vendredi 14 décembre 2018
Questions à...
Le préfet de Côte-d'Or et de Bourgogne-Franche-Comté, Bernard Schmeltz, a réagi ce samedi pour Infos-Dijon.
> Côte-d'Or > Côte d'Or

SANTE : «Les infrastructures hospitalières des années 1970 arrivent en bout de course»

27/07/2018 04:57Imprimer l’article
Le centre hospitalier de Semur-en-Auxois procède actuellement à des travaux d’agrandissement de ses urgences. Le directeur de l'établissement a répondu aux questions d'Infos-Dijon concernant la stratégie de cet hôpital rayonnant sur l'Auxois-Morvan et sur la haute Côte-d'Or en lien avec le CHU de Dijon.
Ne pas dites à Marc Le Clanche qu'il dirige un hôpital de proximité. Ce n'est pas parce que l'établissement est situé en zone rurale que cela en fait un hôpital rural, avec toutes les connotations négatives que le mot pourrait avoir aux yeux des urbains. Semur-en-Auxois (Côte-d'Or) compte environ 4.000 habitants mais le bassin de population concerné, c'est-à-dire l'Auxois, le Morvan (dont certaines parties de la Nièvre et de l'Yonne) ainsi que le reste du nord de la Côte-d'Or totalise jusqu'à 80.000 habitants et ce sont plus particulièrement 50.000 personnes qui peuvent avoir à se rendre aux urgences de l'hôpital Robert Morlevat, du nom de l'ancien maire de Semur.

La définition d'un «hôpital de proximité» est donnée par la Fédération Hospitalière Française (FHF) qui évoque un établissement exclusivement voué à la médecine avec moins de 5.500 séjours par an. Or, à Semur-en-Auxois, l'établissement inclut une maternité, de la chirurgie, de la psychiatrie... C'est donc un hôpital à part entier, comme celui de Beaune ( retrouver notre interview du directeur des Hospices civils de Beaune). Comme beaucoup d'hôpitaux, l'histoire de celui de Semur-en-Auxois est très ancienne, remontant au XIIème siècle. Au XVIIIème siècle, l'hôtel-Dieu a été transféré dans le quartier du Château, à l'intérieur des remparts de la cité perchée en surplomb de l'Armançon. Dans les années 1960, Robert Morlevat a fait construire un bâtiment en périphérie de la ville. C'est sur ce site qu'actuellement l'établissement agrandit ses urgences.

22.000 passages aux urgences


Marc Le Clanche dirige le centre hospitalier de Semur-en-Auxois depuis 2008. L'établissement réalise 60 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel. Il compte 479 lits (dont 200 lits pour la Résidence médicalisée de l'Auxois). Chaque année, 10.000 séjours hospitaliers sont effectués et 80.000 consultations externes sont réalisées. Il y a plus de 22.000 passages aux urgences. 777 professionnels travaillent sur le site.

Le centre hospitalier de Semur-en-Auxois partage un secteur géographique avec le Centre Hospitalier de la Haute Côte-d'Or (CH-HCO) mais leurs activités diffèrent. Pour le Marc Le Clanche, «Semur et le CH-HCO ont des activités qui sont complémentaires. Le CH-HCO est plutôt positionné sur la gériatrie et sur les soins de suite. Semur n'a pas de soins de suite. Semur est sur les activités MCO, de médecine de spécialité, de plateau technique, d'imagerie, de biologie et de psychiatrie...».

«Les infrastructures hospitalières des années 1970 arrivent en bout de course»


L'activité équilibrée permet à l'établissement de mobiliser des emprunts pour renouveler les bâtiments et les équipements. Depuis 10 ans, ont été reconstruits le plateau technique (urgences, soins intensifs, salles d'opération...), la résidence médicalisée, la psychiatrie adulte et infanto-juvénile. Ont été aussi reconfigurés des équipements d'imagerie (IRM), de biologie médicale et même de cuisine. «Ces investissements ont été faits avec un niveau d'endettement qui demeure maîtrisé» selon Marc Le Clanche puisque la dette de l'établissement est d'environ 20 millions d'euros. La reconstruction de la Résidence médicalisée de l'Auxois a bénéficié d'un cofinancement du conseil départemental de la Côte-d'Or et du conseil régional de Bourgogne. Les autres opérations ont été financées de façon autonome.

Ces investissements réguliers sont évidents pour le directeur : «je pense qu'il faut qu'un hôpital investisse pour que la population puisse avoir d'une part les équipements qui correspondent aux soins à réaliser et, d'autre part, les bâtiments qui correspondent aux normes d'hôtellerie que l'on est en droit d'attendre aujourd'hui dans un hôpital. Toutes ces infrastructures hospitalières qui ont été créées dans les années 1970 arrivent en bout de course et il faut assurer progressivement le renouvellement pour mettre à niveau les conditions de confort et les fonctionnalités qui ont largement changé depuis une quarantaine d'années».

