lundi 22 octobre 2018
A cette occasion, de septembre à décembre, de nombreux événements sont organisés sur le campus dijonnais. Ces quatre mois de festivités vont être marqués par la venue de personnalités telles que Lilian Thuram ou encore Hubert Reeves.
Questions à...
Dans une longue interview à Infos-Dijon, l’élu de Côte-d’Or, patron des Sénateurs «En Marche» au Sénat, et proche d’Emmanuel Macron, dit sa foi dans les réformes.
Il parle aussi des élections européennes, d'Arnaud Danjean, d'agriculture, et des municipales à Dijon et en Bourgogne-Franche-Comté.
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ENTRETIEN / FRANÇOIS REBSAMEN : «Le test, ce seront les élections municipales»

20/01/2018 03:29Imprimer l’article
Dans une longue interview qu'il nous a accordée, le maire de Dijon et président de Dijon Métropole n'élude aucun sujet.
Les erreurs du quinquennat de François Hollande, ses acquis aussi, la politique d'Emmanuel Macron, les prochaines élections municipales à Dijon, le projet métropolitain, la rivalité avec Besançon, les rapports avec le Département et la Région, la marque Just Dijon, l'auto-suffisance alimentaire, et bien-sûr les tarifs du stationnement…
«Le PS est affaibli mais son réseau d'élus locaux fait sa force.»
«Il n'y aura pas de raz-de-marée En Marche ou France Insoumise aux prochaines municipales.»
«Une candidature En Marche à Dijon ? Ça ne me préoccupe pas.»
«Un jour, j'arrêterai la politique»
«La rivalité Dijon-Besançon est réglée»
«Les tarifs du stationnement font jaser ceux qui n'ont pas compris que rien n'a changé»
François Rebsamen n'est pas du genre à tourner autour du pot. Que ce soit pour dire du bien ou pour critiquer, il dit volontiers ce qu'il pense. C'est ainsi que pour Infos-Dijon, il revient sur les questions de politique nationale, sur Emmanuel Macron, mais aussi sur les dossiers dijonnais, à l'image des tarifs du stationnement qui font beaucoup parler à Dijon depuis le 1er janvier comme dans la plupart des grandes villes de France.
Il apporte aussi une contribution à l'inventaire du quinquennat Hollande, en profite pour tacler Manuel Valls et réitérer son soutien à son «ami» Stéphane Le Foll, et parle aussi de François Sauvadet, de Marie-Guite Dufay, d'Emmanuel Bichot et de Didier Martin. Mais on était obligé de commencer cet entretien par la vraie question qui fait mal :

Comment avez-vous vécu la défaite (8-0) du DFCO au PSG ?
Mal. Je l'ai déjà dit, on ne met pas l'équipe B contre la meilleure équipe de France, et une des meilleures équipes d'Europe. C'est une erreur. Ils se sont comportés comme des petits garçons. Quand on ne met ni Tavares, ni Sliti, ni Sammaritano, ce n'est pas étonnant que ça revienne aussi vite.

L'année 2017 a été compliquée politiquement pour le Parti Socialiste : la victoire d'En Marche aux législatives, et la défaite de tous les candidats PS du département, a-t-elle été difficile à digérer ?
La défaite du PS est inscrite dans l'élection présidentielle, mais aussi dans le renoncement de François Hollande, dans ce que j'appelle le quinquennat de Manuel Valls, dans la candidature de Benoît Hamon, et à partir du moment où le seul choix qui restait était Marine Le Pen ou François Fillon, il est logique que la moitié des électeurs de François Hollande en 2012 se soient reportés sur Emmanuel Macron, et c'est une bonne chose. Ça nous a sûrement évité une catastrophe. J'ai voté sans état d'âme pour lui au deuxième tour.
Tout était très serré, contrairement à ce qu'on entend parfois. Mélenchon fait 20%, Fillon fait 20% et Le Pen fait 21%. Et sur les 24% d'Emmanuel Macron, il y a la moitié d'électeurs de François Hollande, qui se sont dit «voilà quelqu'un qui est de centre-droit, qui est jeune, qui apporte une bonne image de la France, donc il n'y avait pas d'hésitation à avoir». Mais une fois qu'il est élu, il n'y a plus de Parti Socialiste à l'élection législative. On a été balayé mais ce n'est pas l'histoire politique de la France… Il faudra reconstruire, en luttant. Il y a un président qui est habile, qui est fort médiatiquement, et qui n'a personne en face de lui donc il a encore de beaux jours devant lui.

