mardi 25 juin 2019
Les conditions météorologiques actuelles sont favorables à la pollinisation des graminées, espèce fortement allergisante, explique Atmo.
Questions à...
A l’issue d’une saison régulière historique en Jeep Elite avec la 3ème place au classement pour la JDA Dijon Basket et à l’approche du premier tour des playoffs, l’entraîneur Laurent Legname fait le point avec Infos-Dijon sur la réussite de son équipe ainsi que ses forces pour poursuivre l’aventure. Entretien.
> Dijon > Dijon

CULTURE : Le passé antique et médiéval de Dijon à découvrir lors des Journées nationales de l'archéologie

14/06/2019 03:19Imprimer l’article
Située à la croisée des sciences humaines et des sciences exactes, l'archéologie étudie les traces matérielles des civilisation, de la préhistoire à l'époque contemporaine. Exemple avec les fouilles préventives menées par l'INRAP sur le chantier de l'ancienne clinique Sainte-Marthe, un site exceptionnellement ouvert au public ce dimanche 16 juin.
Depuis dix ans, les Journées Nationales de l'Archéologie (JNA) sont organisées par l'Institut National d'Archéologie Préventive (INRAP) sous l'égide du ministère de la Culture. Ces JNA invitent un large public à découvrir les coulisses de la discipline par des activités ludiques, des rencontres et des visites avec les chercheurs ainsi qu'au travers d'expositions, de reconstitutions, de projections, de manipulations en laboratoire... Les dixièmes JNA ont lieu du 14 au 16 juin partout en France (vers le site des JNA).

«Une fenêtre sur le passé»


Certains chantiers de fouilles en cours seront exceptionnellement ouverts au public avec des animations. Ce sera le cas ce dimanche du chantier de fouilles préventives avant que n'ait lieu l'opération de construction immobilière sur le site de l'ancienne congrégation hospitalière Sainte-Marthe. Sur un espace de 4.000 m², c'est l'une des plus grandes opérations effectuées au cœur de Dijon à ce jour. «C'est une fenêtre particulièrement intéressante sur le passé» aux yeux de Laurent Vaxelaire, le directeur de l'INRAP Bourgogne-Franche-Comté qui voyagerait volontiers dans le temps. À défaut de ce type d'exploration, pour les visiteurs des JNA, c'est une véritable opportunité de découvrir un pan important et méconnu de l'histoire de la ville, de la période antique à l'époque moderne.

Situés en face de l'actuelle préfecture, ces vestiges gallo-romains renvoient aussi à la ville antique du haut Empire romain dont il marque l'extrémité nord (du Ier au IIIème siècle de notre ère). Pour l'INRAP, ces travaux «offrent donc une occasion sans précédent d'enrichir la connaissance de l'histoire du secteur, au-delà des limites du castrum et de présenter au public des vestiges diachroniques» [NDLR : qui concernent l'évolution des faits dans le temps].

Bien que les fouilles ne se termineront qu'à la fin du mois, les visiteurs pourront déjà noter des traces en creux indiquant la présence ancienne de bâtiments en matériaux périssables aujourd'hui disparus (poteaux, sablières basses...) et des structures excavées (fossés, puits, caves...). Des zones d'artisanat ont déjà été identifiées avec la découverte de marques d'activité de forge. La mise au jour d'un large fossé laisse penser aux archéologues qu'il y a eu à l'époque antique la nécessité de drainer ce secteur de la plaine alluviale de Dijon.

Sur cet espace se concentrent les restes des activités humaines qui se sont succédées dans le temps. D'anciens silos à grains dateraient du Haut Moyen Âge (entre le VIème et le IX siècle). Des architectures rudimentaires signent les XIIème et XIIIème siècles. Des bâtiments plus riches semblent être apparus à la fin du Moyen Âge. Des restes d'artisanat basé sur l'utilisation d'os d'animaux sont attribués au XIVème siècle.

En 1622, s'implante le couvent des Visitandines dont le jardin est la principale zone de fouilles en cours. Le grand cloître du XVIIème est inscrit aux monuments historiques et sera conservé pour être intégré au futur projet. Les Sœurs de la communauté Sainte-Marthe reprennent par la suite le couvent. Elles fondent une clinique moderne au début du XXème siècle.

«Une symbiose de plusieurs artisanats»


Les fouilleurs remontent dans le temps au fur et à mesure qu'ils creusent. Ils partent des terres du jardin du couvent, arrivent à des terres de jardins de maison du XVème siècle, passent par de la terre brune du XIIIème siècle où l'on retrouve très spécifiquement les restes d'artisanat d'os de bœuf.  Comme l'explique Stéphane Alix, archéologue de l'INRAP supervisant les recherches, «souvent, que ce soit dans l'Antiquité ou au Moyen Âge, on retrouve dans les villes une sorte de symbiose entre plusieurs artisanats. C'est à dire qu'il est probable que si vous avez un atelier de gens qui fabriquent des objets en os à cet endroit-là, il y a fort à parier que dans les alentours vous ayez un boucher (…) ou vous avez souvent également des tanneries (…) et même de la forge parce qu'on peut se servir de certains éléments d'animaux, des cornes, dans le travail du fer comme fondant». De l'économie circulaire médiévale en somme.

