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RETRAITES : Les arguments des syndicats contre la réforme de Jean-Paul Delevoye

03/12/2019 03:13Imprimer l’article
Avant la mobilisation du 5 décembre, les organisations syndicales tiennent à faire savoir que leur opposition au projet de réforme du système de retraites s'accompagne de propositions. Plusieurs structures se sont regroupées pour s'exprimer à l'unisson, Sandrine Mourey de la CGT en tête.
Lors de sa venue à Dijon, Jean-Paul Delevoye avait indiqué l'agenda concernant la transformation de son rapport en projet de loi (lire sa présentation de la réforme). Des réunions sont en cours et ce jusqu'à fin décembre. L'équipe du haut-commissaire aux retraites rencontre actuellement les différentes organisations syndicales. Le rapport serait à l'ordre du jour d'un conseil des ministres courant janvier et la loi débattue à l'Assemblée nationale et au Sénat pour un vote à l'été 2020. La manifestation intersyndicale et interprofessionnelle du 5 décembre s'inscrit donc dans un processus qui est loin d'être achevé.



Les principaux syndicats, sans la CFDT qui est favorable à une retraite universelle, se sont réunis ce lundi 2 décembre 2019 à la Bourse du Travail à Dijon pour dire toute leur opposition à cette réforme. CGT, FO, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FGR-RP tiennent à exprimer leurs arguments. Au-delà de ces syndicats, les Économistes atterrés, Attac, la Fondation Copernic ou encore l'Institut de la protection sociale ont critiqué la réforme.

Le système actuel est «le meilleur au monde»


Même s'ils veulent amender le système actuel, ces syndicats s'accordent pour dire que le régime actuel est «le meilleur au monde» du fait de son principe redistributif. Preuve en est, le taux de pauvreté des retraités français est le plus bas d'Europe avec 7% (contre 15% Suède qui a un système de retraite à points et le modèle servira largement de contre-exemple).

Les organisations syndicales rappelent que le système inventé à l'issue de la Seconde Guerre Mondiale par le Conseil National de la Résistance était vu comme «un amortisseur social pour pouvoir traverser les crises et partir dignement à la retraite». Elle aimeraient plutôt apporter des financements et des droits supplémentaires concernant l'égalité femmes -hommes, les carrières longues ou encore la pénibilité.

«Une attaque contre le paritarisme» de la Sécurité sociale


Devant le plan de Jean-Paul Delevoye, Sandrine Mourey alerte sur l'ampleur du projet : «cette réforme systémique n'est pas une réforme de plus». La secrétaire départementale de la CGT s'inquiète d'une possible baisse des pensions car «on a des réformes depuis 87, 93, 2003, 2010, toutes eu un objectif : faire des économies et faire baisser le niveau des pensions». En changeant le système, la réforme change le mode d'organisation des retraites : «à l'avenir, on n'aura plus à débattre des retraites, on n'aura qu'à simplement, à travers le PLFSS [NDLR : Projet de loi de finance de la Sécurité sociale], faire bouger le niveau des points». Elle enfonce le clou : «c'est une réforme budgétaire uniquement». Pour les organisations syndicales, cette réforme «est une attaque contre le paritarisme» de la gestion de la Sécurité sociale.

La fixation du montant des pensions à 14% du PIB est dénoncée par toutes les organisations présentes : «si on n'augmente pas la part du gâteau, si on est plus de retraités, forcément les pensions diminue». Cette notion de «part du gâteau» est un point de désaccord important entre les syndicats et le gouvernement. Pour le gouvernement, en situation de croissance, le «gâteau» peut augmenter et bénéficier aux retraités. Les syndicats rappellent qu'en cas de crise, comme en 2008, le «gâteau» peut diminuer.

«Le système à points suédois a fait chuter le niveau des pensions des retraités»


Les organisations syndicales sont vent debout contre l'objectif disant que les pensions seront globalement versées en fonction des cotisations. Elles analysent qu'en conséquence, il sera «impossible de savoir quand on pourra partir et avec combien», ce qui est pourtant «les questions essentielles des salariés».

Le calcul de la retraite sur toute la carrière fait l'unanimité contre lui : «le passage des 10 meilleurs années au 25 meilleures année a plombé le niveau des pensions» selon Sandrine Mourey. Le modèle suédois est abondamment cité en contre-exemple : «le système à points suédois a fait chuter le niveau des pensions des retraités».

Le principe du gouvernement arguant qu'un euro cotisé donnera les mêmes droits à l'ensemble des salariés est vu comme «injuste» car le salarié intègre ainsi «toutes les inégalités de la carrière» au lieu des meilleures années. «Si vous avez des bas salaires, si vous avez de petits boulots, vous aurez une basse retraite». Sandrine Mourey voit là une sortie de la retraite «des mécanismes de solidarité» Elle regrette aussi que la pénibilité des métiers ne soit pas prise en compte. La secrétaire de la CGT rappelle qu'une personne sur deux n'est plus dans l'emploi quand elle part à la retraite : elle est au chômage, considérée inapte ou relève des minima sociaux.

«Le rêve de tout technocrate»


Franck Laureau, secrétaire général de FO Côte-d'Or, rappelle que les régimes spéciaux ne concernent que 3% des actifs. La mobilisation du 5 décembre n'est pas «une manifestation spécifique des régimes spéciaux». En revanche, «c'est un outil que l'on doit utiliser quand on n'a pas été entendu». Sa collègue Annick Alix, secrétaire départementale FO pour les lycées et les collèges, considère que «tous les enseignants seront lésés dans cette réforme». Elle anticipe «une perte de 30 à 40% de la pension, c'est inacceptable».