Vous venez de signer une tribune forte dans le JDD, dans laquelle vous affirmez que le PS n'est pas mort…
Non. La preuve à Dijon !

Mais il est tout de même très affaibli…
C'est clair qu'il est affaibli : il n'a plus de leader. Neuf mois après, il n'est pas incarné et n'a personne qui peut parler en son nom. Même le président du groupe à l'Assemblée Nationale n'a pas appelé son groupe le «groupe socialiste» mais le «groupe nouvelle gauche». Le PS est donc bien affaibli mais il a un réseau d'élus locaux qui fait sa force, ce que n'a pas En Marche. Il y a encore aujourd'hui entre 60.000 et 70.000 élus qui sont au Parti Socialiste. C'est là-dessus qu'il va falloir construire et on a deux ans. Le test, ce seront les élections municipales. Soit on sera capable de regagner des villes, de conserver ce qu'on a, et le parti socialiste pourra, progressivement, retrouver une place de parti de gouvernement, soit les municipales se passeront mal et on finira comme le parti radical, le PRG…

Un rapprochement tôt ou tard avec la France Insoumise, qui a pris une nouvelle importance, ne sera-t-il pas indispensable, sous quelque forme que ce soit, pour revoir la gauche à l'Elysée ?
Jean-Luc Mélenchon a pris durant cette présidentielle une place exceptionnelle, du fait de son incontestable talent et de sa capacité à incarner, mais ça ne s'est pas traduit aux élections législatives et ça ne se traduira pas aux élections municipales, à part quelques cas isolés bien-sûr. Les municipales, ce n'est pas pareil : c'est une histoire plus locale entre un homme ou une femme et une population locale. Ça peut représenter un facteur de division, mais il n'y aura pas un raz-de-marée France Insoumise aux élections municipales. Je peux le dire aujourd'hui. De même, il n'y aura pas un raz-de-marée En Marche aux municipales. Il reste une droite, une gauche, et on verra au milieu comment En Marche récupérera des élus autrement que par des transfuges. Pas comme à Besançon, mais en gagnant réellement des villes.
La présidentielle quant à elle, est une élection qui tue les partis politiques. je l'ai toujours pensé. Cette élection n'est pas dans la tradition de la gauche Française : il a fallu 23 ans de droite pour voir François Mitterrand Président de la République et il a fallu que Nicolas Sarkozy échoue profondément avec la crise pour qu'on ait François Hollande. Nous avions comme tâche de remettre la France sur les rails. C'est fait, mais malheureusement, pour des raisons internes, à savoir l'incapacité de Hollande à incarner, les divisions du PS, les frondeurs, etc, les Français n'ont plus voulu de nous. C'est assez simple.

Vous avez parlé à plusieurs reprise du nécessaire inventaire du quinquennat Hollande : quelles sont, selon vous, les principales erreurs qui ont été commises ?
C'est trop long ! Je pourrais vous dire qu'il y a des acquis et des erreurs. Les acquis, c'est la situation de la France aujourd'hui, la croissance, les marges des entreprises qui ont été reconstituées, les inégalités qui ont reculé, la pauvreté qui a légèrement reculé, ce qui fait de la France une exception en Europe dans cette période.
Les erreurs sont nombreuses aussi. Je pourrais parler de l'incapacité à expliquer, symbolisée par le livre de François Hollande avec deux journalistes. Il y a aussi les divisions internes, les frondeurs, Manuel Valls, son comportement, l'année 2016 dans son ensemble aussi. Vous savez, si Bernard Cazeneuve avait été le candidat du PS à la présidentielle, on n'aurait pas fait 6%… Cette élection tient souvent à un homme ou une femme, qu'on a ou qu'on n'a pas dans nos rangs. Est-ce qu'on retrouvera un jour un candidat capable de gagner ? C'est une bonne question. Pour l'instant, il y en a un qui est en état de gagner et de continuer, c'est Emmanuel Macron.

La primaire fait aussi partie des erreurs ?
Bien-sûr. On ne fait pas une primaire quand on est sortant. Ça a été n'importe quoi. La déchéance de nationalité : n'importe quoi. La loi El Khomri : n'importe quoi. L'année 2016 a été l'année la plus terrible que la gauche de gouvernement n'ai jamais vécue.

