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CHEVIGNY-SAINT-SAUVEUR : L’École de la Deuxième Chance lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale

28/10/2019 03:20Imprimer l’article
Pour son premier déplacement, vendredi dernier, le nouveau haut-commissaire régional à la pauvreté Maurice Tubul a choisi d'échanger avec les équipes de l'E2C 21 à Chevigny-Saint-Sauveur aux côtés du préfet de région Bernard Schmeltz.
La lutte contre la pauvreté évolue. Pour renouveler les dispositifs en place, dix «hauts-commissaires à la pauvreté» ont été nommés par le Premier ministre en septembre 2019 et sont rattachés aux préfets de régions. Ils ont pour mission «d'assurer le pilotage et la mise en œuvre de la stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté dans les territoires» selon la préfecture de Bourgogne-Franche-Comté.

Ces hauts commissaires sont ainsi devenus les interlocuteurs privilégiés de tous les acteurs sur le terrain dans le cadre de la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté lancée par le président de la République le 13 septembre 2019.



«Approche systémique de la lutte contre la pauvreté»


Dans notre région, il s'agit de Maurice Tubul, membre du corps préfectoral spécialisé sur les questions de développement humain à travers des questions de lutte contre la précarité, d'accompagnement social et de retour à l'emploi. Comme il l'indique lui-même, «l'approche systémique de la lutte contre la pauvreté est un enjeu fort pour sortir des interventions en silo : écoute, proximité et recherches de solutions pragmatiques seront les lignes de force de mon action». Autrement dit, le développement de solutions permettant de résoudre au cas par cas les problèmes de personnes tombées dans la pauvreté.

Le premier déplacement public de Maurice Tubul a eu lieu ce vendredi 25 octobre 2019 à Chevigny-Saint-Sauveur (Côte-d'Or) pour échanger avec les équipes de l’École de la Deuxième Chance (ou E2C 21) dont les locaux sont installés sur le site de l'AFPA. Dans la délégation conduite par Bernard Schmeltz (préfet de Bourgogne-Franche-Comté), on retrouvait Nicolas Nibourel (directeur départemental délégué de la Cohésion sociale), Anne Bailbe (directrice de l'unité départementale de la Côte-d'Or à la DIRECCTE Bourgogne-Franche-Comté), Bruno Lombard (président de la Ligue de l'Enseignement 21), Denis Chauvel (délégué général de la Ligue de l'Enesignement 21 coordonnant les E2C) et Fabienne Petot-Jannier (directrice de l'AFPA de Chevigny-Saint-Sauveur).

L'E2C 21 réinsère 130 jeune chaque année


En France, 90.000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans qualification. «Une situation qui est grave en matière de décrochage» selon Bernard Schmeltz. Pour aider certains de ces jeunes à retourner vers le chemin d'une formation, l'E2C 21 propose des remises à niveau sur les matières générales, des ateliers d'orientation professionnelle ainsi que des stages en alternance.

Cette insertion professionnelle concerne 130 stagiaires chaque année, de 18 à 30 ans. Un récent partenariat avec le Département fait que l'E2C 21 accueille aussi des mineurs depuis la rentrée 2019. Ils sont intégrés aux groupes de majeurs. Actuellement, l'E2C accueille une quarantaine de jeunes, des stagiaires en français langue étrangère ou des promotions classiques. Bien implantée sur l'agglomération selon son directeur, le site de Chevigny-Saint-Sauveur a reçu le label du Réseau E2C France. Les financeurs sont  : l’État, la Région, l'Europe et les communes associés (Dijon, Talant, Quetigny, Chevigny-Saint-Sauveur, Longvic et Chenôve)

«Un des coûts de parcours les moins onéreux de France»


Une réunion en petit comité a eu lieu avec deux délégués, Jenny et Charles, représentant les stagiaires de l'E2C 21 afin d'effectuer un tour d'horizon des problèmes et des solutions potentiels et pour «donner la parole à ceux qui font le boulot» selon le préfet.

Premier problème évident signalé par le directeur de l'E2C 21, l’exiguïté des locaux. Bruno Lombard a indiqué qu'une réflexion pour un achat de locaux plutôt qu'une location d'un bâtiment était en cours. Deuxième problème, le budget : «on est vraiment taille basse par rapport à des villes de même importance» a signalé Denis Chauvel. En lien avec la Mission locale et Pôle Emploi, «il y a des besoins plus importants que ce que l'on peut couvrir».

Il faudrait augmenter l'activité de 30% pour répondre à la demande mais dans des locaux qui seraient donc plus grands. Pourtant, l'E2C 21 «a la chance d'avoir un des coût de parcours les moins onéreux en France» soit 5.000 euros par personne accueillie par an.

