jeudi 14 décembre 2017
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POMMARD : Un exemple de domaine en biodynamie

04/12/2017 10:36Imprimer l’article
Le domaine Parent à Pommard  (Côte-d'Or) a accueilli la délégation de la mission d'information commune pour la dernière séquence de cette journée d'étude sur les produits phytopharmaceutiques. Les députés ont visité la cave avant de déguster brièvement les vins de ce domaine en biodynamie.
Village réputé du cœur de la Bourgogne viticole, Pommard (Côte-d'Or) marquait la fin de cette journée du 1er décembre 2017 pour la mission d'information commune sur les produits phytopharmaceutiques. Si l'étape au caveau Nuiton-Beaunoy a permis un débat global avec des représentants de viticulteurs pratiquant l'agriculture conventionnelle, à Pommard la mission est allée à la rencontre d'une personnalité du monde du vin, Anne Parent, pour l'écouter évoquer son engagement dans la biodynamie.

Lire notre article sur la rencontre avec des viticulteurs à Beaune

Fondé en 1803, le domaine est géré depuis 1998 par Anne Parent et Catherine Fages-Parent. Certifiés «agriculture biologique» depuis 2013, les dix hectares de vignes sont principalement situés sur les appellation pommard et pommard premier cru. Le fleuron de la gamme est un corton grand cru «les renardes». Le domaine suit dorénavant une orientation inspirée de la biodynamie (une variante plus stricte de l'agriculture biologique).

Descente de cave non pas pour une dégustation, pas encore, mais pour admirer l'alignement de fûts neufs semblant scintiller comme des bijoux dans l'écrin noir des murs. Après les échanges à bâtons rompus au caveau Nuiton-Beaunoy, il y avait quelque chose de spirituel dans l'écoute des propos qu'Anne Parent a adressé aux membres de la délégation du haut de son escalier. Plonger dans cette cave, c'était aussi plonger dans l'histoire d'une conversion. Pourquoi la bio ? Même si ce qui intéressait la mission relevait plus du comment la bio ?

Participaient à cette visite Élisabeth Toutut-Picard (députée de la Haute-Garonne, présidente de la mission d'information), Didier Martin (député de la Côte-d'Or, co-rapporteur de la mission d'information), Gérard Menuel (député de l'Aube, co-rapporteur de la mission d'information), Antoine Herth (député du Bas-Rhin, secrétaire de la mission d'information), Inès Fauconnier (administratrice en charge de l'agriculture, de la forêt et de la pêche, au sein de la Commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale), François Patriat (sénateur de la Côte-d’Or), Didier Paris (député de la Côte-d’Or), Laurence Guillet (suppléante de Didier Martin), Jean-Baptiste Peyrat (sous-préfet de l'arrondissement de Beaune), Pierre Chatelon (responsable du service Agriculture à la Direction Départementale des Territoires) et Aude Jarabo (cheffe de projet Ecophyto à la Direction Régionale de l'Agriculture, de l'Alimentation et de la Forêt).

«On gave le sol sans savoir ce dont la vigne a besoin»


Anne Parent a fait remonter l'histoire à 1999 et à la visite malheureuse d'une commerciale en engrais chimiques. Pensant vanter les produits de sa marque, la commerciale avait alors allégué que les sols bourguignons manquaient de bore et de phosphore, éléments évidemment présents dans les engrais qu'elle commercialisait. Naïve mais pragmatique, Anne Parent a d'abord voulu vérifier les dires par des analyses de sols avant de convoquer à son tour la commerciale : «Madame, je vais vous expliquer pourquoi on ne va jamais travailler ensemble. Du bore et du phosphore, on va l'extraire des vignes et je vais vous en revendre !»

Interpellée par cette expérience, la jeune vigneronne a alors conclu que «l'on gave le sol de choses sans savoir ce qu'il y a dans le sol et sans savoir ce dont la vigne a besoin». Elle a proposé une métaphore à la délégation : «on a un garde-manger, de temps en temps la vigne est capable d'ouvrir la porte et manger ce dont elle a besoin. De temps en temps, elle ne sait pas comment ouvrir la porte. Elle a tout ce qu'il faut dans le garde-manger mais il faut l'accompagner. Pourquoi remplir le garde-manger alors que la vigne va chercher exactement ce dont elle a besoin ?»