Vous soutenez Stéphane Le Foll pour la tête du PS…
C'est un ami, et ça compte l'amitié. Il n'y en a pas beaucoup en politique. C'est un ami qui a pris la peine d'écrire un texte sur comment il voyait le Parti Socialiste. C'est le seul qui a fait un texte, les autres fond des manœuvres d'appareil… Quand j'ai vu le retour de Martine Aubry, j'ai pensé «au secours». Donc oui, je pense que Stéphane Le Foll, entouré de jeunes, peut emmener le Parti Socialiste sur la voie du redressement.

Ne serait-il pas trop «Hollandais» pour incarner le renouveau dont a besoin le parti ?
Avant d'incarner un renouveau, il faut incarner une gauche de gouvernement. Celle qui a une histoire. J'ai entendu parler, pour la candidature d'Olivier Faure, de la jeunesse… Déjà, l'un a 57 ans et l'autre a 50 ans. Mais surtout, la jeunesse, ce n'est pas un programme. Et question jeunesse, je pense qu'il y a ce qu'il faut à l'Elysée. Le programme, c'est d'être solide, combatif, assuré des valeurs de gauche, d'avoir une connaissance du fonctionnement de l'Etat au plus haut niveau. D'ailleurs, Mélenchon, Castaner, Wauquiez ont tous été ministres. Le Foll aussi a été ministre… Il sait débattre et sa candidature, c'est une mauvaise nouvelle pour Mélenchon, Castaner et Wauquiez. Il faut quelqu'un qui tienne solidement la rampe, et il a ces qualités là.

Economiquement, la France va mieux. Vous dites régulièrement que c'est grâce aux mesures de François Hollande, qui portent leurs fruits. Celles d'Emmanuel Macron sont-elles de nature à amplifier la reprise selon vous ?
Oui, la reprise trouve ses racines dans ce qu'a fait François Hollande, je le dis et le redis tous les jours. Concernant les mesures d'Emmanuel Macron, je dis ce qu'il a lui-même dit : on le jugera dans un an et demi ou deux ans. On verra. Son élection a donné une impulsion à notre pays. L'image internationale de la France est belle. Elle n'était pas mauvaise sous Hollande, mais elle devenue belle sous Macron, qui apparaît jeune, dynamique, et est bien dans l'air du temps, de centre-droit, portant l'idéologie dominante. Il aime l'argent, les banquiers, les jeunes qui réussissent, les start-up, etc… Ça, c'est tout le coté positif d'Emmanuel Macron, mais la France, ce n'est pas que ça.
C'est aussi les gens qui souffrent, c'est aussi le vivre ensemble… Au passage, je n'ai pas du tout aimé son image des premiers de cordée : ça traduit quand même une forme de mépris pour ceux qui ne sont pas les premiers de cordée. Quant aux mesures économiques qu'il a prises, on verra si elles portent leurs fruits, mais pour l'instant, elles accroissent les inégalités. Ceux qui ont le moins vont perdre du pouvoir d'achat, ce qui est quand même un comble, et ceux qui ont le plus vont en gagner encore plus.
Ça, ce n'est pas bien. Et si aujourd'hui le chômage ne recule pas, c'est parce que le plus grand plan social a été mis en œuvre par Emmanuel Macron : 80.000 licenciements avec la suppression des contrats aidés. Avec tout de même plus de 2% de croissance sur les douze derniers mois, avec un déficit budgétaire qui sera le plus bas qu'on n'ai jamais eu, avec des rentrées fiscales comme il n'y en a pas eu depuis Nicolas Sarkozy, il a une situation tout à fait idéale et on pourra le juger dans un an et demi ou deux ans.
Mais il ne peut pas faire payer l'effort de la France par les collectivités locales. C'est ça mon combat aujourd'hui. Le déficit français fin 2017 est à hauteur de 67 milliards d'euros, le plus bas depuis Villepin, grâce à François Hollande. L'année prochaine, il sera de 82 milliards d'euros, donc Emmanuel Macron augmente le déficit français de 15 milliards d'euros, et il va nous faire repasser au-dessus de la barre des 3%, le fameux chiffre de Maastricht. Et il demande 13 milliards d'euros d'effort aux collectivités locales… Il y a quelque chose qui ne va pas.

