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DIJON CONGREXPO : «Quelle condescendance» répond Jean Battault à François Rebsamen

02/02/2019 07:52Imprimer l’article
Le président de l’association organisatrice de la foire réagit au renouvellement compliqué de la délégation de service public qui vient d’être votée en conseil municipal, et ne mâche pas ses mots à l’attention du maire, qui avait déclaré que la foire perd des visiteurs parce que «ça sent le graillon».
Le nouveau contrat de délégation de service public (DSP) qui lie la mairie de Dijon à Dijon Congrexpo pour l’exploitation du Parc des Expositions et du Palais des Congrès a été validé lundi en conseil municipal après des tractations tendues, qui ont même dépassé le délais prévu. C’est reparti pour 4 ans, contre 7 lors de la précédente délégation.

Dès son discours d’inauguration de la foire, le 1er novembre, le maire, François Rebsamen, avait tenu des propos qui laissaient planer le doute sur l’avenir de la relation entre la Ville et Dijon Congrexpo. Mais l’association était la seule à avoir répondu à l’appel d’offres. Le fond du problème est, évidemment, une question d’argent. Mais pas seulement.

En cette fin d’année, à diverses occasions, le maire a expliqué qu’il souhaitait que la redevance annuelle soit revalorisée. «Elle était de 260.000 euros, et je souhaitais qu’elle monte à 450.000 euros» expliquait-il lundi à l’occasion du conseil municipal. «Nous avons finalement trouvé un compromis à 300.000 euros». Le droit d’entrée est par ailleurs de 1,4 millions d’euros et en contrepartie, la Ville, propriétaire des lieux, s’engage à rembourser à l’association la valeur nette comptable des biens non amortis.
Mais surtout, François Rebsamen s’était montré très dur, accusant notamment la foire de perdre des visiteurs «parce que ça pue, ça sent le graillon». Il reproche à Dijon Congrexpo de ne pas avoir suffisamment fait de travaux au Parc des Expos, et aussi de vouloir construire un nouveau site, en périphérie, ce que François Rebsamen refuse : «C’est une chance pour Dijon d’avoir ce lieu en centre-ville».

Ce vendredi, maintenant que cette affaire est tassée, Jean Battault, le président de Dijon Congrexpo, est revenu sur cette affaire et notamment sur les propos de François Rebsamen qu’il juge «condescendants». Il a longuement donné sa vision des choses, et appuyé sur le fait que l’association et la ville ont des visions opposées selon quasiment tous les points de vue. Il pointe notamment «des bâtiments à bout de souffle» : «si le maire ne veut plus que «ça pue», il n’a qu’à, en tant que propriétaire, faire installer l’aération».

L’intervention de Jean Battault, président de Dijon Congrexpo :


«La première fois que le mot gastronomie a été prononcé à Dijon,

c’était à l’occasion de la création de la foire de Dijon»


Il y a deux initiatives qui ont transcendé le temps en Bourgogne : la foire internationale et gastronomique de Dijon et la Confrérie des Chevaliers du Tastevin. Créées et gérées par des chefs d’entreprise et selon leurs méthodes, basées sur le bénévolat, elles sont aujourd’hui les meilleurs vecteurs de la Bourgogne et le meilleur moyen de promotion de ses produits alimentaires et touristiques.

La Foire de Dijon a été créée au début des années 20 et dix ans après, 60% de ses membres créaient la Confrérie.

La première fois que le mot gastronomie a été prononcé à Dijon, c’était à l’occasion de la création de la foire de Dijon ; à cette époque seuls deux noms témoignaient du talent culinaire en Bourgogne : Racouchot à Dijon et Dumaine à Saulieu.

La foire de Dijon avait donné lieu à l’époque à la création d’une société anonyme dont les plus grands noms de l’industrie agroalimentaire de Dijon faisaient partie du tour de table.
Je vous épargne les péripéties d’une organisation toujours à la recherche de ses financements mais ardemment soutenue par ses membres à tel point que l’histoire raconte que le président avait demandé un chèque en blanc à chacun des membres en prévision d’un comblement de passif qui ne s’était pas révélé nécessaire, c’est vous dire leur implication.

Il n’y a pas eu d’édition de la foire sous l’occupation et cette dernière renaît au début des années 50 sous une forme associative. Dans les années 60, l’association construit avec ses fonds les bâtiments actuels mais sur autrui, à savoir un terrain municipal.

