lundi 09 décembre 2019
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DIJON : Le maire parle investissement, des habitantes l'interrogent sur la sécurité

04/12/2019 03:36Imprimer l’article
Avant le vote du budget 2020 en conseil municipal, François Rebsamen anime des réunions pour présenter les orientations budgétaires. Des réunions où les citoyens peuvent poser des questions directement. Plusieurs femmes ont interpellé le maire au sujet de présumés trafics de drogue au centre-ville.
Jusqu'au 11 décembre, le maire de Dijon animera quatre réunions sur le thème du budget (retrouver les dates). La première a lieu ce lundi 2 décembre au centre-ville, salle Devosge, devant près de 200 personnes. En début de réunion, François Rebsamen prend soin de préciser qu'il vient présenter à la population les «orientations budgétaires». En effet, le budget primitif sera voté le 16 décembre 2019 tandis que le vote des taux d'imposition pourrait être repoussé à avril 2020, après les élections municipales.



Autre précaution : «je ne vais pas parler d'autre chose du budget» car «ce qu'il faudra faire demain, je n'ai pas le droit d'en parler». François Rebsamen glisse quand même qu'il «ne fait pas de campagne déguisée» en précisant : «si je décide d'être candidat, ce sera su et à ce moment-là, je ferai campagne. Pas de «campagne» donc mais de «l'information». Ce qui n'empêchera pas de lancer quelques piques en direction de l'actuelle opposition municipale ou en direction du président du Département.

«La dérive des comptes publics» de l’État


Le maire s'attarde un instant sur l'influence de la suppression de la taxe d'habitation pour les finances locales. Selon lui, le président de la République «avait oublié que 30% de la population ne payait pas la taxe d'habitation», la Ville dégrevant la taxe d'habitation pour les personnes les plus modestes tandis que l’État supprimait «l'impôt sur les grandes fortunes». «C'est sûrement à l'origine du sentiment d'augmentation des inégalités» pour François Rebsamen. Transformation de l'ISF, suppression de la taxe d'habitation pour «les plus aisés»  d'un côté et «petites retraites bloquées pendant deux ans» de l'autre.

La taxe d'habitation rapportait 16 milliards d'euros par an aux communes. François Rebsamen estime à 100 milliards d'euros «la dérive des comptes publics» sur l'ensemble du quinquennat du fait d'allègements fiscaux décidés par Emmanuel Macron. Ce qui pour l'instant est tenable, du fait «des taux d'intérêt très bas». En revanche, si a dotation globale de fonctionnement accordée par l’État a «fortement diminuée ces dernières années» passant de 37,8 millions d'euros en 2010 à 24,4 millions d'euros en 2018. Emmanuel Macron ayant «promis» de les maintenir à ce niveau ensuite.

Si le président tient sa promesse, en revanche il met «un corset» aux finances de la Ville avec un plafonnement de la hausse annuelle des dépenses de fonctionnement de 1,2%. Le maire fait le parallèle avec la règle d'or de l'Union européenne : «on construit des écoles d'ingénieurs pour la France» donc «on devrait sortir les dépenses d'enseignement supérieur des dépenses de fonctionnement».

La Ville «va continuer l'investissement»


Le budget de la Ville de Dijon sera légèrement inférieur en 2020 au budget de 2019 du fait de transfert de compétences à la Métropole : 226 millions d'euros (337 pour la Métropole) contre 231 millions d'euros en 2019 (338 pour la Métropole). À titre de comparaison, le Département a un budget de 569 millions d'euros et la Région 1,6 milliards d'euros. L'endettement de la Ville diminue après «un pic» en 2008 à 235,7 millions d'euros, il sera de 149,4 millions d'euros à la fin de l'année et de 140 millions d'euros en 2020.