Le rapport entre l'Etat et les collectivités se durcit : vous avez souvent dit faire confiance à priori à Emmanuel Macron. Cette confiance ne s'effrite-t-elle pas ?
Il y a un décalage entre des paroles bienveillantes, voire des discours de qualité. Je pense à son discours sur la politique de la ville : je pourrais le signer, je dis bravo. Mais quinze jours après, les mesures tombent et on s'aperçoit qu'il coupe les crédits, qu'il diminue les dotations. Ils disent qu'ils vont les rétablir, on verra bien, mais pour l'instant, il y a un décalage entre les discours d'Emmanuel Macron et les actes du gouvernement. Devant la conférence des territoires, il dit qu'il n'y aura pas de baisse des dotations, et il retire 450 millions quinze jours après. Et sur le logement, on ne sait pas ce qu'il va faire. C'est ça, le problème. Ce n'est pas son sujet en fait, car il ne connaît pas la vie des collectivités, n'ayant jamais été élu local. Il a connu la banque, les cabinets ministériels, l'inspection des finances, et l'Elysée… C'est un garçon intelligent, ce n'est pas la question, mais il est de centre-droit, très bien, et me fait penser un peu à Giscard. Mais il faudra qu'il fasse les mêmes réformes que Giscard en terme de société. Au début, Giscard avait fait de sacrées réformes comme le droit de vote à 18 ans et l'IVG. Donc j'attends aussi de voir l'apport de Macron sur la partie sociétale. Sur la PMA, je le trouve très réservé. Il ne fait que poursuivre le débat lancé par Hollande. J'attends de voir s'il fait évoluer la loi sur le droit de mourir dans la dignité. Ce sont, pour moi, des engagements personnels, sur lesquels je poussais Hollande à faire plus. Ce sont des questions d'humanisme qui sont attendues par la société.
En résumé, je suis réservé sur le sociétal, dans l'expectative sur les mesures sociales, et je constate que, pour le moment, ça penche à droite. Peut-être que demain, ça penchera à gauche… Je vois bien qu'il a une stratégie politique, qu'il veut dynamiter la droite en se disant «la gauche, c'est fait».

Vous pensez qu'on aura une candidature de La République En Marche à Dijon ?
Je ne sais pas, et je vais vous faire un aveu : ça ne me préoccupe pas.

On voit pourtant que Didier Martin prend ses distances avec votre majorité…
C'est bien pour ça que je dis que ça ne me préoccupe pas. On ne peut pas être député et maire, il faut choisir. Il a choisi d'être député, très bien. Maintenant, j'attends qu'il défende la ville de Dijon.

Et si c'était un autre candidat ?
Vous en voyez, vous ?

Lors du dernier conseil municipal, vous avez, à un moment, répondu à l'opposition «ce sera dans mon prochain projet»… vous serez donc bien candidat aux prochaines municipales ?
On verra. J'ai un projet pour Dijon, je pense qu'il faut continuer à avoir des projets pour la ville, à se projeter.

Qu'auriez-vous fait si la loi vous avait interdit de vous représenter ?
Je ne sais pas, j'ai plein de choses en tête, je peux faire plein de choses. D'abord, je peux avoir un autre mandat. Je peux être sénateur en 2020, je peux être député européen l'année prochaine, ou je peux avoir une autre vie. J'ai des livres à écrire par exemple, dont un sur l'histoire du quinquennat. J'ai un livre sur Dijon à écrire, sur cette ville magnifique, et peut-être un livre sur le foot, sur la coupe du monde… J'ai plein de choses en tête.

Un jour, peu importe la date, vous arrêterez la politique ?
Oui, un jour, j'arrêterai la politique. Je ne mourrai pas en politique, ou alors de manière subite.

Just Dijon : à qui, concrètement, s'adresse cette marque ?
Tout est dit dans «Just Dijon». C'est une marque qui s'adresse à tous ceux qui veulent être les ambassadeurs de la ville de Dijon. Une marque, c'est une volonté de rassembler les acteurs d'une ville, qu'ils soient économiques, sociaux, culturels, et de leur dire : «vous pouvez porter la ville à l'extérieur, en être les ambassadeurs». C'est un facteur de rassemblement des individus. J'ai toujours voulu rassembler deux Dijonnais sur trois, et j'y suis arrivé d'ailleurs plusieurs fois. Il s'agit donc de rassembler tous ceux qui ont envie que cette ville progresse, qui ne sont pas là à critiquer mais qui ont envie de porter des projets.
Et la marque, c'est aussi une reconnaissance à l'international, mais il faudra du temps pour l'imposer. Only Lyon, qui était une belle marque, Gérard Collomb a mis presque dix ans à l'installer. On peut peut-être aller plus vite, parce que ça m'étonnerait que je sois là dans dix ans…

