jeudi 17 octobre 2019
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CONSOMMATION : Le premier magasin collaboratif de la métropole a été inauguré

07/10/2019 03:11Imprimer l’article
Ce samedi, à Chenôve, on a célébré les débuts de Court circuit 21, un magasin collaboratif sans employé où les clients sont aussi des bénévoles qui gèrent tout, de l'approvisionnement jusqu'au passage en caisse.
Les initiateurs du projet Court circuit 21 se sont inspirés d'un magasin collaboratif de Brooklyn, le «Park Slope Food Coop», fondé en 1973 à New-York (États-Unis). En France, le premier fut «La louve» à Paris, en 2016. Il existe aujourd'hui une trentaine de magasins de ce type dans toute la France et plusieurs autres sont en élaboration. Le principe : les clients sont adhérents et donnent de leur temps en contrepartie de produits locaux à des prix abordables.

«C'est une vraie entreprise humaine»


Les premières réunions pour discuter du projet dijonnais ont eu lieu en 2016 à Latitude 21. Dès ces débuts, Françoise Cannard, administratrice de Court circuit 21, a participé à l'aventure. Pour Infos-Dijon, Françoise Cannard explique que la première difficulté fut organisationnelle : «il faut vraiment gérer le nombre et il faut que chacun prenne sa place, chacun apporte ses compétences (…)  C'est une vraie entreprise humaine. (…) Chacun donne son avis». La seconde épreuve fut de trouver des fournisseurs, ce qui s'est fait grâce aux réseaux des adhérents. «On travaille principalement avec des producteurs locaux, en Côte-d'Or».



Et les produits exotiques ? «Pour le café, le thé, les agrumes, on ne peut pas s'en passer, on veut quand même en avoir dans le magasin et on veut garder ce modèle de circuit court donc on a privilégié avec très peu d'intermédiaires, ce qui est complètement différent des systèmes qu'on connaît aujourd'hui». En ce qui concerne le cacao, Court circuit 21 s'approvisionne auprès d'un importateur-grossiste qui constitue «un seul intermédiaire entre la production qui est faite en Afrique ou ailleurs et nous, c'est ce que l'on veut privilégier». On trouve donc dans les rayons des produits qui peuvent être labellisés «agriculture biologique» et «commerce équitable». Des démarches «qui respectent le travail des hommes, qui vérifient qu'il n'y a pas d'esclavage, qu'il n'y a pas de travail d'enfant, qu'il n'y a pas de produit phytosanitaire ou d'additif de synthèse» selon Françoise Cannard.

«Une alternative au système bancaire»


Une rencontre avec un agent immobilier bienveillant a permis à l'association de trouver un ancien atelier de menuisier situé rue de la Justice, perpendiculairement à l'avenue Roland-Carraz, à Chenôve. L'association a loué le site en mars 2019 et réalisé de nombreux travaux d'aménagement pour ouvrir en juin 2019. La surface de vente est de 70 m² dont un coin détente, un vestiaire, un espace de stockage dont une chambre froide et un espace administratif à l'étage. «La particularité du modèle collaboratif, c'est que tout le monde y met du sien. (…) Chaque bénévole s'engage à donner trois heures de son temps pour l'activité du magasin».

Un engagement qui est aussi financier : «comme nous trouvons une alternative à la grande distribution, nous voulons également trouver une alternative au système bancaire». Pas d'emprunt à une banque donc mais un apport des adhérents. Chaque adhérent contribue initialement par un apport de 100 euros au magasin. Un prêt qui devrait être remboursé après trois ans. Seuls les adhérents peuvent être clients de Court circuit 21. Une adhésion simple de 10 euros par an permet de venir faire deux fois ses courses dans le magasin pour essayer la formule avant de devenir adhérent-apporteur.