Pour autant, la Ville «va continuer l'investissement» en empruntant «dans une limite raisonnable». Le montant des investissements sera autour de 35-37 millions d'euros. «Pas d'augmentation des taux d'imposition» pour la quatrième année consécutive» alors que l'opposition critique régulièrement l'augmentation de la taxe foncière survenue il y a quatre ans (lire notre article sur le conseil municipal du 25 novembre). La situation financière de la Ville est «très solide» aux yeux de son maire. Les programmes d'investissement de la Ville sont régulièrement cofinancés par l'Europe et la Région (au travers de contrats avec l’État) mais «très très très rarement» par le Département [NDLR : présidé par l'UDI François Sauvadet].

Les recettes sont constituées de la dotation globale de fonctionnement et des tarifs payés par les usagés des services publics en appliquant le taux d'effort. «Je suis de gauche» souligne François Rebsamen qui ajoute qu'un repas revient à 12,50 euros à la Ville tandis que les tarifs pour les parents s'échelonnent entre 1,17 et 6,78 euros.

L'Opéra de la discorde


Au chapitre des piques destinées à l'opposition municipale, il y a le sujet de la fiscalité et de l’État qui augmente les taux de façon à refléter l'inflation tandis qu'il y a «des petits malins qui ne comptent pas l'inflation qu'il y a eu depuis 2000» dans leur critique des choix de la majorité.

Le conseil départemental est aussi visé quand François Rebsamen rappelle que la Métropole «représente 48% du Département» ou que les communes paient «49% du SDIS». Alors le maire explique le précédent président du conseil départemental avait accordé une subvention annuelle de 150.000 euros à l'Auditorium, devenu l'Opéra de Dijon. Subvention que «le nouveau président» a diminué à 50.000 euros avant de la supprimer récemment. «J'espère qu'on trouvera des relations tout à fait normales» conclut François Rebsamen sur cette séquence. Le budget de l'Opéra est de 11,5 millions d'euros dont 6,7 millions d'euros de subvention de la part de la Ville.

L'investissement public encourage l'emploi local


Du côté des dépenses importantes, il y a les salaires des agents de la Ville, l'entretien du patrimoine et le déploiement du réseau de chaleur. Les investissements continueront car «cela encourage l'emploi local». En effet, il y a des entreprises qui «dépendent beaucoup de la commande publique» (pour la construction de logements notamment).

Sur la séquence environnement, François Rebsamen ne s'attarde guère. Il cite les quelques arbres et bancs place Notre-Dame et place des Cordeliers comme moyen d'adaptation au réchauffement climatique. «Quand il fait 40, il fait 40» même s'il «faut sûrement continuer à s'adapter» reconnaît-il alors que les services de l’État prévoient que Dijon connaîtra dans trente ans les températures actuelles d'Avignon.

La lutte contre le réchauffement climatique et les émissions de gaz à effet de serre se fait avec les 120 km du réseau de chaleur qui remplace d'anciennes chaudières au charbon ou au fioul de certaines structures. François Rebsamen lance sur le sujet : «on va prendre des dispositions mais je n'ai pas le droit d'en parler» et ajoute, sibyllin, «j'aurais l'occasion peut-être».

«Quand les choses vont mieux, il faut le dire aussi»


Quand vient le tour des questions des habitants, elles fusent sur le sujet de la fiscalité. François Rebsamen se fait didactique : l'évolution des bases locatives pour le calcul de la taxe foncière ne dépend pas des communes mais de l’État (lire notre article sur la fiscalité foncière avec l'UNPI 21). Le maire dénonce les «appartements du centre-ville qui sont, entre guillemets, moins taxés que des appartements de la Fontaine-d'Ouche» du fait de l’absence, là, de révision des valeurs locatives.

«Quand les choses vont mieux, il faut le dire aussi» s'enthousiasme une habitante à propos de la place Grangier, «rafraîchie», même s'il y a quelques points à revoir. Elle se dit nostalgique «du vieil arbre tout en bas de la place» en évoquant les 42° de cet été. Elle souhaiterait voir pousser un mur végétalisé au niveau du parking et se plaint du retour des skaters.