Comment résumeriez-vous la philosophie générale du projet métropolitain ?
Désormais, on sait qu'on a une communauté de destin, nous, les 24 communes. Et puisque nous, nous sommes bien ensemble, notre force est de nous tourner vers l'extérieur. Bien-sûr, il faut continuer de porter des projets, mais les projets que l'on porte ne sont pas dijonno-dijonnais. Je prends l'exemple de l'enseignement supérieur, avec les annonces que j'ai faites et qui vont se concrétiser avec le soutien de la Région, je l'espère. Ces annonces sont bien pour la ville, pour la métropole, mais elle s'adresse aux territoires de la Bourgogne et de la Franche-Comté. Quoi de plus beau tout de même pour un maire que d'ouvrir une école d'ingénieur ?
Quand on le fait, c'est pour dire aux jeunes Bourguignons-Francs-Comtois que ce n'est pas la peine de quitter votre région pour faire des études car vous avez la possibilité de le faire ici. On manque d'écoles d'ingénieur dans cette région, et pas seulement. On manque aussi d'école d'architecture, d'une filière en odontologie, il faut renforcer la fac de médecine, etc. Il y a plein de choses à faire. L'enseignement supérieur, c'est le cœur du projet métropolitain, parce que c'est comme ça qu'on se développe, qu'on retient les gens, qu'on crée de la richesse pour la collectivité. Le projet métropolitain est un projet pour la région.

Comment faire pour que la Métropole n'accentue pas la fracture territoriale ?
C'est justement en nous tournant vers l'extérieur qu'on va la réduire. On va nouer des relations avec les autres territoires. On va passer des contrats et porter des projets de grande ambition dans le domaine agricole, dans le domaine de l'alimentation. On va travailler avec eux, et avec le département. Il faut maintenant travailler dans le même sens. C'est aussi l'avenir de la planète qui se joue : «penser global, agir local» c'est une réalité pour tous.
La première fois que j'ai rencontré les présidents des communautés de communes qui sont autour de nous, je leur ai demandé «qu'est-ce que vous attendez de nous ?» A part Ludovic Rochette qui m'a dit «il faudrait financer un peu Arc-sur-Tille… Ce n'est pas pour être méchant, mais ce n'est pas ce que j'attend. Je veux qu'on ai une réflexion sur les mobilités, sur les habitants, sur la façon de fluidifier tout ça, et de vivre ensemble.
Mais vous avez, on fait déjà beaucoup : on collecte les ordures ménagères pour 380.000 personnes. On sait valoriser l'énergie, on sait desservir en eau. Je voudrais que maintenant, on réfléchisse sur les mobilités, sur les transports, sur l'organisation, sur les liens sociaux, etc. Ça se fait avec la Région et les départements. Il faut aussi réfléchir sur le fait que les maires de ces communes arrêtent de construire des grandes surfaces… Regardez ce qui se passe à Auxonne, c'est une catastrophe, excusez-moi de le dire comme ça. Je m'y étais opposé car je pense que quand on fait une grande surface dans une ville comme ça, on vide le centre-ville. Alors là pour le coup, quand j'entends parler de Dijon, je souris : les gens viennent ici faire leurs courses parce qu'il n'y a plus de centre-ville dans ces communes là. Tout le monde voulait sa grande surface à l'américaine, mais elle consomme des terres agricoles, elle est contraire à un développement équilibré, elle est contraire aux circuits courts… Et on peut vivre heureux en habitant à 20 kilomètres d'une grande surface.

Est-ce qu'à terme, on se dirige irrémédiablement vers une disparition des départements ?
Ils contribuent aujourd'hui et ont une fonction. Mais j'ai défendu le droit à l'expérimentation car la France est tellement diverse que tous les cas de figure existent dans les relations entre les métropoles et les départements. Il y a des Métropoles qui sont le département : c'est le cas de Marseille, qui représente 93% du département. Là-bas, il n'y a pas besoin de département : toute la fonction sociale est assumée par la métropole marseillaise. Mais prenez des départements comme la Haute-Saône, la Marne ou la Haute-Marne par exemple : il ont une fonction évidente, c'est celle de la solidarité entre les territoires. Et puis il y a des territoires comme ici ou c'est à peu près moitié-moitié. Et quand c'est moitié-moitié, il vaut mieux que l'on travaille la main dans la main. C'est ce que j'ai proposé à François Sauvadet : je lui ai dit, «soyons complémentaires plutôt qu'opposés». Il m'a dit oui. On verra si on y arrive, mais je l'espère.