Une augmentation de la fréquentation des urgences


Le chantier d'extension des urgences a démarré en début d'été 2018. Un bâtiment de 250m² va compléter la structure existante. La capacité d'accueil de l'unité d'hospitalisation de courte durée sera portée de 4 à 6 lits, ce qui correspond à la moyenne de fréquentation actuelle selon Sophie Gorse, cadre de santé des urgences ( retrouver le communiqué présentant l'opération).

Ce chantier d'1,4 millions d'euros, mené par le cabinet d'architecture icaunais Ubik, a été programmé depuis longtemps : «l'agrandissement des urgences fait partie d'une opération plus vaste de remise à niveau du bâtiment 'hôpital général' qui a comporté une étape intermédiaire qui était la création du bâtiment 'direction et activités supports aux soins' dont on a pris possession en début d'année 2018. L'agrandissement des urgences se situe en seconde phase de cette opération globale et elle consiste à prendre acte du fait que l'augmentation de la fréquentation des urgences de Semur ne se dément pas depuis plusieurs années, qu'il s'agit d'augmenter la capacité et les conditions de confort hôtelier de l'unité d'hospitalisation de courte durée mais également de créer un circuit court pour les patients qui ont une pathologie légère pour ne pas les faire attendre trop longtemps avec d'autres patients en situation d'urgences. Cela permettra par ailleurs de traiter différents aspects fonctionnels, de regroupement de personnel et de réorganisation interne. À ce titre en particulier, on va modifier la salle d'attente pour agrandir les fonctions d'accueil et de secrétariat. L'infirmière d'accueil et d'orientation, dont le rôle est important puisque c'est elle, avec le médecin urgentiste, qui détermine l'ordre de priorité suivant la gravité des situations qui arrivent aux urgences».

Ce n'est pas seulement la fermeture des urgences de l'hôpital de Montbard qui a entraîné une augmentation de la fréquentation des urgences de Semur mais aussi la disparition d'un certain nombre de cabinets libéraux dans le secteur. Certains patients viennent aux urgences parce qu'ils n'ont plus de médecin traitant. La baisse de la démographie médicale devient problématique dans les zones rurales. Est-ce que les maisons de santé qui s'ouvrent dans différents endroits de la grande région permettront de palier ce manque de médecin ? C'est un pari.

Pour «une volonté politique forte d'avoir une meilleure répartition des médecins sur le territoire»


L'établissement cherche aussi à développer les ressources humaines, qui ne sont pas pour autant disponibles ! Tous les postes ne sont pas pourvus : une vingtaine d'emplois médicaux sont vacants dont un gériatre, un cardiologue... Il manquerait trois ou quatre urgentistes à Semur soit un quart de l'équipe nécessaire. Marc Le Clanche explique la situation : «on est confronté, comme beaucoup d'hôpitaux de notre taille, à une pénurie médicale qui devient très très problématique dans de nombreuses disciplines. Aujourd'hui, c'est vraiment le sujet numéro un de tous les hôpitaux qui ne sont pas CHU : comment disposer de compétences médicales avérées et sérieuses ? Les zones rurales ou les petites villes ou les villes moyennes sont vraiment soumises à de fortes tensions tant pour la médecine hospitalière que pour la médecine libérale. Je pense que le mouvement naturel des choses ne pourra pas résoudre le problème sans une volonté politique forte d'avoir une meilleure répartition des médecins sur le territoire».

Dans notre région, à Nevers, lors des États généraux de la santé, la ministre Agnès Buzyn avait dénoncé «les médecins mercenaires» ( lire notre article). Marc Le Clanche a été confronté à ce phénomène : «je pense que les pouvoirs publics veulent renvoyer la régulation médicale sur les salaires des intérimaires. Les intérimaires ont des niveaux de rémunération importants, que l'on respecte ou pas la réglementation. Ce sont des médecins remplaçants, il y en a aussi en médecine libérale et leur rémunération n'est pas encadrée. Cela fait peser sur les hôpitaux des contraintes supplémentaires. On a recours, comme beaucoup d'établissements comparables, à des médecins intérimaires. On essaie de limiter ce recours. Il faut que l'on s'assure des compétences, c'est le sujet majeur».

Face à cette difficulté d'attirer des médecins, certains établissements ont recours à des chasseurs de tête pour recruter des médecins étrangers. Le directeur réagit à cette situation : «cela arrive que l'on recrute en passant par des cabinets. La question, pour les médecins qui ont des cursus de formation dans différents pays, c'est de s'assurer qu'ils sont compétents pour prendre en charge la population. La langue fait partie de la compétence. Il y a des domaines dans lesquels une maîtrise approfondie de la langue est particulièrement nécessaire (médecine, psychiatrie...). Le conseil de l'ordre s'assure que les médecins qui sont inscrits à l'ordre parlent français». De plus, il attend que chacun prenne ses responsabilités : «il faudra bien, à un moment donné, se poser la question de savoir s'il faut trouver des médecins urgentistes, aller les chercher ailleurs ou fermer des services d'urgences».

