jeudi 14 novembre 2019
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DIJON : Manifestation du Quartier libre des Lentillères

13/10/2019 16:55Imprimer l’article
Une manifestation de soutien au «Quartier libre des Lentillères» a eu lieu ce samedi midi à Dijon. Le collectif a dénoncé «la bétonnisation des dernières terres maraîchères de la ville» et a appelé à abandonner un projet immobilier.
Le collectif des Lentillères célébrera au printemps 2020 ses dix ans d'installation sur une ancienne zone maraîchère restée inutilisée suite à des questions d'héritage. Chaque année, au printemps et à l'automne, un week-end festif est organisé avec des portes ouvertes pour faire connaître la démarche de celles et ceux qui occupent les huit hectares en dehors du cadre légal.

Ce samedi 12 octobre 2019, les militants ont mobilisé leurs soutiens pour se rendre visibles des Dijonnais par une déambulation dans les rues du centre-ville répondant au mot d'ordre «pour des solutions locales et autogérées à la crise climatique et sociale».

«Il faut laisser tomber ce projet de bétonnisation»


Pour Infos-Dijon, Alexia, membre d'un groupe de travail sur la communication du collectif, a présenté l'objectif de la manifestation : «l'idée, c'est de montrer l'importance d'un endroit comme le quartier des Lentillères qui est toujours menacé par un projet d'urbanisme piloté par Dijon métropole et ça, qui plus est, dans un contexte où tout le monde s'accorde sur la nécessité de prendre soin de la planète, où plein de dirigeants locaux s'accordent avec ces mouvements, continuer à garder un projet de bétonnisation des dernières terres maraîchères de la ville où il y a des organisations – les gens s'organisent au quotidien dans des perspectives écologiques – c'est une aberration de ne pas abandonner ce projet».



Alexia a poursuivi en visant le président de Dijon métropole : «alors qu'il y a tous ces mouvements pour le climat, que Rebsamen accueille à bras ouverts la manif' des jeunes pour le climat qui étaient en grève au mois de septembre, à un moment, il faut laisser tomber ce projet de bétonnisation».

«Les Lentillères offrent un vrai réservoir de biodiversité»


De petites sculptures représentant des écureuils ou des hérissons étaient brandies au bout de longues tiges, surnageant au-dessus du flot de manifestants. Dans l'argumentaire de ses tracts, le collectif met en avant la question de la biodiversité dans cet espace maraîcher : «les Lentillères offrent un vrai réservoir de biodiversité, une vraie continuité écologique pour de nombreuses espèces sur plusieurs kilomètres entre le parc de la Colombière, le cimetière des Péjoces et le secteur universitaire». Les maraîchers autogestionnaires ont repéré «trente-cinq espèces d'oiseaux (…) dont vingt-cinq qui sont protégées et quatre qui ont une sensibilité particulière».

«Sortir de la logique de croissance économique»


En passant place François-Rude, les manifestants ont raillé la «discosoupe» associative organisée là avec le soutien de Dijon métropole, un soutien présenté comme une «hypocrisie». Dans un tract spécialement édité à ce sujet, le Quartier libre des Lentillères a rappelé «l'importance de pouvoir manger ensemble» en mettant en avant sa distribution les jeudis après-midis de fruits et légumes à prix libre. Il dénonce «les tonnes d'aliments produits par la société capitaliste et industrielle et jetés à la poubelle chaque jour» (retrouver notre article sur la lutte contre le gaspillage alimentaire dans les supermarchés).

Le collectif dénonce aussi que dans «le Plan Local d'Urbanisme Intercommunal qui est en train d'être validé, il y a 530 hectares de terres 'à urbaniser' : presque toutes sont des terres agricoles !». Le collectif en appelle à «des solutions audacieuses, radicales, expérimentales» pour faire face aux crises environnementales et économiques. Cela, en tournant le dos à «la logique de croissance économique» portée par «les entreprises et les gouvernements».

Une déambulation rythmée par des pauses dansantes


Dans les faits, après un rassemblement sur la place Notre-Dame, les manifestants ont déambulé dans le centre-ville en commençant par traverser le marché des halles centrales. Au départ, on pouvait compter environ 200 personnes derrière la banderole «Les Lentillères courent toujours". Des militants d'Extinction Rebellion s'affichaient ainsi que des membres d'ANV COP 21. Quelques personnes des Amis de la Terre 21 et d'Attac 21 les avaient aussi rejoints après un happening sur les droits humains et l'évasion fiscale (lire notre article).

Arrivé autour de la fontaine du Bareuzai, le cortège avait déjà diminué en nombre, les sympathisants restant faisant des pauses dansantes au milieu des places de la ville. Un «face-à-face» fut mimé devant une cour d'honneur du palais des ducs de Bourgogne désertée. En signe de conquête, un drapeau «quartier libre des Lentillères» fut planté en haut de la grille tandis que fut accrochée une banderole en soutien aux Kurdes : «Erdogan tue, l'Europe soutient».

Demi-tour rue de la Liberté où des commerçant encore inquiets après les samedis de manifestations du mouvement social des «Gilets jaunes» observaient avec circonspection ce qui se passait. Passage place Darcy puis retour vers le marché avant de se diriger devant la préfecture avec une halte face à la Banque de France le temps de lancer des slogans anticapitalistes.

Une brève altercation a eu lieu rue de Soissons alors que quelques manifestants prenaient un malin plaisir à agacer un chauffeur-livreur pressé de rejoindre le marché pour remballer ; un jeune homme visiblement ulcéré par la succession de samedis de manifestation au centre-ville depuis un an. Devant la préfecture, pas de policier en vue. En fait, deux fourgons de la Police nationale patrouillaient à bonne distance autour du cortège qui a terminé son chemin place de la République pour un déjeuner à base de sandwiches végans.

Jean-Christophe Tardivon