«La République, c'est la mixité»


Au cours de cette réunion, les délégués des stagiaires, le préfet et le haut-commissaire à la pauvreté ont échangé sur les thématiques de la pauvreté et de l'exclusion sociale évidemment mais aussi au sujet du droit d'asile, un thème que les délégués avaient à cœur d'évoquer pour porter la parole de leurs camarades ressortissants étrangers.

L'E2C 21 apparaît clairement comme une solution permettant de lutter contre la pauvreté des jeunes : «ça aide énormément, ça permet de nous reconstruire, autant personnellement que professionnellement» a constaté Charles.

Pour aborder la lutte contre la pauvreté, le préfet a invité «à regarder ce qui se passe dans le monde» car «la situation économique de la France est aussi la conséquence de bouleversements qui se produisent à l'échelle du monde entier». Une rupture a marqué la fin des Trente Glorieuses avec «une redistribution complète de la richesse au niveau mondial» dans les années 1970-80. Depuis, des pays avec des niveaux de vie et des salaires plus faibles se développent économiquement.

Après la conjoncture, le contexte. Au niveau individuel, Bernard Schmeltz a souligné «le risque d'isolement» qui fait qu'«il est de plus en plus difficile de sortir» de la pauvreté. «L'ambition de la République, c'est tout à l'honneur de notre pays, c'était de permettre à chaque jeune d'avoir les mêmes chances que les autres» pour autant, il a dû reconnaître l'effet d'un «déterminisme social» faisant que «quand on naît dans une famille qui n'a pas de ressource, malheureusement, c'est plus dur de s'en sortir que si on a la chance de naître dans une famille aisée». Mais «ce n'est pas ça le rêve de la République».

Un rêve entaché par une concentration locale de la pauvreté : «on a malheureusement aujourd'hui des ghettos en France, on le sait bien» c'est à dire «des quartiers qui se sont spécialisés dans l'accueil de la pauvreté» mais «ce n'est pas la République, la République, c'est la mixité et c'est un vrai défi aujourd'hui de recréer de la mixité» c'est à dire que «les gens se remettent à vivre les uns avec les autres». Bernard Schmeltz a d'ailleurs insisté sur la dimension citoyenne inaliénable : «la pauvreté ne vous retirera jamais votre qualité de citoyen» incitant les stagiaires de l'E2C 21«à ne pas regarder les institutions comme spectateurs ou consommateurs» et à «utiliser le droit de vote».

«Travailler plus efficacement ensemble»


Face à ce constat amer, il devient nécessaire de se renouveler car «on est arrivé au bout du bout d'un certain nombre de solutions» selon le préfet. Se renouveler, cela veut dire «accompagner, décloisonner, travailler plus efficacement ensemble» et «inventer de nouveaux systèmes en faisant confiance aux acteurs du territoires» comme l'E2C 21.

Si dans certains pays, la pauvreté est vue comme la difficulté d'accès aux besoins fondamentaux, en France, la pauvreté est aussi vue comme la difficulté d'accéder à des loisirs. «Cette dimension-là, il faut aussi la prendre en compte parce que ce sont des éléments d'insertion». Le préfet a rappelé l'existence du Pacte d'Investissement dans les Compétences lancé avec la Région pour «booster la formation professionnelle» et se former tout au long de la vie. L’État apportera 250 millions d'euros sur quatre ans à ce PRIC. L'effet se fait déjà sentir en 2019 avec 30% d'entrées en formation supplémentaires dont une majorité concernant des personnes sans qualification.

«La pauvreté ne doit pas être vécue comme une fatalité»


Devant les courageux délégués des stagiaires, quelque peu impressionnés par l'exercice face au plus haut représentant de l’État en région et au nouveau haut commissaire, Maurice Tubul a choisi la positive attitude. Il a reconnu que pouvaient survenir le manque d'argent, l'arrêt des études ou encore la difficulté à se loger. Face à cela, «l'estime de soi est fondamentale» et il a invité à «ne baisser jamais les bras». «La pauvreté ne doit pas être vécue comme une fatalité» selon Maurice Tubul. Si «les parcours ne sont pas forcément tous linéaires», «la collectivité met en place des filets de sécurité» qui marchent plus ou moins bien.

Le préfet l'a redit, «ce qui fonctionne, c'est l'accompagnement à la carte» et «les dispositifs sur-mesure» qui sont plus longs et plus coûteux en accompagnement mais «il faut accepter de payer ce prix-là». S'inscrivant dans le champ de l'éducation populaire, l'équipe de l'E2C 21 travaille à cet accompagnement personnalisé.

Jean-Christophe Tardivon