La récente possibilité de mutualiser des gardes de nuit entre le SMUR et les urgences, avec un médecin au lieu de deux, devrait apporter un peu de souplesse aux établissements. Selon Marc Le Clanche, «il faut optimiser le temps de travail médical et le mettre là où il y a réellement des patients».

À ses yeux, il est vain d'attendre une sortie de crise avec une évolution du numerus clausus, la restriction du nombre de médecins pouvant commencer leur formation : «le numerus clausus n'a pas de sens au niveau national puisqu'avec la liberté de circulation et l'équivalence des diplômes au niveau européen, on est bien sur une dimension européenne du sujet».

De plus, il souligne un changement des mentalités chez les soignants : «on a aussi une évolution des aspirations des jeunes médecins, qui sont parfois des femmes, de plus en plus souvent, avec une jeune génération qui veut certainement travailler un peu moins que ses prédécesseurs. Cet équilibre entre vie professionnelle et vie tout court va être une des composantes que le numerus clausus n'a peut-être pas pris en compte».


Des professeurs de Dijon consultent à Semur-en-Auxois


Le centre hospitalier de Semur-en-Auxois fait partie du Groupement Hospitalier de Territoire Côte-d'Or-Haute-Marne (ou GHT 21-52). Marc Le Clanche aborde les relations avec le CHU Dijon Bourgogne dans ce cadre-là : «les hôpitaux supports du groupement hospitalier de territoire ont aussi un rôle et une responsabilité sur leur périphérie. On a la chance d'avoir une coopération historiquement forte avec le CHU de Dijon. Des professeurs du CHU de Dijon viennent régulièrement ici consulter, au premier rang desquels, par exemple, le professeur Cottin, président de la CME au CHU, qui vient à Semur. Il y a une implication forte d'un certain nombre de chefs de service dijonnais dans le fonctionnement de leur territoire et je crois que l'on peut les remercier parce que cela permet de maintenir, à la fois en termes qualitatifs, et de faire progresser l'hôpital de Semur. On a aussi des projets de coopération avec le centre Leclerc».

«Avec le CHU, l'organisation même, juridiquement, du GHT pose quand même question, notamment sur le plan des achats. Il y a énormément de chantiers qui sont ouverts aujourd'hui, qui sont devant nous,  je pense en particulier à celui du système d'information qui est un chantier majeur, non seulement entre les membres du GHT mais également dans les rapports entre les hôpitaux, les professionnels libéraux et les patients. On est sur une évolution forte qui aura lieu et la santé étant aujourd'hui à l'arrière de toute une opération de transformation numérique de la société. Je n'ai pas de crainte particulière vis-à-vis de cette centralisation sur le CHU. L'essentiel est de procurer à la population des services médicaux de bonne qualité et qu'il n'y ait pas de médecine à plusieurs vitesses. C'est la promesse des GHT, reste à savoir si la promesse sera tenue».

Dans les prochaines années, c'est la rénovation du bâtiment dit «hôpital général» qui aura lieu à Semur-en-Auxois. Ce sera une opération lourde, comme celle menée à Beaune, qui devrait durer au moins trois ans. L'objectif n'est pas d'augmenter le nombre de lits mais de développer les chambres individuelles et l'accessibilité pour les personnes à mobilité réduite. Il sera aussi question d'améliorer le confort thermique car les patients peuvent souffrir de la chaleur en période estivale. En ce qui concerne l'extension en cours des urgences, le chantier devrait être terminé à l'automne 2019.

Jean-Christophe Tardivon


L'entrée des urgences à Semur-en-Auxois


Le bâtiment de l'hôpital général sera prochainement rénové


La résidence médicalisée de l'Auxois


Le bâtiment des activités supports livré en début 2018 pour un coût de 2,8 millions d'euros


Devant les urgences, les travaux ont commencé au début de l'été 2018


Première partie, extension du parking et création d'une nouvelle sortie


C'est ici qu'un bâtiment de 250 m² sera élevé (coût total de l'opération : 1,4 millions d'euros)


L'accueil actuel des urgences sera modifié pour améliorer la vision sur les entrées


Sophie Gorse, cadre de santé urgences et soins intensifs


L'actuelle Unité d'Hospitalisation de Courte Durée sera agrandie


Au sein des urgences


L'entrée des ambulances


Marc Le Clanche est directeur depuis 2008


Les plans des travaux


Le site de la future maison de santé de la ville


L'hélistation et le paysage de l'Auxois


L'ancien hôtel-Dieu a été transféré dans l'hôtel du Châtelet au XVIIIème siècle


Portail en fer forgé datant de 1771


L'Armançon, un affluent de l'Yonne


Le pont Joly et le donjon

 
?>