont nés (il y avait une maternité jusque dans les années 1960), beaucoup y mourront, beaucoup y travaillent. Il y a aussi l'aspect économique : c'est aussi un marché important pour les commerçants, les artisans et l'ensemble des corps de métiers présents sur le site. »

Une demande de création d'EHPAD


Le militant syndical a lancé une pierre dans le jardin du conseil départemental : « À la CFDT, nous avions acté le fait que l'USLD devait fermer parce qu'elle coûte trop cher. On peut se poser des questions sur le fait que la santé coûte cher ! Il y a une grosse demande de la part de personnes âgées, dépendantes, qui ne peuvent plus rester chez elle et qui ont besoin d'être en maison de retraite du fait qu'on a un lieu qui est magnifique, du fait qu'on a des bâtiments adaptés et du fait qu'on a des équipes qui sont tout à fait prêtes à assurer. On avait demandé à ce que le service qui ferme soit transformé en EHPAD mais c'est le conseil départemental qui décide, ce n'est pas l'ARS qui décide de créer un EHPAD. »

Hubert Euvrard était dans l'attente de rencontrer les trois interlocuteur en même temps : direction du CH-HCO, ARS et conseil départemental : « On aimerait bien qu'ils accordent leur violon. Ils se renvoient la balle en permanence. Personne n'est responsable donc on ne sait pas avec qui vraiment discuter. Là, on les a tous les trois autour de la table et on espère des réponses précises. »

Des interrogations en suspend


Les prises de paroles avant cette réunion du conseil de surveillance ont été poignantes au regard de la situation vécue par les soignants dont l'emploi est bouleversé et au regard de leur empathie pour les résidents qu'ils accompagnent jusque parfois dans leurs derniers instants. Les questions adressées principalement à l'ARS et à la direction du CH-HCO mais aussi au conseil départemental ont été nombreuses.

Cherchant à sauver ce qui peut l'être, l'intersyndicale n'a pas revendiqué le maintien de l'USLD « bien que l'ARS se soit engagée à octroyer [au CH-HCO] une aide financière de 550 000 euros pour faire face au déficit de cette unité. » Elle a plutôt revendiqué « la création d'autres activités permettant de maintenir une offre de soins de qualité tout en répondant aux besoins de la population » afin de sauvegarder « la capacité d'accueil en terme de lits et en terme d'emplois sur [le] canton ».

Priée de sortir pour permettre la tenue du conseil, la délégation a attendu jusque tard dans la nuit des réponses qui ne sont venues qu'en partie. Puisque le CH-HCO ne semble plus en mesure d'investir, des avancées ne peuvent avoir lieu que si d'autres fonds sont trouvés. Selon nos informations au sortir de la réunion, la commune s'est engagée à financer des travaux dans les bâtiments historiques et  l'ARS va étudier des propositions que le CH-HCO a faites pour peu que les financements n'incombent pas à ce dernier. Le conseil a demandé à la délégation de patienter un mois, le temps d'étudier l'ensemble des questions.

Jean-Christophe Tardivon


 
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