Aujourd'hui, l'association compte 150 adhérents-apporteurs venant principalement de la métropole. La structure a donc démarré avec 15.000 euros de fonds propres. À court terme, l'objectif est de compter 250 adhérents-apporteurs fin 2019 et 400 fin 2020 pour continuer de développer le magasin. «Il faut qu'on paye notre loyer, il faut que l'on achète nos produits». Court circuit 21 vise les 150.000 euros de chiffre d'affaires en 2020. L'association espère pouvoir embaucher un salarié avec le soutien de la Région et l'accompagnement du Pôle d'économie solidaire 21. À moyen terme, l'objectif est de transformer la structure en une coopérative et de convertir l'apport de cent euros en parts sociales, les adhérents deviendraient ainsi copropriétaires du magasin.

«Nous choisissons les producteurs avec qui travailler»


L'association veut proposer à ses adhérents «un tout autre modèle que la grande surface d'abord parce que c'est un modèle où nous choisissons, nous, les produits que l'on veut dans notre magasin, les producteurs avec qui on veut travailler». Pour cela, «un cahier des charges très strict» a été établi collectivement. «On veut se réapproprier notre consommation. (…) On veut des prix justes pour les producteurs. On veut une économie circulaire responsable et être en lien avec notre territoire».

Un modèle qui permet «d'avoir des prix beaucoup plus accessibles» selon Françoise Cannard. «Les autres organisations prennent une marge importante en plus de la marge du producteur et, peut-être, négocient les prix avec les producteurs. Nous, on ne négocie pas les prix avec les producteurs, on veut vraiment qu'ils soient payés au prix juste». Une approche qui ne se limite pas à la consommation : «on crée du lien, on fait du partage, on fait de l'éducation populaire» indique l'administratrice en évoquant de prochains ateliers sur les modes de consommation.

Quatre équipes de 30 personnes se relaient une semaine chacune pour assurer le suivi sur un mois. Une équipe est constituée d'un ou plusieurs coordinateurs qui orientent les actions des bénévoles. Un bénévole – par ailleurs informaticien –  a retenu un système de caisse facile à utiliser avec une tablette numérique. Des inventaires très réguliers ont lieu pour le suivi des stocks et commander des produits au plus près des besoins du magasin. Pour ce faire, un seul type de viande est mis en rayon chaque semaine. En cas d'invendus, des promotions sont annoncées aux adhérents.

La métropole dijonnaise bien dotée en circuits courts


Ce samedi 5 octobre 2019, le ruban inaugural est coupé par Françoise Cannard et Jean-Jacques Bernard (adjoint à la mairie de Chenôve en charge du développement durable). Claudine Dal Molin (conseillère municipale de Chenôve déléguée à l'ESS) et Benoît Bordat (conseiller métropolitain délégué à l'agriculture périurbaine) sont aussi présents aux côtés des bénévoles réunis pour cette journée de fête.

Françoise Cannard lance : «un magasin participatif collaboratif dans l'agglomération dijonnaise, mais pourquoi pas !?». Elle poursuit : «Court circuit est né d'une initiative citoyenne et veut proposer une alternative au modèle connu de la grande distribution. Un magasin participatif et collaboratif est basé sur la participation active de tous ses adhérents, qui sont eux-mêmes des clients». «Nous voulons retrouver une alimentation de qualité en phase avec nos territoires» insiste-t-elle avant de remercier les adhérents, notamment les nombreux «qui répondent toujours présents» et les fournisseurs «qui ont fait confiance».

«En permettant aux particuliers de devenir acteurs de leur consommation, l'économie collaborative répond ainsi à la volonté écologiste de donner la capacité aux individus de satisfaire eux-même leurs besoins» s'enthousiasme Jean-Jacques Bernard.

Pour sa part, Benoît Bordat précise que la métropole dijonnaise est bien placée en termes de circuits courts : «on a fait une étude sur la métropole et, par rapport à d'autres villes, on a déjà un taux d'approvisionnement local un peu plus important que la moyenne nationale». Ce que l'élu Cap 21 explique par les productions variées de la Côte-d'Or, par un réseau d'AMAP dynamique et l'importance du marché dijonnais des halles.

Jean-Christophe Tardivon