mercredi 17 octobre 2018
La soirée de présentation de la nouvelle JDA, résultat de la fusion entre la JDA (Basket masculin) et le CDB (Hand féminin), s'est déroulée ce mardi soir au Palais des Sports de Dijon.
Questions à...
Dans une longue interview à Infos-Dijon, l’élu de Côte-d’Or, patron des Sénateurs «En Marche» au Sénat, et proche d’Emmanuel Macron, dit sa foi dans les réformes.
Il parle aussi des élections européennes, d'Arnaud Danjean, d'agriculture, et des municipales à Dijon et en Bourgogne-Franche-Comté.
> Dijon Metropole > Dijon Metropole

Cité Internationale de la Gastronomie et du Vin : La contre attaque de François Rebsamen face aux recours

08/10/2018 13:05Imprimer l’article
En cette rentrée et au cours notamment de deux conseils, municipal et métropolitain, le maire de Dijon et président de la Métropole a mis carte sur table après les critiques sur le retard de la Cité Internationale de la Gastronomie et du Vin en sortant de son jeu plusieurs atouts. Et il a mis la pression sur Emmanuel Bichot en haussant le ton.
Face aux critiques dont il a fait l'objet ces dernières semaines concernant le retard du chantier de la Cité de la Gastronomie et du Vin, François Rebsamen a tapé du poing sur la table. C'est Didier Martin, dans une interview qu'il nous avait accordée le 07 septembre (à lire en cliquant ici), qui avait allumé la première mèche en affirmant que «les recours cachent d'autres problèmes, ceux d'un projet mal conduit, sans efficacité».

Le jour même, François Deseille, adjoint en charge du projet, répondait au député, toujours dans nos colonnes : «il faut que Didier Martin appelle Emmanuel Bichot et lui dise d'enlever son recours, le dernier. C'est ce recours qui bloque le projet, car le temps administratif et judiciaire est long» (Cliquez ici pour lire l'interview de François Deseille).
Le lendemain, dans un communiqué, Emmanuel Bichot, nommément mis en cause, répondait à son tour dans un communiqué en qualifiant le projet de «mal ficelé» (cliquez là pour lire le communiqué d'Emmanuel Bichot).

Eiffage en présentation devant le conseil municipal


Mais le maire de Dijon et président de la Métropole, François Rebsamen, ne comptait pas en rester là. Ainsi, la semaine dernière, il a posé toutes ses cartes sur la table. Ça a commencé au conseil municipal. Juste avant l'ouverture de la séance de lundi, les représentants d'Eiffage ont présenté aux élus, durant une grosse demi-heure, l'état d'avancement du projet. Le message : tout est prêt, les investisseurs sont dans les starting-blocks, mais ils attendent la levée du dernier recours pour s'engager, par prudence. Pas question pour des acteurs privés d'engager de grosses sommes dans un projet suspendu à une décision de justice.

La suite ? Un tweet d'Emmanuel Bichot qui persiste, une colère de François Deseille qui emploie un mot grossier, et le groupe Agir Pour Dijon qui quitte la séance sur le champ. Un épisode que nous vous relations dans un article à (re)lire en cliquant ici.

Quatre jours plus tard arrivait comme toujours le conseil métropolitain. Souvent, on y trouve beaucoup de redite du conseil municipal (mais pas que), et les échanges y sont par conséquent moins tendus, les échauffourées ayant eu lieu le lundi. Mais pour cette séance de double rentrée, celle des élus après les vacances, celle de François Rebsamen après son cancer soigné, le président de la Métropole sortait encore un gros atout de son jeu. Et une grosse colère également dans son échange avec Emmanuel Bichot.

La métropole assure une garantie de plus de 30 millions d'euros…


C'est le 12e rapport de ce conseil métropolitain qui a fait revenir tous les acteurs de cet affrontement politique sur le sujet : la «prise en charge des investissements et frais consentis pour la réalisation du programme hôtelier», présenté par François Deseille.
François Rebsamen explique : «Concernant l'hôtel quatre étoiles, à cause du recours déposé par M. Bichot, la Métropole s'engage à prendre en charge les investissements et les frais pour plus de 30 millions d'euros en cas d'annulation de la vente. Derrière, c'est la Caisse des Dépôts qui fera les prêts, donc en quelque sorte, on garanti la Caisse des Dépots. Original.» Pas de méprise : c'est seulement si le recours invalidait le programme que la métropole débourserait 30 millions d'euros. Mais si le risque a sans aucun doute et mesuré avec précision par les services, il est toutefois bien réel.

…qui «n'aurait pas lieu d'être sans les recours»


François Deseille : «Il est important de préciser que cette délibération n'existe que par l'existence et la persistance de recours. Si ces recours s'arrêtent, cette délibération n'a plus lieu d'être, et sincèrement, il est grand temps d'en finir car, à force, nous risquons de décourager certain investisseurs». Et de pointer du doigt un «esprit partisan, parfois animé par des ambitions électorales». «Nous n'avons pas le droit de prendre en otage les entreprises locales qui attendent avec une grande impatience de travailler sur un chantier de 250 millions d'euros, ni les dizaines de personnes que je reçois tous les mois et qui attendent de pouvoir travailler dans cette cité».

