lundi 11 décembre 2017
Questions à...
Un an après son élection, le premier secrétaire de la section PS de Dijon revient sur l'année écoulée et parle de l'avenir dans une longue interview accordée à Infos-Dijon : l'échec du PS aux élections présidentielles et législatives, le processus de refondation du parti, la concurrence de La France Insoumise, la politique de La République en Marche, ou encore la mairie de Dijon… Tous les sujets sont abordés, sans langue de bois.
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DIJON METROPOLE : «L'emploi des seniors est un sujet majeur»

20/07/2017 20:54Imprimer l’article
L'emploi des seniors est une préoccupation pour Fabrice Rey, directeur de Créativ', le cluster emploi de Dijon métropole. Il revient pour Infos-Dijon sur une expérience menée début juillet et insiste : «l'opération sera améliorée et renouvelée, car les plus de 50 ans ne sont pas reçus en entretiens d'embauche et n'ont plus accès aux entreprises». Interview.
En organisant début juillet «Regards Croisés, Ressources Cachées», un «anti-job-dating» qui avait pour but de mettre en relation des demandeurs d'emploi seniors et des entreprises, Créativ', le «Cluster Emploi-Compétences du bassin dijonnais» a montré une volonté forte de s'attaquer au problème de l'emploi des seniors.
Retour avec Fabrice Rey, directeur de Créativ', sur cette expérience, sa naissance, les espoirs qu'elle suscite, et les enjeux du retour à l'emploi des plus de 50 ans.

Comment est née l'idée d'une opération spéciale pour les demandeurs d'emplois seniors ?

Ce projet est la concrétisation d'une première rencontre qui a eu lieu en octobre dernier entre Nathalie Perrin pour la CPME, Mikael Pouille pour le Medef, et Océane Charret-Godard, conseillère de Dijon Métropole en charge de l'Emploi et présidente de Créativ' (anciennement Maison de l'Emploi et de la Formation) et moi-même. On s'est demandé ce qu'on pouvait faire ensemble car nous, Créativ', avons le souhait de travailler plus intensément avec les organisations patronales.
Il se trouve qu'en mai 2016, la Maison de l'Emploi avait organisé une journée professionnelle axée sur l'emploi des seniors, en partant du constat que l'on n'accompagne pas les seniors de la même façon que les jeunes ou les actifs qui passent avec agilité d'un contrat de travail à un autre. Les seniors demandent un accompagnement spécifique dans un contexte où on leur demande de travailler plus longtemps et où ils ont plus de difficultés d'accès aux entreprises. Clairement, quand une entreprise reçoit 100 cv, elle ne priorise pas ceux des seniors.

Comment avez-vous pensé cette opération pour qu'elle colle aux problèmes concrets des demandeurs d'emplois concernés ?

Nous avions fait une vidéo à cette occasion avec cinq demandeurs d'emploi seniors pour mieux comprendre tout ça, pour savoir où ils en étaient dans leur projet professionnel, comment se passait pour eux l'accompagnement à l'emploi au sein du Plie (un des dispositifs de Créativ'), etc. Ce qui nous a marqué en les écoutant, et qui faisait du bien, c'est qu'ils disaient tous «on ne veut pas qu'on nous donne un job, qu'on fasse preuve de philanthropie avec nous, mais on veut avoir l'opportunité de nous vendre, de rencontrer des entreprises. Or, nous n'avons plus accès aux entretiens d'embauche».

En quoi consiste «l'anti-job-dating» ?

Quand on s'est revus début 2017, nous avons proposé au Medef et à la CPME de travailler sur une idée d'«anti-job-dating». L'idée est d'arrêter de mettre la pression aux gens en leur disant qu'ils ont peut-être le boulot de leur vie au terme d'un entretien de dix minutes, mais qu'ils devront se débrouiller pour le mener à bien.
Là, on enlève la pression de la recherche d'un emploi immédiat mais on leur donne l'opportunité de rencontrer des entreprises pour présenter leurs motivations et leurs compétences. L'idée est de les aider à préparer l'exercice car l'entretien d'embauche, c'est du théâtre, et chronométré ! Là, on leur a dit : «vous n'avez pas dix minutes pour aller décrocher un emploi mais vous avez dix minutes pour expliquer qui vous êtes, et ensuite, les entreprises, en tant qu'employeur, vont vous dire ce qu'elles en pensent, ce qu'elles trouvent séduisant ou pas, comment elles voient votre façon de valoriser vos compétences, est-ce qu'en terme de posture, de discours, de tenue, etc. vous êtes convainquant ?»
Finalement, aujourd'hui, les entreprises recrutent moins sur les compétences métiers que sur les compétences sociales et relationnelles, ce qu'on appelle le savoir-être. Nous, notre discours est de dire que tout ce qu'englobe le «savoir-être», ce sont des compétences à part entière.