À la fin des années 90, les dispositions de la loi Sapin nous obligent à céder nos bâtiments à la Ville et nous imposent une procédure de DSP, le montant de cette cession a constitué la base de nos hauts de bilan.

«Notre ambition est simple : assurer la pérennité et le succès de la Foire»


En 2000 au départ concomitant de Jean Valentin et de Robert Poujade, j’ai été élu Président et Yves Bruneau nommé Directeur Général ; notre ambition était simple : assurer la pérennité et le succès de la Foire grâce à une gestion optimisée, les résultats constants depuis cette date en témoignent.

Lors de la construction des bâtiments, nous avions ajouté à nos activités la création et l’exploitation d’un palais des congrès, ce qui ne nous avait pas empêché de multiplier des manifestations aux succès avérés : Florissimo, le salon des antiquaires, le salon de l’habitat puis tout récemment Auto Moto Rétro.

Un palais des congrès est structurellement déficitaire, il se positionne dans un marché national et international hyper concurrentiel, toute l’astuce a consisté à combler ce déficit de fonctionnement du palais des congrès par l’excellente rentabilité de la Foire.

Depuis quelques années, nous avons réussi à rendre l’activité du palais des congrès profitable. Vous imaginez l’effort commercial que cela représente pour un palais des congrès qui n’a pas la mer comme à Cannes, la montagne comme à Megève ou l’attraction d’une ville comme Paris !

Notre principale attractivité est le Clos Vougeot, chaque congrès a une soirée de gala, le cadre unique et historique du Clos Vougeot est un véritable atout, l’histoire renouvelle le lien entre nos deux associations.

Lorsque Robert Poujade a décidé de doter Dijon d’un ensemble cohérent composé d’un auditorium de grande qualité et d’un palais des congrès moderne, cet ensemble a été voulu dans un esprit de symbiose. Pour faire l’économie d’une salle de répétition, notre salle de réunions plénières est mise à disposition dans des conditions avantageuses au service de l’auditorium et en réciprocité pour les congrès de grande dimension, nous pouvions bénéficier de l’auditorium à des conditions avantageuses, sauf que cela n’a pour ainsi dire jamais fonctionné du fait des dirigeants de l’auditorium, privant Dijon de nombreux congrès nationaux d’importance. Dans le même temps l’auditorium préférait l’ancienne salle des rotatives du Bien Public aux qualités acoustiques internationalement reconnues.
Que de gâchis !

«Nous assurons le rayonnement de la ville»


Dans la situation actuelle, nous sommes sûrement le seul cas en France d’un palais des congrès/parc des expositions géré par des personnes bénévoles. Je ne suis pas salarié, ni indemnisé, encore moins défrayé comme tous les membre de notre assemblée, de notre conseil d’administration ainsi que de notre comité ; nous vivons de nos ressources et non pas de la subvention publique, nous versons une redevance à la mairie (300 000 €), nous entretenons le patrimoine municipal à nos frais (100 000 € par an), nous assurons le rayonnement de la ville, de l’agglomération, du département et de la grande région, pour mémoire la foire internationale et gastronomique est le premier événement populaire et économique de Bourgogne Franche-Comté.

Ceci dans des bâtiments à bout de souffle, aux accès difficiles, avec un déficit de parking pour nos exposants ; je n’évoquerai pas les difficultés de nos visiteurs à se garer à proximité du parc des expositions. Le bâtiment du parc des expositions n’est pas aux normes handicapés, sa verrière n’est plus étanche, il n’est pas chauffé (limitant drastiquement son usage), les sols sont instables, occasionnant des pertes d’eau des canalisations enterrées, cela n’est pas digne d’une ville comme Dijon aux prétentions internationales et écologiques.
Dijon est la 17e ville de France, l’agglomération dijonnaise la 25e , la Foire internationale et gastronomique la 6 e de France : cherchez l’erreur!
La presse m’a rapporté des propos qui m’ont véritablement sidéré !

Les réponses aux propos de François Rebsamen :


«La foire pue»


Selon l’adage : nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes : le délégant a à sa charge le bâti et le couvert !
Cette réflexion est plus que désobligeante, elle est insultante pour les 160 000 visiteurs qui aiment à se retrouver à la foire ! Cela rappelle ces Français qui roulent en diesel et fument des cigarettes, quelle condescendance !
Cela consiste à marquer un but contre son camp en dénigrant le premier événement populaire et économique de la grande région.