Le maire annonce qu'il songe à un autre avenir pour le local actuellement occupé par Shop In Dijon. Un bar de jour ? Une sculpture de Gloria Friedmann devrait être prochainement installée sur cette place (la créatrice de «Semper Virens» rue de la Liberté).

«Un problème majeur de développement de vente de drogue»


Une autre habitante ouvre ce qui va être une longue séquence pour dénoncer les présumés trafics de drogue à Dijon : «la place de la République est une zone de non droit absolu». Les incivilités seraient régulières dès la tombée de la nuit avec un pic à trois heures du matin. Supposant des trafics de drogue au pied de son immeuble, elle dit être importunée et insultée par les personnes qui occupent les lieux : «c'est une catastrophe depuis trois-quatre mois».

Le maire confirme qu'il y a «souvent des échauffourées sur la place de la République» et que «la police vient assez régulièrement pour récupérer les blessés». Il souligne que cela «relève de la police nationale». Il songe à installer des bancs pour empêcher les voitures de se garer et de créer ainsi un point de fixation. Il concède que les effectifs de la police nationale «sont en nombre insuffisant». Le maire envisage aussi d'augmenter l'éclairage et de mettre des caméras.

Place du Théâtre, les plaintes montent aussi. Concernant notamment des «rotations de véhicules» le week-end jusqu'à trois heures du matin. La police municipale ira surveiller. Vient le tour de la place Darcy où une dame dénonce «les dealers» et s'insurge face à «la police qui ne veut pas prendre [sa] plainte».

François Rebsamen se trouve bien obligé de répondre un peu plus avant : «j'ai écrit au président de la République avec huit maires de grandes villes» car «on a aujourd'hui dans ce pays un problème majeur de développement de vente de drogue». Il rappelle qu'il y a des consommateurs qui alimentent ce trafic. C'est «un fléau qui touche notre société» qui «mériterait que l'on ait une vraie réflexion sur le sujet, cela gangrène la société, il y a une économie très importante, quand la police fait une grande saisie, ça s'échauffe, il y a des bagarres».

François Rebsamen prend les interpellations de ces habitantes avec humour : «vous n'avez pas de chance dans cette salle». Il lance : «si c'est l'enfer de la drogue ici, faites attention en rentrant chez vous»» avant de conclure que «Dijon est une des villes les plus sûres de France».

Jean-Christophe Tardivon

Les chiffres clés du budget 2020

226 millions d'euros de budget global
Entre 23,9 et 24,9 millions d'euros de dotation par l’État

49,2 millions d'euros perçus pour la taxe d'habitation
65,3 millions d'euros perçus pour la taxe foncière
7,2 millions d'euros pour les droits de mutation
20 millions d'euros de cofinancements

De 33 à 37 millions d'euros de dépenses d'investissement dont
De 17,8 à 23,4 millions d'euros pour l'entretien du patrimoine
De 4 à 5 millions d'euros pour la culture
De 4 à 5,5 millions d'euros pour le sport
De 4 à 5 millions d'euros pour l'éducation et la jeunesse
De 200 à 300.000 euros pour la petite enfance
De 800 à 900.00 euros pour la citoyenneté et la démocratie locale
De 1 à 2 millions d'euros pour les travaux d'économie d'énergie
De 4 à 5 millions d'euros pour les espaces publics et espaces verts
De 2 à 3 millions d'euros pour On Dijon et la gestion connectée de l'espace public

42,2 millions d'euros de dépenses courantes
96,7 millions d'euros de dépenses de personnel
14 millions d'euros de subventions aux associations
16 millions d'euros de subventions à des organismes publics

Répartition des dépenses de fonctionnement :
24% Éducation/Jeunesse
19% Culture
8% Petite enfance
6% Sports
4% espaces verts