«J'entends que les montages financiers ou les investisseurs seraient défaillants, mais on pose le problème à l'envers car ce sont les recours qui font peur au banque et les empêchent de prêter l'argent aux investisseurs. Donc plus de recours et tout est débloqué : c'est une réalité, personne ne peut le nier. Tous les investisseurs sont identifiés, toutes les banques sont prêtes et les acteurs économiques locaux, régionaux et nationaux aussi. Je pense notamment à la prestigieuse école de gastronomie Ferrandi, à laquelle toutes les plus grandes villes de France font la cour. Cette école a choisi Dijon, c'est formidable. Je n'ai vraiment pas envie qu'on les déçoive. Et ça s'applique à tous les acteurs économiques concernés. Ils croient tous à ce projet. On y attend un million de visiteurs. 600 emplois pendant les travaux, 250 emplois directs pour l'exploitation, et 1600 emplois induits dans la filière touristique, qui dépassera la métropole. Aussi, il nous faut désormais avancer. C'est l'objet de ce rapport».

C'est clair : François Rebsamen veut à la fois débloquer le dossier avant que la cour d'appel de Lyon ne statue sur le dernier recours, et mettre la pression sur Emmanuel Bichot en le rendant responsable du risque de 30 million d'euros encouru par la Métropole. «Maintenant, certaines personnes ont les cartes en main» lance même François Deseille en conclusion de sa présentation.

Emmanuel Bichot : «Un recours n'est pas une fin en soi»


Emmanuel Bichot, de son coté, veut des documents : «Je veux d'abord rappeler que, voyant arriver ce rapport, je vous ai demandé des documents nécessaires pour l'information par notre assemblée. C'est la promesse de vente qui a été signée le 02 février 2016, sans même attendre le délais permettant de savoir s'il y aurait des recours ou pas d'ailleurs. Chacun prend ses risques. Ce document, nous ne l'avons jamais eu, et c'est d'ailleurs pour ça que le tribunal de Dijon n'a pas pu statuer et juger de la légalité du contrat. Je vous redemande donc la production de ce document, de même que l'acte de cession de juillet 2017 ainsi que les statuts de l'association de la Cité Internationale de la Gastronomie et du Vin et, s'il y en avait, des conventions ou documents attestant de la relation entre la l'association et la collectivité. Parce qu'on ne sait jamais quand c'est la Ville ou la Métropole. C'est la Ville quand il faut lancer le projet, et c'est la Métropole quand il faut apporter une garantie».

Et le président du groupe Agir pour Dijon Métropole de se dire «prêt au dialogue». «Un recours n'est pas une fin en soi. Notre stratégie n'est pas celle de l'obstruction. Le problème fondamental, c'est que nous n'avons, aujourd'hui, aucune garantie sur le devenir et l'avenir de la partie culturelle de la Cité de la Gastronomie. Le foncier appartient à Eiffage, qui va le revendre à une société qui s'appelle Naos, et qui le revendra à une tierce personne. Quelle garantie auront nous demain sur la pérennité du cœur de la Cité de la Gastronomie ?
C'est un véritable problème et vous en êtes conscient car jusqu'en novembre 2015, il était prévu que la Ville garde le contrôle foncier de cette partie de 5000m2 et que ce soit traité sous forme de bail emphytéotique administratif. Je vous demande donc de bien vouloir réexaminer cette question, au moins sur les 5000m2 du pôle culturel, car c'est le noeud du problème. Par ailleurs, vous ne m'avez jamais répondu sur le calcul du prix des prises en charge de voirie et de réseaux.»

La colère de François Rebsamen


C'est en réponse à cette intervention que François Rebsamen a haussé le ton : «D'abord, vous n'avez jamais monté de votre vie un projet de cette importance et de cette complexité, donc vous êtes confronté à vos propres limites. Par contre, pour semer la discorde, le doute et la suspicion, partout où vous êtes passé vous avez laissé des traces et mon souhait le plus cher est qu'à Dijon et à la Métropole, vous en laissiez le moins possible».
Et de répondre sur le fond : «Quand on a acheté le terrain de l'hôpital général, que le prix de vente a été fixé par les domaines, vous avez commencé à contester les domaines. Or, tout maire sais que les domaines établissent un prix. Vous me demandez aujourd'hui de vous donner les statuts de l'association : mais faites votre travail, allez en préfecture où ils sont déposés. Ce n'est quand même pas à moi de le faire, vous vous moquez du monde ? Et vous voulez qu'on reporte le dossier parce que vous n'avez pas les statuts ? Vous me dites que vous ne connaissez pas le contrat de cession… Il a été publié le 22 juillet 2016 et l'avis d'attribution est sur la plateforme achats publics. Vous pouvez y aller, mais encore faut-il travailler. Sur le plan foncier, la publication à la conservation des hypothèques a été faite le 6 juillet 2017. Mais il faut travailler pour savoir tout ça. C'est bien pour ça que le tribunal administratif rejette toujours vos demandes : vous êtes incapable de fournir vos démarches parce que vous ne les faites pas. Vous les faites ici, publiquement, pour l'image, mais jamais dans la réalité du dossier.»