De l'avis des autres représentants de syndicats de l’Éducation Nationale, les premières remontées font qu'«on n'a jamais vu une telle mobilisation». La FSU envisage 80% de grévistes dans les écoles. La référence qui vient en tête est l'année 2003.

La FSU a trouvé un slogan choc : «la retraite à points, c'est de la retraite en moins». Fabian Clément s'inquiète d'une «baisses sévère pour les salariés». Le cosecrétaire départemental FSU  dénonce fermement le «dogme» consistant à cantonner le montant des pensions à 13,8% du PIB : «c'est un choix politique» dans «une réforme systémique pour mettre fin au débat démocratique». Il ne fait pas confiance au parlement pour débattre sereinement du futur projet de loi avec «une république en marche au pas de l'oie».

Fabian Clément alerte sur les possibles dérives technocratique : «si cette réforme passe, c'est le rêve de tout technocrate avec plein de petits boutons à tourner (âge pivot, valeur du point...) et faire comme dans un laboratoire pour arriver à 13,8% sauf que ce n'est pas un laboratoire, c'est de la chair humaine, c'est le peuple». Un peuple qui aurait reçu en héritage le système imaginé par le CNR et que «le gouvernement veut casser alors qu'il appartient aux citoyens».

Le mécanique interne du calcul des retraites est aussi fortement critiquée par Sandrine Mourey : «ils pourront à loisir faire bouger les valeurs des deux points pour augmenter la valeur du point ou faire baisser le niveau des services». Le principe d'algorithmes fondé sur l'espérance de vie apparaît comme une aberration.

«Pousser les futurs retraités vers les régimes par capitalisation»


Prenant la parole au nom de Solidaires 21, Élie Lambert dit avoir «entendu la fameuse clause du grand père» mais «pourquoi la réserver à des personnes qui sont en retraite dans 40 ans» interroge-t-il. Concluant que «cela induit un véritable doute». Selon Elie Lambert, le gouvernement voudrait «faire basculer le financement des revenus non pas sur les caisses de retraites mais vers l'assurance chômage et maladie». Selon lui, «l'espérance de vie en bonne santé diminue et se situe à 64 ans» donc «on finance votre retraite quand vous n'êtes vraiment pas bien et on n'en profite plus».

Comme Fabian Clément qui fait la lecture d'une réforme qui inciterait «à constituer une cagnotte par capitalisation», Élie Lambert considère que le gouvernement voudrait «pousser les salariés et les futurs retraités vers les régimes par capitalisation» car à ses yeux, «Monsieur Macron est un de ces représentants de ce capitalisme financier».

Solidaires réclame un retour à 60 ans comme âge de départ à la retraite avec 37 ans de cotisations, une taxation des dividendes des entreprises et l'intégration des retraites complémentaires. Comme «c'est l'action qui nous permettra de réenclencher le cycle de progrès social», Elie Lambert à une poursuite de la mobilisation les 6 et 7 décembre et même au-delà. Des assemblées générales sont d'ors et déjà prévues pour faire le point le 5 décembre au soir.

Représentant la Fédération générale des retraités de la fonction publique (FGR-RP), Philippe Choulot opte pour l'argumentaire comptable : «il y a une manne financière que le gouvernement cherche à capter». Il s'inquiète de ne pas avoir de réponse claire sur le devenir des 36 milliards d'euros sur fonds de réserve des retraites créé par Lionel Jospin. Il dénonce le fait que l'Etat ait «capté» les 4,3milliards d'euros de dividendes des placements du fonds solidarité vieillesse. Pour lui, «on crée un trou et il faut ensuite sauver le système de retraites» donc «ce projet est antisocial».

«De l'argent, il y en a»


À la suite de ces critiques, Sandrine Mourey tient à signaler que la CGT a des propositions à faire sur un retour à un départ à 60 ans, des minima de pensions au moins au niveau du SMIC, la prise en compte de la pénibilité, l'accès des étudiants à des cotisations. Des propositions y compris sur le financement car «de l'argent, il y en a». La secrétaire de la CGT cite les fonds de réserve qui s'élèvent à 130 milliards d'euros ainsi que le fonds de réserve des retraites de 36 milliards d'euros.

Augmenter les salaires de 1% permettrait de transférer 3,6 milliards d'euros dans les caisses de retraite. Obtenir l'égalité salariale entre les femmes et les hommes flécherait 5,5 milliards d'euros pour les retraites. Diviser par deux les exonérations de cotisation constituerait 45 milliards d'euros disponibles pour les retraites et la protection sociale. Supprimer les exonérations de cotisations aux seules entreprises du CAC 40 affecterait 5,5 milliards d'euros dans les caisses. Imposer un malus sur les contrats courts rapporterait 10 milliards d'euros.

Devant ces calculs, Sandrine Mourey se félicite : «en peu de temps, de l'argent on en a trouvé». Elle tacle le gouvernement : «c'est un choix politique de garder cette rémunération pour les actionnaires et la rémunération des dirigeants des grandes entreprises». Face à cela, elle rappelle le principe du «salaire net pour finir le mois» et du «salaire brut pour bien finir la vieillesse» car «ce n'est pas parce qu'on vit plus longtemps qu'on doit passer sa vie au travail».

Jean-Christophe Tardivon