samedi 23 février 2019
Questions à...
Le président de la fédération de commerçants Shop In Dijon multiplie les rendez-vous à tous les échelons politiques pour obtenir de l’aide. Il tire la sonnette d’alarme : «si le mouvement des Gilets Jaunes perdure, ce sera une catastrophe». «On est en moyenne à moins 40% de chiffre d’affaire en décembre et janvier» confie-t-il dans une interview à Infos-Dijon.
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ACTE 13 DES GILETS JAUNES À DIJON : 2500 manifestants au plus fort de l’après-midi, des affrontements avec la police municipale au Palais des Ducs

09/02/2019 23:42Imprimer l’article
Aucun blessé n’a été pris en charge par les pompiers ce samedi 9 février. Mais la tension est lourdement montée place de la Libération. Rue de la Préfecture, des manifestants ont tenté d’utiliser une voiture stationnée comme bélier contre le barre-pont de la police.
Les samedis se suivent mais ne se ressemblent pas tous à Dijon, depuis le 17 novembre. Ainsi, deux faits inédits ont marqué cet acte 13 : des heurts assez violents tout d’abord, place de la Libération, entre des manifestants et des agents de la police municipale et de la SIG, et, plus tard, l’usage d’une voiture stationnée inopportunément rue de la préfecture comme un bélier sur le barre-pont de la police, en vain puisque le véhicule est venu s’encastrer contre une devanture de magasin.

«Benalla en prison»


Avant cela, il y avait encore du monde dans la rue à Dijon pour cet acte 13. Selon un comptage des Gilets Jaunes, ils étaient un millier au départ de la place place de la République, à 14h40. Mais ils étaient 2500, une heure plus tard, quand la manifestation se trouvait dans le quartier Montchapet après avoir occupé les voies SNCF en gare de Dijon pendant une vingtaine de minutes. Puis le chiffre, toujours selon les Gilets Jaunes, était retombé à 1300 vers 16h30 quand les manifestants se sont arrêtés devant la maison d’arrêt de Dijon, aux cris de «libérez Christophe» (Dettinger ndlr) et de «Benalla en prison».

Deux cortèges et une déambulation pacifique


Jusque là, et cela durera encore un peu, la manifestation s’était déroulée dans le calme, et même dans les sourires. Deux points de rendez-vous avaient été donnés : une petite centaine de Gilets Jaunes étaient partis du Zénith et un millier, donc, de la place de la République.
Dans le nord de la ville, le petit cortège s’est d’abord invité dans le centre commercial de la Toison d’Or, entrant par le coté tram et ressortant par l’opposé, sans dégradation. Puis il s’est dirigé vers la Maison des Entreprises, le siège du Medef, et vers les locaux de France 3 Bourgogne, avant de redescendre la ville par les petites rues en direction du centre, pour retrouver le groupe principal.

Marseillaise sur les voies SNCF


Le groupe de la place de la République, lui, a attendu 40 minutes après l’heure de rendez-vous pour décoller. Direction la gare SNCF par le boulevard de la Trémouille et la place Darcy, où il n’y a pas eu de halte. L’objectif était bien, comme ça a déjà été plusieurs fois le cas, d’investir brièvement les voies de la gare SNCF, le temps d’y crier quelques slogans et d’y chanter une marseillaise, puis de repartir tranquillement.

La déambulation s’est ensuite poursuivie par la rue Guillaume Tell et la rue de Montchapet, jusqu’à l’avenue du Drapeau, où les deux groupes se sont réunis, avant de prendre la direction de la place du 30 octobre. À noter un léger moment de tension avec un chargé de sécurité de l’Intermarché de l’avenue du Drapeau, mais sans conséquence ni violence autre que verbale. Après un passage place Jean Bouhey puis place du 30 octobre, le cortège s’est donc retrouvé devant la maison d’arrêt.