«On va engager des poursuites pour recours abusif»


«Votre seul but aujourd'hui est d'empêcher ce dossier d'avancer. Le monde économique ne s'y trompe pas, il vous prend pour un gêneur, un empêcheur de produire et de construire normalement. Vous êtes un procédurier. Vous en êtes au 6e recours. Il y a ceux que vous faites directement et il y a ceux que vous faites faire par vos amis. Des riverains que vous connaissez bien font des recours. Mais on va les poursuivre ceux là, pour recours abusif quand ils auront perdu. Je vous le garantis. Vous pourrez leur dire à l'avance qu'ils auront à payer des dommages et intérêts, et je pense qu'ils se retourneront vers vous à ce moment là pour vous remercier.»

«Tout ce que vous voulez, c'est être tête de liste aux élections municipales»


«Vous ne m'interrompez pas Monsieur Bichot, et si vous n'êtes pas content, vous prenez la porte» lance le président de la Métropole face aux protestation de son opposant, en écho à l'épisode du conseil municipal. L'échange a chauffé François Rebsamen qui se lâche : «Vous êtes dans le procès permanent parce que vous êtes un procédurier. C'est pas de chance pour nous, plutôt que d'essayer d'avancer ensemble comme l'a encore proposé François Deseille. Tout ce que vous voulez, c'est être tête de liste aux élections municipales. Tout le monde le voit, vous avez un nez qui grandit. Moi, j'en ai assez de vous. Franchement. Vous êtes pénible».
Emmanuel Bichot répond, micro coupé. «Mais taisez-vous, je vais vous faire évacuer» lance François Rebsamen. «Vous direz ce que vous avez à dire à la presse comme vous le faites d'habitude».

Laurent Bourguignat, a qui revient la parole pour le groupe Dijon Métropole Droite et Centre, essuie les plâtres : «Je pense qu'il faut que tout le monde se calme un petit peu» lance-t-il, immédiatement coupé par François Rebsamen : «Non monsieur, vous ne me dites pas de me calmer». «Ça ne me paraît pas serein tout ça» poursuit Laurent Bourguignat : «quand vous nous dites qu'il faut aller chercher des statuts en préfecture, je trouve que le minimum, c'est de nous les fournir». «Mais vous rêvez» lui rétorque le président. «Ça me paraît être le minimum de transparence démocratique dans un conseil communautaire».
Et de revenir sur le fond : «Je constate qu'une fois de plus, le projet qui ne devait rien coûter au contribuable agrège de l'argent public ou, en tous cas, est en passe de la faire. J'ai toujours voté en faveur de la Cité de la Gastronomie, je pense que c'est un beau projet, mais les financements publics s'accumulent : il y a eu le parking Monge, il y a eu le Ciap (Centre d'interprétation de l'architecture et du patrimoine)… On demande des subventions aux conseils régional et départemental et ce soir, il faudrait en plus garantir une somme de 33 millions d'euros… Je ne peux pas engager la collectivité dans laquelle je suis élu sur une telle prise de risque.

«La Cité Internationale de la Gastronomie est un projet économique lié à la disparition de la BA 102»


François Rebsamen répond : «Le Ciap n'est pas dans le projet de la Cité de la Gastronomie. Nous pouvons l'installer dans le périmètre, mais il est lié au fait que Dijon est devenue une ville d'art et d'histoire. Deuxièmement, les subventions demandées à la Région et au Département sont liées au contrat de redynamisation du site de la BA 102. C'est pour la partie économique du projet, pour aider à la création d'emplois. Parce que la Cité Internationale de la Gastronomie est un projet économique lié à la disparition de la BA 102, parce qu'à ce moment là, on ne savait pas ce qui allait se passer sur la BA 102».

Plus tard dans un communiqué, Emmanuel Bichot clarifiait sa position : «Nous proposons au maire de Dijon de prendre rapidement les dispositions nécessaires pour que la ville reprenne le contrôle des 5.000 m2 du pôle culturel.
C’est d’ailleurs la solution qu’il vient de retenir pour le transfert sur le site du Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine (CIAP).
Le recours introduit au nom du groupe Agir pour Dijon contre la délibération du conseil municipal du 26 janvier 2016 (acquisition et cession à Eiffage du site de l’hôpital général), pourrait alors être retiré».
Nicolas Richoffer
Photos N.R.