Vous êtes tous les deux très positifs sur le transfert de compétences, on pensait même que ça pouvait être acté avant la fin de l'année. Où en êtes-vous ?
Ce n'est pas simple quand même à faire. On est d'accord pour le faire. Et de toute façon, si on ne fait rien, la loi nous donne de facto les compétences au 1er janvier 2019. Donc François Sauvadet a été intelligent et c'est plus facile pour moi de négocier avec lui car s'il ne se passait rien, on serait le seul département dans ce cas et la métropole récupérerait toutes les compétences. Nous prendrons toutes les compétences, sauf les collèges. Nos services travaillent ensemble, mais c'est très technique et ça prend du temps.

La Cité de la Gastronomie et du Vin sera-t-elle prête pour 2019 ?
Fin 2019. On a pris un peu de retard quand même.

Ça ne risque pas de déborder sur 2020 ?
Si, c'est possible. J'espère que non mais c'est possible. Mais tout est bien en place : le comité scientifique et le plan sont en place, l'école Ferrandi vient s'installer, les recours tombent les uns après les autres. J'encourage d'ailleurs tout le monde à les retirer : Gessy-Verne qui avait déposé un recours contre les cinémas vient de le retirer, et il n'y aura bientôt plus de recours. D'ailleurs, la loi future sur le logement va consister à durcir les conditions des recours quand ils s'apparentent à des recours abusifs. Or, nous avons ici, dans l'opposition municipale, un spécialiste du recours abusif. Si on peut demain faire sanctionner par la loi et par les tribunaux les recours abusifs, on ne se privera pas de le faire. Quand on n'a pas de projet, on ne doit pas empêcher les autres d'en avoir.

Sur l'autosuffisance alimentaire, vous avez fixé le cap de 2030 : quelles sont les difficultés auxquelles la ville devra faire face pour relever ce challenge ?
C'est ce qu'on défend à travers le Territoire d'Innovation et de Grande Ambition. C'est ce que je suis allé présenter avec Pierre Guez, avec l'INRA, avec des chercheurs en nutrition-santé : c'est un objectif qu'on se donne. Aujourd'hui, c'est vraiment «citoyens de tous les pays, unissez-vous pour sauver la planète». Il faut le faire, c'est indispensable. Bien-sûr, ça ne veut pas dire qu'on ne mangera que ce que l'on produit sur le territoire, mais que l'on peut produire des choses qui alimenteront notre territoire. A la limite, en élargissant le territoire, on pourrait y arriver. Les difficultés, elles sont d'abord dans les têtes : c'est de se dire que l'on doit limiter l'extension urbaine et reconquérir des territoires agricoles ou préserver la biodiversité, ce qui revient au même. On doit donc replanter des vignes, planter des légumes qui servent à la consommation locale, on doit arrêter les intrants, être capables d'avoir des circuits courts, des zones de maraîchage, etc. On est aidés par des scientifiques et quand je vois les start-up qui se sont installées à Agronov, c'est exceptionnel ce qu'on a fait. Et le concept d'agroécologie qu'avait développé Stéphane Le Foll, on est en plein dedans.

La grogne se fait entendre depuis la rentrée à propos des tarifs du stationnement. Que répondez-vous aux mécontents ?
Ça fait jaser ceux qui n'ont pas compris que rien n'a changé. Que la communication de Divia n'ai pas été parfaite, c'est le moins que l'on puisse dire. Il y a même un député qui n'a pas compris qu'on appliquait la loi qu'il avait votée. Les députés ont transformé l'amende en «forfait post-stationnement», mais les tarifs n'ont pas changé.
C'était 4,10 euros pour deux heures en centre-ville, c'est toujours 4,10 euros pour deux heures. Et sauf à prendre une prune, on n'a pas le droit de stationner plus de deux heures en centre-ville. C'était le cas avant et c'est toujours le cas. Si on dépasse les deux heures, on a une prune de 17 euros. Les gens se sont imaginés que c'était un tarif, mais c'est une amende. A Besançon, elle est de 25. A Lyon, on n'en parle même pas (de 35 à 60 euros ndlr). Nous, on n'a pas changé le montant de l'amende, mais c'est vrai qu'il y a un petit changement : maintenant, on a trois jours pour la payer, alors qu'avant, on avait plusieurs semaines. Et si on ne paye pas les 17 euros, on doit alors 30 euros. C'est tout, c'est simple.
Et c'est toujours aussi facile de se garer au centre-ville, et ce sont les commerçants eux-même qui demandent de la rotation. Quand ils me demandent de mettre du stationnement payant devant chez eux, c'est bien pour qu'on ne reste pas trois heures devant leur boutique.