Pour mémoire, le chiffre d’affaire indirect de la foire est de 6 millions d’euros, correspondant
à 600 exposants, 4 personnes/stand en moyenne, soit 2 500 personnes sur 12 jours dépensant 200 €/jour pour se loger et se restaurer.
Le chiffre d’affaire direct est évalué à 32 millions d’euros, sachant que le panier moyen par visiteur est de 200 € (de la gaufre à 5 € à la cuisine à 10 000 €.)

La foire donne également un véritable coup de fouet à l’emploi en faisant travailler en tant que prestataires de service ou sous-traitants 25 entreprises, TPE et PME locales auxquelles il convient d’ajouter quelques dizaines d’ETP, CDD ou intérimaires recrutés spécialement pour la Foire sur des emplois de techniciens, guichetiers ...

«L'âge du capitaine»


Je suis né la même année, le même mois, la même semaine que M. le Maire de Dijon, j’ai bien conscience de tout ce qui nous sépare sur le plan intellectuel ; malgré ce lourd handicap pour moi, je pense que s’il est capable de gérer notre ville, je dois pouvoir gérer cette association.
J’ajouterai qu’il m’arrive encore fréquemment de faire un doublé de perdreaux ou de cueillir un sanglier au saut de la ligne pour ceux qui, bien obligeamment, s’inquiéteraient de mon état de santé physique !

«Fleurs coupées» à Florissimo


Je recommande à M. le Maire de se rapprocher des services de la Ville qui contribuent largement au succès de cette manifestation, toutes les fleurs présentées sont soit en pots soit plantées dans des massifs et replantées par la suite ; par contre, ce qui n’est pas écologique, c’est la noria de voitures qui tourne autour du parc des expositions à la recherche de places de parking qui n’existent pas.

Perte de visitorat


Les longs travaux du tram ont dissuadé nos visiteurs venant du nord du département et de Haute-Marne, cette clientèle a été perdue à jamais !
Malgré cela et comme déjà évoqué, nos 160 000 visiteurs nous positionnent en 6 e place des foires de France !

Négociation de la redevance


Lors de la précédente convention, cette dernière était de 260 000 €/an, l’appel d’offre stipulait + de 260 000 €, nous avons lors de notre première offre proposé 261 000 € en situation de candidat unique, nous satisfaisions ainsi aux exigences minimales de la mairie. Si la Mairie avait désiré plus, elle avait la latitude pour fixer un montant supérieur dans l’appel d’offre.

Quatre ans pour une DSP


Il faut en moyenne entre trois et quatre ans pour obtenir un congrès, une durée de convention limitée à quatre années ne correspond pas au rythme de notre activité ; si l’intention de la Mairie est de ne pas nous reconduire à l’issue de la présente convention, je ne vois pas comment nous allons pouvoir démarcher, engager de l’argent et prendre des accords avec des organisateurs de congrès pour la période qui excède ces quatre années.

Options pour le futur


Il est clair que l’actuel parc des expositions, compte tenu de sa vétusté, de sa surface, notamment en parking, de son absence de chauffage ne correspond plus à l’usage actuel.
Que faire ? Le réhabiliter comme le pense la Mairie, cela n’en augmentera pas les surfaces, la longueur des travaux fera perdre une ou deux éditions de la foire, la conséquence immédiate sera la perte du visitorat et la désaffection des exposants sollicités de par ailleurs.
La seule solution est la construction d’un nouveau parc des expositions déconnecté du palais des congrès en bordure du périphérique de Dijon avec un accès de proximité par le tram ; cet emplacement existe, nous le connaissons.
Le palais des congrès a vocation à rester là où il est, son état est largement suffisant pour de nombreuses années, il suffit de lui adjoindre un hall d’exposition pour recevoir certains congrès/expositions. Pensez au machinisme agricole, des moissonneuses batteuses, cela prend de la place, le restant du terrain vendu à des fins d’urbanisation rapportera compte tenu de sa situation géographique largement de quoi équiper ce nouvel ensemble de palais des congrès.

La vraie question qui demeure est : pourquoi quatre ans ? Quel est le plan de la mairie ? Il s’agit d’un équipement majeur qui engage la communauté à très long terme. Comment pouvons-nous ignorer les projections de la Mairie ? L’âge du capitaine ne doit pas interdire de prévoir l’avenir !

N.R.
Photos Nicolas Richoffer