C'est une sorte de coaching ?

En quelque sorte. L'idée était que chaque demandeur d'emploi senior, il y en avait 18, rencontre trois chefs d'entreprise ou cadres d'entreprise, il y en avait 18 aussi, pour justement avoir un retour diversifié, car tout ceci n'est pas une science exacte. On observe que les demandeurs d'emploi seniors pensent qu'ils ne servent plus à rien, doutent de leurs compétences, ont l'impression d'être inutiles, et s'enferment finalement dans un cercle vicieux où plus ils doutent, plus ils ont de difficultés à parler de leurs atouts.

Les entreprises ont elle joué le jeu ?

Le Medef et la CPME ont été immédiatement intéressés, et ont mobilisé leurs entreprises en les prévenant qu'il ne s'agissait pas de venir avec une offre d'emploi toute prête et de trouver la perle rare, mais qu'il s'agissait avant tout de consacrer deux heures à des personnes qui n'ont plus de contact avec les entreprises. Bien-sûr, ce que l'on espère tous, c'est que dans ce genre d'opération, il y ait quelques employeurs qui se disent «tiens, lui… est-ce que j'ai vraiment envie de le laisser partir ?» Mais c'est une sorte de cerise sur le gâteau. Ce n'est pas l'objectif poursuivi, même si on espère que ce sera un effet indirect de ces rencontres.
Les entreprises ont un peu douté au début, en se demandant quelle motivation pouvaient avoir les demandeurs à venir s'il n'y a pas d'offre d'emploi. Mais on leur a bien expliqué qu'au regard du rapport entre le nombre d'offres et le nombre de demandeurs, ce sont toujours les mêmes qui s'en sortent, et que ces seniors sont toujours laissés sur le carreau. On ne va pas se mentir, les entreprises cherchent constamment du «sang frais», des jeunes avec une culture moderne. Ces seniors ont la culture du CDI à temps plein, ce qui était la norme il y a encore quinze ans. Mais le marché a énormément évolué, et les codes culturels ont changé. Aujourd'hui, qu'on le regrette ou pas, les CDI représentent 7% des offres d'emploi. Il faut s'adapter à ça.

Vous allez renouveler l'opération ?

Ce type d'événement sera reconduit au deuxième semestre. Nous avons donné une grille aux entreprises qui ont participé pour savoir ce qu'elles ont retenu des points forts et points faibles des demandeurs d'emplois qu'elles ont rencontrés, et les demandeurs d'emplois ont eu la même chose à faire. Cela va nous permettre de reprendre tout ça pour mieux travailler tous les aspects du dispositif, et rendre les candidatures des seniors plus efficaces aux prochains entretiens.

L'emploi des seniors est-il un enjeu important ou juste un «plus» apporté par Créativ' ?

Pour Créativ', l'emploi des seniors est vraiment un sujet majeur. Pour moi, il y a deux sujets primordiaux : l'emploi des seniors et les travailleurs pauvres. Aujourd'hui, il n'y a quasiment rien sur ces sujets là. On a amené les gens à travailler plus longtemps. Maintenant, il faut se demander comment on les aide à le faire, comment on crée les conditions pour ça, y compris en termes d'offres de services et d'accompagnement. Rien ne se joue de la même façon pour les seniors, mais tous les dispositifs sont axés sur les jeunes demandeurs d'emplois. Or, on assiste depuis une dizaine d'années à une accélération des mutations dans les entreprises. Le travail a changé et on voit de plus en plus de gens qui ont des compétences obsolètes aujourd'hui.

Le bassin dijonnais est-il particulièrement touché par ce problème ?

Tout ça, ce sont des choses que l'on observe sur tous les territoires, dans le bassin dijonnais comme ailleurs en France. Dijon a eu un atout, c'est que la crise a eu moins d'effet dans sa première partie, entre 2008 et 2012. A cette époque, Dijon était moins impactée par la crise économique en terme de chômage car la structure des emplois y jouait un rôle d'amortisseur. Et le fait d'être dans une capitale régionale, dans le poumon économique de la Région, c'est un avantage énorme.

Recueilli par Nicolas Richoffer
Photos N.R.

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