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DIJON : Première action des Orageuses à l'occasion d'une projection du «J'accuse» de Roman Polanski

24/11/2019 18:48Imprimer l’article
Ce dimanche, une quinzaine de personnes se sont retrouvées pour manifester devant le cinéma Darcy à Dijon. Ces femmes et ces hommes voulaient interpeller les spectateurs face aux accusations qui pèsent sur le réalisateur. L'association féministe les Orageuses a été créée en août dernier.
Le cinéma Darcy affiche encore l'annonce des Rencontres cinématographiques de Dijon lors desquelles les cinéastes ont été quelque peu bousculés par l'intervention du ministre de la Culture Franck Riester à propos du harcèlement et des agressions sexuelles pouvant survenir dans le monde du cinéma (retrouver notre article).



Dimanche après-midi, jour traditionnel de sortie au cinéma, à 16h20, le Darcy projette «J'accuse» et à 16h30 «La Belle Époque». Il est 16 heures, ce 24 novembre 2019, l'équipe des Orageuses débarque tranquillement sur la place et s'installe alignée devant ce cinéma du centre-ville de Dijon.

Les éclairs des Orageuses


Éclair fardé sur la joue, pancarte à la main, les jeunes femmes espèrent interpeller les spectateurs du film de Roman Polanski. Depuis la sortie de «J'accuse», récompensé par le Grand Prix du Jury à Venise, et une avant-première mouvementée à Paris, le 12 novembre dernier, la polémique autour du film ne retombe pas. L'acteur Jean Dujardin, qui campe le colonel Marie-Georges Picquart, a annulé sa tournée de promotion. L'actrice Emmanuelle Seigner, qui joue Pauline Monnier, a fait de même. On reproche à Roman Polanski de se servir de «l'affaire Dreyfus» pour se victimiser face aux accusations d'agressions sexuelles présumées qui le ciblent en France. Des accusations que l'avocat du réalisateur dément.

Nous sommes à la veille de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l’égard des femmes du 25 novembre, au lendemain de la marche pour dénoncer les violences faites aux femmes (retrouver notre reportage). Les Orageuses ont choisi tout spécialement ce jour pour leur première action publique.

«Le viol, c'est pas du cinéma»


Une dizaine de personnes – il y a quelques hommes dans le groupe – s'installent fièrement devant le cinéma et brandissent en silence leurs messages : «le viol, c'est pas du cinéma», «on veut plus de culture, moins de culture du viol», «le patriarcat au feu, les violeurs au milieu», «leur trauma n'a pas de prescription», «à qui donnez-vous votre soutien ?». D'autres prennent des photographies et répondent aux médias présents.

Dans la file d'attente pour les deux films en projection, peu de personnes réagissent. Une certaine indifférence semble être de mise. De rares hommes et femmes âgés prennent la défense du réalisateur et expriment leur incompréhension face à ce qu'on lui reproche. La distribution d'un tract sous la forme d'une BD achoppe. Le dialogue ne semble guère être possible entre les néo-féministes qui revendiquent calmement et les spectateurs quelque peu bousculés par cette action d'agit-prop.

«C'est l'homme qui fait l'artiste et l'artiste qui fait l'homme»


Une des deux co-présidentes de l'association des Orageuses créée en août dernier est présente pour expliquer la démarche. Candice Marion a 26 ans et est professeure-documentaliste. Après une soirée de lancement et quelques ateliers, il s'agit ce dimanche de la première action «politiquement engagée» de l'association. Les Orageuses se sont données «un but culturel, pédagogique, de sensibilisation au féminisme». L'association «en mixité» revendique une trentaine d'adhérents et adhérentes recrutés par le bouche-à-oreille.

Candice Marion explique ne pas se reconnaître dans les autres structures dijonnaises travaillant sur la question des droits des femmes : «on n'en a pas trouvées de vraiment estampillées 'féministes'» prenant en compte «le féminisme intersectionnel» [NDLR : le féminisme intersectionnel aspire à aborder d'autres discriminations se superposant au sexisme comme le racisme]. À noter que les activistes de ce jour sont toutes de la même génération.

Si certains spectateurs pensaient pouvoir mettre «leur conscience de côté», les Orageuses se disent présentes «pour rappeler que, non, ça ne se fait pas». Une pancarte évoque ironiquement la prétendue «séparation de l'homme et de l'artiste» avec le dessin d'une hache. Comme l'exprime Candice Marion, «pour nous, il n'y a pas de séparation, c'est l'homme qui fait l'artiste et l'artiste qui fait l'homme, (…) on ne peut pas le couper en deux».

Jean-Christophe Tardivon