Quant on creuse encore plus, le sol en graviers blancs de l'époque romaine se dévoile. Prospectées par les archéologues, ces accumulations de sols sont naturelles ou procèdent de remblai volontaire. Un fossé peut être comblé pour aplanir un secteur. Une zone peut être abandonnée pour redevenir de la prairie (cas du site au IIIème siècle) et le sol s'accumule naturellement. Après une reconstruction de bâtiment sur lui-même, on aplanit encore les déblais ce qui fait remonter d'un niveau supplémentaire. Plus tardivement, on a pu faire des apports volontaires de terre fertile pour «amender des jardins urbains» comme le détaille Stéphane Alix. Les terres variant sensiblement de couleur suivant les apports ou les déconstructions.

L'archéologie préventive impacte l'organisation de l'aménageur


Le matériel de l'archéologue va de la mini-pelleteuse jusqu'au pinceau à dépoussiérer. Pour cadrer avec le calendrier de l'aménageur, un petit engin de chantier est utile. L’État prescrit un délai minimum lié à la complexité des fouilles, le phasage est ensuite négocié entre l'INRAP et l'aménageur. Pour Gilles Toulon, directeur de programmes chez Vinci Immobilier, il y a une coactivité qui «a un impact sur l'organisation globale du chantier. Cela se mesure et cela se programme sur un site qui est assez contraint en centre-ville avec un seul accès».

Sur ce chantier travaillent huit équivalents temps plein durant quatre mois avec quelques interruptions. Les fouilleurs sont tous des employés de l'INRAP, avec parfois des stagiaires de l'université. Pour toutes ses missions, l'INRAP BFC mobilise en tout une centaine d'archéologues (dans toute la France, l'INRAP emploie 2.000 personnes, fonctions administratives comprises, dont 46 % de femmes).

«Un mélange de populations et de générations»


C'est le principe de l'archéologie préventive : s'il n'y avait pas une opération immobilière, on ne fouillerait pas avant sa réalisation (retrouver notre article sur la découverte d'un trésor lors de fouilles près de Saint-Bénigne). Le projet de reconversion des bâtiments de l'ancienne clinique Sainte-Marthe est porté par Édifipierre et Vinci Immobilier, sous l'appellation marketing de «Faubourg Sainte Marthe». «C'est un projet qui vise à refabriquer un petit quartier avec un mélange de populations et de générations» selon Pascal Pagand, directeur général d' Édifipierre Bourgogne-Franche-Comté. Pour «conserver des traces du passé et mixer finalement l'arrivée de constructions nouvelles» seront reconvertis deux bâtiments anciens et aménagés cinq bâtiments neufs sur une surface de 12.500 m², en respectant évidemment la réglementation RT 2012 sur la consommation d'énergie primaire. Se déclineront 95 logements de résidence service pour seniors valides, 64 logements d'habitation haut de gamme et 53 studios destinés aux jeunes. Un niveau de sous-sol comprendra une centaine de places de parking.

Les visiteurs des JNA découvriront le site dans sa phase de travaux préliminaires (déconstruction, désamiantage, préparation à la construction future...). Même si ce n'est pas encore prévu, Pascal Pagand «verra s'il y a effectivement lieu à un endroit donné de laisser un petit clin d’œil au passé du site pour la partie la plus prestigieuse. On attend déjà d'avoir une connaissance globale des vestiges pour pouvoir superposer les vestiges retrouvés avec les plans d'infrastructure du projet». Il reste deux bâtiments à déconstruire.

Les travaux de terrassement devraient démarrer dans l'été 2019 pour une livraison fin 2021. Sur les 212 logements, certains sont encore disponibles. Aux yeux de Pascal Pagand, «les fouilles vont donner de l'authenticité à un achat, aussi bien dans les bâtiments réhabilités que dans les bâtiments neufs. C'est l'achat d'un produit de centre-ville sur un site historique qui a révélé, comme on s'y attendait, des traces du passé qui remontent sur plusieurs siècles».

Jean-Christophe Tardivon

Tous les rendez-vous des JNA ici

Journée portes ouvertes du chantier de fouilles
Site de l'ancienne clinique Sainte-Marthe
Accès par le 38 rue Jean-Jacques-Rousseau à Dijon
Prévoir des chaussures adaptées (baskets, bottes...)
Visites guidées, rencontres, animations
Dimanche 16 juin
10h-12h et 13h-17h
Entrée libre