Anne Parent s'est alors tournée vers des vignerons pratiquant la lutte biologique afin de convertir le domaine à l'agriculture biologique à partir de 2009 (la période de conversion dure réglementairement trois ans). Néanmoins, pour elle, «la lutte biologique n'est pas une fin en soi, c'est une étape, vers autre chose, qu'on ne connaît pas encore». Une démarche qui se doit d'être au centre de la stratégie d'entreprise avec des moyens et de l'équipement.

Une approche empirique


À partir de 2010, Anne Parent a fait des essais de pratiques biodynamiques sur une parcelle de pommard premier cru avec l'aide d'un vigneron de Volnay (Côte-d'Or). Divisée en différentes parties, les essais ont été comparé avec une zone témoin un an plus tard. Un choc alors, était évidente une grande différence entre les raisins biodynamiques et les raisins habituels comme elle l'a expliqué : «il y avait une telle différence en termes de comportement de vigne, en termes de dégustation des raisins». Avec le recul, elle a précisé : «nos vins ne sont pas meilleurs, ce n'est pas ça le problème. Ils ont plus d'énergie, plus de vie, plus de personnalité, plus de finesse, plus de précision».

La contrepartie à cette personnalité des vins, c'est «plus travail, plus d'observation. C'est un coût plus élevé parce qu'il y a des investissements derrière. C'est une petite baisse de rendement, c'est vrai, au départ parce que vous amenez la vigne à changer de comportement donc il lui faut un peu de temps pour intégrer l'information qu'on lui donne».

La problématique des plants résistants


Antoine Herth a interrogé la vigneronne sur sa gestion des insectes. Réponse simple : le domaine n'utilise aucun insecticide. À la question concernant la flavescence dorée, L'agricultrice bio a rejoint ses homologues conventionnels présents au caveau Nuiton-Beaunoy, «la flavescence dorée, on ne l'endiguera que grâce à la prospection systématique». Puis, Anne Parent a renvoyé la problématique sur le matériel végétal, c'est-à-dire la façon dont sont préparés les ceps qui vont être plantés, en souhaitant l'élaboration de cépages résistants non-OGM, donc non pas à partir d'organisme génétiquement modifié mais à partir de vigne-mère.

Elle a cité l'exemple d'un voisin beaunois, en biodynamie depuis trente ans, dont le taux d'esca est ridiculement bas (l'esca est une maladie du bois qui nécrose le cep). Selon elle, les vignes qui ont le plus d'esca datent qu'il y a 25-30 ans, une époque où il y avait peu de choix en porte-greffes ou en clones. Le matériel végétal est la problématique d'avenir, «ce n'est même plus les herbicides ou les pesticides ; c'est déjà derrière moi».

«La biodynamie est quelque chose de sérieux»


Interrogée par Aude Jarabo sur les fongicides, Anne Parent a évidemment dit utiliser du soufre et du cuivre, la fameuse bouillie bordelaise, tout en suivant l'état de ses sols par des analyses régulières. La vigneronne biodynamique n'a pas manqué de souligner aussi l'apport sanitaire qu'elle peut faire pour des vignes abîmées par de la grêle par exemple : arnica, camomille, prêle et achillée millefeuille pulvérisées manuellement en deux fois à une semaine d'intervalle. Et de constater : «ce sont des principes qui sont tout bêtes et qui fonctionnent. La biodynamique est quelque chose de sérieux».

Les échanges se sont poursuivis autour d'une rapide dégustation de vins du domaine dont un pommard premier cru «Les épenots» 2015, «la haute couture des pommards», dont l'élégance a été très appréciée par les membres de la mission d'information commune sur les produits phytopharmaceutiques.

Jean-Christophe Tardivon