jeudi 22 août 2019
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DIJON : L’espoir d’un bail précaire au squat de l'avenue de Stalingrad

23/08/2018 19:34Imprimer l’article
C’est ce que souhaitent les migrants ayant investi le bâtiment en fin de semaine dernière. Le Collectif de soutien aux demandeurs d'asile et migrants se joint à leur demande, adressée à l'Etat.
C’est au pied de l’immeuble situé au numéro 41 de l’avenue de Stalingrad que des migrants ainsi que des membres du Collectif, qui les soutient fréquemment et avec conviction, se sont retrouvés ce jeudi en milieu de matinée. Ici, car l’immeuble est occupé par les migrants depuis la fin de semaine dernière. «On a commencé à l’occuper vendredi dans la soirée, et l’occupation a été constatée dimanche par la Police...», confirme Nora.
Rappelons d’ailleurs que suite à l’évacuation du squat de l’ancien hôtel-restaurant «Le XXL» dans le courant du mois de juillet (le 11 juillet dernier plus exactement), un campement avait été aménagé aux Tanneries. Nora, qui fait partie de l’équipe gestionnaire de l'espace, poursuit alors ses explications : «Nous avons ouvert ce lieu avenue de Stalingrad car cela fait plus d’un mois, un mois et demi même, que 80 personnes sont à la rue. On les hébergeait aux Tanneries dans une situation très précaire et difficile matériellement, car ce n’est pas un lieu d’habitation».
Au 41 avenue de Stalingrad, les migrants ont investi 16 logements désaffectés, «au moins depuis deux ans selon les voisins» assure-t-on. Il s’agissait d’habitations réservées aux militaires de la BA 102.

Le «confort» s’installe petit à petit


Malgré l’abandon du bâtiment et quelques signes de celui-ci (invasion de pigeons, absence d’eau potable due à des problèmes de plomberie), les initiateurs du squat avaient noté des conditions matérielles propices à l’installation des 80 migrants, dont la plupart sont en procédures de demande d’asile.
Arrivé en France le 15 novembre 2015, Hassan, 25 ans, originaire du Tchad, a connu des squats à Paris puis à Caen, où il a fait une demande d’asile «toujours en cours». A Dijon, il a vécu dans les deux squats précédents et a donc passé un mois et demi dans le campement aux Tanneries. «Ce n’était vraiment pas un lieu adapté. C’est pour cela que nous sommes venus ici, pour avoir un lieu où pouvoir habiter. J’espère que ça durera longtemps ici», souhaite-t-il.
Maryam est arrivée il y a deux ans sur le territoire français, elle qui est venue au départ du Nigeria. Ayant obtenu un hébergement d’urgence, pour la nuit (au Samu social), l’ouverture du squat lui permet d’être accueillie en journée, avec sa fille de seulement 1 an et demi. «C’est bien, on peut se poser et prendre du temps avec les autres. C’est de toute façon mieux que rien», nous dit-elle.
Au sein de l’immeuble, si l’emménagement n’a pas été simple dans le contexte, les migrants s’organisent et pensent à tous, aux demandeurs d’asile squatteurs permanents, aux familles hébergées la nuit au 115 mais dehors le jour, aux mineurs dont le Collectif de soutien fustige les pressions et autres manigances des administrations (non reconnaissance de leur minorité et absence de protection)… Pour l’heure, les seuls points d’eau se situent au sous-sol, mais la salubrité des logements ne fait pas de doute et le «confort» progresse.
«Ils retrouvent un peu de confort, quelque chose de plus stable et qui peut leur redonner espoir dans l'attente de réponses à leurs demandes d'asile… Il y a une vie qui est en train de se mettre en place ici», apprécie Nora en dépit d'une situation tendue.
L’installation restant temporaire, puisque non protégée et sujette à une évacuation de la part des forces de l’ordre, est souhaitée évidemment plus durable.

«Il y a tout à fait la possibilité de signer un bail précaire»


Benjamin, représentant lui aussi l’Espace autogéré des Tanneries, avance sur la question. «Il y a tout à fait la possibilité de signer un bail précaire. Il suffit de volonté, sachant qu’il n’y a aucun projet actuellement pour ce bâtiment. En cas de bail précaire, les occupants s’engageraient formellement à en prendre soin et le bâtiment serait restitué si un projet venait à se faire. Nous avons une avocate qui est prête à s’engager dans ce processus. Ça permettrait de créer un cadre de confiance. La balle est dans le camp de la préfecture, dans le camp du ministère de la Défense qui en est propriétaire (le bâtiment est géré par CDC Habitat, anciennement la Société nationale immobilière)».
Les défenseurs de ces migrants et de l’ouverture de ce squat appellent l’Etat à prendre en compte la dimension humanitaire de cette action, «au lieu de mettre des personnes à la rue». En prévenant aussi que le campement des Tanneries ne peut perdurer, en raison de la reprise prochaine de la programmation de saison mais aussi parce que, l’automne et l’hiver se profilant, les responsables du lieu craignent des conditions d’insalubrité encore bien pire qu'elles ne le sont déjà.

«C'est un besoin d'utilité publique»


Au nom du Collectif de soutien aux demandeurs d’asile et migrants, Paul Garrigues s’est exprimé : «Les associations sont solidaires. On voit des gens à la rue dans des grandes situations de détresse et on sait le danger que ça représente pour eux. C’est un besoin d’utilité publique d’avoir un lieu comme ça, en lien avec l’extérieur et le tissu associatif local. On va s’adresser à tous ceux qui sont censés représenter l’intérêt publique, que ce soit l’Etat ou bien les élus du territoire». A la mi-journée, le Collectif nous avaient transmis un communiqué affirmant sa position (le relire en cliquant ici).
Aujourd’hui, un dialogue est souhaité avec l’Etat, sur la question on l’a dit de la pérennisation de ce squat en bail précaire. Mais depuis le constat de l’occupation par une personne mandatée par le propriétaire du bâtiment, les migrants n’ont pas de nouvelles... «Soit une procédure d’expulsion est déjà lancée, soit l’Etat fait preuve de raison et est prêt à nous écouter. La grande majorité des migrants, demandeurs d'asile, sont quand même en situation régulière», a-t-on rappelé ce jeudi matin.

Alix Berthier
Photos : Alix Berthier