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DIJON : «Le bon business, c’est pour aider les gens», affirme Muhammad Yunus à BSB

06/03/2019 22:13Imprimer l’article
C’est une journée autour du social business qui était organisée ce mercredi à Burgundy School of Business. Pour en parler, l’école a accueilli un invité exceptionnel en la personne du Professeur Muhammad Yunus, docteur en économie et prix Nobel de la Paix en 2006.
Au bénéfice de ses étudiants, Burgundy School of Business fait en sorte de recevoir des intervenants de marque, de renommée internationale. En novembre, à l’occasion des dix ans du Laboratoire d’expérimentation en sciences sociales et analyses des comportements, l’Ecole supérieure de commerce avait reçu Vernon Smith, l’un des pères fondateurs de l’économie expérimentale et prix Nobel d’économie en 2002.

Le YY Campus Tour fait étape à Dijon


Ce mercredi, BSB créait l’événement en accueillant Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix en 2006, engagé dans la microfinance et le social business.
Une journée «exceptionnelle» selon le docteur Alexandre Asselineau et le professeur Arvind Ashta, qui avait pu établir les premiers contacts avec Muhammad Yunus lors de ses travaux menés dans le cadre d’une chaire en microfinance développée à BSB.
L’économiste bangladais s’est lui déplacé dans le cadre du YY Campus Tour, organisé par le Centre Yunus Paris. Ayant été créé fin 2017 à l'initiative du Professeur, à l'image du Yunus Center fondé au Bangladesh pour répondre aux défis de la grande pauvreté, le Centre Yunus Paris est le centre de ressources permanent du social business en France. Il entend promouvoir une économie à trois zéros : zéro pauvreté, zéro chômage, zéro émissions carbone.
Le campus Dijon-Sambin de BSB était l’un des six campus sur lesquels s’est arrêté le YY Campus Tour.

«L’humain, c’est l’altruisme»


Avant une conférence devant plus de 600 étudiants de l’Ecole au Palais des Congrès durant l’après-midi, c’est par des acteurs locaux de l’Economie sociale et solidaire qu’il a été chaleureusement applaudi.
Muhammad Yunus plaide pour une économie qui profite à l’autre, et non à un business pour faire du chiffre. «Le capitalisme, c’est accepter de se considérer comme égoïste, mais l’humain, c’est l’altruisme», affirme-t-il.
Critique à l’égard du système en place, et pour répondre au constat livré par le club d'investisseurs CIGALES (gestion alternative et locale de l'épargne solidaire) sur le fait que l’argent déposé dans les paradis fiscaux permettrait de réduire la pauvreté dans le monde, il précise aussi : «L’argent n’est pas le problème. Le problème est que l’argent n’est pas connecté à la pauvreté».
Suite à des travaux de recherche en microfinance, c’est en 1976 que le docteur en économie a fondé la Grameen Bank (banque des villages en traduction littérale) au Bangladesh, inspiré par les femmes pauvres et convaincu de leur créativité au quotidien pour vivre au mieux, alors que ces femmes ne pouvaient emprunter aux banques dans le pays. Aujourd’hui, elles représentent 97 % des emprunteurs de la Grameen Bank, spécialisée dans le micro-crédit basé sur des principes d’entraide et de solidarité.
«Il y a un bon micro-crédit et un mauvais micro-crédit. Le mauvais, c’est quand les gens veulent en tirer des bénéfices. Le bon business, c’est pour aider les gens», ajoute-t-il à propos du bien-fondé de la démarche ayant été facteur d’émancipation et de prises de responsabilités des femmes au Bangladesh, «d'une meilleure utilisation des idées et des ressources» glisse-t-il en substance.

«Chacun doit faire le choix de ce système»


Pour Muhammad Yunus, le social business est l’économie utile, celle qui permet de porter des projets créateurs de valeurs.
Delphine Chouvet s’est elle lancée dans la création et le développement de l’association Les Valoristes Bourguignons. Reconnue chantier d’insertion, l’association collecte et recycle les déchets en envisageant d’étendre son champ d’action et ses capacités à recycler tout type de matériau, cela en conservant l’ADN du projet, à savoir permettre un retour progressif à l’emploi à des personnes au chômage en leur proposant de réelles périodes de réinsertion professionnelle.
«La préoccupation de financer pour aider, nous l’avons. Nous aidons environ 22 000 personnes par an et il y a encore de quoi faire. Mais la question également, c’est comment change-t-on d’échelle ? Comment faire que l’impact sociétal soit encore plus important ?», se demande quant à lui Sébastien Morel, directeur régional de l’Association pour le droit à l’initiative économique.
«C’est avant tout un choix individuel, et chacun doit faire le choix de ce système», répète le Professeur Yunus, défendant l’idée que le système évoluera en bien par les initiatives de chacun. «Si nous n’essayons pas, nous n’arriverons à rien. L’environnement ? Il existe des alternatives au plastique qui est l’un des grands enjeux», prend-t-il comme exemple. Concernant les financements, les engagements de groupes tels que Danone (Grameen Dannone Foods au Bangladesh) et, dans une moindre mesure, le programme de soutien SOS Pulse donnent au Centre Yunus des raisons de croire à un modèle économique appelé à se développer encore.

«Si vous ne frottez pas la lampe, aucun génie n’en sortira»


Aux étudiants devant lesquels le professeur s’est exprimé ce mercredi après-midi, à la jeunesse plus généralement, il lance ce message : «Je veux leur dire qu’ils ont un pouvoir extraordinaire, plus que jamais auparavant avec les nouvelles technologies. Moi, j’écrivais à la main à leur âge et j’envoyais des courriers en les mettant dans des enveloppes… Si vous ne frottez pas la lampe, aucun génie n’en sortira».

Alix Berthier
Photos : Alix Berthier