Est-ce qu'il y a, comme le dit Emmanuel Bichot, un problème de volume de places disponibles à Dijon ?
Non. Il vient de Saint-Romain donc ça doit être une surprise pour lui de voir du monde dans les rues. C'est un opposant irréductible, mais quel projet porte-t-il ? Sur le stationnement, je veux préciser que les PV, ça commence la semaine prochaine. Pendant quinze jours, il y eu une tolérance. Mais c'est fini.

La rivalité Dijon-Besançon est-elle en train de s'accroître ?
Non, elle est réglée. Sur le Crous, j'avais pris comme exemple ce qu'ont dit le premier ministre et la cour des comptes, à savoir qu'il est anormal qu'on regroupe les deux Crous dans l'endroit où il y a le moins d'étudiants. Surtout quand géographiquement, ce n'est pas le centre de la région. Gilles Bertrand, un ancien président de l'Université, m'a passé hier un communiqué que j'ai trouvé assez juste : il disait «j'ai l'impression qu'il y a un acharnement à vouloir supprimer le Crous de Dijon» - en réalité, on ne supprime pas le Crous de Dijon mais on regroupe les fonctions support à Besançon - «qui semble seul à devoir subir ce sort.
Pourquoi cette punition infligée à la ville qui a vu naître la première cité universitaire française après Paris en 1932 ? Je n'entends pas parler de la suppression du Crous d'Amiens, de Reims, de Strasbourg, de Grenoble, de Nice, de Montpellier, de Limoges, de Poitiers, de Clermont-Ferrand et de Rouen. J'entends même dire qu'il va falloir construire à Besançon et libérer de vastes locaux à Dijon. Bon usage de l'argent public. Merci de me rassurer sur l'équité et la gratuité de l'opération». Il a envoyé ça à la ministre, et tout y est dit.
Sur la rivalité entre Dijon et Besançon, c'est réglé : Dijon est une Métropole. Besançon est une grande ville, mais j'attend qu'elle devienne au moins une communauté urbaine, c'est à dire qu'ils aient des compétences partagées avec les communes autour, comme l'eau et l'assainissement, des choses qu'on a faites il y a quarante ans ici. A Dijon, on gagne des habitants. S'ils veulent transférer l'économie administrée à Besançon, nous on aura l'économie réelle.

Marie-Guite Dufay, la présidente du Conseil Régional, joue le jeu de Besançon selon vous ?
Non, on lui a proposé de passer un contrat avec la Métropole et on le prépare. On va donc voir, ce contrat, c'est le test. Il y aura un grand moment à Dijon, sûrement avec des Ministres et pourquoi pas avec le Président de la République, que seront les journées de France Urbaine à Dijon les 5 et 6 avril. J'ai donc proposé à Marie-Guite Dufay qu'à l'occasion de la venue à Dijon de toutes les grandes villes de France, on signe ce contrat.
Là où elle fait une erreur à mon avis, c'est quand elle dit qu'il faut rééquilibrer. Mais je ne crois pas que le rôle de la Région soit de rééquilibrer. C'est une erreur, elle doit aider au développement. Elle ne doit pas chercher à rééquilibre car elle n'y arrivera pas. On ne rééquilibre pas l'économie, on l'accompagne.

Dijon sera une base-arrière de Paris 2024 ?
Oui, on a un Creps, et surtout un directeur, Pascal Bonnetain, qui est très connu du monde sportif. On a des installations exceptionnelles, et même en face la piscine olympique, on n'est pas loin de Paris, donc je pense que c'est une belle carte à jouer. Et la Région joue le jeu avec nous là-dessus, et le département aussi je suppose, il faut s'y mettre tous.

Propos recueilli par Nicolas Richoffer