Devant la prison, un mur et rien d'autre


Là, malgré les slogans criés, quelques pétards et feux d’artifice lancés et deux ou trois poubelles incendiées juste devant la porte de la prison, l’administration pénitentiaire n’a tout simplement pas réagi ni même montré un seul cheveux d’un de ses agents. Une non réaction qui a eu l’effet escompté : au bout d’un petit quart d’heure, les Gilets Jaunes sont repartis tranquillement par la rue d’Auxonne en direction du centre-ville. Cette attitude du personnel de la maison d’arrêt apparaît d’autant plus exemplaire quand on la met en perspective avec ce qui se produira quelques dizaines de minutes plus tard place de la Libération…

La police municipale dégaine une lance à eau


Quand les Gilets Jaunes sont arrivés devant la mairie, ils ont pu voir, dans la cour d’honneur au portail soigneusement fermé, des policiers municipaux et des agents de la SIG bien alignés, leur faisant face à une quinzaine de mètres en retrait derrière la grille. Mais on le sait, c’est ce genre de face à face qui, depuis treize samedis maintenant, a le don d’exciter les Gilets Jaunes. Quelques projectiles, pétards et feux d’artifices ont alors été jetés dans la cour, provoquant une réaction pour le moins étrange des policiers municipaux et agents de la société privée, sans doute par inexpérience du maintien de l’ordre : tandis que la police municipale se saisissait de la lance à eau d’un camion de nettoyage pour repousser les manifestants, pourtant maintenus à l’écart par la solide grille de la mairie, les agents de la SIG ajoutaient à l’eau dotée d’un produit bleu/vert (expulsée par des extincteurs) des jets de bombes lacrymogènes qui n’ont pas vraiment eu l’effet escompté.

Le directeur des services prend les choses en main


Habitués au matériel bien plus puissant de la police nationale et de la gendarmerie, les Gilets Jaunes n’ont que très peu reculé. Usant de divers objets comme de boucliers contre le jet qu’ils recevaient en continu pendant de longues minutes, un certain nombre d’entre eux est même revenu au contact. On a vu un agent de la SIG faire usage d’une matraque à travers la grille, tandis que la tension était à son comble et que seule ladite grille empêchait la scène de se transformer en une véritable bataille rangée. Plus surprenant encore, on a même vu Philippe Berthaut, directeur général des services, venir en personne se saisir de la lance à eau comme si cela pouvait avoir le moindre effet.
Non, le maintien de l’ordre public n’est décidément pas le fort de policiers municipaux et agents de sécurité épaulés par un directeur général des services. Tout cela était inutile et, autant le dire, parfaitement évitable.

La police nationale siffle la fin de la partie


C’est d’ailleurs la police nationale qui a mis tout le monde d’accord en arrivant sur la place. Elle n’a pas eu à faire usage de la moindre arme ni même de gaz lacrymogène. Sa simple présence a provoqué la dispersion quasi instantanée des manifestants, qui ont alors pris la direction de la place de la République.

Une voiture poussée en direction du barre-pont


Là, la situation était tendue, mais globalement plus calme que lors des actes précédents. Il y a bien-sûr eu des jets de projectiles divers sur les forces de l’ordre situées derrière le barre-pont, et quelques feux d’artifice, mais de manière moins soutenue que lors de précédents samedis. Mais ce qui a fait office de goutte d’eau pour faire déborder le vase, ce qui a provoqué l’assaut des forces de l’ordre, c’est quand des manifestants ont poussé une voiture, inopportunément garée ici, en direction du barre-pont. Il s’agissait de s’en servir de bélier pour faire reculer la grille, mais la voiture n’est pas arrivée jusqu’à son objectif. Elle a fini sa course contre la boulangerie pâtisserie, dont l’encadrement de porte a été abîmé.

Trois interpellations


La suite, elle, a ressemblé à ce qu’on a pu voir lors des actes précédents. Policiers et gendarmes ont remonté la rue, dispersé et repoussé les manifestants sur l’avenue du drapeau en tirant des grenades lacrymogène notamment, jusqu’à la place Général Estienne. Il était un peu plus de 18 heures, et la manifestation allait se terminer ainsi.
La préfecture fait état de trois interpellations et de zéro blessé, chiffre confirmé par les street médics (au delà de quelques bobos) durant cet acte 13, qui n’aura finalement porté malheur à personne.
Nicolas Richoffer
Photos Jean-Christophe Tardivon, Alix Berthier et Nicolas Richoffer

Cliquez ici pour voir nos vidéos de l'acte 13


Photos Nicolas Richoffer :




























Photos Alix Berthier :

















Photos Jean-Christophe Tardivon :

 
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