jeudi 14 novembre 2019
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CULTURE : «On peut déposer quelque chose de modeste mais d’efficace dans le paysage d’un enfant»

13/10/2019 10:09Imprimer l’article
À la Minoterie - scène conventionnée Art-Enfance-Jeunesse - engagée dans l'éducation artistique, la saison 2019-2020 s’est lancée sous le signe du renforcement de l’identité de la structure culturelle. Mais aussi avec l’envie de travailler à se réinventer, tout en continuant à enchanter le jeune public, de plus en plus de public au-delà des appréhensions. Le point avec Christian Duchange, directeur de la Minoterie.
La Minoterie et l’Artifice (compagnie de Christian Duchange dont il est metteur en scène notamment) ne font bientôt plus qu’un, non ?

«Effectivement, en cette rentrée, c’est la dernière création artistique au nom de l’Artifice («Comme si nous… l’assemblée des clairières»). Ça correspond quand même à 30 ans de compagnie mais c’est assez judicieux de poursuivre en ce sens-là, avec la possibilité de créer au nom de la Minoterie et surtout d’avoir une seule identité, pour plus de clarté. On va alors produire des spectacles en faisant confiance à d’autres metteurs en scène que seulement moi-même. L’idée est de se frotter à des artistes et à des cultures, une manière de confronter les points de vue. Des projets sont engagés en ce sens.»



N’est-ce pas en même temps une volonté de renforcer la place de la Minoterie dans le territoire ?

«C’est l’autre aspect de la dynamique. On réfléchit à ce que le lieu soit ouvert et traversé, par des publics locaux avec moins d’appréhensions dans le fait d’assister à des spectacles, de pousser les portes d’un lieu culturel. On a encore du boulot à faire. Il y a des lieux qui restent encore clivants en France, malgré que des gens habitent juste en face. Il y a des gens qui se mettent des barrières».

Le lancement cette saison des «Rendez-vous pour goûter» (un mercredi par mois) sont des invitations en ce sens-là, non ?

«On essaie de faire des propositions qui soient plus légères, plus souples, pour donner envie au gens de pousser nos portes. Les aménagements sur le parvis s’inscrivaient dans cette démarche. On va continuer, tout en réfléchissant au sein de notre conseil d’administration élargi à la question d’un tiers-lieu. Les grosses institutions culturelles ne changeront pas mais des lieux comme le nôtre peuvent se poser la question d’en être un.
Sans forcément se mettre une étiquette, sans lâcher nos désirs artistiques, la confrontation du plus grand nombre à la question artistique, c’est vrai qu’il faudrait trouver de nouvelles méthodes pas forcément classiques. On voit par exemple que toutes les actions de sensibilisation, la gratuité des musées qui reste super, ne portent finalement pas assez leurs fruits. Il faut aussi créer le désir d’aller au musée, d’aller au spectacle.
L’enjeu est de ne pas perdre notre âme, notre coeur artistique tout en variant les offres pour que les gens entrent plus facilement. Au point pourquoi pas de proposer des activités totalement extérieures à nos missions. Du roller dans le hall de la Minoterie par exemple. Quelque part, c’est faire vivre le lieu, permettre au grand public de se l’approprier d’une autre manière et de revenir une autre fois pour lire un livre. Sans trahir nos coeurs de métiers, il faut se réinventer.»

Encore cette saison, on peut remarquer que la Minoterie tient à s’appuyer sur des partenariats multiples avec d’autres structures du territoire…

«On poursuit cela. La Minoterie ne doit pas être isolée et la question du jeune public ne doit pas être enfermée entre quatre murs. Car plus il y a de lieux spécialisés, plus c’est paradoxal puisqu’il y a un aspect d’isolement. C’est donc important de continuer à s’ouvrir, d’être attentif aussi à ceux qui veulent faire une offre pour le jeune public. C’est le cas de La Vapeur, de Zutique Productions avec qui on a collaboré sur le Samedi Minotone. Ce sont des partenariats et des échanges gagnants-gagnants.»

Pour revenir aux missions premières de la Minoterie, pouvons-nous avoir une idée de l’activité artistique développée cette saison ?

«Nous accueillons cette saison 23 compagnies, 26 avec celles dans les écoles du territoire. On va être obligés de se poser la question de l’adéquation entre le projet et l’équipe, c’est à dire entre le projet et le budget…
Ce que les politiques ont du mal à comprendre, c’est que nous sommes un lieu où le personnel est beaucoup plus nécessaire que dans d’autres lieux, dans la mesure où le travail de médiation est plus important que dans d’autres lieux plus classiques. C’est aussi là que tout se joue, sur la force de l’équipe. Et on estime que deux personnes de plus ne seraient pas du luxe.
Nous sommes aujourd’hui 8 etp, dont 7 postes administratifs et un seul poste artistique qui est le mien. On trouve des compagnonnages mais ça pourrait être des échanges plus solides avec plus de moyens. Par exemple, cette année, nous avons décidé de laisser tomber le projet de résidence longue, qui pouvait nous voir accorder 10.000 euros à une compagnie dans l’accompagnement d’une création, plus 10.000 euros consacrés à des actions culturelles de celle-ci sur le territoire de la Côte-d’Or.
Cela dit, on ne reste pas les mains dans les poches et on essaie de développer le lieu, au travers notamment du mécénat. Un premier mécénat avec les cycles Lapierre est fort intéressant. Au-delà des dotations récupérées, ce sont des salariés d’une entreprise privée qui ont découvert et apprécié le lieu».

Quelques mots pour terminer sur l’invitation à l’imaginaire et à la poésie lancée en préambule de cette saison ?

«C’est un réel enjeu. Il y a une industrie culturelle importante avec le cinéma, un art et une industrie en même temps… Des lieux comme les nôtres ont quelque chose d’homéopathique. On peut déposer quelque chose de modeste mais d’efficace dans le paysage d’un enfant. Donner l’opportunité de voir comment les artistes travaillent, c’est aussi faire prendre conscience que tout n’arrive pas par un claquement de doigts. C’est important de revenir sur processus artistique autant que sur le produit. On en revient à l’éducation artistique.
Quant à l’imaginaire et au rêve, ça permet de s’évader des angoisses de l’avenir mais pas simplement comme fuite, plutôt comme élément de construction du réel. Je pense que l’imaginaire a une fonction motrice sur la construction du réel, dont le sens où on ne peut pas viser autre chose que ce qui est réel sans imaginaire. C’est vrai par exemple dans les inventions scientifiques, dans le désir d’aller sur la lune… Si l’imaginaire quotidien n’est pas à l’oeuvre, ou trop stéréotypé, l’émancipation de l’individu n’est pas possible.»

Propos recueillis
par Alix Berthier

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